Revue de presse - D'une question existentielle à l'autre
Qui l'eût cru? La réforme du Sénat fait jaser depuis que la Saskatchewan s'est engagée à élire des sénateurs, comme en rêve le gouvernement Harper. Chroniqueur au Leader-Post, de Regina, Murray Mandryk compare cette idée à «la pose de tapisserie pour cacher les lézardes de notre système démocratique plutôt que de réparer les fondations». Mandryk avoue trouver ces élections meilleures que le système actuel, mais il refuse d'y voir une réforme du Sénat. Selon Mandryk, «il n'y a pas de solution facile pour y arriver. Il faut rouvrir la Constitution et avoir une bonne bataille avec le Québec». Il comprend la réticence de Stephen Harper mais soupçonne aussi ce dernier de ne pas vouloir voir le Sénat «acquérir l'autorité morale qui lui manque actuellement pour servir de contrepoids, non seulement à la Chambre, mais aussi au bureau du premier ministre».
Randy Burton, du StarPhoenix de Saskatoon, s'interroge sur le procédé proposé. Si chaque province tient un vote, cela voudra dire que les sénateurs seront élus à différentes dates. Si le premier ministre décide du moment de nommer les gagnants, il n'y aura plus aucun rapport entre les élections au Sénat et celles à la Chambre des communes. Et si les élus sont de différentes affiliations politiques, le premier ministre pourra encore privilégier son parti. Et qu'en est-il des circonscriptions électorales, du financement des campagnes? «On ne parle pas de changer la Loi de l'impôt, s'indigne Burton, mais bien la structure constitutionnelle du pays, et cela exige davantage qu'un examen sommaire.»
Le bon chemin
Le Globe and Mail, lui, trouve que ça suffit. Harper peut bien ne pas aimer le Sénat, il sait très bien qu'il ne peut le transformer sans se lancer dans une ronde constitutionnelle dont le pays n'a pas envie. Il tente de forcer les provinces à tenir des élections en refusant de combler les sièges vacants, mais «cette façon détournée d'aborder la réforme comporte des pièges, menaçant entre autres de créer un Sénat plus puissant sans vrai débat sur ce que cela signifie». Selon le Globe, le premier ministre ne peut poursuivre indéfiniment cette «guerre d'usure» car, au rythme où vont les choses, le Sénat aura de la difficulté à assumer ses responsabilités, et les disparités régionales à la Chambre haute ne feront que s'accentuer. Le Globe rappelle que Harper était suffisamment inquiet de l'absence de représentation montréalaise dans son caucus pour nommer Michael Fortier au Sénat. «Si cela était suffisant pour l'obliger à une trêve dans sa guerre contre un Sénat non élu, il devrait en être de même de la nécessité de ne pas rendre le Sénat encore plus dysfonctionnel qu'il ne le lui paraît déjà.»
Dans le Vancouver Sun, Barbara Yaffe note que le refus de Stephen Harper de combler les postes actuellement vacants au Sénat prive plusieurs provinces de leur juste représentation. Qu'importe ce qu'on pense du Sénat, un vote reste un vote, insiste Yaffe, qui attribue la situation actuelle à l'absence d'unanimité des provinces et à l'intransigeance des parlementaires. Selon elle, une réforme s'impose et elle suggère, pour s'extirper de la partisanerie, d'en confier l'élaboration à une assemblée de citoyens dont la proposition ferait l'objet d'un référendum que les élus ne pourraient pas ignorer.
Tolérance
Le reste du Canada n'a pas eu droit à sa commission Bouchard-Taylor, mais cela ne veut pas dire que les questions d'intégration et d'accommodement n'alimentent pas un débat récurrent et des opinions provocatrices. Robert Sibley, du Ottawa Citizen, s'est ainsi lancé dans une réflexion personnelle sur la tolérance qui, dit-il, signifiait, à l'origine, supporter, et non pas accepter, des vues, valeurs et activités avec lesquelles on était en désaccord. Selon le dernier article de sa série, on en serait maintenant rendu à ce qu'il appelle l'«hyper-tolérance, c'est-à-dire la tolérance extrême où tous les modes de vie, toutes les croyances, les pratiques culturelles et les prétentions morales sont, en théorie, reconnus, appréciés et validés parce que considérés comme égaux.»
Sibley fait un lien avec le multiculturalisme canadien dont le but, au départ, était de tisser un lien entre Canadiens de toute origine. Selon lui, le multiculturalisme a pris une nouvelle dimension quand certaines minorités religieuses ont poussé sa logique beaucoup plus loin et demandé d'être soustraites à certaines obligations. Les tensions qu'on voulait prévenir ont commencé à surgir, non seulement au Québec, dit-il, mais aussi en Ontario, comme on l'a vu lors des dernières élections provinciales ou du débat sur l'arbitrage religieux fondé sur la charia.
Le journaliste note que le concept de tolérance élaboré par les Lumières a fait place à un relativisme culturel souvent défendu par des penseurs occidentaux post-modernes, ce qu'il trouve ironique car «ce multiculturalisme relativiste équivaut à abandonner les valeurs et les traditions à la source même de la tolérance». À son avis, il faut revenir au concept initial de tolérance qui présume le désaccord mais aussi une volonté de respect mutuel, sans obligation d'approbation des croyances et des modes de vie avec lesquels on est en désaccord. «La tolérance étant invariablement liée à un jugement moral, elle exige une volonté de confronter des vues divergentes autour du meilleur ordre social ou politique recherché.» Sibley croit que l'apprentissage de la tolérance permet, par cet échange, d'acquérir une compréhension de ce qu'on a en commun.
