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Harper a détruit les relations Chine-Canada, estime Chrétien

Robert Dutrisac   19 août 2008  Canada
Jean Chrétien
Jean Chrétien
Québec — Jean Chrétien, ancien premier ministre canadien, a accusé Stephen Harper d'avoir détruit les bonnes relations qu'entretenait le Canada avec la Chine. Le refus de l'actuel premier ministre de se rendre à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques est un faux pas, tout comme le fait d'avoir réservé des honneurs au dalaï-lama l'an dernier.

Au cours d'une allocution prononcée devant les membres de l'Association du Barreau canadien hier, Jean Chrétien a soutenu que, s'il était toujours premier ministre, il aurait été à l'ouverture des Jeux olympiques à Pékin. «Cela aurait été la bonne chose à faire», a-t-il dit. Dans le point de presse qui a suivi, l'ancien premier ministre en a rajouté: «Voyons donc, je n'aurais pas hésité une seconde.»

Une tradition diplomatique

Stephen Harper a rompu avec une tradition diplomatique qui remonte à Diefenbaker, alors que ce premier ministre conservateur avait permis que le Canada vende du blé à la Chine au début des années 60. Cette ouverture à la Chine avait été maintenue par tous ses successeurs. «On a bâti quelque chose qui a été débâti», a déploré M. Chrétien. «C'était une attitude indépendante. On n'est pas passé comme le nouveau petit chien des États-Unis.»

«En commençant par Diefenbaker, Trudeau et tous nous autres avons établi de très bonnes relations, relativement parlant, avec la Chine, et soudainement les ponts sont coupés.»

Sous l'impulsion de Pierre Trudeau, qui s'est rendu en Chine en 1970, le Canada a établi des relations diplomatiques avec l'État chinois avant que ne le fassent les États-Unis et beaucoup d'autres pays occidentaux. Que ce soit Joe Clark, Brian Mulroney ou lui-même, tous les premiers ministres canadiens avaient cherché à maintenir de bonnes relations avec la Chine, a relaté M. Chrétien.

Stephen Harper a commis une erreur parce que la Chine, c'est la deuxième économie en importance dans le monde à l'heure actuelle et qu'elle sera la plus importante dans 50 ans, a fait valoir l'ancien chef libéral. «Quand même le Canada boycotterait seul la Chine, ça ne changera pas grand-chose aux Chinois», a-t-il fait remarquer.

«On fait affaire avec l'Arabie saoudite; ce n'est pas une grande démocratie. La Jordanie, ce n'est pas une grande démocratie. L'Égypte, c'est une démocratie [mais] il faut le dire vite», a-t-il souligné. Or le Canada maintient de bonnes relations diplomatiques et commerciales avec tous ces pays.

Stephen Harper aurait dû faire comme Nicolas Sarkozy: mettre son orgueil de côté et aller à Pékin. «Regardez le discours de Sarkozy sur la Chine: il a ravalé ses paroles et il y est allé», a fait valoir M. Chrétien. Avant la tenue des Jeux, le président français avait durci le ton avec le gouvernement chinois, critiquant la situation des droits de l'homme en Chine. Il a d'abord menacé de ne pas se rendre à la cérémonie d'ouverture des Jeux, mais il s'est ravisé par la suite. Avec le concours de l'ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, le corps diplomatique de la France s'était évertué à réparer les pots cassés. «Parce que les Chinois sont comme ça: "Parfait, vous ne nous aimez pas; aussi nous n'achèterons plus d'aliments ou de parfum français, ni de vêtements français"», a illustré M. Chrétien.

L'absence de M. Harper aux Jeux ainsi que les relations que cultive le premier ministre canadien avec le dalaï-lama ont irrité Pékin. Le chef spirituel du Tibet en exil a reçu du Canada le titre de citoyen honoraire en 2007 et M. Harper l'a reçu dans ses bureaux du Parlement. «Ce n'était pas un compliment pour la Chine», a euphémisé M. Chrétien. «Bien sûr, le Tibet est un problème. Mais c'est un problème pour eux depuis bien longtemps.»

