Afghanistan: Ottawa fixe ses priorités
Ottawa — Le gouvernement Harper donne un sérieux coup d'accélérateur à ses efforts de développement et de reconstruction en Afghanistan, avec à la clé 600 millions d'argent frais sur trois ans. Ottawa se fixe également des objectifs plus clairs à atteindre d'ici 2011 et concentrera davantage ses actions dans la province de Kandahar, notamment grâce à trois projets «signatures» d'envergure.
Le rapport Manley sur l'avenir de la mission canadienne en Afghanistan rendu public en janvier dernier recommandait au gouvernement fédéral de revoir sa stratégie de développement dans ce pays et de mieux équilibrer son approche, histoire de ne pas laisser toute la place au volet militaire. En échange de son vote pour prolonger la mission en Afghanistan jusqu'en juillet 2011, le Parti libéral avait demandé la même chose, tout en exigeant plus de transparence de la part du gouvernement.
Hier, trois ministres ont annoncé une série de mesures qui visent à atteindre ces objectifs. «Notre but ultime demeure le même, c'est-à-dire laisser aux Afghans un pays viable qui se gouverne mieux et où règne un meilleur climat de paix et de sécurité», a soutenu le ministre des Affaires étrangères par intérim et président du comité du cabinet sur l'Afghanistan, David Emerson. «Ce qui est nouveau, c'est que nous concentrerons de façon significative nos efforts et nos ressources dans les secteurs les plus susceptibles de nous aider à atteindre ce but.»
D'abord, le Canada hausse de 600 millions de dollars sa contribution monétaire au développement de l'Afghanistan sur trois ans. L'effort du Canada à la reconstruction de ce pays instable passe donc de 1,3 milliard à 1,9 milliard de dollars entre 2001 et 2011. Depuis 2001, Ottawa a déjà dépensé un peu plus d'un milliard de dollars de cette enveloppe. Il reste donc 900 millions dans les coffres pour les trois prochaines années.
Le gouvernement du Canada s'est fixé hier quatre priorités d'action à Kandahar d'ici 2011 — date prévue du retrait des militaires canadiens — et deux priorités à l'échelle nationale. Chaque priorité est assez bien définie dans les documents du gouvernement.
Les priorités à Kandahar sont:
- Maintenir un environnement plus sécuritaire et accélérer la formation de l'Armée nationale afghane et de la Police nationale afghane.
- Fournir des emplois, de l'éducation et des services essentiels, tels que l'eau.
- Offrir une aide humanitaire aux populations vulnérables, y compris les réfugiés.
- Accroître la sécurité à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.
Les deux priorités nationales sont:
- Contribuer à renforcer les institutions afghanes et appuyer les processus démocratiques, tels que les élections.
- Faciliter les efforts dirigés par les Afghans en vue d'une réconciliation politique qui vise à affaiblir l'insurrection et encourager une paix durable.
Trois grands projets à Kandahar
Le gouvernement Harper a également décidé de mettre l'accent sur trois grands projets qui porteront la signature du Canada à Kandahar. Cette approche, qui vise à diminuer l'influence des talibans dans la région et à montrer au peuple afghan que la présence du Canada est utile, a été critiquée par les organisations non gouvernementales (ONG) qui font du développement. Ceux-ci estiment qu'il ne faut pas simplement chercher à mettre le drapeau canadien partout, mais plutôt tenter de trouver des solutions à long terme aux problèmes des Afghans.
La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a défendu la nouvelle approche canadienne de visibilité hier. «Ce n'est pas seulement une question de drapeau. Il faut montrer qu'on peut faire la différence dans la vie des gens.»
Le Canada entend d'ailleurs poursuivre le financement des ONG qui oeuvrent en Afghanistan. Ottawa n'abandonnera pas non plus les projets structurants à long terme, ont précisé hier les fonctionnaires de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).
Le plus important projet «signature» sera la réfection et l'amélioration du barrage d'irrigation Dahla, au nord de la ville de Kandahar. Ce barrage, le deuxième plus gros d'Afghanistan, existe depuis 60 ans. Plus de 80 % de la population de Kandahar utilise l'eau qui jaillit de ce barrage pour irriguer les terres et s'abreuver.
La première phase de mise à niveau, entièrement dirigée et financée par le Canada au coût de 50 millions de dollars, durera jusqu'en 2011. «Ça créera beaucoup d'emplois pour les Afghans, a précisé Bev Oda. Le barrage sera beaucoup plus efficace à la fin du projet et la population va voir une différence.» Les études des ingénieurs viennent tout juste d'être complétées, ce qui permettra de lancer le projet rapidement.
