Le facteur Dion
Les partis politiques fédéraux sont sur le sentier de la guerre. De tous les chefs de parti, celui qui a le plus à perdre ou à gagner dans la campagne qui est sur le point de s'amorcer est Stéphane Dion. Dans le rôle de l'aspirant, il lui revient de démontrer qu'il a l'étoffe d'un premier ministre.
L'universitaire qu'est Stéphane Dion nous a déjà réservé des surprises. Personne ne le voyait en politicien lorsque le premier ministre Chrétien en fit le fer de lance de sa campagne antiséparatiste en 1996. Personne non plus n'avait imaginé que, champion de l'unité canadienne, il deviendrait un jour champion de l'environnement. Et encore moins qu'il pourrait battre au fil d'arrivée de la course au leadership libéral les vedettes qu'étaient Bob Rae et Michael Ignatieff.
Que Stéphane Dion puisse confondre les sceptiques une autre fois n'est pas impossible. La tâche sera cependant ardue. Les attentes à son endroit sont élevées. Très élevées. Tous ceux qui n'en peuvent plus du gouvernement Harper savent que, pour se débarrasser des conservateurs, il faudra faire de Stéphane Dion le prochain premier ministre. Or, force est de constater que, depuis ce jour de décembre 2007 où il est devenu chef du Parti libéral, il n'a pas su incarner le changement et le renouveau de la politique canadienne. On est à cent lieues de la frénésie qui se vit aux États-Unis autour de la candidature du démocrate Barack Obama. Son charisme est au niveau zéro — heureusement pour lui, Stephen Harper n'en a guère plus, mais pire, il peine encore à mettre en ordre son parti qui manque d'argent et de candidats.
La difficulté du chef libéral à affirmer son leadership est flagrante. En 20 mois, il n'a toujours pas su faire l'unité autour de sa personne. Certes, on a assisté ces derniers mois à un ralliement qui est loin d'être spontané. Députés et militants libéraux ont compris que pour gagner l'élection, il leur fallait resserrer les rangs.
Factice, cette unité pourrait ne pas tenir jusqu'au bout de la campagne électorale. À la première difficulté sérieuse, le chef pourrait se retrouver seul.
L'instinct politique fait complètement défaut à Stéphane Dion. Les chefs politiques n'en sont pas tous également pourvus, mais il n'a cessé de commettre des erreurs. Ses nombreuses menaces, jamais exécutées, de défaire le gouvernement ont fait ressortir la faiblesse de son jugement politique. On le sait capable de courage lorsqu'il s'agit de défendre ses convictions. Il peut s'entêter. Dans le feu de l'action électorale, saura-t-il prendre les bonnes décisions?
Au sein même de son parti, plusieurs ont remis son jugement en question lorsqu'il a fait de l'accord de Kyoto le coeur de sa plate-forme électorale. Au moment où l'économie ralentit, son projet de taxe sur le carbone a été contesté parce que pouvant accentuer ce ralentissement. On pourrait voir là une forme de courage politique, mais il aurait dû avoir la sagesse de développer par ailleurs une politique économique cohérente que l'on ne trouve toujours pas à son programme. En cette matière, il n'a pas à ses côtés un Paul Martin qui venait donner à Jean Chrétien une forte crédibilité.
Sauf sur les questions environnementales, le chef libéral n'a pas de nouvelles propositions à présenter aux Canadiens. Il s'accroche aux événements. La semaine dernière, il s'est transformé en défenseur des arts et des lettres en se joignant au mouvement de résistance aux compressions dans les programmes de soutien au développement culturel décrétées par le gouvernement Harper. Dans le débat sur la nation québécoise, il n'a pas non plus cherché à donner quelque signe d'ouverture que ce soit. Il incarne un fédéralisme centralisateur, laissant à cet égard tout l'espace aux conservateurs pour mettre en avant, au Québec, leur fédéralisme de coopération. Le Parti libéral n'est plus le parti du Québec qu'il fut pendant un siècle. Le fait d'avoir ce fils du Québec à sa tête, si peu en phase avec ses concitoyens, est un handicap plutôt qu'un avantage.
À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, les sondages peuvent rassurer M. Dion. Libéraux et conservateurs sont à égalité. Il ne faudrait pas toutefois qu'il se trompe.
S'il en est ainsi, c'est moins une manifestation de confiance des Canadiens à son endroit qu'un rejet des politiques conservatrices. Ce sera là son seul véritable atout. Le premier ministre Harper répliquera que l'absence de leadership du chef libéral fera courir au pays de plus grands dangers encore. Il en fera même l'élément central de sa campagne. À charge pour le chef libéral de nous révéler un autre Stéphane Dion. Autrement, il pourra être le facteur principal de sa propre défaite.
