Harper pourrait orchestrer sa propre défaite
15 août 2008
Canada
Stephen Harper
Ottawa — Pendant que le cirque se poursuivait hier à Ottawa devant le comité parlementaire de l'éthique, le premier ministre Stephen Harper a laissé entendre qu'il pourrait orchestrer sa propre défaite cet automne pour aller aux urnes et obtenir un mandat tout frais.
«Dans un gouvernement minoritaire, pour accomplir quelque chose, vous avez besoin de l'appui d'au moins un parti d'opposition, a dit M. Harper alors qu'il se trouvait à Terre-Neuve. Deux des trois partis d'opposition n'appuient pas le gouvernement et disent que nous devrions être défaits. [Le chef libéral Stéphane] Dion dit qu'il ne nous appuie pas, mais ne veut pas dire s'il nous renversera ou pas. C'est une situation intenable. Je pense que M. Dion devra prendre une décision. Moi-même, je devrai poser un jugement prochainement à savoir si ce Parlement peut fonctionner ou pas.»
M. Harper n'a pas parlé directement de se rendre chez la Gouverneure générale, mais son directeur des communications, Kory Teneycke, l'a fait. «La loi sur les élections à date fixe permet quand même de déclencher une élection si le Parlement ne fonctionne plus», a-t-il dit au Devoir.
La Chambre des communes ne siège pas pour les vacances estivales. En principe, elle doit reprendre ses travaux le 15 septembre prochain. Le dernier sondage effectué par la maison Harris-Decima pour le compte de la Presse canadienne indique que le Parti libéral a repris des forces: il obtient 33 % des intentions de vote contre 32 % pour les conservateurs. Son avance est plus importante par régions, en Ontario et dans les Maritimes.
Les trois partis d'opposition ont été prompts à répliquer, notant que M. Harper trahissait sa promesse, lui qui a fait adopter un projet de loi établissant un régime électoral à date fixe. Selon cette loi, la prochaine élection générale fédérale devrait avoir lieu le 19 octobre 2009.
«C'est le temps de changer de gouvernement», a lancé le chef du NPD, Jack Layton. Selon lui, l'enjeu sur lequel la Chambre des communes retirerait sa confiance au gouvernement n'est plus important. «On doit le renverser sur n'importe quoi, parce que les politiques internationales sur la guerre, l'environnement, l'économie poursuivies par M. Harper sont mauvaises.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a pas peur d'un scrutin automnal, mais souligne que ce sont les conservateurs qui bloquent les travaux réguliers de la Chambre des communes. «Ce sont eux-même qui font le trouble», dit-il.
Même son de cloche chez les libéraux. Le chef Stéphane Dion n'a pas commenté, mais son député Dominic Leblanc, qui siège sur le comité de l'éthique tenant des séances estivales exceptionnelles, estime que «c'est une invention de dire que le Parlement ne fonctionne pas».
«Cinq clowns»
Au coeur de cette hausse de la température électorale semblent se trouver les travaux du comité de l'éthique en cours cette semaine. L'opposition, qui y est majoritaire, tente de faire la lumière sur le système utilisé par le Parti conservateur lors de la dernière campagne électorale, par lequel il a imputé à 67 de ses candidats plus de 1,3 million de dollars en dépenses de publicité. Élections Canada a refusé de reconnaître ces publicités comme ayant été encourues légitimement par les candidats en question. Le Parti conservateur conteste cette décision en Cour fédérale. Si ces dépenses devaient être imputées au parti central, la formation aurait dépassé la limite de dépenses permises d'un peu plus d'un million de dollars.
Les travaux se sont poursuivis hier dans la même atmosphère d'affrontement, d'abus de procédure et parfois même d'insultes, faisant dire à la bloquiste Carole Lavallée qu'il s'agissait d'un comité avec «cinq clowns». Cinq députés conservateurs siègent sur le comité.
