Dépenses électorales: le comité vire au spectacle
Doug Finley veut devancer son témoignage et doit être expulsé
12 août 2008
Canada
Photo : Agence Reuters
Le responsable de la campagne électorale du Parti conservateur, Doug Finley, est escorté par des agents de sécurité hors de la salle d’audience du comité parlementaire de l’éthique.
Ottawa — Le monde à l'envers. Pendant plus d'un an, les députés de l'opposition à Ottawa tentent de forcer le grand manitou électoral du Parti conservateur, Doug Finley, à expliquer le stratagème conçu en 2005-06 pour faire gonfler les dépenses du parti et contesté par Élections Canada. M. Finley s'est finalement présenté devant eux hier matin, deux jours plus tôt que prévu, pour se faire reconduire une demi-heure plus tard... par des agents de sécurité de la Chambre des communes.
«J'ai besoin de procéder avec les autres témoins, alors je vous le demande pour une troisième fois, voudriez-vous s'il-vous-plaît quitter la table?», a dit le président du comité parlementaire de l'éthique, le libéral Paul Szabo. C'est sur ce coup de théâtre qu'ont été entamées hier les audiences tant attendues sur les finances électorales du Parti conservateur.
Le premier ministre Stephen Harper avait déploré la tenue de ce qu'il considère être une «parodie de justice» («kangaroo court»), mais c'est plutôt à une foire d'empoigne que le public a eu droit, en grande partie alimentée par les députés conservateurs. Ils ont exploité la procédure parlementaire pour retarder le déroulement des audiences et ont malmené certains témoins. Les invectives ont fusé de toutes parts, au point qu'un témoin, Gary Caldwell, un ancien candidat conservateur du Québec passé chez les Verts, s'est dit «sincèrement inquiet pour le futur de notre Parlement en tant qu'institution».
Peu de nouveauté a émergé de ce premier jour d'audience, si ce n'est que deux ex-candidats conservateurs, M. Caldwell et Joe Goudie (Terre-Neuve) affirment s'être fait demander par leur formation de ne pas parler aux médias de ce contentieux avec Élections Canada. Pour le reste, ils ont tous confirmé les allégations d'Élections Canada. On a aussi eu confirmation qu'aucun dirigeant du Parti conservateur ne livrera sa version des faits.
Les députés de l'opposition tentent depuis plus d'un an de faire défiler devant eux des témoins pour comprendre comment le Parti conservateur a échafaudé un plan par lequel il a possiblement dépensé pendant l'élection de 2005-06 1,2 million de dollars de plus que ne le permet la loi. Leur tentative devant un premier comité présidé par un député conservateur s'est soldée par un immobilisme de plusieurs mois, les députés du gouvernement exploitant la procédure pour parler sans interruption pendant des heures. Le comité de l'éthique, présidé celui-là par un libéral, a eu plus de chance.
Le Directeur général des élections, Marc Mayrand, a ainsi témoigné une première fois cet été. Cette semaine, c'est au tour de ceux qui, de près ou de loin, ont été impliqués dans le stratagème. Au total, 41 personnes d'allégeance conservatrice — ex-candidats, agents officiels de députés, publicitaires et dirigeants du parti — doivent défiler. Les témoignages des hauts dirigeants de la formation de Stephen Harper sont à l'horaire pour la journée demain seulement. Mais, coup de théâtre, le témoin numéro un, le directeur national de la campagne Doug Finley (et incidemment, le mari de la ministre fédérale de l'Immigration, Diane Finley), a choisi de se présenter hier matin sans avertissement.
Après un débat houleux de près de 25 minutes et un vote, il a été convenu que M. Finley devrait comparaître à l'heure convenue et non à celle de son choix. Le comité lui a donc demandé de partir. Dans un geste de défi, comme cela est sa marque de commerce, M. Finley a refusé de quitter la table de comité où il avait, sans invitation, pris place. Il est resté assis sans broncher. Le comité a appelé la sécurité et deux agents se sont présentés derrière M. Finley. Son avocat et lui se sont alors levés et ont quitté les lieux.
«Aujourd'hui était le seul jour de la semaine où je pouvais venir et j'ai volontairement proposé de faire une déclaration», a-t-il dit alors qu'il circulait dans l'édifice du Parlement. Il a confirmé qu'il était «très peu probable» qu'il revienne. Dans la déclaration d'ouverture qu'il devait lire et qui a été distribuée aux journalistes, M. Finley allait dire que «les témoins du Parti conservateur ne répondront à aucune question» à propos de la stratégie dite du «in and out». M. Finley, grand organisateur électoral du parti de Stephen Harper, est considéré comme le cerveau du stratagème conservateur.
Le Parti conservateur est accusé par Élections Canada d'avoir attribué à ses candidats des dépenses de publicité qu'il avait lui-même encourues. Il existe deux limites de dépenses: celle pour le parti et celle pour chaque candidat local. Élections Canada soupçonne donc le Parti conservateur d'avoir réquisitionné les campagnes locales qui n'avaient pas atteint leur maximum pour défoncer le sien. Les publicités ont été achetées par le parti, puis facturées aux candidats locaux qui ont payé avec l'argent que le parti leur avait au préalable transféré.
