Harper est invité à comparaître dans l'affaire Bernier-Couillard
3 juin 2008
Canada
Photo : Agence Reuters
Stephen Harper était présent pour la première fois aux Communes, hier, depuis la démission du ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier.
Ottawa — Ceux qui sont restés sur leur faim après les entrevues accordées aux médias par Julie Couillard seront comblés. Un comité de la Chambre des communes a décidé hier de mener une étude sur la relation qu'elle a entretenue avec l'ancien ministre Maxime Bernier et invitera la dame à venir livrer sa version aux députés. Mais les élus ne s'arrêteront pas en si bon chemin: ils entendent faire aussi comparaître le ministre déchu et son patron, le premier ministre Stephen Harper.
C'est avec une grande docilité que les députés conservateurs siégeant au comité de la Sécurité publique et nationale se sont pliés à la volonté des membres de l'opposition, majoritaires. Comme le souhaitait le Bloc québécois, une étude sera entamée sur tout ce qu'il convient désormais d'appeler l'affaire Bernier-Couillard. Les audiences débuteront dès mardi prochain. Trois autres jours de séance sont prévus en rafale la semaine suivante.
Les députés veulent entendre ces témoins afin de répondre à deux questions qui les taraudent depuis que la relation Bernier-Couillard fait les manchettes: pourquoi Mme Couillard a-t-elle attendu environ cinq semaines avant de remettre au gouvernement canadien les documents classés secrets que son amoureux avait égarés chez elle? Et une enquête de sécurité sur Mme Couillard avait-elle été effectuée et, si oui, avait-elle déterminé que Mme Couillard représentait un risque pour la sécurité nationale en considération de ses liens passés avec des proches du milieu criminel?
Le député bloquiste Serge Ménard, qui a fait adopter la motion, donne l'assurance que l'on n'assistera pas à un cirque parlementaire. «À moins que quelqu'un se mette à poser des questions sur ses robes, mais moi je n'ai pas l'intention d'en poser et je n'ai pas senti dans la salle que quiconque allait en poser», a-t-il déclaré hier, pas peu fier de sa victoire.
Pour M. Ménard, cette étude est nécessaire, et ce, même si le ministère des Affaires étrangères mène une enquête sur la disparition des documents secrets. «Les conservateurs ne voient qu'une chose, c'est le fait que le ministre a laissé des documents dans un endroit qui n'était pas sécurisé, déplore M. Ménard. Ils ne veulent pas examiner la question de savoir si la GRC connaissait les antécédents de Mme Couillard, si elle en a informé le bureau du premier ministre, si elle en a informé le ministre et quand cela s'est fait.»
Libéraux et néo-démocrates ont appuyé les bloquistes. Les conservateurs ont voté contre la motion, mais ils n'ont pas tenté d'y faire obstruction comme certains le craignaient. C'est toutefois avec réticence que la néo-démocrate a accordé son appui. Comme Penny Priddy l'a souligné, «je crois que c'est la GRC qui devrait préférablement enquêter sur cette histoire». Comme elle n'a pas la garantie que la police fédérale s'exécutera, elle accepte donc d'avoir recours aux moyens parlementaires. La logique est la même du côté libéral où l'on croit non seulement que la GRC devrait se pencher sur ces événements, mais qu'il devrait y avoir une enquête publique plus large. Comme le premier ministre n'en autorise pas une, alors eux aussi s'en remettent aux outils parlementaires.
Harper boudera-t-il le comité?
Reste encore à savoir si le premier ministre Stephen Harper acceptera de comparaître en comité parlementaire pour répondre aux questions des députés. Sa directrice des communications, Sandra Buckler, semble dire que non.
«Le premier ministre a fait une déclaration en acceptant la démission de Maxime Bernier. Il a répondu aux questions à la Chambre des communes ainsi qu'à l'extérieur [quatre questions lors de son passage à Paris la semaine dernière]. Le ministère des Affaires étrangères étudie la question. L'opposition devait cesser de vouloir marquer des points politiques maintenant que le ministre a démissionné», a-t-elle écrit au Devoir dans un courriel. Si M. Harper accepte de comparaître, alors, il devra le faire mardi prochain puisqu'il sera en voyage officiel au Moyen-Orient la semaine suivante.
Ce genre de comparution de la part d'un premier ministre en fonction est extrêmement rare. Le dernier en date à l'avoir fait était Pierre Elliott Trudeau, qui avait comparu en 1981 (ou 1982, les informations divergent) devant le comité des prévisions budgétaires de la Chambre des communes. M. Harper avait toutefois fait «l'histoire» (parlementaire du moins) en comparaissant en septembre 2006 devant un comité du Sénat pour expliquer la réforme de la Chambre haute qu'il mijotait.
Pour M. Ménard, il est dans l'intérêt de Stephen Harper de témoigner. «Il devrait peut-être se rappeler qu'en l'absence d'information, c'est la rumeur qui court. Et la rumeur est toujours pire que la vérité. Alors, s'il ne veut pas venir, tout le monde va penser qu'il a quelque chose de gros à cacher.»
La période de questions à la Chambre des communes a été par ailleurs plutôt calme hier. Alors que Stephen Harper se présentait pour la première fois depuis que son ministre a démissionné (M. Harper avait quitté pour l'Europe quelques heures après l'annonce du départ de Maxime Bernier), il n'y a pas eu d'affrontement particulier. M. Harper maintient sa version des faits selon laquelle c'est uniquement parce que M. Bernier a oublié des documents qu'il a dû démissionner. M. Harper refuse toujours de dire si oui ou non Mme Couillard avait fait l'objet d'une enquête de sécurité.
