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Le SCRS aurait rencontré Harper

29 mai 2008  Canada
Ottawa — Décidément, l'affaire Bernier va de rebondissement en rebondissement. Alors que le tumulte a fait tache d'huile et atteint l'Assemblée nationale à Québec, le Parti libéral à Ottawa soutient avoir la confirmation que le bureau du premier ministre Stephen Harper a rencontré les services de renseignement pour discuter du ministre Maxime Bernier avant même que ses histoires amoureuses ne fassent les manchettes.

À la Chambre des communes, le député libéral Ujjal Dosanjh, un ex-procureur général et premier ministre de la Colombie-Britannique, a largué une bombe politique. «Nous avons des informations à l'effet qu'il se passait plus de choses dans les coulisses que le gouvernement ne veut bien l'admettre, a-t-il dit. Le ministre de la Sécurité publique peut-il confirmer qu'entre le 1er et le 8 mai de cette année, il y a eu une rencontre entre le SCRS [le Service canadien du renseignement de sécurité] et le bureau du premier ministre pour discuter du comportement de son ministre des Affaires étrangères?»

Le ministre Stockwell Day, un ami personnel de Maxime Bernier, n'a ni nié, ni confirmé. «Toutes ces questions ont déjà reçu une réponse et j'espère que le député d'en face n'est pas à ce point naïf qu'il pense que les rencontres entre des représentants du SCRS et le premier ministre, quel qu'en soit le sujet, relèveraient du domaine public. Peut-on être plus naïf?»

Plus tôt dans la journée, M. Day refusait de répondre aux questions des journalistes à un point tel qu'à leur vue, il a mis ses talents de marathonien à profit en prenant la fuite dans les couloirs du parlement.

Les fréquentations passées de Julie Couillard, l'ex-conjointe de M. Bernier, avec des hommes proches du milieu criminel, dont un membre en règle des Rockers, ont été rendues publiques le 7 mai dernier.

La question de M. Dosanjh était suffisamment précise pour écarter la thèse d'une hypothèse lancée au hasard. En effet, après la période de questions, M. Dosanjh a indiqué qu'il avait une «source». Son collègue Denis Coderre a renchéri en indiquant que «ce n'est pas une partie de pêche. On a des sources crédibles qui nous ont amenés à poser cette question-là». Il a refusé d'en dire plus, invoquant le privilège des journalistes de préserver l'identité de leurs sources. En coulisse, les libéraux disent avoir la date précise de cette rencontre, mais ne pas vouloir la révéler de peur d'identifier la source en question.

Plus tard, un haut responsable au bureau du premier ministre a tout nié. Des rencontres avec le SCRS surviennent parfois «pour des questions de politique», mais certainement pas pour discuter du cas du ministre des Affaires étrangères, a dit au Devoir cette source qui refuse d'être nommée. «Il n'y a pas eu de rencontre. Toute cette accusation est plutôt bizarre, en fait.»

Selon les libéraux, si cette rencontre a bel et bien eu lieu, elle invaliderait en totalité la thèse du gouvernement: elle prouverait que les relations amoureuses de M. Bernier avec Julie Couillard soulèvent bel et bien des questions de sécurité nationale et que le premier ministre était au courant de la position fâcheuse dans laquelle se trouvait son ministre.

Bernier s'excuse

Hier, le ministre déchu a émis une brève déclaration. «Avec humilité, j'accepte l'entière et unique responsabilité de cette erreur», écrit-il. M. Bernier va même jusqu'à avoir pitié de son ex-conjointe, qui n'avait pourtant pas hésité à lui adresser une série de reproches dans son entrevue très médiatisée. «Je constate également, avec regret, les conséquences qu'ont eu les récents événements sur la vie privée de Mme Couillard.»

M. Bernier jure de sa loyauté envers le Parti conservateur et insiste pour dire qu'il restera député de Beauce «avec dévouement, conviction et intégrité». «L'appui reçu de mes concitoyens de Beauce me touche beaucoup. Je continuerai à les servir et à les représenter avec honneur et fierté.» M. Bernier s'absentera quelques jours pour se reposer en famille.

Théories multiples

Toutes les théories les plus rocambolesques circulent depuis quelques jours sur la colline parlementaire pour comprendre le rôle de Julie Couillard dans la vie de Maxime Bernier et l'importance à accorder aux documents égarés chez elle pendant cinq semaines.

Une de ces théories, élaborée par le réseau de télévision CBC, veut que certains pays étrangers s'adonnant à l'espionnage utilisent parfois le crime organisé pour recueillir de l'information. La Russie a été mentionnée. Dans cette optique, la nature des documents égarés (des documents classés secrets relatifs au sommet de l'OTAN) pèse lourd dans la balance.

«Il y a des experts en sécurité qui disent qu'il peut y avoir un lien entre la Russie et le crime organisé, a déclaré M. Coderre. [...] Tant qu'on ne nous donnera pas de réponse, toutes les options sont valables.» Le gouvernement conservateur répète en effet que la sécurité nationale n'a pas été compromise par le document resté cinq semaines chez Mme Couillard, mais il refuse de dire si des vérifications ont été faites pour appuyer une telle affirmation.

