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Avortement: Ottawa désamorce la crise

26 août 2008  Canada
Ottawa — Alors que l'élection fédérale approche à grands pas, le gouvernement conservateur a décidé de retirer des munitions à ses adversaires en remisant son projet de loi tant controversé faisant des foetus des victimes de crime à part entière. L'initiative, qui avait ressuscité tout le débat sur l'avortement au Canada, sera remplacée par une autre loi encore non rédigée, a promis le ministre de la Justice, Rob Nicholson.

Cette annonce, que personne n'avait vue venir, a été faite hier après-midi alors que le décompte électoral est pour ainsi dire entamé. Le Devoir a en effet appris de plusieurs sources que le premier ministre Stephen Harper a l'intention de déclencher l'élection le vendredi 5 septembre pour un scrutin le mardi 14 octobre, le lendemain du long congé de l'Action de grâce. Le scénario d'un scrutin le 6 octobre, parfois évoqué, est moins probable du seul fait que le déclenchement devrait alors survenir d'ici à dimanche afin de respecter la durée minimale de 37 jours de campagne (y compris le jour du vote).

Aucune des quatre élections partielles actuellement en cours, dont celles de Westmount et Saint-Lambert, ne devrait donc déboucher. Elles seront fondues à la 40e élection générale. «Notre machine est partie», confirme une source conservatrice à propos de l'inéluctabilité du scrutin automnal.

Rencontre avec les chefs

M. Harper devra toutefois naviguer avec précaution: non seulement contreviendra-t-il à sa loi instaurant des élections à date fixe, mais il s'est engagé à rencontrer ses trois homologues de l'opposition avant de juger de la pertinence de rappeler la Chambre des communes le 15 septembre, tel que cela est prévu par le calendrier parlementaire. Or, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a fait savoir hier qu'il était disponible le 5 septembre au plus tôt. Aucune date de rencontre avec le chef libéral Stéphane Dion n'est encore arrêtée. M. Dion doit rencontrer ses députés et sénateurs à Winnipeg les 2, 3 et 4 septembre.

Une élection le 14 octobre soulève par ailleurs quelques doutes sur l'intérêt que manifesteront les électeurs au sortir d'un long week-end. Cela jette aussi une ombre sur le déroulement du sommet de la Francophonie devant se tenir à Québec du 17 au 19 octobre en cas d'un changement de couleur à Ottawa. Dissoudre si tôt le Parlement permet toutefois de s'éviter quelques coups d'éclat embarrassants. Le comité de la Sécurité publique a en effet convenu hier d'envoyer une assignation à comparaître à Julie Couillard, l'ex-conjointe de Maxime Bernier, pour la forcer à venir s'expliquer en public. Elle devait témoigner le 16 septembre.

L'avortement avorté

Le débat sur l'avortement gagnait peu à peu de l'ampleur au pays depuis mars dernier, date à laquelle le projet de loi C-484 avait été adopté en seconde lecture à la Chambre des communes. Piloté par le député conservateur Ken Epp, ce projet de loi vise à faire d'un «enfant encore non né» une victime distincte lorsqu'une femme enceinte est attaquée ou assassinée. Les défenseurs du droit à l'avortement y ont vu le cheval de Troie par lequel cet acte médical serait de nouveau criminalisé. Malgré les démentis des conservateurs, les critiques ont été confirmés dans leurs craintes lorsque les groupes pro-vie ont crié victoire au lendemain du vote.

Tous les conservateurs, sauf quatre, avaient voté en faveur de C-484. Tous les bloquistes ont voté contre. M. Duceppe, qui a placé les premiers jalons de sa rhétorique électorale ce week-end de passage à Lévis, a déclaré qu'il barrait la route aux «dinosaures» conservateurs en faisant référence à ce projet de loi. C'est dans ce contexte que M. Nicholson a désamorcé la crise qui se dessinait à l'horizon.

