Fortier, financier no 1 du PC
18 juin 2008
Canada
Ottawa — Le ministre non élu des Travaux publics, le sénateur conservateur Michael Fortier, s'est hissé au sommet du palmarès des collecteurs de fonds pour son parti. Au cours de la seule année de 2007, M. Fortier a amassé près d'un demi-million de dollars auprès de militants divers. La somme lui permet de faire campagne en attendant les élections, mais l'opposition s'inquiète que M. Fortier puisse exploiter son statut de distributeur de contrats fédéraux pour financer le Parti conservateur.
En 2007, Michael Fortier a collecté 232 724,50 $ auprès de 385 sympathisants pour la circonscription de Vaudreuil-Soulanges, à l'ouest de Montréal. M. Fortier n'est pas élu, mais il tentera de ravir cette circonscription à la bloquiste Meili Faille lors des prochaines élections générales. À cette somme déjà copieuse, il faut ajouter encore 193 480 $, que l'association conservatrice de Mont-Royal a transférés à Vaudreuil-Soulanges, portant le total de l'argent amassé en 2007 par M. Fortier à 426 204,50 $.
Cela fait du sénateur-ministre le plus efficace financier conservateur au Québec, et de loin. Le ministre des Transports, Lawrence Cannon, censé être le lieutenant conservateur dans la province, a récolté à peine le quart de cette somme, soit 116 605 $. Arrivent ensuite la circonscription de Laurier-Sainte-Marie (77 160 $), celle de Mont-Royal (71 978 $) et enfin celle de la Beauce (63 096 $), détenue par le populaire Maxime Bernier, devenu simple député dans la foulée de sa relation controversée avec Julie Couillard.
«Comment se fait-il que le ministre Fortier, qui n'est pas responsable du Québec, aille chercher un demi-million de dollars en contributions? On s'entend que ce n'est pas avec des soupers spaghettis à 5 $ le couvert qu'il a accumulé cela!», a lancé le député bloquiste Réal Ménard. «J'aimerais qu'il nous dise si la porte d'entrée pour obtenir 426 204,50 $ est le fait qu'il est ministre et qu'il attribue pour plus de 20 milliards de dollars de contrats chaque année.»
Le ministère des Travaux publics est en effet responsable de l'octroi de tous les contrats gouvernementaux à Ottawa. «Est-ce que, dans un gouvernement, la meilleure personne pour faire du financement est le responsable des Travaux publics? s'interroge M. Ménard. Il me semble qu'il y a des questions. Je ne dis pas que c'est illégal, je ne dis pas qu'il y a eu des détournements, mais c'est préoccupant. [...] On demande à être rassurés.»
En entrevue avec Le Devoir, le ministre Michael Fortier explique qu'il a besoin de cet argent. «J'en ai besoin parce que je n'ai pas de budget de député. Les députés ont des budgets qui atteignent 200 000 $, ou même 300 000 $ par année. Moi, je n'en ai pas.»
M. Fortier a choisi de faire les choses autrement. Lui qui n'a pas de siège à la Chambre des communes a décidé de s'ouvrir quand même un bureau de circonscription et d'embaucher du personnel pour être présent sur le terrain et faire campagne en attendant le scrutin. «Ça coûte des sous! dit-il. Le budget de Meili Faille est de plus de 300 000 $. À ce que je sache, elle ne déclare pas de surplus.» M. Fortier précise qu'en tant que ministre, il ne s'ingère pas dans l'octroi des contrats gouvernementaux.
L'argent provenant de Mont-Royal est celui que M. Fortier, qui habite cette circonscription montréalaise, a récolté en 2006, alors qu'il n'avait pas encore choisi la circonscription dans laquelle il se présenterait. Il dit s'être entendu avec les gestionnaires locaux pour que, une fois son choix arrêté, l'argent lui soit transféré. Le candidat conservateur de Mont-Royal aux élections générales de 2006 était Neil Drabkin, actuel chef de cabinet du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day.
Les transferts entre circonscriptions électorales sont permis par Élections Canada et peuvent impliquer de l'argent engrangé au cours d'années précédentes mais non encore utilisé. Les partis utilisent souvent cette technique pour redistribuer l'argent vers les circonscriptions qu'ils ont le plus de chances de remporter. Ainsi, une source a confirmé au Devoir que la caisse électorale de Laurier-Sainte-Marie sert de «slush fund» à l'aile québécoise du Parti conservateur, c'est-à-dire de centre de redistribution des dons.
Ainsi, l'association de cette circonscription du centre-ville de Montréal a reçu des transferts d'argent de sept circonscriptions (surtout de la région lavalloise) totalisant 22 573 $ en 2007. Au même moment, la circonscription a redistribué vers 15 circonscriptions différentes à travers le Québec des montants totalisant plus de 63 000 $. Cette façon de faire permet d'éviter le quartier général du parti à Ottawa, qui ne comprend pas nécessairement les priorités financières du Québec. Laurier-Sainte-Marie est représentée par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Le candidat conservateur aux dernières élections y a terminé au cinquième rang, derrière le NPD, le Parti libéral et le Parti vert.
M. Fortier s'est retrouvé dans le pétrin la semaine dernière, quand son adjoint ministériel Bernard Côté a dû démissionner. M. Côté a reconnu avoir fréquenté Julie Couillard en mars et avril 2007, alors que l'entreprise pour laquelle elle dit travailler, Investissements immobiliers Kevlar, tentait d'obtenir un important contrat des Travaux publics dans la ville de Québec. Mme Couillard a discuté de ce contrat avec M. Côté, qui en connaissait les tenants et aboutissants. À cause de cette apparence de conflit d'intérêts, le ministre a réclamé son départ. Le contrat n'a pas encore été attribué. Le propriétaire de Kevlar, René Bellerive, avait aussi fait un don de 1000 $ à M. Fortier, que ce dernier s'est engagé à retourner pour les mêmes raisons.
