samedi 21 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Bernier interrogé sur le passé d'une conjointe

Brian Myles   8 mai 2008  Canada
Maxime Bernier et Julie Couillard. Photo: Jake Wright
Maxime Bernier et Julie Couillard. Photo: Jake Wright
Ottawa — Les chefs du Bloc québécois et du Parti libéral du Canada s'inquiètent des relations du ministre des Affaires étrangères. Maxime Bernier a jusqu'à tout récemment fréquenté une femme qui aurait eu pour conjoints successifs, il y a neuf ans, deux hommes liés au crime organisé. Gilles Duceppe et Stéphane Dion se demandent si la sécurité nationale a été compromise. Le gouvernement conservateur refuse de commenter ce qu'il considère être une «question privée».

La rumeur circulait depuis des semaines sur la colline parlementaire. Elle est sortie brutalement au grand jour en fin d'après-midi hier lorsqu'un journaliste anglophone a posé la question sans détour à Gilles Duceppe. «Dans quelle mesure êtes-vous inquiet que le ministre des Affaires étrangères ait fréquenté une femme qui a eu des liens avec le crime organisé?»

M. Duceppe, qui semblait très au fait de ces allégations, ne s'est pas fait prier pour répondre. «Nous pensons que c'est simplement inadmissible. Nous nous demandons s'il y a eu une vérification de sécurité. Il n'y a pas d'autre choix. C'est un manque de jugement non seulement de sa part mais aussi de la part de celui qui l'a nommé. Je parle du premier ministre [Stephen Harper].»

M. Duceppe a ajouté que la question est cruciale parce que «si vous avez des relations avec une personne liée au crime organisé ou ayant eu des contacts avec le crime organisé — on ne sait pas si c'est cela, on le verra —, c'est une situation qui est loin de respecter les mesures de sécurité nécessaires entourant un ministre».

La dame au coeur de ces révélations-chocs est une certaine Julie Couillard, une jolie femme (elle a été mannequin) que les archives judiciaires nous disent être née le 21 juin 1969. En 1999, Mme Couillard a été mariée à un membre des Rockers, Stéphane Sirois. Elle avait auparavant fréquenté Gilles Giguère, une relation de Maurice «Mom» Boucher, retrouvé assassiné deux semaines avant l'ouverture de son procès pour possession de mitraillettes et de haschisch.

Or Maxime Bernier s'est présenté à Rideau Hall en août dernier pour le remaniement ministériel qui devait le coiffer chef de la diplomatie canadienne au bras d'une Julie Couillard qui a fait tourner les têtes. Mme Couillard s'était présentée vêtue d'une robe soleil et d'un veston et, selon les informations rapportées par le Globe and Mail, le bureau du premier ministre n'avait pas apprécié le décolleté prononcé laissant deviner une opulente poitrine. La directrice des communications de Stephen Harper, Sandra Buckler, l'avait fait savoir au principal intéressé. «Ce n'est pas le genre de robe que Mme Harper aurait porté.» M. Bernier a haussé les épaules, racontant à son équipe par la suite que la réponse qui lui est venue à l'esprit était: «Justement.»

Le porte-parole de M. Bernier, Neil Hrab, a fait savoir hier que Mme Couillard n'était plus l'amie de coeur du ministre. «Votre question concerne une ancienne amie et vous devriez la contacter à ce sujet», a-t-il fait savoir par courriel. On sait que cette relation amoureuse a duré au moins six mois et demi. Le couple a été vu le 14 août 2007 à Rideau Hall, à d'autres occasions officielles l'automne dernier, puis le 27 février dernier, lors du chic événement Politics and the Pen, tenu à la salle de bal du Château Laurier, à Ottawa. Mme Couillard, vêtue d'une robe de couleur dorée, y a été photographiée en compagnie du whip du gouvernement, Jay Hill, et du président de la Chambre des communes, Peter Milliken.

Neil Hrab n'a pas voulu dire depuis combien de temps la rupture est survenue. On sait toutefois que certains médias tentaient de faire confirmer cette histoire depuis plusieurs semaines, notamment auprès du bureau du premier ministre, où on assurait que M. Bernier et Mme Couillard ne se fréquentent plus.

Le Devoir n'a pas été en mesure hier de parler à Mme Couillard, ex-conjointe du ministre et agente immobilière de profession, pour confirmer qu'elle est bien la personne ayant eu des contacts avec MM. Giguère et Sirois dans sa jeunesse. Toutefois, son profil Facebook indique lui aussi qu'elle est née le 21 juin 1969.