L'universitaire qu'est Stéphane Dion nous a déjà réservé des surprises. Personne ne le voyait en politicien lorsque le premier ministre Chrétien en fit le fer de lance de sa campagne antiséparatiste en 1996. Personne non plus n'avait imaginé que, champion de l'unité canadienne, il deviendrait un jour champion de l'environnement. Et encore moins qu'il pourrait battre au fil d'arrivée de la course au leadership libéral les vedettes qu'étaient Bob Rae et Michael Ignatieff.
Que Stéphane Dion puisse confondre les sceptiques une autre fois n'est pas impossible. La tâche sera cependant ardue. Les attentes à son endroit sont élevées. Très élevées. Tous ceux qui n'en peuvent plus du gouvernement Harper savent que, pour se débarrasser des conservateurs, il faudra faire de Stéphane Dion le prochain premier ministre. Or, force est de constater que, depuis ce jour de décembre 2007 où il est devenu chef du Parti libéral, il n'a pas su incarner le changement et le renouveau de la politique canadienne. On est à cent lieues de la frénésie qui se vit aux États-Unis autour de la candidature du démocrate Barack Obama. Son charisme est au niveau zéro — heureusement pour lui, Stephen Harper n'en a guère plus, mais pire, il peine encore à mettre en ordre son parti qui manque d'argent et de candidats.
La difficulté du chef libéral à affirmer son leadership est flagrante. En 20 mois, il n'a toujours pas su faire l'unité autour de sa personne. Certes, on a assisté ces derniers mois à un ralliement qui est loin d'être spontané. Députés et militants libéraux ont compris que pour gagner l'élection, il leur fallait resserrer les rangs.
Factice, cette unité pourrait ne pas tenir jusqu'au bout de la campagne électorale. À la première difficulté sérieuse, le chef pourrait se retrouver seul.
L'instinct politique fait complètement défaut à Stéphane Dion. Les chefs politiques n'en sont pas tous également pourvus, mais il n'a cessé de commettre des erreurs. Ses nombreuses menaces, jamais exécutées, de défaire le gouvernement ont fait ressortir la faiblesse de son jugement politique. On le sait capable de courage lorsqu'il s'agit de défendre ses convictions. Il peut s'entêter. Dans le feu de l'action électorale, saura-t-il prendre les bonnes décisions?
Au sein même de son parti, plusieurs ont remis son jugement en question lorsqu'il a fait de l'accord de Kyoto le coeur de sa plate-forme électorale. Au moment où l'économie ralentit, son projet de taxe sur le carbone a été contesté parce que pouvant accentuer ce ralentissement. On pourrait voir là une forme de courage politique, mais il aurait dû avoir la sagesse de développer par ailleurs une politique économique cohérente que l'on ne trouve toujours pas à son programme. En cette matière, il n'a pas à ses côtés un Paul Martin qui venait donner à Jean Chrétien une forte crédibilité.
Sauf sur les questions environnementales, le chef libéral n'a pas de nouvelles propositions à présenter aux Canadiens. Il s'accroche aux événements. La semaine dernière, il s'est transformé en défenseur des arts et des lettres en se joignant au mouvement de résistance aux compressions dans les programmes de soutien au développement culturel décrétées par le gouvernement Harper. Dans le débat sur la nation québécoise, il n'a pas non plus cherché à donner quelque signe d'ouverture que ce soit. Il incarne un fédéralisme centralisateur, laissant à cet égard tout l'espace aux conservateurs pour mettre en avant, au Québec, leur fédéralisme de coopération. Le Parti libéral n'est plus le parti du Québec qu'il fut pendant un siècle. Le fait d'avoir ce fils du Québec à sa tête, si peu en phase avec ses concitoyens, est un handicap plutôt qu'un avantage.
À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, les sondages peuvent rassurer M. Dion. Libéraux et conservateurs sont à égalité. Il ne faudrait pas toutefois qu'il se trompe.
S'il en est ainsi, c'est moins une manifestation de confiance des Canadiens à son endroit qu'un rejet des politiques conservatrices. Ce sera là son seul véritable atout. Le premier ministre Harper répliquera que l'absence de leadership du chef libéral fera courir au pays de plus grands dangers encore. Il en fera même l'élément central de sa campagne. À charge pour le chef libéral de nous révéler un autre Stéphane Dion. Autrement, il pourra être le facteur principal de sa propre défaite.
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