Les machines électorales s'emballent à Ottawa
Stephen Harper
Ottawa — La fièvre électorale a monté de quelques degrés supplémentaires encore hier lorsqu'un ministre conservateur, Jean-Pierre Blackburn, a reconnu avoir annulé ses vacances pour cause de rumeurs de scrutin trop intenses. Les partis d'opposition ont mis leur machine en branle. La date du 2 septembre est évoquée.
M. Blackburn a révélé que lui et quelques collègues du cabinet avaient été convoqués dans la capitale fédérale aujourd'hui pour rencontrer le premier ministre. Il n'a pas voulu dire ce qui était à l'ordre du jour, mais M. Blackburn en a déduit que la rumeur voulant que Stephen Harper dissolve le Parlement avant même son retour de vacances prévu pour le 15 septembre était fondée.
«Hier [jeudi], j'ai eu un avis qu'on devait se présenter demain [aujourd'hui] pour une réunion spéciale de quelques ministres en compagnie du premier ministre», a déclaré le ministre du Travail alors qu'il participait au Festival international des arts de la marionnette, à Jonquière. «Moi aussi je suis comme vous. [Je me demande:] Est-ce qu'il va y avoir des élections ou pas? Mais je n'ai plus le choix. Je dois me préparer davantage et il faut que je sois présent un peu plus dans le comté de Jonquière-Alma.»
M. Blackburn a de plus annulé hier l'immersion en anglais qu'il devait effectuer cette semaine sur le navire de la marine canadienne HCMS Winnipeg, et ce pour les mêmes raisons. Le ministre, connu pour ne pas utiliser la langue de bois, a reconnu qu'il «n'y a rien de confirmé», mais il a ajouté: «Je vous avoue que de plus en plus, pour moi, ça m'apparaît sérieux tout cela.»
Une source dans un cabinet de ministre à Ottawa a confirmé au Devoir que la machine électorale «s'emballe». Une autre source dans un autre cabinet a confirmé que «les tam-tam des élections n'ont jamais sonné aussi fort». Une source conservatrice a affirmé à la Presse canadienne que des élections pourraient être déclenchées aussi tôt que le lendemain de la fête du Travail, le 2 septembre. Cela court-circuiterait la tenue du caucus libéral, qui doit s'ouvrir ce jour-là à Winnipeg, une activité partisane généralement utilisée pour motiver les troupes.
Tous s'entendent pour dire que M. Blackburn a commis une bourde en faisant sa déclaration. «Quand on est dans le gouvernement, on a l'avantage sur nos adversaires de savoir la date du déclenchement. On vient de perdre cet avantage.»
La ministre du Patrimoine, Josée Verner, a de son côté tenté de calmer le jeu en déclarant qu'elle n'a pas modifié son horaire pour la semaine prochaine et qu'il «n'y a pas de réunion du cabinet demain [ce matin]». Elle a ajouté que les ministres se rencontraient régulièrement et que «cela n'a rien d'inhabituel». Toutefois, son bureau a été incapable de préciser si elle serait à Ottawa pour un autre type de rencontre. Mme Verner a assisté hier soir au spectacle de Céline Dion à Québec.
Le premier ministre tente de rencontrer en tête à tête chaque chef des partis d'opposition la semaine prochaine. Aucune date n'a encore été arrêtée.
Tournée de charme
C'est dans ce contexte que Stephen Harper et dix de ses ministres se rencontreront jeudi prochain à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, pour une rencontre spéciale qui réunira la moitié du cabinet. M. Harper restera au moins deux jours dans le Grand Nord; il visitera également Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, et Dawson City, au Yukon. Il devrait faire deux annonces. Selon un journal local, Dawson City espère recevoir des fonds fédéraux pour ouvrir un centre de recherche sur l'Arctique.
Ce sera la quatrième visite de Stephen Harper au nord du 60e parallèle depuis qu'il a pris le pouvoir. Depuis la mi-août, le premier ministre a aussi visité les provinces maritimes et le sud de l'Ontario, des régions où son parti espère faire des gains électoraux.
Les ministres Josée Verner (Patrimoine), Gary Lunn (Ressources naturelles), Peter MacKay (Défense) Chuck Strahl (Affaires indiennes), Jim Flaherty (Finances), Tony Clement (Santé), Vic Toews (Conseil du trésor), David Emerson (Affaires étrangères), Jim Prentice (Industrie) et Michael Fortier (Commerce international) accompagneront M. Harper, a appris Le Devoir.
Depuis 2006, Stephen Harper a annoncé l'implantation d'un port en eaux profondes à Nanisivik et d'un centre d'entraînement militaire à Resolute Bay en plus de l'achat de six à huit frégates militaires pour éventuellement patrouiller les eaux canadiennes. Le premier ministre a aussi annoncé l'agrandissement du parc national Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Une source gouvernementale a soutenu au Devoir que le remplacement des avions de recherche et sauvetage, un dossier très important pour les habitants du Grand Nord, ne sera pas à l'ordre du jour des ministres lors de leur rencontre. Le remplacement de la flotte vétuste de Hercules et de Buffalo par 17 avions est la seule promesse électorale conservatrice qui n'a pas encore été honorée dans le domaine militaire.