L'opposition veut savoir

Gilles Duceppe a fourni une liste de questions auxquelles il souhaite obtenir réponse. «Depuis quand ses contacts ont-ils eu lieu? Étaient-ce des contacts importants? Cette personne était-elle liée à des crimes ou à des personnes ayant commis des crimes? Est-ce que le ministre le savait? Et-ce que la GRC a vérifié? Est-ce que le premier ministre le savait? Cela semble être d'une très grande importance.»

Le chef libéral, Stéphane Dion, s'inquiète lui aussi des relations de M. Bernier. «C'est certainement une source d'inquiétude», a-t-il déclaré tout en précisant ne pas avoir tous les détails. «M. Bernier doit certainement s'expliquer parce qu'on veut savoir s'il y avait des enjeux de sécurité nationale. [...] Je dirais qu'il y a un élément additionnel lorsqu'on est responsable des Affaires étrangères, mais c'est important pour tout membre du cabinet.»

M. Dion, qui a déjà été ministre, a indiqué que des enquêtes de sécurité sur les futurs ministres et leur entourage sont effectuées avant leur nomination et que ces enquêtes doivent être mises à jour lorsque des changements surviennent dans leur vie personnelle. D’autres sources affirment toutefois qu’aucune enquête n’est effectuée concernant les proches des candidats au poste de ministre.


Julie Couillard, qui aura bientôt 39 ans, a déjà fait parler d'elle dans le mégaprocès des Hells Angels, en 2002. Un des témoins les plus crédibles de la Couronne, Stéphane Sirois, avait raconté comment Maurice Boucher lui avait demandé en 1997 de choisir entre l'amour et les Rockers, dont il était un membre en règle. Le milieu n'appréciait pas du tout qu'il fréquente Mme Couillard, dont le premier conjoint, Gilles Giguère, était soupçonné d'avoir collaboré avec la police.

Gilles Giguère, une relation d'affaires de Maurice Boucher, était impliqué dans le prêt usuraire et le trafic de drogue. Il a été arrêté en décembre 1995 pour une affaire de complot en vue de l'enlèvement, de l'extorsion et du meurtre d'une agente immobilière de l'ouest de Montréal. Julie Couillard et son père ont été appréhendés en même temps, mais aucune accusation n'a été portée contre eux.

Les accusations sont tombées en février 1996, faute de preuves. Quelques semaines plus tard, Giguère était porté disparu. Son cadavre criblé de balles a été retrouvé le 28 avril 1996 dans un fossé sur une route de L'Épiphanie. Il était sur le point de subir un procès pour possession de quatre mitraillettes et de 70 livres de haschisch.

Le mariage de Stéphane Sirois et Julie Couillard a duré quelques mois et s'est soldé par un divorce en mai 1999. Au printemps de la même année, Sirois a contacté les policiers et leur a offert sa collaboration pour infiltrer les Hells Angels et les Rockers.

Julie Couillard est aujourd'hui membre de l'Association des courtiers et agents immobiliers du Québec (ACAIQ). Le site de cet organisme indique qu'elle travaille pour le Groupe Kevlar, à Montréal. La réceptionniste de cette entreprise a cependant indiqué qu'il n'y avait aucune Julie Couillard à l'emploi de Kevlar.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Michel Lebel
    Inscrit
    jeudi 8 mai 2008 06h46
    Quelle histoire!
    « Que dire, sinon que notre Maxime national et beauceron semble avoir l'art consommé de se mettre les pieds dans les plats. J'imagine la tête de Stephen Harper en apprenant tous ces détails! Maxime n'en a pas pour longtemps comme distributeur de Jos Louis à Kandahar... Quant à la belle Julie, où est-elle? Il faudra envoyer le grand journaliste Claude Poirier enquêter sur le sujet... »

  • William Dacey
    Abonné
    jeudi 8 mai 2008 07h19
    Encore!
    « En choissant ses ministres des Affaires étrangères, Stephen Harper démontre la même sagesse comme ces-ci en choissant leurs petites-amies. »

  • Geneviève Caron
    Inscrite
    jeudi 8 mai 2008 08h02
    Double identité?
    « Suite à la lecture de cet article, je déduis plutôt que cette femme travaille probablement pour un service de renseignement et pas pour le crime organisé, quoique que je ne fasse pas une grande différence entre les deux entités sauf peut-être que l'une est privée et l'autre, publique... Je crois qu'il y a une histoire à déterrer là-desous : son emploi chez Kevlar qui semble être une façade, le volte-face de Sirois peu après leur mariage, son association à un autre allié du crime organisé qui a fini dans un fossé... Hum, ça ne vous donne pas envie d'écrire un roman policier? »

  • Diane Mercier
    Abonnée
    jeudi 8 mai 2008 08h04
    Un autre Sarkosy?
    « On comprend facilement ce qui a poussé et, qui sait, pousse encore Maxime Bernier à fréquenter la "madame" en question. C'est un syndrome bien connu, le syndrome Carla Bruni. Cela en dit long sur ce besoin de se promener avec le fruit de sa chasse sur le "hood de son char"... »

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 8 mai 2008 08h41
    Après la fille à Bellemare...
    « la blonde à Maxime!