Ensuite, des partenaires internationaux viendront donner un coup de main pour la phase II, qui s'échelonnera de 2011 à 2020. Cette phase vise l'agrandissement des installations de Dahla. Il s'agit d'une priorité du gouvernement afghan.
Le ministre de la Défense, Peter MacKay, assure que des mesures de protection spéciales seront mises en place par les militaires canadiens pour éviter que le barrage ne devienne la cible des insurgés, comme ce fut le cas avec une centrale électrique dans la province voisine d'Helmand.
Le deuxième grand projet de développement du Canada à Kandahar d'ici 2011 sera la construction, l'agrandissement et la réfection de 50 écoles. Ce projet coûtera 12 millions de dollars.
Finalement, le Canada augmentera son aide financière à l'ONU et aux ONG pour combattre la poliomyélite, une maladie encore présente en Afghanistan. D'ici la fin de 2009, le Canada souhaite que cette maladie ait été éradiquée à Kandahar. On prévoit la vaccination de sept millions d'enfants à travers le pays et de 350 000 à Kandahar. Le montant accordé à ce projet atteint 60 millions de dollars.
Ottawa a également annoncé hier qu'il diminuait de 25 % son budget alloué aux programmes nationaux de développement en Afghanistan. La somme ainsi épargnée (environ 100 millions de dollars par année) sera redirigée vers des programmes de développement locaux à Kandahar. En 2007-08, 75 % du budget de développement de l'ACDI en Afghanistan a été alloué à des programmes nationaux, contre 25 % pour la province de Kandahar.
«À mesure que le Canada transformera son engagement en Afghanistan, nos programmes centrés à Kandahar constitueront plus de 50 % de l'ensemble de nos efforts», peut-on lire dans le document du gouvernement.
Un rapport sur l'état des lieux
Le gouvernement Harper a également déposé hier au Parlement un rapport qui fait le point sur la situation en Afghanistan et à Kandahar. Intitulé «Tracer la voie vers 2011», ce document sera remis à jour tous les trois mois.
Le rapport de 18 pages ne permet pas réellement d'apprendre de nouvelles informations sur la situation dans ce pays, mais il est plus honnête et critique que celui déposé au Parlement en 2007.
Ainsi, on peut lire que «la situation de la sécurité en Afghanistan s'est détériorée au cours de 2007 et au début de 2008. Les violences insurrectionnelles et criminelles ont pris de l'ampleur dans beaucoup de régions et il y a eu plus de civils tués en 2007 qu'au cours de n'importe quelle année depuis la chute des talibans en 2001.»
Le rapport Manley sur l'avenir de la mission canadienne en Afghanistan rendu public en janvier dernier recommandait au gouvernement fédéral de revoir sa stratégie de développement dans ce pays et de mieux équilibrer son approche, histoire de ne pas laisser toute la place au volet militaire. En échange de son vote pour prolonger la mission en Afghanistan jusqu'en juillet 2011, le Parti libéral avait demandé la même chose, tout en exigeant plus de transparence de la part du gouvernement.
Hier, trois ministres ont annoncé une série de mesures qui visent à atteindre ces objectifs. «Notre but ultime demeure le même, c'est-à-dire laisser aux Afghans un pays viable qui se gouverne mieux et où règne un meilleur climat de paix et de sécurité», a soutenu le ministre des Affaires étrangères par intérim et président du comité du cabinet sur l'Afghanistan, David Emerson. «Ce qui est nouveau, c'est que nous concentrerons de façon significative nos efforts et nos ressources dans les secteurs les plus susceptibles de nous aider à atteindre ce but.»
D'abord, le Canada hausse de 600 millions de dollars sa contribution monétaire au développement de l'Afghanistan sur trois ans. L'effort du Canada à la reconstruction de ce pays instable passe donc de 1,3 milliard à 1,9 milliard de dollars entre 2001 et 2011. Depuis 2001, Ottawa a déjà dépensé un peu plus d'un milliard de dollars de cette enveloppe. Il reste donc 900 millions dans les coffres pour les trois prochaines années.
Le gouvernement du Canada s'est fixé hier quatre priorités d'action à Kandahar d'ici 2011 — date prévue du retrait des militaires canadiens — et deux priorités à l'échelle nationale. Chaque priorité est assez bien définie dans les documents du gouvernement.
Les priorités à Kandahar sont:
- Maintenir un environnement plus sécuritaire et accélérer la formation de l'Armée nationale afghane et de la Police nationale afghane.
- Fournir des emplois, de l'éducation et des services essentiels, tels que l'eau.
- Offrir une aide humanitaire aux populations vulnérables, y compris les réfugiés.
