21 milliards de plus pour l'Afghanistan
Paris — Deux mois après le sommet de l'OTAN qui avait renforcé son engagement militaire, 80 pays et organisations internationales réunis hier à Paris ont annoncé une contribution de 21 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Afghanistan. Les 68 pays représentés se sont engagés à accroître leur aide en échange d'un effort soutenu du gouvernement afghan dans la lutte contre la corruption. Cette conférence est «un succès parce que nous nous attendions dans nos rêves à 17 milliards», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Le résultat serait légèrement au-dessus de ce qu'espérait le président afghan, Hamid Karzaï, qui tablait, dit-on, sur 15 à 20 milliards de dollars d'aide à l'issue de cette conférence.
Le Canada a joint sa voix à celles des pays qui ont néanmoins exigé une plus grande rigueur dans l'utilisation des fonds. «Nous avons expliqué clairement au président [Karzaï] que si les Canadiens étaient en Afghanistan, si des vies devaient être sacrifiées et si beaucoup d'argent devait être dépensé, le public s'attendait à ce que cet argent et ces vies servent à quelque chose», a déclaré le ministre des Affaires étrangères canadien, David Emerson. «Quand il y a une odeur de corruption, les gens s'éloignent. Je lui ai expliqué [au président] l'importance de s'occuper de ces questions», a ajouté le ministre, qui réalisait hier sa première visite à l'étranger à titre de responsable des Affaires étrangères après avoir succédé à Maxime Bernier.
Selon certaines organisations non gouvernementales, près du tiers des fonds de l'aide internationale disparaîtrait en corruption et à peine 30 % se rendrait directement aux nécessiteux. Le reste est souvent distribué en salaires à des experts étrangers. La lutte contre la corruption prend donc une importance déterminante alors que le président Karzaï présentait hier à Paris un plan quinquennal de 50 milliards de dollars afin de poursuivre la reconstruction de son pays. Comme le Canada, qui a offert d'augmenter son aide de 1,3 à 1,9 milliard de dollars sur dix ans, incluant la remise en fonction d'un barrage, la France et les États-Unis ont aussi annoncé une augmentation substantielle.
Les Américains promettent une aide supplémentaire de 10 milliards de dollars alors que la France doublera sa contribution, portant celle-ci à 170 millions de dollars entre 2008 et 2010. Celle de l'Allemagne sera portée à 660 millions de dollars durant la même période. En tout, plus de 21 milliards de dollars ont été promis en échange d'un renforcement de la lutte contre la corruption et des efforts du président Hamid Karzaï de favoriser la réconciliation du pays. «J'exhorte le gouvernement à prendre des mesures actives» contre la corruption, et à «pratiquer la transparence et la bonne gouvernance», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
Mais, précisent les experts, un certain nombre des milliards annoncés hier auraient déjà été annoncés auparavant. L'aide américaine doit encore être adoptée par le Congrès. Selon un récent rapport de l'Agence de coordination de l'aide à l'Afghanistan, les pays occidentaux n'auraient fourni que 15 des 25 milliards de dollars d'aide promis depuis 2001, date de la chute des talibans.
«L'Afghanistan a été pris en otage par un régime allié au terrorisme, régime qui représente la négation même des valeurs de l'islam», a déclaré Nicolas Sarkozy à l'ouverture de la conférence. La France, qui vient de promettre l'envoi d'un bataillon dans l'est du pays, «maintiendra son engagement en Afghanistan aussi longtemps que ce sera nécessaire pour gagner, parce qu'on ne cède pas devant les terroristes», a-t-il poursuivi. Nicolas Sarkozy a aussi fortement insisté sur l'importance d'«afghaniser» la reconstruction du pays.
«L'afghanisation est essentielle», a reconnu le porte-parole du président afghan, Humayum Hamidzada. Il estime cependant qu'il faut mieux définir «ce qu'on entend par corruption». Beaucoup de pays montrent malgré tout leur confiance dans le gouvernement «en contribuant directement à son budget», dit-il. Un engagement que n'a pas pris le gouvernement canadien, qui cherche, dit le ministre Emerson, à ce que son aide «se rende le plus directement possible à ceux qui sont dans le besoin.» Face à l'éventualité d'un retrait canadien après 2011, le porte-parole du président afghan a affirmé que «le Canada était un pays qui tient ses engagements». Il a néanmoins plaidé pour la nécessité de certains engagements à long terme sans échéance précise. Quatre-vingt-dix pour cent du budget du pays est aujourd'hui puisé dans l'aide internationale.