«Nous avons entendu des critiques à travers le pays, incluant des membres de la communauté médicale, que le projet de loi de M. Epp, tel que rédigé, pourrait être interprété de manière à octroyer des droits aux foetus, a expliqué M. Nicholson en conférence de presse. Soyons clairs: notre gouvernement ne rouvrira pas le débat sur l'avortement. Pour cette raison, et tout en gardant à l'esprit l'objectif de ce gouvernement de combattre le crime, j'annonce que le gouvernement déposera un projet de loi qui punit les criminels s'attaquant aux femmes enceintes, mais de manière à ne laisser aucune place à l'introduction de droits foetaux.»

M. Nicholson, qui a nié s'adonner à un exercice futile compte tenu de l'élection qui se profile, n'a pourtant déposé aucun document d'information ou ébauche de projet de loi pour coucher ses intentions sur papier. Il faut le croire sur parole. Il n'a pas non plus dit ce qu'il adviendrait du projet de loi de M. Epp si la Chambre des communes reprenait du service cet automne. C-484 mourra-t-il au feuilleton? Les conservateurs le rendront-ils méconnaissable? Voteront-ils contre? Mystère.

Facteur aggravant

Le ministre s'engage à modifier l'article 718 du Code criminel pour obliger les juges à imposer des peines plus sévères lorsqu'une femme enceinte est victime d'un crime. À l'heure actuelle, un juge doit tenir compte du contexte pour déterminer la peine à imposer: il doit considérer comme facteurs aggravants le fait qu'un criminel ait été motivé par la haine (fondée sur la race ou encore l'orientation sexuelle), ait attaqué un époux, ait abusé de la confiance de sa victime, fasse partie d'une organisation criminelle ou encore se soit adonné à du terrorisme. S'ajoutera désormais à cette liste le statut utérin d'une femme.

Ken Epp était déçu de cette annonce. Il avoue au Devoir ne pas avoir été averti par son ministre du fait que son projet de loi était désavoué. «Je ne savais pas qu'il y avait une conférence de presse. Je l'ai appris pendant que j'étais dans ma voiture.» Selon lui, le projet de loi promis par M. Nicholson, bien que positif, constitue davantage une «diversion». Il raconte l'histoire récente d'une femme enceinte des Maritimes ayant survécu à une quinzaine de coups de couteau assenés à son ventre. Le bébé n'a pas eu sa chance. Son assaillant a écopé de 15 années de prison. «Avec mon projet de loi, il aurait eu 25 ans [pour meurtre]», déplore-t-il.

M. Epp souligne que les juges considèrent déjà la grossesse comme un facteur aggravant dans la détermination de la peine puisque la liste des facteurs contenue dans le Code criminel n'est pas exhaustive. Ken Epp, qui ne se représentera pas à la prochaine élection, ne s'avoue pas vaincu pour autant. «Je m'attends à ce qu'un autre député prenne la balle au bond. Je ne crois pas que cette question disparaîtra.»

Du côté de la Coalition pour le droit à l'avortement, on criait victoire. «Bien sûr que cette annonce est politique», lance Joyce Arthur en faisant référence à l'échéance électorale. «Mais si cela signifie la mort de ce projet de loi, c'est bien!»

Mme Arthur estime qu'il n'y a aucun besoin pour un projet de loi tel que celui promis par le ministre Nicholson, mais qu'elle peut vivre avec. «Le projet de loi C-484 créait deux infractions: une contre la mère, une contre le foetus. C'est ainsi qu'on créait une personnalité juridique. Ici, il n'y aura qu'une seule infraction, rendue plus grave à cause de la grossesse.»






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  • Jasette
    Abonné
    mardi 26 août 2008 04h11
    Harper et les prohaines élections ou ces gens qui ont malheureuseemnt des valeurs à courte vue.
    « Je ne peux pas croire que Harper avec ses troupes vont remporter les prochaines élections. C'est le même désappointement que j'ai eu lors des dernières élections de G. W. Bush aux USA.

    J'ai fort malheureusement l'impression que Harper va rester au pouvoir parce que les partis d'opposition sont mal ficelés, ne semblent pas de taille. J'espère que le résultat de ces élections va me prouver que je me trompais.

