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Ottawa retient la loi limitant son pouvoir de dépenser

2 juin 2008  Canada
Ottawa — Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a depuis un bon moment déjà dans ses cartons sa fameuse loi devant limiter le pouvoir fédéral de dépenser. Mais il hésite à la déposer, car Québec, qui en connaît le contenu, l'a mis en garde sur le fait qu'il n'aurait d'autre choix que de la critiquer sévèrement.

Selon ce qu'a appris Le Devoir, le projet de loi d'Ottawa devant limiter les intrusions financières fédérales dans les champs de compétence des provinces reprend en tout point ce qui a été dit dans le discours du Trône d'octobre dernier. C'est-à-dire que la loi permettra aux provinces de se retirer avec «juste» (mais pas nécessairement totale) compensation financière de tout nouveau programme à frais partagés mis en place par Ottawa, à la condition que la province mette en place un programme similaire.

Mais voilà: le libellé du discours du Trône ne satisfait pas le Québec. «Si c'est juste ce qui est dans le discours du Trône, ce n'est pas assez», indique-t-on à Québec. «Les programmes qu'ils proposent de limiter, il n'y a plus de programmes de même depuis l'époque de Meech! Ça ne sert plus à grand-chose, cette affaire-là.»

La tendance des dernières années a en effet été à l'établissement de «programmes dédiés» sans réclamer l'apport financier des provinces. Ce fut le cas des fameuses Bourses du millénaire, contre lesquelles le Québec s'était insurgé en vain, ou encore des fonds destinés aux soins de santé primaires et à l'achat d'équipement médical (800 millions de dollars et un milliard respectivement, en septembre 2000). C'est pourquoi Québec souhaitait que les programmes unilatéraux du gouvernement fédéral soient aussi admissibles à cette loi de retrait que concocte Ottawa et qu'un mécanisme de rétroactivité soit considéré.

Selon nos sources, des rencontres ont eu lieu cet hiver entre le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, et son homologue fédérale, Rona Ambrose. Cette dernière a fait comprendre à Québec qu'il n'y avait aucune marge de manoeuvre. «On ne bouge pas, on ne cède pas», a été le message. Le projet de loi n'irait pas plus loin que la promesse formulée à l'automne. Sachant qu'une limitation trop grande du pouvoir fédéral de dépenser aurait mauvaise presse dans le reste du Canada, Québec a proposé de signer une entente bilatérale qui ne concernerait que la province. À cela aussi, Rona Ambrose a signifié une fin de non-recevoir.

Devant cette impasse, selon nos informations, Ottawa ne sait plus quoi faire de sa loi, qui aurait été acheminée au Conseil privé. Car Québec a bien fait comprendre que le premier ministre, Jean Charest, n'aura d'autre choix que de la démolir si elle est aussi restreinte dans sa portée. Question de cohérence. Après tout, Québec avait refusé en 1999 de signer l'entente sur l'union sociale qui prévoyait à peu près la même chose que le plan Harper, à savoir un droit de retrait limité.

À Québec, on craint une réédition des psychodrames constitutionnels qui favorisent généralement les partis souverainistes. Si la loi se révèle aussi peu généreuse, alors que Stephen Harper avait promis dans son fameux discours de Québec en 2005 de mettre fin «à un fédéralisme dominateur, un fédéralisme paternaliste qui est une menace sérieuse pour l'avenir de notre fédération», plusieurs pourraient une fois de plus tirer la conclusion qu'aucune troisième voie n'est possible dans l'éternel débat sur le renouvellement du fédéralisme canadien.

La fameuse loi sur l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser constitue la seule promesse maîtresse du dernier discours du Trône non encore tenue par le gouvernement de Stephen Harper. Le bureau de Rona Ambrose est muet, comme celui du ministre des Finances, Jim Flaherty. Il y a trois semaines, le ministre du Travail Jean-Pierre Blackburn, à qui on demandait ce qui prenait tant de temps, a seulement dit qu'«à l'impossible, nul n'est tenu».