Si pendant la semaine une pléiades de témoins conservateurs n'ont pas daigné se présenter devant le comité, hier ce fut l'inverse: le candidat défait torontois Sam Goldstein s'est présenté sans s'annoncer, exigeant d'être entendu sur-le-champ. Cela lui a été refusé, d'autres témoins étant prévus. Prenant place à l'arrière de la salle, M. Goldstein a invectivé le président du comité. «Pourquoi ne voulez-vous pas m'entendre?», a-t-il dit.
M. Goldstein était prévu à l'horaire mardi après-midi, mais n'a pas donné signe de vie. L'homme, un avocat criminaliste, a expliqué hier qu'il avait des rencontres avec ses clients ce jour-là, et un procès le lendemain. Il est resté dans la salle pendant les trois heures qu'a duré la séance matinale. Puis, lorsque le président a demandé au Directeur général des élections, Marc Mayrand, qui témoignait, s'il serait disposé à permettre une pause-repas de deux heures, M. Goldstein est sorti de ses gonds: «Pourquoi l'accommodez-vous alors que vous refusez de m'accommoder?» Ses cris ont causé la suspension des travaux. M. Goldstein, à qui on avait proposé de livrer son témoignage plus tard en après-midi, est reparti pour Toronto sans demander son reste.
Le comité, dont les travaux sont suspendus jusqu'à la rentrée parlementaire, a résolu de convoquer à nouveau les témoins conservateurs ne s'étant pas présentés. «C'est la carotte avant le bâton», a expliqué la bloquiste Carole Lavallée. Elle veut donner une seconde chance aux récalcitrants de prouver que c'est bel et bien parce qu'ils en étaient empêchés qu'ils ne se sont pas présentés, et non à cause d'un manque de volonté.
Notons par ailleurs qu'un des avocats du Parti conservateur, Arthur Hamilton, a été présent tout au long des travaux du comité de l'éthique cette semaine. M. Hamilton était assis derrière les députés conservateurs, leur parlant de manière constante et leur fournissant parfois des documents. Il a même discuté avec Sam Goldstein lorsque ce dernier a eu fini de crier. M. Hamilton travaille pour la firme Cassels Brock & Blackwell. Il a été nommé en 2007 président du conseil d'administration de la Société des ponts fédéraux par le ministre des Transports, Lawrence Cannon.
«Dans un gouvernement minoritaire, pour accomplir quelque chose, vous avez besoin de l'appui d'au moins un parti d'opposition, a dit M. Harper alors qu'il se trouvait à Terre-Neuve. Deux des trois partis d'opposition n'appuient pas le gouvernement et disent que nous devrions être défaits. [Le chef libéral Stéphane] Dion dit qu'il ne nous appuie pas, mais ne veut pas dire s'il nous renversera ou pas. C'est une situation intenable. Je pense que M. Dion devra prendre une décision. Moi-même, je devrai poser un jugement prochainement à savoir si ce Parlement peut fonctionner ou pas.»
M. Harper n'a pas parlé directement de se rendre chez la Gouverneure générale, mais son directeur des communications, Kory Teneycke, l'a fait. «La loi sur les élections à date fixe permet quand même de déclencher une élection si le Parlement ne fonctionne plus», a-t-il dit au Devoir.
La Chambre des communes ne siège pas pour les vacances estivales. En principe, elle doit reprendre ses travaux le 15 septembre prochain. Le dernier sondage effectué par la maison Harris-Decima pour le compte de la Presse canadienne indique que le Parti libéral a repris des forces: il obtient 33 % des intentions de vote contre 32 % pour les conservateurs. Son avance est plus importante par régions, en Ontario et dans les Maritimes.
Les trois partis d'opposition ont été prompts à répliquer, notant que M. Harper trahissait sa promesse, lui qui a fait adopter un projet de loi établissant un régime électoral à date fixe. Selon cette loi, la prochaine élection générale fédérale devrait avoir lieu le 19 octobre 2009.
