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In and out: le scénario québécois décidé à Ottawa

5 mai 2008  Canada
Ottawa — Les apparatchiks du Parti conservateur à Ottawa avaient décidé de dépenser 800 000 $ en publicité supplémentaire au Québec lors de la dernière campagne électorale fédérale, et c'est entre eux, en quelques heures un mercredi après-midi de décembre 2005, qu'ils ont déterminé comment imputer cette somme à divers candidats du Québec afin de déjouer Élections Canada. Les liasses de documents déposées à la Cour supérieure de l'Ontario dans la foulée de la perquisition au quartier général du Parti conservateur continuent de livrer leurs secrets. Un échange de courriels entre les hauts dirigeants du Parti conservateur et le responsable de la firme de publicité Retail Media pendant la dernière campagne électorale permet de mieux comprendre comment le système dit du «in and out», contesté par Élections Canada, a été imaginé et appliqué au Québec.

Ainsi, dans un courriel jusqu'à présent non rapporté dans les médias, la chef de la direction financière du Parti conservateur pendant la dernière campagne, la comptable Susan Kehoe, explique qu'elle cherche désespérément avec le publicitaire Andrew Kumpf le moyen de faire passer la facture de publicité sur le compte des candidats québécois. L'échange se produit entre elle et M. Kumpf, le directeur général du Parti, Mike Donison, ainsi que l'avocat Paul Lepsoe, celui-là même qui défend aujourd'hui le PC contre Élections Canada à propos de ce stratagème financier.

«Considérant qu'il y a un potentiel de 67 circonscriptions qui pourraient tirer profit de notre campagne de publicité, j'ai demandé à Andrew s'il était capable de circonscrire lesquelles seraient les plus grandes bénéficiaires», écrit Mme Kehoe à 15 h 40, le 14 décembre 2005.

«Il m'est revenu avec ceci, continue-t-elle: Ville de Québec (TV) - 8 circonscriptions, région de Gatineau (TV) - 3 circonscriptions, Sherbrooke (TV) - 7 circonscriptions. Pour la radio -15 circonscriptions. Ce qui fait que, pour notre achat au Québec de 800 000 $, nous aurions 18 circonscriptions pour le volet télévisé et 15 circonscriptions pour le volet radio, dont une seule ne fait pas partie des 18. Si nous divisions la facture de 800 000 $ par 18 circonscriptions, est-il possible de penser qu'un achat média de 45 000 $ serait trop élevé pour chacune de ces circonscriptions?»

L'échange électronique contenu dans les documents judiciaires ne semble pas être complet, car l'on n'y retrouve pas la réponse de M. Donison à Mme Kehoe. Mais on comprend par le courriel qu'il envoie 34 minutes plus tard au publicitaire que sa réponse était positive.

«Andrew, écrit-il, nous avons besoin de 8 circonscriptions en plus des 18 que tu as choisies. Quelles sont les huit circonscriptions les plus susceptibles de recevoir n'importe lesquelles de ces publicités et nous irons avec celles-là. Es-tu capable de nous donner des noms précis? Sinon, fais-le moi savoir et je vérifierai avec notre équipe du Québec.»

À un moment, le publicitaire Kumpf rappelle à Mme Kehoe que la campagne prévue comprendra un volet radiophonique anglophone. «Nous pourrions donc inclure n'importe quelle circonscription urbaine de Montréal, mais si vous connaissez des circonscriptions anglophones, il serait mieux d'utiliser celles-là spécifiquement.» Cinq circonscriptions anglophones de Montréal ont été «utilisées», selon les documents d'Élections Canada.

Le décompte se poursuit. En désespoir de cause, M. Kumpf suggère Saint-Hyacinthe-Bagot «dont la portion dans l'est, près d'Acton, reçoit quelques signaux télévisuels de Sherbrooke et quelques signaux radio limités de Sherbrooke et Québec», écrit-il. «Il nous en manque toujours un et je ne sais vraiment plus quoi suggérer.» Ce à quoi Mike Donison répond: «Pourquoi ne pas choisir une circonscription qui jouxte une de celles déjà choisies et y aller avec cela?» Il est 17 h 27 et c'est le dernier courriel disponible de cet échange. Ils auront atteint leur but puisque 27 circonscriptions ont été utilisées pour le système du «in and out».

Susan Kehoe occupe maintenant le poste de M. Donison par intérim, depuis que celui-ci est allé travailler au cabinet du ministre Peter Van Loan. Elle sera encore responsable des finances du Parti conservateur lors de la prochaine campagne électorale.

Des détails de poids

La détermination de l'identité de la personne qui a commandé des publicités pendant la campagne électorale n'est pas un détail, tant s'en faut. Selon la loi électorale, un parti politique national est soumis à une limite de dépenses. Chacun de ses candidats est aussi soumis à une limite individuelle, distincte. Pour déterminer si une dépense est nationale ou locale, et donc imputée au parti plutôt qu'au candidat afin de respecter des plafonds, Élections Canada considère qui a «payé» et «engagé» une dépense. Dans ce cas-ci, Élections Canada soupçonne le Parti conservateur d'avoir simplement voulu dépasser son plafond national et d'avoir imputé à ses candidats l'excédent des dépenses pour avoir l'air de se conformer à la loi.

