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Cinéma: Montréal et Toronto s'opposent à la censure fédérale

La Presse canadienne   6 juin 2008  Canada
Ottawa — Les maires des deux plus grandes villes canadiennes ont dénoncé avec vigueur hier le projet de loi fédéral C-10, qui permettrait au gouvernement de priver de financement des films ou émissions de télévision jugés «contraires à l'ordre public».

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et celui de Toronto, David Miller, témoignaient devant le comité sénatorial qui étudie actuellement les dispositions envisagées par les conservateurs et contenues dans un volumineux projet de loi fiscal.

D'après M. Tremblay, les changements proposés risquent de tuer net une industrie qui emploie 35 000 personnes au Québec et dont les retombées économiques pour la province se chiffrent à environ 1,3 milliard de dollars.

Selon lui, les institutions financières refuseront en effet de prêter de l'argent aux producteurs si elles ne sont pas certaines que leurs projets bénéficieront de l'indispensable soutien financier du fédéral.

«Ces éléments d'incertitude auront un impact négatif sur l'industrie, c'est certain, a-t-il insisté. Ce type de décision rétroactive est tout à fait incompatible avec le financement des films au Québec et au Canada.»

Son homologue de la Ville reine, David Miller, a été encore plus clair. À ses yeux, le projet C-10 est «inacceptable» et nuirait à la réputation du Canada en le plaçant dans la même classe que des États pratiquant la censure.

«Je ne crois pas que ça corresponde au Canada moderne que je représente», a-t-il déclaré.

Appuyés par leurs collègues de Vancouver, de Halifax et des autres grandes villes du pays, les deux maires ont indiqué qu'ils ne doutaient pas des bonnes intentions de la ministre du Patrimoine, Josée Verner, mais qu'ils croyaient que le débat sur l'ordre public devait avoir lieu à tête reposée.

Leur discours fait écho à ceux des représentants de l'industrie, qui sont tour à tour venus dire au parlement que C-10 mettait en péril non seulement leur gagne-pain, mais aussi la liberté d'expression et de création.

«Le gouvernement doit reculer. Il n'a pas le choix, il faut qu'il recule», a plaidé le p.-d.g. de Mel's la Cité du Cinéma, Michel Trudel, qui assistait à l'audience à Ottawa.

Les sénateurs libéraux, majoritaires au sein du comité, ont laissé savoir hier qu'ils entendaient amender le document et le renvoyer à la Chambre des communes.

L'honorable Francis Fox, ancien ministre des Communications qui siège aujourd'hui à la Chambre haute, a qualifié C-10 de «coup de Jarnac» pour l'industrie.

«Nous allons exercer nos responsabilités en tant que sénateurs pour nous assurer que ce genre de conséquences ne se réalise pas», a-t-il assuré à l'issue de la réunion.

En théorie, cela pourrait provoquer des élections puisque le gouvernement Harper a d'ores et déjà indiqué qu'il considérerait le vote sur ce projet comme une question de confiance.

Le chef libéral Stéphane Dion a refusé de dire si son parti oserait se tenir debout pour défendre ses convictions sur cet enjeu.

«Une chose est certaine: on est très contre [sic] ce projet de loi. On trouve triste que, dans notre pays, au XXIe siècle, on ait à se battre pour défendre la liberté des arts», a-t-il confié aux journalistes, à l'issue de la période des questions.

Du même souffle, le chef libéral a toutefois indiqué qu'il hésitait à déclencher une campagne électorale en juillet, «le seul mois ensoleillé de l'année dans ce pays».
 
 
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