Bris de confiance
Les partis d'opposition ont tôt fait de railler un gouvernement qui s'apprête à se défaire lui-même alors qu'il a fait adopter une loi imposant un scrutin à date fixe et que quatre élections partielles sont en cours. Celle dans Don Valley Ouest (centre-ville torontois), qui se tiendra le 22 septembre, a été déclenchée par M. Harper dimanche dernier à peine alors que les rumeurs allaient déjà bon train.
«C'est vraiment un signe de panique», a dit le chef bloquiste, Gilles Duceppe, citant la dégradation du contexte économique, la levée de boucliers à cause des compressions dans le milieu culturel, l'enquête d'Élections Canada concernant les dépenses électorales du Parti conservateur ou encore la relation tumultueuse de l'ex-ministre Maxime Bernier avec Julie Couillard. M. Duceppe croit que Stephen Harper «veut se défiler» en annulant les élections partielles. «Il annulerait tout cela à la dernière minute? C'est irresponsable, c'est irrespectueux. Ça montre encore une fois ce caractère d'idéologues bornés, qui sont prêts à n'importe quoi, même à se moquer de la démocratie pour parvenir à leurs fins.»
Le chef libéral Stéphane Dion, de passage à Cambridge en Ontario, partage cet avis. Selon lui, le premier ministre «se cherche une excuse pour renier sa parole, dans ce cas-ci la loi sur les élections à date fixe», a-t-il dit. M. Dion se dit encore prêt à rencontrer M. Harper comme ce dernier l'a proposé, mais il ne l'encouragera pas à déclencher des élections avant même le retour des parlementaires.
Quant au chef du NPD, Jack Layton, il estime que M. Harper manifesterait du «mépris» envers les institutions parlementaires s'il ne permettait pas aux députés de reprendre du collier le 15 septembre.
L'opposition dans les blocs de départ
Comme cela est de rigueur, les trois partis d'opposition se disent toutefois prêts à faire face à l'électorat. Au Bloc québécois, on évalue que la quasi-totalité des candidats ont soit été désignés, soit été approchés. Les photos du chef et des candidats sont prêtes depuis l'automne dernier. Ne reste plus qu'à les faire imprimer. La première réunion technique pour lancer la machine aura lieu lundi matin.
Du côté du NPD, on affirme que les affiches sont prêtes, que l'avion est réservé et que le tournage de publicité a même été complété. Au total, 190 candidats sont déjà choisis et 63 autres sont sur le point de l'être. Il ne manque plus que 55 braves à l'appel.
Chez les libéraux, on n'a pas été en mesure de préciser le nombre de candidats désignés. On prétend que le programme électoral est fin prêt.
M. Blackburn a révélé que lui et quelques collègues du cabinet avaient été convoqués dans la capitale fédérale aujourd'hui pour rencontrer le premier ministre. Il n'a pas voulu dire ce qui était à l'ordre du jour, mais M. Blackburn en a déduit que la rumeur voulant que Stephen Harper dissolve le Parlement avant même son retour de vacances prévu pour le 15 septembre était fondée.
«Hier [jeudi], j'ai eu un avis qu'on devait se présenter demain [aujourd'hui] pour une réunion spéciale de quelques ministres en compagnie du premier ministre», a déclaré le ministre du Travail alors qu'il participait au Festival international des arts de la marionnette, à Jonquière. «Moi aussi je suis comme vous. [Je me demande:] Est-ce qu'il va y avoir des élections ou pas? Mais je n'ai plus le choix. Je dois me préparer davantage et il faut que je sois présent un peu plus dans le comté de Jonquière-Alma.»
M. Blackburn a de plus annulé hier l'immersion en anglais qu'il devait effectuer cette semaine sur le navire de la marine canadienne HCMS Winnipeg, et ce pour les mêmes raisons. Le ministre, connu pour ne pas utiliser la langue de bois, a reconnu qu'il «n'y a rien de confirmé», mais il a ajouté: «Je vous avoue que de plus en plus, pour moi, ça m'apparaît sérieux tout cela.»
Une source dans un cabinet de ministre à Ottawa a confirmé au Devoir que la machine électorale «s'emballe». Une autre source dans un autre cabinet a confirmé que «les tam-tam des élections n'ont jamais sonné aussi fort». Une source conservatrice a affirmé à la Presse canadienne que des élections pourraient être déclenchées aussi tôt que le lendemain de la fête du Travail, le 2 septembre. Cela court-circuiterait la tenue du caucus libéral, qui doit s'ouvrir ce jour-là à Winnipeg, une activité partisane généralement utilisée pour motiver les troupes.
Tous s'entendent pour dire que M. Blackburn a commis une bourde en faisant sa déclaration. «Quand on est dans le gouvernement, on a l'avantage sur nos adversaires de savoir la date du déclenchement. On vient de perdre cet avantage.»
