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Un jugement déficient

Manon Cornellier   28 mai 2008  Canada
Le premier ministre Stephen Harper aura beau afficher un air contrit, le pétrin dans lequel son gouvernement est plongé depuis la démission lundi du ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, est le résultat de ses propres choix. Qu'il s'agisse de la conduite de sa politique étrangère ou de la façon de gérer les crises, il porte l'ultime responsabilité de ce cafouillis. Quand on veut tout contrôler, on doit tout assumer.

Cette affaire Bernier, comme on a commencé à l'appeler, confirme les défauts de l'approche du premier ministre en matière de diplomatie. Il garde la main haute sur tout, se méfie des fonctionnaires des Affaires étrangères (dont le moral est actuellement au plus bas), tend à réduire sa politique étrangère aux relations canado-américaines, à la guerre en Afghanistan et au réalignement de la position canadienne au Moyen-Orient. Le reste des dossiers est très souvent abordé de manière à marquer des points sur l'échiquier politique canadien. La promotion de Maxime Bernier au poste de ministre des Affaires étrangères, par exemple, devait faciliter la promotion de la mission afghane au Québec et favoriser du même souffle le Parti conservateur...

Les premiers ministres fédéraux se réservent toujours quelques dossiers internationaux mais comme ils ne peuvent être partout à la fois, ils s'appuient généralement sur un solide ministre des Affaires étrangères. C'est là que Stephen Harper se distingue. Il a choisi de confier un des postes les plus stratégiques du gouvernement canadien à des amateurs, sans paraître se soucier des conséquences.

Les deux ministres qui se sont succédé à la tête de la diplomatie canadienne depuis janvier 2006 étaient deux hommes sans aucune expertise ni même intérêt pour les affaires internationales. Peter MacKay et Maxime Bernier n'y connaissaient rien. Studieux et discret, le premier s'en est tiré sans faire de dommages mais sans laisser sa marque non plus. M. Bernier, lui, a fait la sienne, mais elle se résume à une longue liste de gaffes, la dernière étant ces documents confidentiels portant sur un sommet de l'OTAN et la stratégie afghane du Canada qu'il a laissés chez son amie de coeur, Julie Couillard.

En optant pour des joueurs dénués de vision et incapables d'assurer un certain leadership, Stephen Harper a contribué à une certaine perte d'influence du Canada dans l'arène internationale, d'autant plus que sous sa gouverne, le pays s'est rangé dans le camp des récalcitrants en matière de lutte aux changements climatiques, de reconnaissance des droits autochtones ou encore de lutte contre la peine de mort.

L'affaire Bernier met en relief un manque de jugement, non pas seulement du député de Beauce, mais aussi du premier ministre, qui s'est royalement trompé dans ses choix de ministres des Affaires étrangères.

***

Cette affaire permet aussi de souligner — encore une fois — quel piètre stratège est Stephen Harper quand vient le temps de gérer une crise. Depuis son élection en janvier 2006, il a fait face à toutes les crises en optant pour l'obstruction, l'intimidation, le refus de répondre. Il n'en a pas été autrement quand sont devenus publics les liens passés de Julie Couillard avec des hommes associés au crime organisé.

Pendant trois semaines et encore hier, le gouvernement s'est servi de l'argument de la protection de la vie privée pour éviter de dire si les antécédents de l'entourage d'un ministre faisaient l'objet de vérifications de sécurité. Ces personnes doivent déjà faire une déclaration financière détaillée afin de mettre le ministre à l'abri de possibles conflits d'intérêts. On soupçonne qu'il en est de même en matière de sécurité. Avant d'accorder la plus haute cote de sécurité aux plus hauts fonctionnaires du pays, les services de sécurité passent au peigne fin leurs «relations» sans que personne ne parle d'atteinte à la vie privée.

Mme Couillard n'est accusée de rien et c'est le ministre qui a oublié des documents confidentiels chez elle. Mais le premier ministre aura beau se faire rassurant, personne ne sait ce qu'il est advenu de ces documents pendant les cinq semaines où ils sont restés entre les mains de Julie Couillard. Et d'ailleurs, pourquoi ne les a-t-elle pas retournés immédiatement? Et comment le ministre a-t-il pu en perdre la trace pendant si longtemps sans que personne ne s'inquiète aux Affaires étrangères? Comme on le voit, beaucoup de questions subsistent dans cette affaire.

***

Le refus du gouvernement de vouloir faire la lumière rapidement sur cette histoire nuit à la réputation du pays. C'est le deuxième incident à survenir en quelques mois où la diplomatie canadienne passe pour un panier percé. Le premier était la fuite d'une note diplomatique résumant les propos d'un membre de l'organisation du candidat démocrate à la présidence Barack Obama. On y laissait entendre que sa promesse de revoir l'Accord de libre-échange nord-américain n'était pas sérieuse, ce qui lui a fait perdre des appuis précieux lors de la primaire de l'Ohio. Le rapport sur cet incident, rendu public la semaine dernière, faisait porter le blâme par les fonctionnaires et blanchissait le chef de cabinet du premier ministre, Ian Brodie, ainsi que l'ambassadeur canadien à Washington, Michael Wilson.