L'attitude du chef conservateur a déjà entraîné des effets néfastes sur le commerce entre les deux pays, a constaté M. Chrétien «On est rendu au bas de l'échelle. Demandez à n'importe quel homme d'affaires qui va en Chine», a-t-il dit. Les événements organisés par le Conseil commercial Canada-Chine attiraient jusqu'à 3000 personnes dont 2000 Chinois quand il était premier ministre. «Il n'y a plus qu'une centaine de Chinois», s'est-il désolé. «Comme Canadien, je déplore qu'on ait perdu notre position.»

Jean Chrétien s'est vanté d'avoir rencontré le président chinois pas moins de 14 fois, tout en rappelant les deux importantes missions économiques, appelées «Team Canada», qu'il a menées en terre chinoise. Devant les membres de l'Association du Barreau canadien, il a signalé les immenses changements qui sont intervenus en Chine depuis 1994, au moment où il prenait le pouvoir à Ottawa. Ainsi, les autorités chinoises ont instauré des élections pour les gouvernements des villes. Dans ses cours de justice, la Chine a changé le fardeau de la preuve, les accusés étant innocents jusqu'à preuve du contraire. Les présidents chinois respectent la Constitution; ils ne font pas plus de deux mandats. Toutes ces avancées réjouissent M. Chrétien, qui, quand il était premier ministre, a soulevé la question des droits de l'homme dans un discours prononcé à l'Université de Pékin. Mais à sa manière, a-t-il précisé: «J'ai appelé ça de la gouvernance.»

Les Chinois ont choisi de garder leur régime communiste. «Ils seront différents. Ils pourraient avoir le régime actuel pour longtemps», estime-t-il. Mais la démocratie elle-même n'est pas parfaite, a-t-il avancé en citant Winston Churchill.

Par ailleurs, Jean Chrétien s'est opposé à Stephen Harper sur un autre sujet: il estime que le détenu canadien à Guantánamo, Omar Khadr, aurait dû être rapatrié pour être jugé au Canada, ce que le gouvernement canadien refuse de faire en prétextant que des procédures judiciaires sont en cours aux États-Unis. Tous les autres pays occidentaux ont rapatrié leurs ressortissants qui étaient détenus dans cette prison militaire.






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  • Normand Parisien
    Inscrit
    mardi 19 août 2008 07h56
    L'argent n'a ni couleur ni odeur.
    « Sous prétexte de faire du commerce avec la République populaire de Chine, on s'apprête à fermer les yeux sur des aspects de la société chinoise qui ne seraient pas admissibles aux yeux des canadiens. Comparer le respect des droits de l'Homme et la démocratie de pays comme l'Arabie Saoudite et l'Égypte avec celle de la Chine est la preuve que la position libérale est encore plus conservatrice que celle des Conservateurs de Stephen Harper. Les Chinois n'ont pas choisis de conserver leur régime communiste car il n'y a pas de choix politique dans ce pays où la démocratie n'a jamais vue le jour. La Chine est une dictature communiste avec une économie de plus en plus capitaliste et c'est la preuve qu'en politique on peut jouer sur les mots indéfiniment. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 19 août 2008 09h10
    Ambigüités
    « Il y a comme une contradiction dans le raisonnement de Jean Chrétien, du moins tel que nous en rapporte des extraits Robert Dutrisac. En effet, Jean Chrétien aurait décarré ceci à propos du Canada et de son attitude antérieure vis-à-vis de la Chine : «C'était une attitude indépendante. On n'est pas passé comme le nouveau petit chien des États-Unis.» Ce qui veut sans douta dire, «On ne nous a pas pris pour un petit chien des États-Unis».

    Donc, ce que l'ancien Premier ministre libéral met de l'avant, c'est cette autonomie, cette indépendance de la politique canadienne à l'égard de celle des États-Unis. En ne se rendant pas à Pékin pour l'ouverture des Jeux olympiques, est-ce que Stephen Harper n'a pas manifesté une attitude semblable, puisque G.W. Bush s'est, lui, rendu à Pékin?

