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Bernard Descôteaux   10 juin 2008  Canada
La guerre est déclarée entre le ministre québécois Raymond Bachand et son homologue fédéral Jean-Pierre Blackburn, ci-devant responsable du développement régional pour le Québec. Unilatéralement, Ottawa a décidé de se retirer du financement d'une soixantaine d'organismes sans but lucratif (OSBL) voués au développement économique de leur région. Ce sont aussi bien de petits organismes, comme le TechnoCentre éolien de Gaspé, que des grands, comme Montréal International. Les deux millions de dollars que cet organisme reçoit de l'Agence de développement économique du Canada représentent 25 % de son budget de fonctionnement.

Le ministre Blackburn se justifie en disant vouloir mettre fin à la «culture du tout cuit dans le bec». Peu portées à penser «business», les organismes touchés attendent tout de l'État. S'ils sont essentiels à leur milieu, ils obtiendront un «soutien suffisant pour combler ses besoins financiers de base», fait-il valoir. Pour sa part, le ministre québécois du Développement économique voit dans ces organisations des outils de mobilisation et de concertation de leur milieu. Elles doivent être aidées pour l'effet structurant qu'elles ont sur l'économie régionale.

Le gouvernement fédéral économisera, lorsqu'il aura terminé, en 2010, son retrait du financement de ces OSBL, une cinquantaine de millions qui serviront à financer des projets qui ont un «début, un milieu et une fin». Par exemple, pour aider à acheter un vieux sous-marin pour attirer des touristes à Rimouski. Une trop grande part de son budget allant à ce qu'il considère comme des «bureaucraties communautaires», le ministre est frustré de ne pouvoir dispenser ses largesses au tout-venant.

Choqué, Raymond Bachand compare Jean-Pierre Blackburn à Maurice Duplessis qui faisait parader dans son bureau les entrepreneurs qui demandaient l'aide de l'État. Il n'a pas tout à fait tort puisque le ministre responsable de Développement économique Canada a la réputation d'intervenir dans la sélection des projets subventionnés. Il les choisit bien sûr davantage en fonction de leur bénéfice électoral que de leur impact sur l'économie des régions à moyen et long terme.

On peut trouver que 200 millions est bien peu pour soutenir l'action du gouvernement fédéral en matière de développement régional au Québec, surtout si la majeure partie est attribuée statutairement à des organismes liés par entente avec le ministère de M. Blackburn. Ce que ce dernier ne dit pas toutefois, c'est que son budget qui était de 358 millions l'an dernier diminue comme peau de chagrin. Il ne sera que de 196 millions l'an prochain et de 176 millions l'année suivante. Que conclure, sinon, que Jean-Pierre Blackburn n'a pas de poids dans le gouvernement Harper. Incapable de défendre ses budgets auprès du ministre des Finances, il est réduit à détourner les fonds dévolus au développement régional pour pouvoir jouer au père Noël.

***

bdescoteaux@ledevoir.com
 
 
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  • Guy Gilbert
    Inscrit
    mardi 10 juin 2008 07h21
    Pour quelques projets de plus
    Lorsqu'un gouvernement (fédéral ou provincial) du Canada lance un programme d'appui au secteur économique, qu'il soit du centre ou en régions, on semble au Québec disposer d'une imagination infinie pour dépenser ces fonds dans des fonctions administratives et on semble manquer désespérément de jugement et de volonté au moment de mettre en place les dits projets.

    Un bon petit projet de développement régional représente un investissement variable, mais grosso modo, peut se chiffrer entre cent et trois-cent mille dollars par emploi créé, dépendamment du type de projet et du niveau technologique. Pourquoi y-en-a-t-il si peu qui voient le jour, malgré les méga budgets utilisés. Ne peut-on pas pointer un peu la façon dont on s'y prend?

    Il y a très certainement une réflexion à faire dans tout ça et très certainement une stratégie à repenser. Si le ministre n'a plus de marge de manoeuvre, il pourra difficilement repenser à tout ça. S'il commence par se dégager une marge de manoeuvre, il fait selon moi un premier pas avisé.

    Ne présumons pas trop vite de ses intentions.

    Par ailleurs, le système semble mieux organisé au niveau des mégats projets. Pourquoi voit-on se concrétiser si facilement des contributions de l'état à des méga-projets qui représentent de un à quatre millions par emploi créé, plus les méga contributions à venir en tarifs préférentiels? La contribution en subvention directe de l'état à certains projets représente à elle seule parfois près d'un million par emploi créé.

