Une décision économique
La seule centrale nucléaire en service au Québec, Gentilly-2, sera remise à niveau d'ici 2012 au coût de 1,9 milliard de dollars. Aurait-il mieux valu fermer ce réacteur compte tenu des investissements requis et des risques d'accident toujours présents avec ce genre de technologie?
Au tournant des années soixante-dix, le nucléaire avait la cote partout dans le monde, y compris au Canada. À cette époque, Énergie atomique Canada envisageait même de construire une trentaine de centrales pour Hydro-Québec le long du Saint-Laurent, entre Montréal et Rivière-du-Loup. Puis il y eut la montée en force du mouvement écologiste mondial qui avait fait du nucléaire l'objet principal de ses manifestations.
Peu de temps après avoir pris le pouvoir, en 1976, le gouvernement de René Lévesque décrétait un moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires, sans pour autant annuler le projet de Gentilly-2 dont l'inauguration eut lieu en 1983. Entre-temps, en 1979, un accident sérieux est survenu à Three Mile Island, en Pennsylvanie, qui a ajouté beaucoup d'eau au moulin des écologistes. Neuf ans plus tard, la catastrophe de Tchernobyl transforma la méfiance populaire en opposition systématique dans la plupart des pays occidentaux, lesquels cessèrent à peu près complètement de construire des centrales nucléaires.
Au Canada, les réacteurs CANDU conçus par Énergie atomique Canada limitée (EACL) ont aussi connu leur part de difficultés. C'est ainsi qu'en 1997, l'Ontario a dû fermer sept de ses dix-neuf réacteurs pour cause d'usure prématurée et de lacunes importantes au chapitre de la sécurité. Quelques-uns d'entre eux ont été remis à niveau depuis au prix d'investissements faramineux, mais les autres ont été fermés de façon définitive.
Aujourd'hui, faute de solution de remplacement, l'Ontario se tourne à nouveau vers le nucléaire et s'apprête à commander deux nouveaux réacteurs de 1000 mégawatts chacun.
Grâce à l'hydroélectricité, le Québec a pu échapper au mouvement. En revanche, nous avons dû accepter le fait que nos besoins en énergie exigeaient la mise en chantier de grands projets comme la Baie-James, et bientôt la Romaine, pour lequel des audiences publiques auront lieu cet automne.
Un peu de nucléaire, de gaz, d'éolien et beaucoup d'hydroélectricité, cette variété de mode de production assure une production à la fois stable, sûre, économique et relativement moins dommageable pour l'environnement que dans la presque totalité des pays industrialisés.
***
C'est dans ce contexte que se pose la question de savoir si la décision du gouvernement Charest de donner son aval à la réfection de Gentilly-2 est bonne ou mauvaise.
Sur le plan environnemental, la centrale de Gentilly ne produit aucun gaz à effet de serre, comme se plaisent à le répéter les dirigeants d'Hydro-Québec. Est-elle sécuritaire pour autant? Aucun accident majeur n'ayant été rapporté depuis son ouverture, il y a 25 ans, on doit répondre oui, tout en ajoutant que des fuites de liquide radioactif ont déjà été signalées à la centrale jumelle construite trois ans plus tôt à Pointe Lepreau, au Nouveau-Brunswick.
Le réacteur CANDU d'une puissance de 675 MW érigé dans le parc de Bécancour est ni plus ni moins sûr que les autres modèles de réacteurs qui sont en service dans le monde. Mais comme tous les CANDU canadiens, il n'a pas complété les trente années de fonctionnement prévues à l'origine. L'usure prématurée des tubes de force situés au coeur du réacteur a forcé la fermeture définitive de certains modèles en Ontario et la réfection avant terme des autres, dont Gentilly-2.
Sur le plan économique, en lui donnant une seconde vie, on amortit les infrastructures de base sur une période de cinquante ans au lieu de vingt-cinq, réduisant d'autant le coût de production de chaque kilowattheure. Une centrale neuve de dernière génération comme celles que l'Ontario s'apprête à commander coûte au bas mot six millions de dollars du mégawatt de puissance installée, alors qu'on envisage de payer un peu moins de la moitié pour la réfection de Gentilly-2, soit 2,9 millions du mégawatt. Cela devrait produire de l'électricité à 7,2 ¢ du kwh, selon Hydro-Québec, soit à un prix moindre que l'éolien et qu'une centrale hydroélectrique comme celle qu'on veut construire sur la rivière Romaine.
On aurait pu fermer Gentilly, mais il aurait fallu consacrer le même montant qu'à sa réfection. Ce faisant, le Québec aurait aussi perdu toute expertise dans une technologie qui, contrairement aux prédictions, semble reprendre du galon dans la plupart des pays qui craignent une rupture des approvisionnements en gaz et en pétrole. Même l'Allemagne revient sur sa décision d'abandonner le nucléaire, elle qui investit pourtant beaucoup dans l'éolien.