    Ajoutez Gagliano, Laporte, le sénateur Rizzuto et vous avez le joli cocktail du plus meilleur pays au monde... »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    jeudi 8 mai 2008 08h56
    La belle affaire
    « A quoi pourrait-on s`attendre de Bernier, ministre des affaires étrangères, une fois acoquiné avec une fidèle des cercles du crime organisé au Canada? Bernier doit être viré, non seulement pour son manque le jugement dans les questions internationales, mais aussi pour son manque de jugement dans ses relations personnelles. Y aurait-il un lien entre les Hell`s angles et la disparition de 41,000 canadiens errants? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 8 mai 2008 09h25
    Crime organisé et/ou politique, le Yin et le Yang
    « Les jaloux vont se pointer.

    Si M. Harper lui demande de choisir entre Mme Couillard et le ministère de la défense, que va faire M. Bernier ? Dur à dire. M. Sévigny avait choisi la défense dans le temps.

    Chaque bonne chose à son mauvais côté, on le voit bien ici. Pourquoi c'est comme ça ? Les Chinois appellent ça : Le Yin et le Yang, un plus pour un moins. »

  • Laval Côté
    Inscrit
    jeudi 8 mai 2008 11h14
    Louche...
    « Très louche ce coketail entre le monde immobilier, le crime organisé, la politique et même un empire de presse... De l'éclairage s'il vous plaît. »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    jeudi 8 mai 2008 14h16
    Le sosie de Peter MacLeod s'en va-t-au garden party
    « Et Julie Couillard et Maxime Bernier manquent de jugement.

    Lui, (s'affichant fièrement avec une pitoune) l'air de dire «Eille! Je l'ai tu l'affaire?» Elle, en s'habillant comme si elle allait à un garden party.

    Mais elle est peut être plus rusée qu'on pense... Son pion se place les pieds en Afghanistan, royaume du pavot. LOL »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    jeudi 8 mai 2008 14h50
    C'est une chose pivée
    « Ceci est du domaine totalement privé, si cela suffit à le discréditer, alors que ce la n'a pas d'influence sur la politique ou sur son influence. Alors que pourait on dire d'un chef Homosexuel, ou un ministre important homosexuel. L'homosexualité n'est pas toujours toléré dans certain coin du monde et le ministre ou le chef n'y aura aucune influence sinon que de nous nuir. Alors pourquoi perdre notre temps sur ce sujet. Je suis surpris de voir qu'il y a eu des gens pour commenter ce fait divers. »

  • Max Roujeon
    Abonné
    vendredi 9 mai 2008 11h22
    Tout à fait inacceptable!
    « Encore plus, venant de ces conservateurs = réformistes recyclés!
    Un vieil adage dit : On ne pas faire l'amour et rester vierge, c'est bien connu.
    Alors quand on veut être un personnage public, faut oublier sa vie privée! Point, c'est tout! Les conservateurs se positionnent en défenseurs de la morale, plus rigoureux que le plus rigoureux vicaire et voilà que c'est tout à fait normal d'avoir dans ses rangs un ministre et non le moindre, apparenté, même sans affinités ni intentions, avec le monde que l'on qualifie d'«interlope».
    J'ai un peu de misère que certains estiment que c'est du domaine du privé.
    Entendons nous bien, le Maxime, il a le droit de faire ce qu'il veut, mais si c'est ça qu'il veut, qu'il laisse la tomber politique.
    Quand Bill s'est fait faire une pipe, c'était tu assez privé ça? Pourtant, on sait ce que ça a donné.
    Pis c'était moins lourd de conséquences que la situation actuelle, convenons en.
    Alors, les lois moralistes des conservateurs dont jusqu'ici j'approuvais la rigueur, ils peuvent se les carrer là où je me pense.
    Ce sont des «faites ce que je dis mais faites pas ce que je fais», le problème, c'est qu'on a rien à mettre à la place et ils le savent, c'est comme au Québec.
    Canada, Ô canada Ô paradis des bonasses! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
11 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009