Plus tôt, David Emerson, qui est aussi ministre du Commerce international, a signé un plan d'action conjoint avec la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde. Le plan plaide notamment pour «l'établissement d'un partenariat plus étroit entre le Canada et l'Union européenne».
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Correspondant du Devoir à Paris
Le Canada a joint sa voix à celles des pays qui ont néanmoins exigé une plus grande rigueur dans l'utilisation des fonds. «Nous avons expliqué clairement au président [Karzaï] que si les Canadiens étaient en Afghanistan, si des vies devaient être sacrifiées et si beaucoup d'argent devait être dépensé, le public s'attendait à ce que cet argent et ces vies servent à quelque chose», a déclaré le ministre des Affaires étrangères canadien, David Emerson. «Quand il y a une odeur de corruption, les gens s'éloignent. Je lui ai expliqué [au président] l'importance de s'occuper de ces questions», a ajouté le ministre, qui réalisait hier sa première visite à l'étranger à titre de responsable des Affaires étrangères après avoir succédé à Maxime Bernier.
Selon certaines organisations non gouvernementales, près du tiers des fonds de l'aide internationale disparaîtrait en corruption et à peine 30 % se rendrait directement aux nécessiteux. Le reste est souvent distribué en salaires à des experts étrangers. La lutte contre la corruption prend donc une importance déterminante alors que le président Karzaï présentait hier à Paris un plan quinquennal de 50 milliards de dollars afin de poursuivre la reconstruction de son pays. Comme le Canada, qui a offert d'augmenter son aide de 1,3 à 1,9 milliard de dollars sur dix ans, incluant la remise en fonction d'un barrage, la France et les États-Unis ont aussi annoncé une augmentation substantielle.
Les Américains promettent une aide supplémentaire de 10 milliards de dollars alors que la France doublera sa contribution, portant celle-ci à 170 millions de dollars entre 2008 et 2010. Celle de l'Allemagne sera portée à 660 millions de dollars durant la même période. En tout, plus de 21 milliards de dollars ont été promis en échange d'un renforcement de la lutte contre la corruption et des efforts du président Hamid Karzaï de favoriser la réconciliation du pays. «J'exhorte le gouvernement à prendre des mesures actives» contre la corruption, et à «pratiquer la transparence et la bonne gouvernance», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
Mais, précisent les experts, un certain nombre des milliards annoncés hier auraient déjà été annoncés auparavant. L'aide américaine doit encore être adoptée par le Congrès. Selon un récent rapport de l'Agence de coordination de l'aide à l'Afghanistan, les pays occidentaux n'auraient fourni que 15 des 25 milliards de dollars d'aide promis depuis 2001, date de la chute des talibans.
«L'Afghanistan a été pris en otage par un régime allié au terrorisme, régime qui représente la négation même des valeurs de l'islam», a déclaré Nicolas Sarkozy à l'ouverture de la conférence. La France, qui vient de promettre l'envoi d'un bataillon dans l'est du pays, «maintiendra son engagement en Afghanistan aussi longtemps que ce sera nécessaire pour gagner, parce qu'on ne cède pas devant les terroristes», a-t-il poursuivi. Nicolas Sarkozy a aussi fortement insisté sur l'importance d'«afghaniser» la reconstruction du pays.
«L'afghanisation est essentielle», a reconnu le porte-parole du président afghan, Humayum Hamidzada. Il estime cependant qu'il faut mieux définir «ce qu'on entend par corruption». Beaucoup de pays montrent malgré tout leur confiance dans le gouvernement «en contribuant directement à son budget», dit-il. Un engagement que n'a pas pris le gouvernement canadien, qui cherche, dit le ministre Emerson, à ce que son aide «se rende le plus directement possible à ceux qui sont dans le besoin.» Face à l'éventualité d'un retrait canadien après 2011, le porte-parole du président afghan a affirmé que «le Canada était un pays qui tient ses engagements». Il a néanmoins plaidé pour la nécessité de certains engagements à long terme sans échéance précise. Quatre-vingt-dix pour cent du budget du pays est aujourd'hui puisé dans l'aide internationale.
Plus tôt, David Emerson, qui est aussi ministre du Commerce international, a signé un plan d'action conjoint avec la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde. Le plan plaide notamment pour «l'établissement d'un partenariat plus étroit entre le Canada et l'Union européenne».
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Correspondant du Devoir à Paris
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