Dans les circonstances, sans être idéale compte tenu du risque, il faut convenir que la décision de rénover Gentilly est raisonnable.
Au tournant des années soixante-dix, le nucléaire avait la cote partout dans le monde, y compris au Canada. À cette époque, Énergie atomique Canada envisageait même de construire une trentaine de centrales pour Hydro-Québec le long du Saint-Laurent, entre Montréal et Rivière-du-Loup. Puis il y eut la montée en force du mouvement écologiste mondial qui avait fait du nucléaire l'objet principal de ses manifestations.
Peu de temps après avoir pris le pouvoir, en 1976, le gouvernement de René Lévesque décrétait un moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires, sans pour autant annuler le projet de Gentilly-2 dont l'inauguration eut lieu en 1983. Entre-temps, en 1979, un accident sérieux est survenu à Three Mile Island, en Pennsylvanie, qui a ajouté beaucoup d'eau au moulin des écologistes. Neuf ans plus tard, la catastrophe de Tchernobyl transforma la méfiance populaire en opposition systématique dans la plupart des pays occidentaux, lesquels cessèrent à peu près complètement de construire des centrales nucléaires.
Au Canada, les réacteurs CANDU conçus par Énergie atomique Canada limitée (EACL) ont aussi connu leur part de difficultés. C'est ainsi qu'en 1997, l'Ontario a dû fermer sept de ses dix-neuf réacteurs pour cause d'usure prématurée et de lacunes importantes au chapitre de la sécurité. Quelques-uns d'entre eux ont été remis à niveau depuis au prix d'investissements faramineux, mais les autres ont été fermés de façon définitive.
Aujourd'hui, faute de solution de remplacement, l'Ontario se tourne à nouveau vers le nucléaire et s'apprête à commander deux nouveaux réacteurs de 1000 mégawatts chacun.
Grâce à l'hydroélectricité, le Québec a pu échapper au mouvement. En revanche, nous avons dû accepter le fait que nos besoins en énergie exigeaient la mise en chantier de grands projets comme la Baie-James, et bientôt la Romaine, pour lequel des audiences publiques auront lieu cet automne.
Un peu de nucléaire, de gaz, d'éolien et beaucoup d'hydroélectricité, cette variété de mode de production assure une production à la fois stable, sûre, économique et relativement moins dommageable pour l'environnement que dans la presque totalité des pays industrialisés.
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C'est dans ce contexte que se pose la question de savoir si la décision du gouvernement Charest de donner son aval à la réfection de Gentilly-2 est bonne ou mauvaise.
Sur le plan environnemental, la centrale de Gentilly ne produit aucun gaz à effet de serre, comme se plaisent à le répéter les dirigeants d'Hydro-Québec. Est-elle sécuritaire pour autant? Aucun accident majeur n'ayant été rapporté depuis son ouverture, il y a 25 ans, on doit répondre oui, tout en ajoutant que des fuites de liquide radioactif ont déjà été signalées à la centrale jumelle construite trois ans plus tôt à Pointe Lepreau, au Nouveau-Brunswick.
Le réacteur CANDU d'une puissance de 675 MW érigé dans le parc de Bécancour est ni plus ni moins sûr que les autres modèles de réacteurs qui sont en service dans le monde. Mais comme tous les CANDU canadiens, il n'a pas complété les trente années de fonctionnement prévues à l'origine. L'usure prématurée des tubes de force situés au coeur du réacteur a forcé la fermeture définitive de certains modèles en Ontario et la réfection avant terme des autres, dont Gentilly-2.
Sur le plan économique, en lui donnant une seconde vie, on amortit les infrastructures de base sur une période de cinquante ans au lieu de vingt-cinq, réduisant d'autant le coût de production de chaque kilowattheure. Une centrale neuve de dernière génération comme celles que l'Ontario s'apprête à commander coûte au bas mot six millions de dollars du mégawatt de puissance installée, alors qu'on envisage de payer un peu moins de la moitié pour la réfection de Gentilly-2, soit 2,9 millions du mégawatt. Cela devrait produire de l'électricité à 7,2 ¢ du kwh, selon Hydro-Québec, soit à un prix moindre que l'éolien et qu'une centrale hydroélectrique comme celle qu'on veut construire sur la rivière Romaine.
On aurait pu fermer Gentilly, mais il aurait fallu consacrer le même montant qu'à sa réfection. Ce faisant, le Québec aurait aussi perdu toute expertise dans une technologie qui, contrairement aux prédictions, semble reprendre du galon dans la plupart des pays qui craignent une rupture des approvisionnements en gaz et en pétrole. Même l'Allemagne revient sur sa décision d'abandonner le nucléaire, elle qui investit pourtant beaucoup dans l'éolien.
Dans les circonstances, sans être idéale compte tenu du risque, il faut convenir que la décision de rénover Gentilly est raisonnable.
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