    Guy Gilbert
    guyglb@aol.com

  • Jean-Pierre Aubry
    Abonné
    mardi 10 juin 2008 08h10
    Trop de cuisiniers, ça gâche la sauce.
    « Il les choisit bien sûr davantage en fonction de leur bénéfice électoral que de leur impact sur l'économie des régions à moyen et long terme. » Voici encore un problème récurrent de mauvaise gestion du secteur gouvernemental. Les gouvernements allouent des subventions sur une base électoraliste et ils ne coordonnent pas entre eux leurs actions. Ce type de problèmes n'est pas ponctuel ou nouveau. Quand la gestion s'éloigne des principes de base de la bonne gouvernance, on récolte des inefficacités et des inefficiences. Quand les actions de la main droite ne sont pas coordonnées avec celles de la main gauche, on fait souvent des dégâts. M. Blackburn est dans une certaine mesure responsable des problèmes que vous mentionnez dans votre texte, mais, selon moi, la raison principale de ces problèmes est liée à une mauvaise répartition des responsabilités et des tâches entre deux ordres de gouvernement. Trop de cuisiniers, ça gâche la sauce. On a un problème systémique.

    Le gouvernement fédéral semble incapable d'accepter de travailler au niveau des grandes politiques nationales. Pour des raisons électorales et par souci de tout analyser-planifier-coordonner, il veut agir partout. Les gouvernements provinciaux ont la même approche avec les municipalités. Les deux ordres de gouvernement n'acceptent pas que la responsabilité d'un domaine de gestion soit sous la responsabilité d'une administration gouvernementale (fédérale, provinciales et municipale) et que celle-ci ait l'autonomie financière pour accomplir les tâches impliquées par cette responsabilité. Oui, deux cuisiniers peuvent travailler dans la même cuisine, l'un fait le rôti et l'autre un gâteau, mais ils ne doivent pas faire ensemble le rôti et le gâteau.

    Pourquoi Québec reçoit-il des transferts d'Ottawa pour financer la gestion des dossiers de son système public de santé ? Pourquoi une municipalité du Québec doit-elle quémander un tiers de son financement à Québec et un tiers à Ottawa pour fiancer une piscine municipale qui sera utilisée à 99% par ses citoyens ? Pourquoi le même OSBL doit-il demander des subventions aux administrations municipales, provincial et fédéral, et parfois à plusieurs ministères d'un même gouvernement ? Il ne faut pas se surprendre que les infrastructures des municipalités canadiennes soient en si mauvais état. Cela n'a rien à voir avec la mauvaise gestion d'un ministre en particulier.

    Quand tenterons-nous d'aborder de telles questions d'une façon plus globale en tenant compte des intérêts à long terme des citoyens ?

    Jean-Pierre Aubry

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 10 juin 2008 08h31
    L'indispensable souveraineté
    Si Raymond Bachand fait autre chose que le petit show de colère version libérale, il devra sans doute remettre en question son départ du parti québécois, où il aurait pu apporter les changements qui s'imposent. Mais une petite chicane bien médiatisée avec Jean-Pierre Blackburn, aussi un Québécois, comporte moins de risques et de conséquences. Les sociétés se désagrègent par la veulerie de ses membres.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mardi 10 juin 2008 08h43
    La politique et le dévergondage.
    Quand on n'a plus d'arguments, en politique, ont fait le pitre comme le ministre Whissell. On se choque et on se braque, on dérape et on insulte. C'est ce que le ministre Bachand fait, en contrepartie des décisions récentes du ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn, de couper dans le gras des bureaucraties communautaristes et de remettre ces bureaucrates au régime minceur, le même que connaissent les les citoyens contribuables du Pays et de la Nation.

    De plus, rappelons-nous que lors de l'élection fédérale de 1997, les Conservateurs du fédéraliste Jean Charest n'avaient récolté que 19% des suffrages, ne rapportant que 20 des 301 sièges, principalement dans les provinces maritimes. C'est donc à l'instar d'un chef Conservateur canadien déçu et déchu, devenu chef du PLQ, alors qu'il y fait l'insipide démonstration quotidienne que tout est du pareil au même, pour les transfuges politiques, que Raymond Bachand nous rappelle, à son tour, qu'il est sorti du placard séparatiste, alors qu'il fut le secrétaire particulier du cabinet de Monsieur René Lévesque dont il a «pris soin» de rayer l'identification mémorable, dans sa mini biographie, sur Wikipédia...) Raymond Bachand est un autre de ces transfuges politiques, de ces arrivistes et chercheurs de l'or des pouvoirs, que rien n'arrête. Le financement des 60 OSBL officiels, sert-il à autre chose qu'à des émoluments et à des dépenses de «succursales partisanes», ce terreau propice à l'antifédéralisme et au bloquisme montréalais, sous toutes leurs formes? À toute fin pratique, le touriste Bachand d'Outremont ne se préoccupe que des millions que siphonne «Montréal International». Et, sa façon rapace, fantasque et ennemie de braquer le ministre Blackburn, est de la politique de petit coq de basse-cour. Bachand pratique l'ingérence dans les affaires fédérales, alors qu'il n'en tolère aucune du fédéral dans la conduite des objets de sa jouissive suffisance. Les libéraux de Québec, ces spécialistes du SENS UNIQUE (salaires des médecins spécialistes, dégel des prix des produites pharmaceutiques, Rabaska et la liste qui n'en finit plus), peuvent-ils prétendre être crédibles ou autre chose que risibles, quand ils s'attaquent au soi-disant SENS UNIQUE du ministre Blackburn ou au SENS UNIQUE de qui que ce soit? Par contre, s'attaquer au poids que le ministre Blackburn peut avoir dans le Cabinet de Stephen Harper et faire allusion au fait que ledit ministre tripote l'argent des subventions à des fins partisanes et électoralistes, c'est du tirage de roches, en provenance de la Gaza libérale des irresponsables gagas et fanas.