- Accroître la sécurité à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.
Les deux priorités nationales sont:
- Contribuer à renforcer les institutions afghanes et appuyer les processus démocratiques, tels que les élections.
- Faciliter les efforts dirigés par les Afghans en vue d'une réconciliation politique qui vise à affaiblir l'insurrection et encourager une paix durable.
Trois grands projets à Kandahar
Le gouvernement Harper a également décidé de mettre l'accent sur trois grands projets qui porteront la signature du Canada à Kandahar. Cette approche, qui vise à diminuer l'influence des talibans dans la région et à montrer au peuple afghan que la présence du Canada est utile, a été critiquée par les organisations non gouvernementales (ONG) qui font du développement. Ceux-ci estiment qu'il ne faut pas simplement chercher à mettre le drapeau canadien partout, mais plutôt tenter de trouver des solutions à long terme aux problèmes des Afghans.
La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a défendu la nouvelle approche canadienne de visibilité hier. «Ce n'est pas seulement une question de drapeau. Il faut montrer qu'on peut faire la différence dans la vie des gens.»
Le Canada entend d'ailleurs poursuivre le financement des ONG qui oeuvrent en Afghanistan. Ottawa n'abandonnera pas non plus les projets structurants à long terme, ont précisé hier les fonctionnaires de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).
Le plus important projet «signature» sera la réfection et l'amélioration du barrage d'irrigation Dahla, au nord de la ville de Kandahar. Ce barrage, le deuxième plus gros d'Afghanistan, existe depuis 60 ans. Plus de 80 % de la population de Kandahar utilise l'eau qui jaillit de ce barrage pour irriguer les terres et s'abreuver.
La première phase de mise à niveau, entièrement dirigée et financée par le Canada au coût de 50 millions de dollars, durera jusqu'en 2011. «Ça créera beaucoup d'emplois pour les Afghans, a précisé Bev Oda. Le barrage sera beaucoup plus efficace à la fin du projet et la population va voir une différence.» Les études des ingénieurs viennent tout juste d'être complétées, ce qui permettra de lancer le projet rapidement.
Ensuite, des partenaires internationaux viendront donner un coup de main pour la phase II, qui s'échelonnera de 2011 à 2020. Cette phase vise l'agrandissement des installations de Dahla. Il s'agit d'une priorité du gouvernement afghan.
Le ministre de la Défense, Peter MacKay, assure que des mesures de protection spéciales seront mises en place par les militaires canadiens pour éviter que le barrage ne devienne la cible des insurgés, comme ce fut le cas avec une centrale électrique dans la province voisine d'Helmand.
Le deuxième grand projet de développement du Canada à Kandahar d'ici 2011 sera la construction, l'agrandissement et la réfection de 50 écoles. Ce projet coûtera 12 millions de dollars.
Finalement, le Canada augmentera son aide financière à l'ONU et aux ONG pour combattre la poliomyélite, une maladie encore présente en Afghanistan. D'ici la fin de 2009, le Canada souhaite que cette maladie ait été éradiquée à Kandahar. On prévoit la vaccination de sept millions d'enfants à travers le pays et de 350 000 à Kandahar. Le montant accordé à ce projet atteint 60 millions de dollars.
Ottawa a également annoncé hier qu'il diminuait de 25 % son budget alloué aux programmes nationaux de développement en Afghanistan. La somme ainsi épargnée (environ 100 millions de dollars par année) sera redirigée vers des programmes de développement locaux à Kandahar. En 2007-08, 75 % du budget de développement de l'ACDI en Afghanistan a été alloué à des programmes nationaux, contre 25 % pour la province de Kandahar.
«À mesure que le Canada transformera son engagement en Afghanistan, nos programmes centrés à Kandahar constitueront plus de 50 % de l'ensemble de nos efforts», peut-on lire dans le document du gouvernement.
Un rapport sur l'état des lieux
Le gouvernement Harper a également déposé hier au Parlement un rapport qui fait le point sur la situation en Afghanistan et à Kandahar. Intitulé «Tracer la voie vers 2011», ce document sera remis à jour tous les trois mois.
Le rapport de 18 pages ne permet pas réellement d'apprendre de nouvelles informations sur la situation dans ce pays, mais il est plus honnête et critique que celui déposé au Parlement en 2007.
Ainsi, on peut lire que «la situation de la sécurité en Afghanistan s'est détériorée au cours de 2007 et au début de 2008. Les violences insurrectionnelles et criminelles ont pris de l'ampleur dans beaucoup de régions et il y a eu plus de civils tués en 2007 qu'au cours de n'importe quelle année depuis la chute des talibans en 2001.»
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