En égarant des documents portant sur une réunion internationale importante, Maxime Bernier a démontré son amateurisme en matière de politique étrangère et son incompréhension des exigences de sa fonction. La bavure est grave et méritait son expulsion du cabinet. Mais il ne s'est pas promu lui-même à ce poste. Stephen Harper l'a choisi en sachant que son poulain n'y entendait rien. Et par entêtement, il a protégé le gaffeur pendant des semaines, y compris après qu'il eut provoqué un incident diplomatique en suggérant publiquement au gouvernement afghan de remplacer le gouverneur de Kandahar. Aujourd'hui, Stephen Harper récolte ce qu'il a semé. Et rien ne dit que ce soit terminé.

mcornellier@ledevoir.com






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  • l poisson
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 04h06
    Etrange affaire aux Affaires etrangeres: Gerda Couillard
    « Tant que les projecteurs resteront branches sur Mme Couillard, les journalistes auront de la matiere pour meubler la pause estivale sans faire trop de vagues.
    En nommant M. Bernier aux Affaires etrangeres, M. Harper ne voulait-il pas tout simplement flatter le clan Desmarais: alors qu<il etait cadre a l<Institut economique de Montreal, M. Bernier relevait de l<autorite de Mme Helene Desmarais.
    Mais Power Corp nous a habitues a avoir des pions de plus d<envergure. Et quel dommage pour les Beaucerons de se retrouver avec le colonnel Sevigny des annees 2000.
    Pendant ce temps M. Stephane Dion fait bruler des lampions en mangeant un Jos Louis car c<est tout ce que lui permet sa caisse electorale. Profitant du tintamarre des presidentielles americaines, M. Harper peut donc preparer en sourdine sa re-election automnale en esperant plus que l<actuel gouvernement minoritaire pour enfin appliquer son vrai programme.Attachons nos tuques avec de la broche. »

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 06h12
    Le doute sur les révélations de Julie Couillard
    « Est-ce que c'était une bonne idée que cette mise point de Julie Couillard à la télévision?

    Les impressions me semblent que non. On doute de son témoignage et les contradictions sont nombreuses. Elle nous a livré des messages douteux et peu crédibles. Colombo pourrait y découvrir la vérité qui se cache derrière son apparence de femme maltraitée... »

  • Isabelle Lefebvre
    Inscrite
    mercredi 28 mai 2008 06h53
    Un jugement déficient
    « Avez-vous réalisé que ces deux personnes (Harper et Bernier) au jugement qu'on découvre maintenant comme étant déficient... sont les mêmes qui ont insisté de prolonger la mission des soldats canadiens à Kandahar jusqu'en 2011+ et englouti des milliards des argents des contribuables dans des armements discutables...?
    MEMBRES ÉLUS au Parlement Canadien, réveillez-vous et demandez immédiatement le retrait des soldats Canadiens de Kandahar et INSISTEZ pour que l'armée Canadienne redevienne une armée de d'Aide et de Paix.
    Faudra-t-il que nos soldats Canadiens continuent de mourir pour des décisions prises par des dirigeants qui viennent de faire la preuve, qu'en se ralliant à l'enquiquineur du pays voisin, la réputation du Canada soit en train de sombrer dans la déchéance la plus totale? »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 08h58
    Le choix des ministres dans un gouvernement très centralisé
    « Nous savons tous que le premier ministre Harper cherche à centraliser fortement la gestion de son gouvernement. Sa directive de faire passer les communications des ministères et autres organisme de son gouvernement par son bureau est un exemple de la mise en place d'une centralisation excessive.

    Dans un tel contexte, il n'est pas certain qu'il veuille, pour paraphraser les mots de Mme Cornellier, opter pour des ministres ayant une forte vision et capable d'assurer un certain leadership. Le type de gestion qu'il a choisi le porte davantage à choisir des gestionnaires qui seront des exécutants et des messagers de SA vision et SON leadership.


    Jean-Pierre Aubry »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 09h24
    Qui est derrière tout cela
    « Si on regarde froidement cette nouvelle, que voit on?

    1. Il n'y a pas de scandale sexuel.
    2. En aucun temps il semblerait qu'il y a eu un risque pour le pays.
    3. Les documents oubliés ? Je suis certain que cela n'est pas le premier. De par le passé, il y a certainement eu des documents, probablement plus important, oublié ou égaré par d'autre ministres et on en a jamais parlé.