Le Parti conservateur a ainsi versé près de 1,4 million de dollars à 67 de ses candidats (dont 761 000 $ à 27 candidats du Québec), argent qui lui est revenu aussitôt pour payer les publicités, d'où l'expression «in and out». Comme le parti national avait presque atteint son plafond de dépenses permises, le PC aurait dépensé 1,1 million de plus que permis.

Les publicités achetées ont d'autant plus fait sourciller qu'au Québec, il s'agissait dans certains cas de la publicité vantant les cinq vedettes conservatrices: Josée Verner, Maxime Bernier, Lawrence Cannon, Jean-Pierre Blackburn et Daniel Fournier. Seul ce dernier n'a pas été élu. Les quatre autres ont été nommés ministres. Or, seuls les trois premiers ont contribué au contesté achat groupé des publicités, et chichement de surcroît. Ce sont les autres candidats, dont la victoire n'avait été prévue par personne, qui ont payé.

C'est qu'en général, ces candidats n'avaient pas dépensé beaucoup pour leur propre campagne qu'ils pensaient perdue d'avance. Il leur restait donc une confortable marge de manoeuvre pour assumer les dépenses du parti. C'est le cas notamment de Sylvie Boucher, élue dans Beauport-Limoilou (Québec), qui a payé plus de 37 000 $ pour vanter Josée Verner. Mme Verner, elle, a payé 9300 $...






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  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    dimanche 4 mai 2008 23h38
    Monsieur Net
    « Monsieur Net est sale. »

  • Etienne Merven
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 07h25
    Tel un chien qui ronde un os...
    « Tel un chien qui ronge un os, la presse se délecte des déboires du Parti conservateur. Et elle ne s'arrêtera que lorsque l'os sera entièrement rongé... Et tout ça pour quelque chose de connu, de toléré depuis des lustres.
    Depuis la nuit des temps, tous les partis politiques recourent à de multiples stratagèmes pour leur financement, leurs campagnes électorales, les paiements en espèces qu'ils versent à certains leaders, etc., etc. la liste est longue. On peut donc les mettre tous dans le même panier.
    La seule différence, c'est que certains partis se font prendre et d'autres pas. Le Parti libéral s'est fait prendre dans la tourmente du scandale des commandites et a remboursé les dons illégalement reçus. Cette fois-ci, c'est le Parti conservateur, la prochaine fois, ce sera le Bloc québécois ou le NPD. La roue tourne, le phénomène ne s'arrêtera pas...
    Or donc, messieurs de la presse, passez à autre chose de plus intéressant et de plus pressant! »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 08h14
    En toute innocence
    « Et comme monsieur Cannon voudrait qu'on croit, toutes ces bonnes personnes ne savaient pas qu'elles tentaient ainsi de contourner la loi électorale. En toute innocence qu'elles ont agi. L'école doit-elle continuer de prêcher la probité morale aux enfants puisqu'ils apprendront dans la vie que la tricherie est plus payante, plus efficace ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 08h23
    Ah, ces vertueux conservateurs !
    « Ces chers conservateurs, qui, lors de la campagne de janvier 2005, aimaient bien s'afficher comme un parti propre et honnête, un parti qui a des valeurs, qui prône l'ordre et le respect de la loi ! Et maintenant, nous découvrons qu'ils n'ont pas hésité à déjouer la loi électorale ! Autrement dit, « Ne faites pas ce que je fais ! »

    Remarquez, toutefois, que les libéraux, depuis les révélations sur leur programme des commandites, sont bien mal placés pour crier au scandale et donner des leçons de morale à leurs adversaires ! »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 08h56
    Pour et par des Québécois
    « Il a été révélé la semaine dernière que le bloc s'était lui même livré à un manège similaire, et on connait tous l'implication importante des forces souverainistes dans l'élection du gouvernement Mulroney.
    Je me demande si ce petit jeux, qui en passant n'est peu être pas illégale, n'a pas débuté à ce moment, ou bien réinventé par des restants de cette gang de l'époque qui n'on pas voulut suivre Bouchard.