Avec la collaboration d'Alec Castonguay
En 2007, Michael Fortier a collecté 232 724,50 $ auprès de 385 sympathisants pour la circonscription de Vaudreuil-Soulanges, à l'ouest de Montréal. M. Fortier n'est pas élu, mais il tentera de ravir cette circonscription à la bloquiste Meili Faille lors des prochaines élections générales. À cette somme déjà copieuse, il faut ajouter encore 193 480 $, que l'association conservatrice de Mont-Royal a transférés à Vaudreuil-Soulanges, portant le total de l'argent amassé en 2007 par M. Fortier à 426 204,50 $.
Cela fait du sénateur-ministre le plus efficace financier conservateur au Québec, et de loin. Le ministre des Transports, Lawrence Cannon, censé être le lieutenant conservateur dans la province, a récolté à peine le quart de cette somme, soit 116 605 $. Arrivent ensuite la circonscription de Laurier-Sainte-Marie (77 160 $), celle de Mont-Royal (71 978 $) et enfin celle de la Beauce (63 096 $), détenue par le populaire Maxime Bernier, devenu simple député dans la foulée de sa relation controversée avec Julie Couillard.
«Comment se fait-il que le ministre Fortier, qui n'est pas responsable du Québec, aille chercher un demi-million de dollars en contributions? On s'entend que ce n'est pas avec des soupers spaghettis à 5 $ le couvert qu'il a accumulé cela!», a lancé le député bloquiste Réal Ménard. «J'aimerais qu'il nous dise si la porte d'entrée pour obtenir 426 204,50 $ est le fait qu'il est ministre et qu'il attribue pour plus de 20 milliards de dollars de contrats chaque année.»
Le ministère des Travaux publics est en effet responsable de l'octroi de tous les contrats gouvernementaux à Ottawa. «Est-ce que, dans un gouvernement, la meilleure personne pour faire du financement est le responsable des Travaux publics? s'interroge M. Ménard. Il me semble qu'il y a des questions. Je ne dis pas que c'est illégal, je ne dis pas qu'il y a eu des détournements, mais c'est préoccupant. [...] On demande à être rassurés.»
En entrevue avec Le Devoir, le ministre Michael Fortier explique qu'il a besoin de cet argent. «J'en ai besoin parce que je n'ai pas de budget de député. Les députés ont des budgets qui atteignent 200 000 $, ou même 300 000 $ par année. Moi, je n'en ai pas.»
M. Fortier a choisi de faire les choses autrement. Lui qui n'a pas de siège à la Chambre des communes a décidé de s'ouvrir quand même un bureau de circonscription et d'embaucher du personnel pour être présent sur le terrain et faire campagne en attendant le scrutin. «Ça coûte des sous! dit-il. Le budget de Meili Faille est de plus de 300 000 $. À ce que je sache, elle ne déclare pas de surplus.» M. Fortier précise qu'en tant que ministre, il ne s'ingère pas dans l'octroi des contrats gouvernementaux.
L'argent provenant de Mont-Royal est celui que M. Fortier, qui habite cette circonscription montréalaise, a récolté en 2006, alors qu'il n'avait pas encore choisi la circonscription dans laquelle il se présenterait. Il dit s'être entendu avec les gestionnaires locaux pour que, une fois son choix arrêté, l'argent lui soit transféré. Le candidat conservateur de Mont-Royal aux élections générales de 2006 était Neil Drabkin, actuel chef de cabinet du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day.
Les transferts entre circonscriptions électorales sont permis par Élections Canada et peuvent impliquer de l'argent engrangé au cours d'années précédentes mais non encore utilisé. Les partis utilisent souvent cette technique pour redistribuer l'argent vers les circonscriptions qu'ils ont le plus de chances de remporter. Ainsi, une source a confirmé au Devoir que la caisse électorale de Laurier-Sainte-Marie sert de «slush fund» à l'aile québécoise du Parti conservateur, c'est-à-dire de centre de redistribution des dons.
Ainsi, l'association de cette circonscription du centre-ville de Montréal a reçu des transferts d'argent de sept circonscriptions (surtout de la région lavalloise) totalisant 22 573 $ en 2007. Au même moment, la circonscription a redistribué vers 15 circonscriptions différentes à travers le Québec des montants totalisant plus de 63 000 $. Cette façon de faire permet d'éviter le quartier général du parti à Ottawa, qui ne comprend pas nécessairement les priorités financières du Québec. Laurier-Sainte-Marie est représentée par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Le candidat conservateur aux dernières élections y a terminé au cinquième rang, derrière le NPD, le Parti libéral et le Parti vert.
M. Fortier s'est retrouvé dans le pétrin la semaine dernière, quand son adjoint ministériel Bernard Côté a dû démissionner. M. Côté a reconnu avoir fréquenté Julie Couillard en mars et avril 2007, alors que l'entreprise pour laquelle elle dit travailler, Investissements immobiliers Kevlar, tentait d'obtenir un important contrat des Travaux publics dans la ville de Québec. Mme Couillard a discuté de ce contrat avec M. Côté, qui en connaissait les tenants et aboutissants. À cause de cette apparence de conflit d'intérêts, le ministre a réclamé son départ. Le contrat n'a pas encore été attribué. Le propriétaire de Kevlar, René Bellerive, avait aussi fait un don de 1000 $ à M. Fortier, que ce dernier s'est engagé à retourner pour les mêmes raisons.
Avec la collaboration d'Alec Castonguay
Haut de la page