C'est un secret de Polichinelle que Stephen Harper s'attendait à être renversé à la Chambre des communes ce printemps et à retourner aux urnes. Le prolongement imprévu de son gouvernement minoritaire le place dans une situation intenable: un certain nombre d'autres initiatives se font désormais attendre, alors que le gouvernement se demande s'il doit les garder pour alimenter une prochaine campagne électorale.

Par les temps qui courent, Stephen Harper tente par ailleurs de ne pas indisposer son homologue de Québec, lui qui avait beaucoup courtisé le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont. Il s'est par exemple invité en mai à une réception donnée en l'honneur de Jean Charest dans un chic restaurant d'Ottawa. L'événement était organisé par les «vieux bleus» qu'avait fréquentés M. Charest à l'époque où il dirigeait le défunt Parti progressiste-conservateur. La présence de M. Harper n'avait pas que fait des heureux au sein de cette assistance plus centriste.






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  • Steve Fortin
    Abonné
    lundi 2 juin 2008 06h18
    "à l'impossible (la fédération canadienne), nul n'est tenu!"
    « Voici une preuve de plus que cette (con)fédération, cette espèce de véhicule hybride hallucinemment gourmand et contre-productif, ne pourra jamais fonctionner. Ce fédéralisme centralisateur au coton, les surplus maladifs et faramineux du fédéral en font foi, ne connaît pas plus de répit avec la conservateurs. Car c'est là l'unique façon d'imposer la fédération aux récalcitrans; en tenant serrée les clés de la bourse pour empêcher toute velléités d'innovation de la part des méchants "nationalisses" du Québec... Ne nous refaites surtout pas le coup d'un programme universel de garderie sans par avant nous en laisser prendre le crédit...

    Car dans cette bouillabaise du conservative canadian, tout doit passer par le filtre du Conseil privé pour le plus grand bien de la nation, la seule, la nation canadian... »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    lundi 2 juin 2008 07h43
    Le compromis, base du fédéralisme
    « Le ministre Benoît Pelletier devrait savoir que le fédéralisme est fondé sur la négociation et le compromis. Affirmer qu'il ne bougera pas sur le pouvoir de dépenser est d'un grand ridicule. C'est tout à fait à l'encontre de l'esprit fédéraliste. Mais il est vrai que nationalisme et fédéralisme font rarement bon ménage! Enfin soulignons que nous ne sommes plus en 1867 et que les compétences des Parlements sont moins exclusives mais plus, dans les faits, interreliées. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 2 juin 2008 07h53
    Allez jusqu'au bout de votre logique ! s.v.p.
    « Nos "premiers" de l'Ontario et du Québec sont réunis à Québec pour s'entendre et forcer Ottawa sur les changements climatiques et, peut-être, sur son pouvoir de dépenser, à limiter.

    Tant qu'à être partis, ils, "Messieurs McGuinty et Charest" devraient en profiter pour former une coalition pour sortir le Québec et l'Ontario du Canada. Finies, les négociations stériles dans cette fédération centralisatrice. Ces 2 grosses PROVINCES, devenues ainsi ÉTATS pourraient conserver le mot Canada dans une vraie confédération, système politique qui assure "l'autonomie des parties constituantes".

    Les provinces Maritimes pourraient continuer ensemble avec leur pétrole et l'Ouest canadien aussi. On se ferait un peu polluer des 2 côtés mais, ça voudrait la peine de ne plus être une PROVINCE à genoux devant Ottawa anglicisant qui ne veut pas lâcher sa suprématie sur tout ce qui bouge et/ou ne bouge pas.

    Le Canada serait alors séparé en 3 au nord des ÉTATS à moins que l'Ouest et l'est choisissent de se joindre à ce nouvel arrangement qui leur conviendrait beaucoup mieux vu qu'ils se plaignent tout le temps du fédéral. »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 2 juin 2008 09h03
    Il y restera toujours une entourloupette imprévue
    « Les définitions du cadre légal permettront toujours à des politiciens fédéralistes irrévérends de s`immiscer dans les champs d`activités à exclusivité provinciale. Ils se réclameront d`une urgence ou d`un programme prioritaire sous le cadre de fondations. Le fédéralisme berne ceux qui le mette en doute en tout temps, car il y aura d`autres Jean Chrétien au Canada. »

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