    Ce serait une bonne enquête journalistique à faire, trouver le qui, le quand, le comment, le pourquoi et le quoi de toute cette histoire. Car je suis certain que le Bloc avec son exigence contractuel de dépenser un montant minimum pour assurer au parti le maximum de remboursement, au risque de voir le candidat obligé de payer de sa poche le manque à gagner au parti, n'est pas si rose que cela. Pas illégale, mais pour un parti qui se veut au dessus de tout soupçon et un partit qui prétend être pur et honnête pour défendre les Québécois cela laisse beaucoup de points d'interrogations.
    On apprendrait peut être qu'on a affaire à quelque chose d'aussi gros que les commandites, et encore la à nos frais. »

  • Fernand Bélair
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 08h59
    In and out!
    « Alors, voilà! Ils ont eu la chance d'être "In"; on ne devrait plus maintenant hésiter à les mettre à la porte et les laisser "out" pour un bon moment! Peut-être que la gent politique finira alors par comprendre ce qu'on attend vraiment d'elle! »

  • Roger Dion
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 10h22
    HARPER l homme qui lavait plus blanc que blanc
    « L homme /HARPER / qui lavait plus blanc que blanc, le parti des plus purs que purs, /les vierges offencées/.
    Oui tous ses choses, dégoûtent les gens de la politique ,les plus rusés en profitent, pour presque voler l élection.
    Nous pensions que ses choses étaient du passés.
    ROGER MONTREAL »

  • ghislaine fortin
    Inscrite
    lundi 5 mai 2008 10h35
    Au secours, madame Blancheville!
    « C'est toujours du pareil au même et on s'interroge devant le cynisme de la population!!! C'est bonnet blanc et blanc bonnet. Cracher en l'air et cela vous retombera sur le nez, hein M. Harper? »

  • Marie Mance Vallée
    Inscrite
    lundi 5 mai 2008 10h52
    In and out ou la langue bilingue...
    « De plus en plus, je constate que certains journalistes, chroniqueurs, politiciens et autres tribuns deviennent de plus en plus incapables « penser en français » : ils utilisent très souvent la langue bilingue croyant être mieux compris. Il est vrai que cela peut faire savant...moderne et sans doute progressiste. Et pourquoi pas multiculturel...

    Cette manière de faire, particulièrement dans Le Devoir, est insidieuse et dangereuse pour la survie notre langue. À moins que Le Devoir se soit transformé en devoir-parisella. Dans ces conditions, ne nous insultez plus et changez le nom du Devoir.

    Marie Mance Vallée »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 12h31
    Un imposteur Libéral influence les Conservateurs
    « Serions-nous face à une influence extérieure qui facilite l`adoption de pratiques Libérales au sein du parti Conservateur du Canada section Québec? Il y a similitude avec les pratiques courantes du temps de la Commission Gomery. Les citoyens élus au fédéral font tous partie d`un effet de serre car l`argent les noient dans les omissions bien senties. »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 15h04
    Comme Elvis Gratton
    « Comme Elvis Gratton, même le Devoir "parle bilingue" avec ses "in and out"!

    Quelle paresse intellectuelle de ne pas chercher à parler (et à écrire) correctement. »

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    lundi 5 mai 2008 19h47
    Ignorance ou ...incompétence et malhonnêteté
    « Comme pour Paul Martin qui disait ignorer le scandale des commandires alors qu'il était ministre des finances au parti Libéral, je serais portée à croire que les gens concernés ressemblent davantage aux singes qui ne voient rien, n'entendent rien et surtout...ne divulguent rien.
    Ignorants? vous dites! Plutôt incompétents ou malhonnêtes!
    Ces deux derniers qualificatifs étant plus justes, donnons aux libéraux et conservateurs notre appréciation au prochain scrutin­.
    L'Ontario décide habituellement du parti élu au gouvernement fédéral, les résultats du vote au Québec démontrent ce que sera son statut, soit minoritaire ou majoritaire.
    Pour défendre nos intérêts, je souhaite que le Québec vote Bloc Québécois comme en 1994...Un gouvernement minoritaire à Ottawa...ou qui sait une autre fois le Bloc à l'opposition officielle. Seule manière de se protéger contre l'arrigance et le mépris de Harper et Dion.
    Souverainement »

  • Steve Fortin
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 21h48
    Difficile à accepter m. Archambault !
    « Bien entendu vous répondez comme seuls les sophistes savent le faire, refusant d'admettre l'évidence, en tentant de salir autrui dans votre rage anti-séparatisssssssssssssse!

    Vous faites franchement pitié! »

  • Michel Lacey
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 23h52
    Ce n'est que des commandites bleues!
    « Très peu de différences de fond avec les actions du parti libéral fédéral des années'90. Ce n'est que des commandites bleues!

    Michel Lacey »

  • John Wesley
    Inscrit
    mardi 6 mai 2008 10h49
    rectitude politique
    « Lorsque les politiciens procèdent à un vol de votes par le biais de publicitées illégales allant à l'encontre même des principes sur lesquels sont fondés cette nation, il en retourne qu'ils bafouent sans vergogne tous les citoyens et leur pays même en l'abaissant au niveau corporatiste d'une dictature au sein d'une fausse démocratie. C'est à nous que revient la charge en définitive de nous informer et de faire un choix éclairé non pas en fonction d'un chef mais en fonction D'UNE ADMINISTRATION CONFORME À NOS OBJECTIFS DE DÉVLOPPEMENT DURABLE ET ÉCONOMIQUE. »

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