Pour sa part, le Globe and Mail rapportait dans son édition d'hier que ce n'est pas en après-midi, mais bien lundi matin que Stephen Harper avait reçu la démission de son ministre. Selon des amis de M. Bernier qui demandaient l'anonymat, le bureau du premier ministre n'aurait pas accepté sur-le-champ, préférant essayer d'en savoir plus sur l'impact qu'aurait l'entrevue de Mme Couillard devant être diffusée plus tard ce soir-là. Cela expliquerait qu'il ait déclaré lors d'un point de presse à midi ne pas prendre «au sérieux ces sujets». M. Harper a finalement annoncé le départ de son ministre à 19h lundi, deux heures avant l'entrevue. Le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, a réfuté ces allégations, affirmant même qu'il exigerait une rétractation du journal, mais le Globe and Mail se dit confiant dans sa version des faits.

Notons enfin que dans la version anglaise de l'entrevue, Mme Couillard a affirmé avoir été approchée par le Parti conservateur en 2007 pour devenir candidate aux prochaines élections. Une «connaissance d'affaires» lui aurait suggéré de se présenter à une réception où M. Bernier serait, histoire d'en apprendre un peu plus sur la politique. C'est à ce moment que le couple s'est rencontré.

On ignore de quoi vit Mme Couillard, qui se dit agente immobilière pour une firme qui le nie. Elle habite une maison avec piscine creusée située à Laval. Des voisins ont confié à certains journalistes qu'il y avait toujours des voitures de luxe chez elle et que tout portait à croire qu'elle conduisait une Audi.






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  • Yvon Montoya
    Abonné
    jeudi 29 mai 2008 07h25
    Elle est coupable ...
    « ...d'avoir une piscine creusée, des visiteurs avec voitures de luxe, de conduire une Audi. Les voisins l'ont dit. Ça c'est de la Presse. Boisclair prenait de la coke et les autres sont corrompus. Ça va mal au Canada. Les Russes sont à la poursuite de Tintin mais il va réussir à se sauver au Congo ex-Belge. Il y manque les chinois, le Tibet, pour finir la saga. Vivement la suite...
    Désolé mais vous ne dites rien de précis, d'argumenté..."Une de ces théories, élaborée par le réseau de télévision CBC, veut que certains pays étrangers s'adonnant à l'espionnage utilisent parfois le crime organisé pour recueillir de l'information. La Russie a été mentionnée." Il n'y a pas que CBC, mon voisin aussi dit la même chose. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    jeudi 29 mai 2008 09h03
    N'importe quoi
    « On commence à raconter n'importe quoi à propos de l'affaire Bernier et il serait temps que les médias ne diffusent que des informations vérifiées et contrevérifiées. Il serait invraisemblable que l'on puisse connaître le contenu d'une rencontre entre le SCRS [le Service canadien du renseignement de sécurité] et le bureau du Premier ministre. Que l'on puisse assurer que cette rencontre avait pour but de discuter du comportement du ministre des Affaires étrangères semble relever d'un film policier. En effet, si une telle rencontre a eu lieu, ce qui reste à prouver, qui en dévoilerait le contenu? Certainement pas le Premier ministre. Le CRS? Mais alors le SCRS violerait ses propres règles de sécurité, ce qui semble étrange. Si c'est le cas, c'est sur le SCRS qu'il faut centrer l'attention et montrer que l'on ne peut plus s'y fier, ce qui devient très sérieux.

    Mais il se pourrait que l'Opposition fasse de la surenchère en espérant que par des allusions non explicites, elle va lever un lièvre. Comme celui que l'on a cru lever à Québec du côté de l'Opposition, avec une histoire de contrat accordé à un ancien agent de police. Une vérification des faits avant leur dénonciation, en apportant toutes les précisions requises aurait évité cette déclaration à l'emporte-pièce. Mais il est vrai que chacun cherche à tirer à soi la couverture sans regarder avant ce qu'il y a dessous, pour en tirer une petite gloriole personnelle. Et les médias devraient vérifier les faits et les dires, avant d'en faire les manchettes de leurs journaux imprimés ou télévisuels. »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    jeudi 29 mai 2008 09h58
    Une conversion improbable!
    « On est dans le grand guignol! On nage dans les mensonges, les demi-vérités,les silences, dans cette affaire. Stephen Harper y perd beaucoup de sa crédibilité. Comme premier ministre, il en sait certainement beaucoup, et depuis longtemps, sur l'affaire Bernier-Couillard. Il cache comme d'habitude, mais je ne crois pas qu'ici ça passera. Le scandale va aller de rebondissement en rebondissement, à moins que Stephen Harper se convertisse et joue franc jeu. Ce n'est pas son genre et je doute qu'il connaisse son chemin de Damas. Plutôt se faire battre,lui et son parti, plutôt que de perdre la face. »

  • Jean-Paul Gosselin
    Inscrit
    jeudi 29 mai 2008 10h23
    Aurait...
    « L'homme qui a vu l'homme qui vu l'homme qui a vu l'ours... »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    jeudi 29 mai 2008 10h34
    Julie Couillard
    « Il n`y a rien de naïf chez Julie Couillard. Son nom apparaît à bien trop d`endroits pour prétendre qu`il n`y a pas de plan d`affaires. Des affaires politiques au fédéral, au provincial, ainsi qu`à des corporations a opérations louches. Tout cela a besoin d`être éclairci. Est-ce que tous ces enquêteurs dorment en même temps, résultant d`un gaz paralysant? »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    jeudi 29 mai 2008 13h20
    SCRS/GRC
    « Vous croyez vraiment que le Bureau du Premier-ministre et le Conseil privé confirmeront leurs communications avec les services de sécurité. Vous me semblez un peu trop naïve. Ces corps policiers sont au service exclusif du pouvoir politique. »

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