La ministre du Patrimoine, Josée Verner, a de son côté tenté de calmer le jeu en déclarant qu'elle n'a pas modifié son horaire pour la semaine prochaine et qu'il «n'y a pas de réunion du cabinet demain [ce matin]». Elle a ajouté que les ministres se rencontraient régulièrement et que «cela n'a rien d'inhabituel». Toutefois, son bureau a été incapable de préciser si elle serait à Ottawa pour un autre type de rencontre. Mme Verner a assisté hier soir au spectacle de Céline Dion à Québec.
Le premier ministre tente de rencontrer en tête à tête chaque chef des partis d'opposition la semaine prochaine. Aucune date n'a encore été arrêtée.
Tournée de charme
C'est dans ce contexte que Stephen Harper et dix de ses ministres se rencontreront jeudi prochain à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, pour une rencontre spéciale qui réunira la moitié du cabinet. M. Harper restera au moins deux jours dans le Grand Nord; il visitera également Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, et Dawson City, au Yukon. Il devrait faire deux annonces. Selon un journal local, Dawson City espère recevoir des fonds fédéraux pour ouvrir un centre de recherche sur l'Arctique.
Ce sera la quatrième visite de Stephen Harper au nord du 60e parallèle depuis qu'il a pris le pouvoir. Depuis la mi-août, le premier ministre a aussi visité les provinces maritimes et le sud de l'Ontario, des régions où son parti espère faire des gains électoraux.
Les ministres Josée Verner (Patrimoine), Gary Lunn (Ressources naturelles), Peter MacKay (Défense) Chuck Strahl (Affaires indiennes), Jim Flaherty (Finances), Tony Clement (Santé), Vic Toews (Conseil du trésor), David Emerson (Affaires étrangères), Jim Prentice (Industrie) et Michael Fortier (Commerce international) accompagneront M. Harper, a appris Le Devoir.
Depuis 2006, Stephen Harper a annoncé l'implantation d'un port en eaux profondes à Nanisivik et d'un centre d'entraînement militaire à Resolute Bay en plus de l'achat de six à huit frégates militaires pour éventuellement patrouiller les eaux canadiennes. Le premier ministre a aussi annoncé l'agrandissement du parc national Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Une source gouvernementale a soutenu au Devoir que le remplacement des avions de recherche et sauvetage, un dossier très important pour les habitants du Grand Nord, ne sera pas à l'ordre du jour des ministres lors de leur rencontre. Le remplacement de la flotte vétuste de Hercules et de Buffalo par 17 avions est la seule promesse électorale conservatrice qui n'a pas encore été honorée dans le domaine militaire.
Bris de confiance
Les partis d'opposition ont tôt fait de railler un gouvernement qui s'apprête à se défaire lui-même alors qu'il a fait adopter une loi imposant un scrutin à date fixe et que quatre élections partielles sont en cours. Celle dans Don Valley Ouest (centre-ville torontois), qui se tiendra le 22 septembre, a été déclenchée par M. Harper dimanche dernier à peine alors que les rumeurs allaient déjà bon train.
«C'est vraiment un signe de panique», a dit le chef bloquiste, Gilles Duceppe, citant la dégradation du contexte économique, la levée de boucliers à cause des compressions dans le milieu culturel, l'enquête d'Élections Canada concernant les dépenses électorales du Parti conservateur ou encore la relation tumultueuse de l'ex-ministre Maxime Bernier avec Julie Couillard. M. Duceppe croit que Stephen Harper «veut se défiler» en annulant les élections partielles. «Il annulerait tout cela à la dernière minute? C'est irresponsable, c'est irrespectueux. Ça montre encore une fois ce caractère d'idéologues bornés, qui sont prêts à n'importe quoi, même à se moquer de la démocratie pour parvenir à leurs fins.»
Le chef libéral Stéphane Dion, de passage à Cambridge en Ontario, partage cet avis. Selon lui, le premier ministre «se cherche une excuse pour renier sa parole, dans ce cas-ci la loi sur les élections à date fixe», a-t-il dit. M. Dion se dit encore prêt à rencontrer M. Harper comme ce dernier l'a proposé, mais il ne l'encouragera pas à déclencher des élections avant même le retour des parlementaires.
Quant au chef du NPD, Jack Layton, il estime que M. Harper manifesterait du «mépris» envers les institutions parlementaires s'il ne permettait pas aux députés de reprendre du collier le 15 septembre.
L'opposition dans les blocs de départ
Comme cela est de rigueur, les trois partis d'opposition se disent toutefois prêts à faire face à l'électorat. Au Bloc québécois, on évalue que la quasi-totalité des candidats ont soit été désignés, soit été approchés. Les photos du chef et des candidats sont prêtes depuis l'automne dernier. Ne reste plus qu'à les faire imprimer. La première réunion technique pour lancer la machine aura lieu lundi matin.
Du côté du NPD, on affirme que les affiches sont prêtes, que l'avion est réservé et que le tournage de publicité a même été complété. Au total, 190 candidats sont déjà choisis et 63 autres sont sur le point de l'être. Il ne manque plus que 55 braves à l'appel.
Chez les libéraux, on n'a pas été en mesure de préciser le nombre de candidats désignés. On prétend que le programme électoral est fin prêt.
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