Ministre de l'Inculture
La ministre du Patrimoine, Josée Verner
La Haye — Disons d'entrée que Josée Verner ne s'est jamais distinguée par son intelligence politique, sa hauteur de vue ou la profondeur de sa pensée. Dans tous les postes qu'elle a occupés, elle a fait preuve d'une légèreté d'esprit et d'une ignorance des dossiers qui laisse bouche bée. Avouons-le, madame la ministre ne profiterait pas d'une limousine si elle avait été élue en Ontario. Elle ferait tapisserie à l'arrière-banc. Mais voilà que, pour notre plus grand malheur, la faible représentation des conservateurs au Québec lui donne la permission de sévir.
L'épisode est désolant à plus d'un titre. Il y a tout d'abord la manière. Des communiqués laconiques, suivis d'un silence de plomb de la part du ministère. Nulle justification, nulle explication démontrant que les programmes ne sont pas efficaces ou encore sont trop coûteux. On parle ici de quelques millions de dollars seulement.
Sur le fond, on devine des motivations cachées. Plusieurs des programmes abolis subventionnent des formes de création culturelle que certains pourraient qualifier de marginales ou d'avant-garde. Des bastions conservateurs proviennent des commentaires qui trahissent, non pas une volonté de bonne gouvernance et d'efficacité financière, mais plutôt un désir de «nettoyage culturel», de priver de soutien gouvernemental tout ce qui ne correspond pas aux normes conservatrices de la morale et du bon goût.
Cette décision doit être replacée dans le contexte de l'infâme clause qui voulait interdire le financement de certains films pour «atteinte» aux bonnes moeurs. On veut condamner à la marginalité absolue les artistes hors normes ou les formes moins populaires de création, comme les nouveaux médias ou la danse contemporaine. Voilà une forme de censure proactive. Mais si on s'arrête un moment pour y penser, l'attitude de Mme Verner ne surprend pas. Elle trahit et symbolise tout à la fois le rapport que ce gouvernement et le parti entretiennent avec la culture et les arts. La culture est une affaire de snobs, de marginaux et de rebelles qui ne partagent pas les valeurs de la société. Elle est un produit de luxe comme le caviar et le champagne. Pour ces gens-là, comme dirait Brel, leur chemin culturel s'est terminé avec la disparition de La Petite Maison dans la prairie de nos écrans de télévision et la perte de popularité de la valse.
***
Vue d'un pays d'Europe occidentale, la décision de Josée Verner de faire disparaître sans état d'âme une série de programmes de subventions pour la culture paraît relever d'un autre âge. Cette notion selon laquelle la production culturelle au Canada est trop subventionnée ne tient tout simplement pas la route. Il n'existe pas un pays digne de ce nom (sauf nos voisins du Sud) qui ne subventionne pas systématiquement les activités culturelles et qui n'investit pas dans sa diffusion et son exportation à l'étranger.
L'aide à la production culturelle, que ce soit à la littérature, au cinéma, à la danse, fait partie du paysage et n'a pas à être continuellement justifiée, tout comme le sont les programmes d'aide à l'agriculture ou les prêts garantis aux entreprises ou encore les programmes d'assurance aux exportations.
La France, par exemple, qui est dotée d'une solide industrie du cinéma, subventionne cette dernière pour qu'elle soit encore plus solide et aussi pour permettre l'émergence de nouveaux talents. Elle le fait à la fois pour des raisons de prestige à l'étranger et pour des raisons économiques.
En agriculture, on aide les producteurs qui, dotés d'un trop petit marché local, ne pourraient sinon faire face à la concurrence étrangère. On subventionne Bombardier pour la création d'emplois. Personne ne proteste.
Les artisans de la culture forment une industrie, on l'oublie trop souvent à force de ne voir dans la culture qu'une sorte de nourriture de l'esprit ou de divertissement luxueux. Il en va de même pour la littérature ou la danse. Notre marché est trop petit, mais une société normale ne peut vivre sans culture.
Plus profondément, les conservateurs mènent une bataille idéologique et nul argument économique ne les convaincra que le Canada a besoin de Robert Lepage ou de Louise Lecavalier, encore moins de poètes inconnus du public ou de peintres abstraits. Leur modernité, leur rébellion, leur remise en question permanente des valeurs agacent et dérangent.
Josée Verner aurait sabré les projets de développement ou de tournée du jeune Maurice Béjart. Elle aurait refusé d'orner son bureau d'un tableau de Picasso et serait sortie en furie d'un concert de Stravinski. À leur époque, ces grands artistes du patrimoine mondial bousculaient les règles, renversaient les conventions, remettaient toutes les normes en question. C'est ce que les conservateurs n'aiment pas dans la culture. Pour eux, deux jeunes filles qui ne font pas la finale de kayak valent plus pour la réputation du Canada et la santé du pays que deux jeunes filles qui peinent à monter un spectacle de danse.