    Ce que je vois c'est :
    1. Un ministre qui a commis quelque bourdes embarrassantes et reprise à pleine page par les média au Québec surtout.
    2. Des médias en manque de nouvelle en début d'été qui sautent à plein pied sur la moindre.
    3. Des journalistes de la gauche ou nationalistes qui n'aiment pas le gouvernement Harper et tentent par tous les moyen de mal le faire paraitre. (Le Devoir en tête parce souvent exclut du club lors des conférences de presse).
    4. Une ex qui a été laissé pour compte et qui cherche à se venger. Elle qui semblait bien aimer être sous les feux de la rampe.
    5. Un premier ministre qui cherchait une raison acceptable pour le démettre.
    Qui est derrière tout cela,
    Il y a un peu de Bernier par sa naïveté et ses quelques bourdes
    Il y a les médias.
    Il y a une femme frustrée et vengeresse.
    Il y a le voyeurisme des gens.
    L'opportunisme de l'opposition.
    Et très certainement quelque ennemi dans son parti.
    Donc à la fin cela me semble une grosse tempête dans un verre d'eau. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 10h07
    L'idéologie d'abord
    « Harper se fout éperdument de la réputation du Canada. Il défend une idéologie, cette de Bush et de son administration, et son contentement, pour ne pas dire sa jouissance, est de se considérer digne de son mentor. Comme l'écrit ici Mme Lefebvre, c'est cet individu borné et buté qui décide du sort de jeunes soldats canadiens envoyés en Afghanistan pour y tuer des talibans.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • nicole ouellet
    Inscrite
    mercredi 28 mai 2008 10h51
    Pour qui le verre d'eau?
    « Les scripteurs des feux de l'amour réussiraient mieux que tous les colombos rouge, bleu, vert,jaune. Une société(?)dont les revenus dépendent des systèemes de sécurité mis en place doit savoir ou et comment placer ses hommes pour éviter les éclaboussures. Une femme est choisie (à gros seins) et jette un regard sur le gros bébé jouffue qui lui gonflant le poitrail laisse à la belle des plans officiels sur les systèmes de surveillance. La belle transmet le rapport à sa société qui pour faire d'une balle deux coups l'envoi à grands coup de canon à un bureau d'avocat. Voilà le scénario, qui peut mieux le jouer que les joueurs eux-mêmes. AH'excusez je viens de sortir de mon rêve. »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 11h05
    Top Secret...
    « Il n'est pas rare au sein de la fonction publique fédérale que des documents « classifiés » soient perdus, oubliés ou encore se retrouvent intacts dans un bac à ordures. Il y a souvent de la part des autorités de la sécurité dans les ministères des rappels des règles de sécurité et il est extrêmement rare qu'un fonctionnaire soit démis de ses fonctions pour avoir omis de respecter ces règles. On peut se rappeler qu'il y a quelques années un fonctionnaire du SCRS avait laissé des documents classifiés dans le coffre de sa voiture dans un stationnement public et que la mallette en question avait été volée sans que le fonctionnaire ne perde son emploi.

    Donc, on peut conclure que le Premier ministre avait déjà, dans son esprit, décidé de se débarrasser de M. Bernier et qu'il n'attendait que le prétexte pour ce faire.

    Que M. Bernier n'ait eu que peu d'expérience en matière internationale lorsqu'il a été nommé ministre des Affaires étrangères n'est pas étonnant car c'est souvent le lot de plusieurs ministres. Le PM n'a le choix que parmi les députés de son partis qui sont élus (sauf exception) et il doit jongler non seulement avec les compétences mais aussi avec les régions du pays qui doivent être représentées dans le cabinet. Dépendant des partis au pouvoir, les compétences sur lesquelles le PM peut compter sont plus ou moins rares.

    En général, un ministre qui ne connaît pas grand chose au domaine pour lequel il est nommé peut compter sur la fonction publique et, particulièrement, son sous-ministre pour l'informer adéquatement des dossiers et éviter de faire des gaffes. On peut se demander où étaient les haut-fonctionnaires des Affaires étrangères lorsque M. Bernier a fait ses gaffes... Il n'est certes pas le seul à blâmer dans cette affaire mais, par son comportement désinvolte et inepte, il s'est placé dans la situation idéale pour devenir un bouc-émissaire de l'incompétence du gouvernement Harper en matière d'affaires étrangères.

    Néanmoins, vous avez entièrement raison et M. Harper doit porter le chapeau car c'est lui qui veut que son gouvernement soit littéralement un « one man show » et qui veut tout contrôler. Qui trop embrasse mal étreint! »

  • Fernand Turbide
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 11h47
    Bravo pour cette analyse...
    « Je ne peux que rajouter que c'est un concours de circonstances ,le scandale des commandites, qui nous a donné ce premier ministre et il est le pire que j'ai vu a l'oeuvre a la tête du Gouvernement du Canada. J'espère que les Canadiens comprennent le danger pour le Canada d'être aussi mal dirigé et qu'il ne sera jamais majoritaire.

    Fernand Turbide
    Ville Saguenay »

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