Par ailleurs, le ministre intérimaire des Affaires étrangères, David Emerson, a assuré que les conclusions de la vérification interne menée par son ministère à propos des documents égarés seraient rendues publiques. «Je suis sûr que ce le sera», a-t-il déclaré aux journalistes.
C'est avec une grande docilité que les députés conservateurs siégeant au comité de la Sécurité publique et nationale se sont pliés à la volonté des membres de l'opposition, majoritaires. Comme le souhaitait le Bloc québécois, une étude sera entamée sur tout ce qu'il convient désormais d'appeler l'affaire Bernier-Couillard. Les audiences débuteront dès mardi prochain. Trois autres jours de séance sont prévus en rafale la semaine suivante.
Les députés veulent entendre ces témoins afin de répondre à deux questions qui les taraudent depuis que la relation Bernier-Couillard fait les manchettes: pourquoi Mme Couillard a-t-elle attendu environ cinq semaines avant de remettre au gouvernement canadien les documents classés secrets que son amoureux avait égarés chez elle? Et une enquête de sécurité sur Mme Couillard avait-elle été effectuée et, si oui, avait-elle déterminé que Mme Couillard représentait un risque pour la sécurité nationale en considération de ses liens passés avec des proches du milieu criminel?
Le député bloquiste Serge Ménard, qui a fait adopter la motion, donne l'assurance que l'on n'assistera pas à un cirque parlementaire. «À moins que quelqu'un se mette à poser des questions sur ses robes, mais moi je n'ai pas l'intention d'en poser et je n'ai pas senti dans la salle que quiconque allait en poser», a-t-il déclaré hier, pas peu fier de sa victoire.
Pour M. Ménard, cette étude est nécessaire, et ce, même si le ministère des Affaires étrangères mène une enquête sur la disparition des documents secrets. «Les conservateurs ne voient qu'une chose, c'est le fait que le ministre a laissé des documents dans un endroit qui n'était pas sécurisé, déplore M. Ménard. Ils ne veulent pas examiner la question de savoir si la GRC connaissait les antécédents de Mme Couillard, si elle en a informé le bureau du premier ministre, si elle en a informé le ministre et quand cela s'est fait.»
Libéraux et néo-démocrates ont appuyé les bloquistes. Les conservateurs ont voté contre la motion, mais ils n'ont pas tenté d'y faire obstruction comme certains le craignaient. C'est toutefois avec réticence que la néo-démocrate a accordé son appui. Comme Penny Priddy l'a souligné, «je crois que c'est la GRC qui devrait préférablement enquêter sur cette histoire». Comme elle n'a pas la garantie que la police fédérale s'exécutera, elle accepte donc d'avoir recours aux moyens parlementaires. La logique est la même du côté libéral où l'on croit non seulement que la GRC devrait se pencher sur ces événements, mais qu'il devrait y avoir une enquête publique plus large. Comme le premier ministre n'en autorise pas une, alors eux aussi s'en remettent aux outils parlementaires.
Harper boudera-t-il le comité?
Reste encore à savoir si le premier ministre Stephen Harper acceptera de comparaître en comité parlementaire pour répondre aux questions des députés. Sa directrice des communications, Sandra Buckler, semble dire que non.
«Le premier ministre a fait une déclaration en acceptant la démission de Maxime Bernier. Il a répondu aux questions à la Chambre des communes ainsi qu'à l'extérieur [quatre questions lors de son passage à Paris la semaine dernière]. Le ministère des Affaires étrangères étudie la question. L'opposition devait cesser de vouloir marquer des points politiques maintenant que le ministre a démissionné», a-t-elle écrit au Devoir dans un courriel. Si M. Harper accepte de comparaître, alors, il devra le faire mardi prochain puisqu'il sera en voyage officiel au Moyen-Orient la semaine suivante.
Ce genre de comparution de la part d'un premier ministre en fonction est extrêmement rare. Le dernier en date à l'avoir fait était Pierre Elliott Trudeau, qui avait comparu en 1981 (ou 1982, les informations divergent) devant le comité des prévisions budgétaires de la Chambre des communes. M. Harper avait toutefois fait «l'histoire» (parlementaire du moins) en comparaissant en septembre 2006 devant un comité du Sénat pour expliquer la réforme de la Chambre haute qu'il mijotait.
Pour M. Ménard, il est dans l'intérêt de Stephen Harper de témoigner. «Il devrait peut-être se rappeler qu'en l'absence d'information, c'est la rumeur qui court. Et la rumeur est toujours pire que la vérité. Alors, s'il ne veut pas venir, tout le monde va penser qu'il a quelque chose de gros à cacher.»
La période de questions à la Chambre des communes a été par ailleurs plutôt calme hier. Alors que Stephen Harper se présentait pour la première fois depuis que son ministre a démissionné (M. Harper avait quitté pour l'Europe quelques heures après l'annonce du départ de Maxime Bernier), il n'y a pas eu d'affrontement particulier. M. Harper maintient sa version des faits selon laquelle c'est uniquement parce que M. Bernier a oublié des documents qu'il a dû démissionner. M. Harper refuse toujours de dire si oui ou non Mme Couillard avait fait l'objet d'une enquête de sécurité.
Par ailleurs, le ministre intérimaire des Affaires étrangères, David Emerson, a assuré que les conclusions de la vérification interne menée par son ministère à propos des documents égarés seraient rendues publiques. «Je suis sûr que ce le sera», a-t-il déclaré aux journalistes.
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