Après ce départ spectaculaire, les députés du gouvernement ont invectivé l'opposition. «De quoi avez-vous peur?», ont-ils lancé. «M. Finley a peur d'être obligé de venir répondre à ce que les candidats ont dit ce matin [hier]», a expliqué plus tard le libéral Dominic Leblanc.
Les candidats confirment la thèse d'Élections Canada
Quatre anciens candidats conservateurs à l'élection de 2005-06 ont comparu devant les députés. Tous ont confirmé que l'argent avait été versé dans leur compte par le Parti conservateur, puis retiré aussitôt sans qu'ils en obtiennent le contrôle. Tous ont dit ignorer à quoi cet argent devait servir. Joe Goudie, un de ces candidats et un ex-ministre conservateur de Terre-Neuve, a taillé en pièces la thèse du Parti conservateur à l'effet que ces transferts avaient été effectués après que chaque candidat local a eu au préalable accepté de participer à un achat collectif de publicités.
«Ryan Sparrow [un porte-parole du PC] peut dire ce qu'il veut, mais je n'ai pas souvenance que qui que ce soit m'ait contacté avant, pendant ou après le transfert d'argent», a-t-il affirmé au comité. Les témoins ont tous été assermentés hier.
Le témoignage dans l'après-midi de l'ex-candidat conservateur dans Bourassa, Liberato Martelli, a été des plus colorés. L'homme d'affaires montréalais dit s'être présenté à l'élection car il croyait aux idéaux conservateurs de transparence. Il se dit aujourd'hui très déçu. En ouverture, il a émis des doutes sur la volonté réelle des députés conservateurs «d'entendre la vérité».
«Ils ne sont pas aussi intègres qu'ils disent l'être», a-t-il lancé. De la véritable musique aux oreilles des députés de l'opposition, qui l'ont laissé parler le plus longtemps possible, mais une catastrophe pour ses anciens collègues. Au point où le député conservateur Gary Goodyear a affirmé avoir affaire à un «témoin hostile», récoltant les rires de tous. M. Martelli, lui, n'a pas ri du tout. Du tac-au-tac, il a lancé: «Je rappellerai à ce monsieur que mes impôts contribuent à payer son salaire.» Les conservateurs et M. Martelli ont continué à se crêper le chignon, au point où M. Martelli a lancé: «Vous, messieurs, tentez de vous cacher parce que vous savez que vos jours sont comptés!»
Ce matin, ce sera au tour d'agents officiels de députés aussi impliqués dans le stratagème qui témoigneront. On devrait entendre ceux qui géraient la caisse électorale des députés du Québec, soit Sylvie Boucher, Luc Harvey, Daniel Petit et la ministre Josée Verner.
«J'ai besoin de procéder avec les autres témoins, alors je vous le demande pour une troisième fois, voudriez-vous s'il-vous-plaît quitter la table?», a dit le président du comité parlementaire de l'éthique, le libéral Paul Szabo. C'est sur ce coup de théâtre qu'ont été entamées hier les audiences tant attendues sur les finances électorales du Parti conservateur.
Le premier ministre Stephen Harper avait déploré la tenue de ce qu'il considère être une «parodie de justice» («kangaroo court»), mais c'est plutôt à une foire d'empoigne que le public a eu droit, en grande partie alimentée par les députés conservateurs. Ils ont exploité la procédure parlementaire pour retarder le déroulement des audiences et ont malmené certains témoins. Les invectives ont fusé de toutes parts, au point qu'un témoin, Gary Caldwell, un ancien candidat conservateur du Québec passé chez les Verts, s'est dit «sincèrement inquiet pour le futur de notre Parlement en tant qu'institution».
Peu de nouveauté a émergé de ce premier jour d'audience, si ce n'est que deux ex-candidats conservateurs, M. Caldwell et Joe Goudie (Terre-Neuve) affirment s'être fait demander par leur formation de ne pas parler aux médias de ce contentieux avec Élections Canada. Pour le reste, ils ont tous confirmé les allégations d'Élections Canada. On a aussi eu confirmation qu'aucun dirigeant du Parti conservateur ne livrera sa version des faits.
Les députés de l'opposition tentent depuis plus d'un an de faire défiler devant eux des témoins pour comprendre comment le Parti conservateur a échafaudé un plan par lequel il a possiblement dépensé pendant l'élection de 2005-06 1,2 million de dollars de plus que ne le permet la loi. Leur tentative devant un premier comité présidé par un député conservateur s'est soldée par un immobilisme de plusieurs mois, les députés du gouvernement exploitant la procédure pour parler sans interruption pendant des heures. Le comité de l'éthique, présidé celui-là par un libéral, a eu plus de chance.