    Bachand, le séparatiste d'hier, devenu le fédéraliste d'aujourd'hui, s'est prend rageusement au ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn, parce que les décisions récentes de ce dernier, de couper dans le gras des bureaucrates du communautarisme structurel, dérangent Bachand, le magicien de la montréalisation systémique, ce bébé du PLQ. Ni le «docte maestro de l'administration singulièrement cloisonnée, ni l'avocat des avocasseries plurielles ne justifient l'étenderie duplessiste des petitesses qui sont la pièce maîtresse de sa plaidoirie à l'encontre de son collègue et ministre fédéral qui a tout à fait raison de mettre au régime minceur, tous les téteux de la vache à lait fédérale et biberonneux du communautarisme légionnaire, statutaire, aveuglément récurrent et vivant toujours aux crochets de l'incurie déficitaire.

    Par ailleurs, que l'ami des séparatistes et fidèle disciple du gourou Landry, veuille s'en prendre au ministre fédéral Blackburn, en l'accusant bien naïvement de vouloir détourner des fonds publics pour s'amuser à jouer au Père Noël électoraliste, c'est la moindre de ses charges éditorialistes. Bernard Descoteaux ne devrait-il pas se souvenir de ce que contenait la grosse poche de son Père Noël préféré, Bernard Landry, quand il est allé en vider une à la Gaspésia et une autre au Métro de Laval, pour ne prendre que ces deux petits exemples de gros cadeaux facturés aux contribuables?

    Gerry Pagé
    Ville de Québec

  • Michel Samson
    Abonné
    mardi 10 juin 2008 09h38
    Vision imbécile...
    J'ai bien cherché à adoucir, à trouver un autre vocable plus diplomatique, moins direct, mais il ne vient pas. Cette mesure du ministre Blackburn est proprement imbécile, disons même stupide et je me vois dans la curieuse position d'être d'accord avec le ministre Bachand sur cette question.

    Voilà le danger de porter au pouvoir des idéologues de droite qui, comme le ministre Blackburn, manifestent pareil mépris pour les institutions publiques de type OSBL qui souvent font un travail et occupent des domaines de développement que le secteur privé refuse d'occuper à moins de se faire accorder les mêmes financements que le ministre refuse aux OSBL.

    De mettre tous les OSBL dans un sac en les décrétant de "culture du tout cuit dans le bec" et de "bureaucratie communautaire" est le signe d'une grossière analyse qui ne tient même pas compte de la réalité d'un secteur privé très souvent inopérant et inefficace lorsque placé dans les mêmes conditions que les OSBL sur lesquelles le ministre Blackburn laisse couler sa morgue.

    Pas fort, pas fort, cette vision des choses : il est temps que ce gouvernement soit défait et qu'on lui serve une leçon de respect. Ce gouvernement est en voie de devenir carrément nuisible aux régions en développement avec des attitudes pareilles.

  • François M. Taisne
    Inscrit
    mardi 10 juin 2008 14h30
    Pour quelques dollars de moins
    Ottawa a parfaitement raison de se retirer du financement des OSBL voués au développement éonomique mais surtout au développement des intérêts des apparatchiks de ses organismes.
    Investissement Québec et d'autres ministères à vocation énonomique, autant de niveau fédéral que provincial, plus les viles, sont là pour cela.
    Ces cinquante millions $ devraient être consacrés à la diminution des taxes et impôts des entreprises ou encore à payer des abonnements à des publications économiques.

  • Simon Garneau
    Abonné
    mardi 10 juin 2008 14h40
    Ptronage et propagande
    On trouve encore des hurluberlus qui nous parlent de Gaspédia et du métro de Laval alors que le gouvernement de M. Blackburn nous annonce discrètement des dépenses militaires de 96 milliards. On annonce l'engagement de sommes faramineuses, pour faire quoi? Pour combattre qui? Et plus important, est-ce la bonne solution?
    Pendant ce temps, le gouvernement fédéral coupe dans des services à la population pour investir dans le patronage et la propagande.

    Simon Garneau
    Québec

  • Philippe Côté
    Abonné
    mardi 10 juin 2008 18h24
    Blackburn et les Premières nations
    Le ministre Blackburn qui examine chaque subvention que son ministère accorde, a coupé le financement du seul événement francophone des Premières Nations en Amérique.

    Pourquoi le ministre fédéral n'a-t-il pas au contraire décidé d'augmenter le financement du festival Présences autochtones ?

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