À son avis, la tolérance est la preuve qu'on a des valeurs et la volonté de les défendre et qu'«une société vraiment tolérante démontre sa capacité à l'être en possédant une conception largement partagée de ce qui est bien et mal». Cela ne veut pas dire avoir la même religion ou être ethniquement homogène, mais qu'il existe, dit-il, une acceptation large de certaines normes et valeurs et un sens de la nation.
***
mcornellier@ledevoir.com
P.-S. À part le Globe and Mail, aucun journal n'avait commenté le rapport Bouchard-Taylor hier. Nous y reviendrons.
Randy Burton, du StarPhoenix de Saskatoon, s'interroge sur le procédé proposé. Si chaque province tient un vote, cela voudra dire que les sénateurs seront élus à différentes dates. Si le premier ministre décide du moment de nommer les gagnants, il n'y aura plus aucun rapport entre les élections au Sénat et celles à la Chambre des communes. Et si les élus sont de différentes affiliations politiques, le premier ministre pourra encore privilégier son parti. Et qu'en est-il des circonscriptions électorales, du financement des campagnes? «On ne parle pas de changer la Loi de l'impôt, s'indigne Burton, mais bien la structure constitutionnelle du pays, et cela exige davantage qu'un examen sommaire.»
Le bon chemin
Le Globe and Mail, lui, trouve que ça suffit. Harper peut bien ne pas aimer le Sénat, il sait très bien qu'il ne peut le transformer sans se lancer dans une ronde constitutionnelle dont le pays n'a pas envie. Il tente de forcer les provinces à tenir des élections en refusant de combler les sièges vacants, mais «cette façon détournée d'aborder la réforme comporte des pièges, menaçant entre autres de créer un Sénat plus puissant sans vrai débat sur ce que cela signifie». Selon le Globe, le premier ministre ne peut poursuivre indéfiniment cette «guerre d'usure» car, au rythme où vont les choses, le Sénat aura de la difficulté à assumer ses responsabilités, et les disparités régionales à la Chambre haute ne feront que s'accentuer. Le Globe rappelle que Harper était suffisamment inquiet de l'absence de représentation montréalaise dans son caucus pour nommer Michael Fortier au Sénat. «Si cela était suffisant pour l'obliger à une trêve dans sa guerre contre un Sénat non élu, il devrait en être de même de la nécessité de ne pas rendre le Sénat encore plus dysfonctionnel qu'il ne le lui paraît déjà.»
Dans le Vancouver Sun, Barbara Yaffe note que le refus de Stephen Harper de combler les postes actuellement vacants au Sénat prive plusieurs provinces de leur juste représentation. Qu'importe ce qu'on pense du Sénat, un vote reste un vote, insiste Yaffe, qui attribue la situation actuelle à l'absence d'unanimité des provinces et à l'intransigeance des parlementaires. Selon elle, une réforme s'impose et elle suggère, pour s'extirper de la partisanerie, d'en confier l'élaboration à une assemblée de citoyens dont la proposition ferait l'objet d'un référendum que les élus ne pourraient pas ignorer.
Tolérance
Le reste du Canada n'a pas eu droit à sa commission Bouchard-Taylor, mais cela ne veut pas dire que les questions d'intégration et d'accommodement n'alimentent pas un débat récurrent et des opinions provocatrices. Robert Sibley, du Ottawa Citizen, s'est ainsi lancé dans une réflexion personnelle sur la tolérance qui, dit-il, signifiait, à l'origine, supporter, et non pas accepter, des vues, valeurs et activités avec lesquelles on était en désaccord. Selon le dernier article de sa série, on en serait maintenant rendu à ce qu'il appelle l'«hyper-tolérance, c'est-à-dire la tolérance extrême où tous les modes de vie, toutes les croyances, les pratiques culturelles et les prétentions morales sont, en théorie, reconnus, appréciés et validés parce que considérés comme égaux.»
Sibley fait un lien avec le multiculturalisme canadien dont le but, au départ, était de tisser un lien entre Canadiens de toute origine. Selon lui, le multiculturalisme a pris une nouvelle dimension quand certaines minorités religieuses ont poussé sa logique beaucoup plus loin et demandé d'être soustraites à certaines obligations. Les tensions qu'on voulait prévenir ont commencé à surgir, non seulement au Québec, dit-il, mais aussi en Ontario, comme on l'a vu lors des dernières élections provinciales ou du débat sur l'arbitrage religieux fondé sur la charia.
Le journaliste note que le concept de tolérance élaboré par les Lumières a fait place à un relativisme culturel souvent défendu par des penseurs occidentaux post-modernes, ce qu'il trouve ironique car «ce multiculturalisme relativiste équivaut à abandonner les valeurs et les traditions à la source même de la tolérance». À son avis, il faut revenir au concept initial de tolérance qui présume le désaccord mais aussi une volonté de respect mutuel, sans obligation d'approbation des croyances et des modes de vie avec lesquels on est en désaccord. «La tolérance étant invariablement liée à un jugement moral, elle exige une volonté de confronter des vues divergentes autour du meilleur ordre social ou politique recherché.» Sibley croit que l'apprentissage de la tolérance permet, par cet échange, d'acquérir une compréhension de ce qu'on a en commun.
À son avis, la tolérance est la preuve qu'on a des valeurs et la volonté de les défendre et qu'«une société vraiment tolérante démontre sa capacité à l'être en possédant une conception largement partagée de ce qui est bien et mal». Cela ne veut pas dire avoir la même religion ou être ethniquement homogène, mais qu'il existe, dit-il, une acceptation large de certaines normes et valeurs et un sens de la nation.
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mcornellier@ledevoir.com
P.-S. À part le Globe and Mail, aucun journal n'avait commenté le rapport Bouchard-Taylor hier. Nous y reviendrons.
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