    Mais il serait intéressant de savoir pourquoi exactement S. Harper a préféré rester ici, plutôt que de se joindre aux autres chefs d'État ou de gouvernement qui se rendaient à l'ouverture des Jeux. On a beaucoup reproché à S. Harper, et à juste titre, son alignement sur la politique de notre voisin du Sud. A-t-il voulu clairement marquer qu'il s'en démarquait? Ou alors, a-t-il pensé que, vu le piètre état des relations avec la Chine, son absence ou sa venue ne changerait rien?

    Le président français, comme le souligne Jean Chrétien, y est allé, pour tenter de recoller les morceaux des relations franco-chinoises, mises à mal par les incidents qui ont marqué le passage de la flamme olympique à Paris. Sa présence à la cérémonie d'ouverture changera-t-elle quelque chose? L'avenir le dira. Comme l'avenir dira si l'absence de S. Harper changera quelque chose dans les relations canado-chinoises. Autrement dit, quelle importance les dirigeants chinois attachent-ils au Canada dans leurs enjeux politiques, commerciaux ou culturels?

    Toutefois, on aimerait bien connaître les véritables raisons du refus de S. Harper de se rendre à Pékin, en dehors des déclarations officielles sur les droits de l'Homme ou le Tibet, qui pourraient bien n'être qu'un prétexte, et servir éventuellement à redorer son blason lors d'une prochaine campagne électorale. Qui sait? »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 19 août 2008 09h16
    La belle-mère de Shawinigan
    « C'est lui qui avait fait libérer le père à Khadr (un "Canadien"), entrainant tout le reste. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 19 août 2008 09h53
    Bof...
    « Ridicule. Comme si Vancouver allait se vider des chinois et autres asiatiques. Ne parlons pas du reste du Canada (ROC) comme le Quebec. D'ailleurs, c'est la seule culture sur la terre qui s'assimile tres mal avec les autres. On parle negativement du voile, des juifs et autres haitiens mais jamais de l'absence evidente des cultures asiatiques, nottamment chinoise. Annalyse a faire. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 19 août 2008 09h53
    Bof...
    « Ridicule. Comme si Vancouver allait se vider des chinois et autres asiatiques. Ne parlons pas du reste du Canada (ROC) comme le Quebec. D'ailleurs, c'est la seule culture sur la terre qui s'assimile tres mal avec les autres. On parle negativement du voile, des juifs et autres haitiens mais jamais de l'absence evidente des cultures asiatiques, nottamment chinoise. Annalyse a faire. »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    mardi 19 août 2008 10h00
    Encore un qui s'ennue de ne plus être en politique active !
    « Qu'importe s'il a tort ou raison de critiquer la position du gouvernement Harper au sujet de la Chine, par cette déclaration publique - et ce n'est pas la seule - Jean Chrétien nous montre bien qu'il qu'il s'ennuie de la politique. N'eût été la magouille du clan Martin pour l'évincer, il serait resté chef du PLC encore plusieurs années.

    Même chose pour Bill Clinton aux USA. Si la constitution américaine le lui avait permis, il se serait présenté pour un troisième mandat.

    Et on pourrait dire la même chose pour B. Landry. S'il n'avait pas démissionné sous le coup de l'impulsion en juin 2005, il serait certainement demeuré chef de son parti encore un bon moment. D'ailleurs ses nombreuse sorties, depuis qu'il a quitté, nous démontrent que la politique active lui manque. »

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 19 août 2008 10h46
    Tout à fait vrai
    « M.Chrétien rejoint tout à fait mon opinion sur ce sujet.L'attitude de M.Harper est tout à fait irresponsable. De plus il n'a donné aucune explication à son geste hautain vis-à-vis nos amis chinois.M.Trudeau avait été l'un des premiers à reconnaitre la Chine et lui et le Dr.Bethune sont vus comme de grands amis de la Chine. L'amitié avec la Chine peut engager plus de progrès pour nos pays respectifs que la bouderie de M.Harper dont nous attendons toujours les explications...