    JM »

  • Ginette Pilon
    Abonnée
    mardi 26 août 2008 09h36
    Une tactique électorale des mangeux de balustrades!
    « Comment ne pas voir en cette manoeuvre une tactique électorale! Monsieur Harper n'est même pas certain d'avoir la majorité, mais il veut calmer les esprits et s'assurer des votes. Donc, exit le projet de loi C-484! On n'attire pas les mouches avec du vinaigre!

    Mais n'en doutez pas... les mangeux de balustrades vont revenir à la charge! Ils ont décidé que tous les Canadiens verraient le monde avec leurs «lunettes religieuses» et ils ne lâcheront pas le morceau.

    Des fois, je me demande ce qu'ils attendent pour inventer une nouvelle religion «l'islam à saveur catholique»! Ça leur irait comme un gant!

    Ginette Pilon
    Toronto »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mardi 26 août 2008 11h14
    Hypocrisie
    « Les Conservateurs disent ne pas vouloir réouvrir le débat sur l'avortement. Or, c'est précisément ce qu'ils ont fait alors qu'ils étaient minoritaires... Leur «promesse» ne vaut que pour ce gouvernement qui est maintenant moribond, à la veille d'une élection générale probable. Les électeurs devraient tenir compte du fait que la base électorale conservatrice est très proche de la droite religieuse canadienne (et américaine) qui est farouchement opposée à l'avortement. Si les Conservateurs sont élus avec un gouvernement majoritaire, il est très probable qu'ils vont aller de l'avant et criminaliser l'avortement de nouveau. Malgré certains bons coups de ce gouvernement minoritaire, les électeurs devraient garder en mémoire le fait que l'avortement pourrait très bien revenir dans le Code criminel lorsqu'ils et elles déposent leur bulletin de vote dans l'urne... »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 26 août 2008 13h12
    Mais si une femme....
    « Mais si une femme fait le choix de garder le bébé à naitre. Par son choix elle viens de confirmer le droit è la vie à cette enfant à naitre. Donc se droit doit être reconnu.
    Je ne suis pas le plus grand fan de Harper mais sur ce sujet je trouve que l'on prète des intention qui n'y sont pas.

    Cela frole le FEMININAZI »

  • Jasette
    Abonné
    mardi 26 août 2008 13h39
    Notre démocratie est en train de perdre des plumes, pour divergence de vues entre politiciens et électeurs.
    « Imaginez! Nous sommes en démocratie. On vote pour le parti qui nous semble le plus adéquat, question mandat. De plus, on vote pour un parti en tenant compte des promesses qu'il nous fait. Bref, en désespoir de cause, on essaie de voter pour le moins pire des parties, bien que parfois ce même moins pire ne tient même pas la rampe non plus.

    Car, une fois au pouvoir, certaines promesses du parti élu volent en l'air, un peu comme les feuilles à l'automne. En outre, le parti pour qui on a voté, après avoir jeté aux ordures ses promesses lors des élections, décide de prendre la barre du navire et de changer le cap qu'il s'était fixé sans nous le dire. Ensuite, les politiciens se demandent pourquoi les gens deviennent de plus en plus blasés de notre démocratie.

    JM »

  • Renald Veilleux
    Inscrit
    mardi 26 août 2008 14h51
    Et la valeur de la vie humaine ?
    « Cette question éminemment politique, tout le monde s'accorde à le dire, pourra-t-elle aller audelà des intérêts électoraux ?
    Ce qui est en cause fondamentalement c'est un enjeu crucial, celui du droit à la vie et au respect pour tout être humain, celui que nous avons tous été lorsque nous étions encore dans le sein de notre mère.
    Ce n'est pas seulement une simple question de croyance religieuse, malheureusement objet de mépris pour certains, mais une question de simple bon sens naturel.
    Allons-nous encore longtemps continuer de tenter de nous donner bonne conscience en tuant nos propres enfants à naître ?
    Ne risquons-nous pas que le retour soit cruel si nous nous obstinons dans cette voie ?

    Renald Veilleux
    Gatineau »

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