«C'est le temps de changer de gouvernement», a lancé le chef du NPD, Jack Layton. Selon lui, l'enjeu sur lequel la Chambre des communes retirerait sa confiance au gouvernement n'est plus important. «On doit le renverser sur n'importe quoi, parce que les politiques internationales sur la guerre, l'environnement, l'économie poursuivies par M. Harper sont mauvaises.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a pas peur d'un scrutin automnal, mais souligne que ce sont les conservateurs qui bloquent les travaux réguliers de la Chambre des communes. «Ce sont eux-même qui font le trouble», dit-il.
Même son de cloche chez les libéraux. Le chef Stéphane Dion n'a pas commenté, mais son député Dominic Leblanc, qui siège sur le comité de l'éthique tenant des séances estivales exceptionnelles, estime que «c'est une invention de dire que le Parlement ne fonctionne pas».
«Cinq clowns»
Au coeur de cette hausse de la température électorale semblent se trouver les travaux du comité de l'éthique en cours cette semaine. L'opposition, qui y est majoritaire, tente de faire la lumière sur le système utilisé par le Parti conservateur lors de la dernière campagne électorale, par lequel il a imputé à 67 de ses candidats plus de 1,3 million de dollars en dépenses de publicité. Élections Canada a refusé de reconnaître ces publicités comme ayant été encourues légitimement par les candidats en question. Le Parti conservateur conteste cette décision en Cour fédérale. Si ces dépenses devaient être imputées au parti central, la formation aurait dépassé la limite de dépenses permises d'un peu plus d'un million de dollars.
Les travaux se sont poursuivis hier dans la même atmosphère d'affrontement, d'abus de procédure et parfois même d'insultes, faisant dire à la bloquiste Carole Lavallée qu'il s'agissait d'un comité avec «cinq clowns». Cinq députés conservateurs siègent sur le comité.
Si pendant la semaine une pléiades de témoins conservateurs n'ont pas daigné se présenter devant le comité, hier ce fut l'inverse: le candidat défait torontois Sam Goldstein s'est présenté sans s'annoncer, exigeant d'être entendu sur-le-champ. Cela lui a été refusé, d'autres témoins étant prévus. Prenant place à l'arrière de la salle, M. Goldstein a invectivé le président du comité. «Pourquoi ne voulez-vous pas m'entendre?», a-t-il dit.
M. Goldstein était prévu à l'horaire mardi après-midi, mais n'a pas donné signe de vie. L'homme, un avocat criminaliste, a expliqué hier qu'il avait des rencontres avec ses clients ce jour-là, et un procès le lendemain. Il est resté dans la salle pendant les trois heures qu'a duré la séance matinale. Puis, lorsque le président a demandé au Directeur général des élections, Marc Mayrand, qui témoignait, s'il serait disposé à permettre une pause-repas de deux heures, M. Goldstein est sorti de ses gonds: «Pourquoi l'accommodez-vous alors que vous refusez de m'accommoder?» Ses cris ont causé la suspension des travaux. M. Goldstein, à qui on avait proposé de livrer son témoignage plus tard en après-midi, est reparti pour Toronto sans demander son reste.
Le comité, dont les travaux sont suspendus jusqu'à la rentrée parlementaire, a résolu de convoquer à nouveau les témoins conservateurs ne s'étant pas présentés. «C'est la carotte avant le bâton», a expliqué la bloquiste Carole Lavallée. Elle veut donner une seconde chance aux récalcitrants de prouver que c'est bel et bien parce qu'ils en étaient empêchés qu'ils ne se sont pas présentés, et non à cause d'un manque de volonté.
Notons par ailleurs qu'un des avocats du Parti conservateur, Arthur Hamilton, a été présent tout au long des travaux du comité de l'éthique cette semaine. M. Hamilton était assis derrière les députés conservateurs, leur parlant de manière constante et leur fournissant parfois des documents. Il a même discuté avec Sam Goldstein lorsque ce dernier a eu fini de crier. M. Hamilton travaille pour la firme Cassels Brock & Blackwell. Il a été nommé en 2007 président du conseil d'administration de la Société des ponts fédéraux par le ministre des Transports, Lawrence Cannon.
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