    La Chine constitue presque un univers en soi, avec une population gigantesque ne permettant pas le même type de libertés individuelles que dans un Canada "sous-peuplé.." En Chine la liberté d'avoir le nombre d'enfants désiré engendrerait un désastre. La liberté de déplacement engendrerait le chaos social ,que ferait-on de 20 millions de nouveau arrivés à Bejin en l'espace de quelques mois? Si M.Harper a à coeur les droits de l'homme qui commence donc par rapatrier ce jeune canadien prisonnier à Guantanamo..une prison que rejette les 2 candidats à la présidence aux USA

    Si nos relations économiques devaient se détériorer ce sont tous les ciyoyens canadiens qui paieraient le prix de l'irresponsablité de M.Harper. »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    mardi 19 août 2008 15h03
    Chrétien en a bâti des liens avec les Chinois
    « Des liens personnels et orchestrés avec la famille Desmarais en tout temps. Voilà une façon certaine pour faire bien des commissions, sous le couvert de Premier-ministre du plus beau meilleur pays du monde. Et moi qui croyais dur comme fer que le petit gars de Shawinigan était au dessus de tout soupçon! Mais il y a eu les Shawinigate, affaire des commandites, ainsi de suite. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 19 août 2008 15h38
    Ambigüités
    « Il y a comme une contradiction dans le raisonnement de Jean Chrétien, du moins tel que nous le rapportent des extraits de Robert Dutrisac. En effet, Jean Chrétien aurait décarré ceci à propos du Canada et de son attitude antérieure vis-à-vis de la Chine : «C'était une attitude indépendante. On n'est pas passé comme le nouveau petit chien des États-Unis.» Ce qui veut sans douta dire, «On ne nous a pas pris pour un petit chien des États-Unis».

    Donc, ce que l'ancien Premier ministre libéral met de l'avant, c'est cette autonomie, cette indépendance de la politique canadienne à l'égard de celle des États-Unis. En ne se rendant pas à Pékin pour l'ouverture des Jeux olympiques, est-ce que Stephen Harper n'a pas manifesté une attitude semblable, puisque G.W. Bush s'est, lui, rendu à Pékin?

    Mais il serait intéressant de savoir pourquoi exactement S. Harper a préféré rester ici, plutôt que de se joindre aux autres chefs d'État ou de gouvernement qui se rendaient à l'ouverture des Jeux. On a beaucoup reproché à S. Harper, et à juste titre, son alignement sur la politique de notre voisin du Sud. A-t-il voulu clairement marquer qu'il s'en démarquait? Ou alors, a-t-il pensé que, vu le piètre état des relations avec la Chine, son absence ou sa venue ne changerait rien?

    Le président français, comme le souligne Jean Chrétien, y est allé, pour tenter de recoller les morceaux des relations franco-chinoises, mises à mal par les incidents qui ont marqué le passage de la flamme olympique à Paris. Sa présence à la cérémonie d'ouverture changera-t-elle quelque chose? L'avenir le dira. Comme l'avenir dira si l'absence de S. Harper changera quelque chose dans les relations canado-chinoises. Autrement dit, quelle importance les dirigeants chinois attachent-ils au Canada dans leurs enjeux politiques, commerciaux ou culturels?

    Toutefois, on aimerait bien connaître les véritables raisons du refus de S. Harper de se rendre à Pékin, en dehors des déclarations officielles sur les droits de l'Homme ou le Tibet, qui pourraient bien n'être qu'un prétexte, et servir éventuellement à redorer son blason lors d'une prochaine campagne électorale. Qui sait? »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    vendredi 22 août 2008 08h22
    Faire la manchette.
    « Les reproches reliés au non rapatriement d'Omar Khadr (Guantánamo) et à l'absence de Stephen Harper aux JO de Pékin ne sont que d'autres petites balles de golf que Jean Chrétien vient taponner devant la presse ou à chaque occasion qu'il a de s'exposer, de s'autobiographier et de s'autoproclamer. Balles de golf tout aussi petites et insignifiantes que celles qu'il est venu taponner devant la Commission Gomery. C'est, pour le moins, de la très petite politique et d'absurdes avocasseries dans le genre de tout ce qu'il a brassé avant, pendant et après le scandale des commandites libérales, la pire des hontes inscrites à l'histoire de la politique canadienne. Pour ce gars de Shawinigan, la petitesse, la mesquinerie et l'hypocrisie sont des droits et des libertés. Ses stripteases verbeux sont impertinents, grotesques et indécents. De toute façon Jean Chrétien n'a jamais vénéré d'autre dieu que lui-même.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

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