Le Directeur général des élections, Marc Mayrand, a ainsi témoigné une première fois cet été. Cette semaine, c'est au tour de ceux qui, de près ou de loin, ont été impliqués dans le stratagème. Au total, 41 personnes d'allégeance conservatrice — ex-candidats, agents officiels de députés, publicitaires et dirigeants du parti — doivent défiler. Les témoignages des hauts dirigeants de la formation de Stephen Harper sont à l'horaire pour la journée demain seulement. Mais, coup de théâtre, le témoin numéro un, le directeur national de la campagne Doug Finley (et incidemment, le mari de la ministre fédérale de l'Immigration, Diane Finley), a choisi de se présenter hier matin sans avertissement.
Après un débat houleux de près de 25 minutes et un vote, il a été convenu que M. Finley devrait comparaître à l'heure convenue et non à celle de son choix. Le comité lui a donc demandé de partir. Dans un geste de défi, comme cela est sa marque de commerce, M. Finley a refusé de quitter la table de comité où il avait, sans invitation, pris place. Il est resté assis sans broncher. Le comité a appelé la sécurité et deux agents se sont présentés derrière M. Finley. Son avocat et lui se sont alors levés et ont quitté les lieux.
«Aujourd'hui était le seul jour de la semaine où je pouvais venir et j'ai volontairement proposé de faire une déclaration», a-t-il dit alors qu'il circulait dans l'édifice du Parlement. Il a confirmé qu'il était «très peu probable» qu'il revienne. Dans la déclaration d'ouverture qu'il devait lire et qui a été distribuée aux journalistes, M. Finley allait dire que «les témoins du Parti conservateur ne répondront à aucune question» à propos de la stratégie dite du «in and out». M. Finley, grand organisateur électoral du parti de Stephen Harper, est considéré comme le cerveau du stratagème conservateur.
Le Parti conservateur est accusé par Élections Canada d'avoir attribué à ses candidats des dépenses de publicité qu'il avait lui-même encourues. Il existe deux limites de dépenses: celle pour le parti et celle pour chaque candidat local. Élections Canada soupçonne donc le Parti conservateur d'avoir réquisitionné les campagnes locales qui n'avaient pas atteint leur maximum pour défoncer le sien. Les publicités ont été achetées par le parti, puis facturées aux candidats locaux qui ont payé avec l'argent que le parti leur avait au préalable transféré.
Après ce départ spectaculaire, les députés du gouvernement ont invectivé l'opposition. «De quoi avez-vous peur?», ont-ils lancé. «M. Finley a peur d'être obligé de venir répondre à ce que les candidats ont dit ce matin [hier]», a expliqué plus tard le libéral Dominic Leblanc.
Les candidats confirment la thèse d'Élections Canada
Quatre anciens candidats conservateurs à l'élection de 2005-06 ont comparu devant les députés. Tous ont confirmé que l'argent avait été versé dans leur compte par le Parti conservateur, puis retiré aussitôt sans qu'ils en obtiennent le contrôle. Tous ont dit ignorer à quoi cet argent devait servir. Joe Goudie, un de ces candidats et un ex-ministre conservateur de Terre-Neuve, a taillé en pièces la thèse du Parti conservateur à l'effet que ces transferts avaient été effectués après que chaque candidat local a eu au préalable accepté de participer à un achat collectif de publicités.
«Ryan Sparrow [un porte-parole du PC] peut dire ce qu'il veut, mais je n'ai pas souvenance que qui que ce soit m'ait contacté avant, pendant ou après le transfert d'argent», a-t-il affirmé au comité. Les témoins ont tous été assermentés hier.
Le témoignage dans l'après-midi de l'ex-candidat conservateur dans Bourassa, Liberato Martelli, a été des plus colorés. L'homme d'affaires montréalais dit s'être présenté à l'élection car il croyait aux idéaux conservateurs de transparence. Il se dit aujourd'hui très déçu. En ouverture, il a émis des doutes sur la volonté réelle des députés conservateurs «d'entendre la vérité».
«Ils ne sont pas aussi intègres qu'ils disent l'être», a-t-il lancé. De la véritable musique aux oreilles des députés de l'opposition, qui l'ont laissé parler le plus longtemps possible, mais une catastrophe pour ses anciens collègues. Au point où le député conservateur Gary Goodyear a affirmé avoir affaire à un «témoin hostile», récoltant les rires de tous. M. Martelli, lui, n'a pas ri du tout. Du tac-au-tac, il a lancé: «Je rappellerai à ce monsieur que mes impôts contribuent à payer son salaire.» Les conservateurs et M. Martelli ont continué à se crêper le chignon, au point où M. Martelli a lancé: «Vous, messieurs, tentez de vous cacher parce que vous savez que vos jours sont comptés!»
Ce matin, ce sera au tour d'agents officiels de députés aussi impliqués dans le stratagème qui témoigneront. On devrait entendre ceux qui géraient la caisse électorale des députés du Québec, soit Sylvie Boucher, Luc Harvey, Daniel Petit et la ministre Josée Verner.
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