Le Canada serait un pays moins intéressant sans ces jeunes artistes de l'aviron, tout comme il sera moins intéressant quand nos jeunes étoiles de la danse contemporaine décideront de venir s'installer ici, à La Haye, pour pouvoir pratiquer leur art.
L'épisode est désolant à plus d'un titre. Il y a tout d'abord la manière. Des communiqués laconiques, suivis d'un silence de plomb de la part du ministère. Nulle justification, nulle explication démontrant que les programmes ne sont pas efficaces ou encore sont trop coûteux. On parle ici de quelques millions de dollars seulement.
Sur le fond, on devine des motivations cachées. Plusieurs des programmes abolis subventionnent des formes de création culturelle que certains pourraient qualifier de marginales ou d'avant-garde. Des bastions conservateurs proviennent des commentaires qui trahissent, non pas une volonté de bonne gouvernance et d'efficacité financière, mais plutôt un désir de «nettoyage culturel», de priver de soutien gouvernemental tout ce qui ne correspond pas aux normes conservatrices de la morale et du bon goût.
Cette décision doit être replacée dans le contexte de l'infâme clause qui voulait interdire le financement de certains films pour «atteinte» aux bonnes moeurs. On veut condamner à la marginalité absolue les artistes hors normes ou les formes moins populaires de création, comme les nouveaux médias ou la danse contemporaine. Voilà une forme de censure proactive. Mais si on s'arrête un moment pour y penser, l'attitude de Mme Verner ne surprend pas. Elle trahit et symbolise tout à la fois le rapport que ce gouvernement et le parti entretiennent avec la culture et les arts. La culture est une affaire de snobs, de marginaux et de rebelles qui ne partagent pas les valeurs de la société. Elle est un produit de luxe comme le caviar et le champagne. Pour ces gens-là, comme dirait Brel, leur chemin culturel s'est terminé avec la disparition de La Petite Maison dans la prairie de nos écrans de télévision et la perte de popularité de la valse.
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Vue d'un pays d'Europe occidentale, la décision de Josée Verner de faire disparaître sans état d'âme une série de programmes de subventions pour la culture paraît relever d'un autre âge. Cette notion selon laquelle la production culturelle au Canada est trop subventionnée ne tient tout simplement pas la route. Il n'existe pas un pays digne de ce nom (sauf nos voisins du Sud) qui ne subventionne pas systématiquement les activités culturelles et qui n'investit pas dans sa diffusion et son exportation à l'étranger.
L'aide à la production culturelle, que ce soit à la littérature, au cinéma, à la danse, fait partie du paysage et n'a pas à être continuellement justifiée, tout comme le sont les programmes d'aide à l'agriculture ou les prêts garantis aux entreprises ou encore les programmes d'assurance aux exportations.
La France, par exemple, qui est dotée d'une solide industrie du cinéma, subventionne cette dernière pour qu'elle soit encore plus solide et aussi pour permettre l'émergence de nouveaux talents. Elle le fait à la fois pour des raisons de prestige à l'étranger et pour des raisons économiques.
En agriculture, on aide les producteurs qui, dotés d'un trop petit marché local, ne pourraient sinon faire face à la concurrence étrangère. On subventionne Bombardier pour la création d'emplois. Personne ne proteste.
Les artisans de la culture forment une industrie, on l'oublie trop souvent à force de ne voir dans la culture qu'une sorte de nourriture de l'esprit ou de divertissement luxueux. Il en va de même pour la littérature ou la danse. Notre marché est trop petit, mais une société normale ne peut vivre sans culture.
Plus profondément, les conservateurs mènent une bataille idéologique et nul argument économique ne les convaincra que le Canada a besoin de Robert Lepage ou de Louise Lecavalier, encore moins de poètes inconnus du public ou de peintres abstraits. Leur modernité, leur rébellion, leur remise en question permanente des valeurs agacent et dérangent.
Josée Verner aurait sabré les projets de développement ou de tournée du jeune Maurice Béjart. Elle aurait refusé d'orner son bureau d'un tableau de Picasso et serait sortie en furie d'un concert de Stravinski. À leur époque, ces grands artistes du patrimoine mondial bousculaient les règles, renversaient les conventions, remettaient toutes les normes en question. C'est ce que les conservateurs n'aiment pas dans la culture. Pour eux, deux jeunes filles qui ne font pas la finale de kayak valent plus pour la réputation du Canada et la santé du pays que deux jeunes filles qui peinent à monter un spectacle de danse.
Le Canada serait un pays moins intéressant sans ces jeunes artistes de l'aviron, tout comme il sera moins intéressant quand nos jeunes étoiles de la danse contemporaine décideront de venir s'installer ici, à La Haye, pour pouvoir pratiquer leur art.
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