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Cannon plaide l'ignorance

3 mai 2008  Canada
Ottawa — Il était peut-être le responsable numéro un de la campagne électorale du Parti conservateur au Québec, mais Lawrence Cannon affirme ignorer quelle a été la formule de répartition de la facture de publicité — aujourd'hui contestée par Élections Canada — entre les différents candidats québécois impliqués dans ce qu'on appelle le «in and out».

Lors de la campagne électorale de 2005-06, Lawrence Cannon, aujourd'hui ministre des Transports à Ottawa, était le lieutenant conservateur du Québec. À ce titre, il siégeait à la commission électorale et était responsable notamment de la nomination des candidats; il était directeur exécutif adjoint du parti national, c'est-à-dire numéro deux de la formation; enfin, il était le grand responsable de la stratégie électorale du PC au Québec.

Malgré ses responsabilités, M. Cannon a affirmé hier n'avoir aucune idée de la logique utilisée pour imputer des factures de publicité à 27 candidats conservateurs dans la province, qui varient de 5000 $ à près de 52 000 $ sans raison apparente.

«La formule de répartition sera divulguée ou sera discutée lorsque nous irons devant les tribunaux», a d'abord affirmé M. Cannon lors d'un bref point de presse.

Comment explique-t-il les variations dans une même région? En Outaouais, par exemple, le coût des publicités prétendument régionales achetées selon le système «in and out» a été assumé par les cinq candidats, mais deux ont versé près de 45 000 $ chacun alors que M. Cannon a payé seulement 6100 $. Pourtant, les publicités diffusées dans la région ont logiquement bénéficié également à chaque candidat.

«Je n'ai pas la formule de répartition», a répondu le ministre. Pressé de questions, il a ajouté ceci: «Non, je ne la connais pas. Cette information-là pourra être connue au moment où nous déposerons la preuve.»

La question est importante: Élections Canada soupçonne le Parti conservateur d'avoir créé, lors de la dernière campagne électorale, un système qui lui aurait permis de dépenser plus d'argent que ce que la loi permet. Ayant atteint son plafond, le Parti conservateur a imputé des dépenses de publicité supplémentaires à 67 de ses candidats à travers le pays, dont 27 au Québec. Au total, la valeur de ces publicités s'est élevée à près de 1,4 million de dollars, dont plus de la moitié (761 000 $) uniquement au Québec.

Mais les candidats sont eux aussi soumis à des limites de dépenses, individuelles celles-là. Certains candidats ayant plus d'espoir d'être élus que d'autres (comme M. Cannon, considéré comme une vedette) planifiaient de dépenser davantage pour leur propre compte. Ils n'avaient donc pas envie de prendre à leur charge une partie des dépenses de publicité nationale. On soupçonne donc le Parti conservateur d'avoir divisé la facture entre ses candidats en fonction uniquement de la marge de manoeuvre qu'il leur restait avant d'atteindre leur plafond.

Si c'est le cas, alors il s'agirait d'une preuve supplémentaire que les dépenses «locales» contestées par Élections Canada étaient en vérité des dépenses nationales qui auraient dû être imputées au PC. Le PC aurait alors dépensé 1,1 million de dollars de plus que ce qui était permis.

Versions divergentes

L'ignorance de M. Cannon est d'autant plus surprenante que le Parti conservateur a déjà justifié en termes très simples son mode de répartition auprès du directeur général des élections, Marc Mayrand. Dans une lettre datée du 12 avril 2007, Susan Kehoe, ex-chef de la direction financière et aujourd'hui grande patronne du Parti conservateur, expliquait ainsi la formule de partage de la facture.

«Quand les candidats ont été invités à participer au concept d'achat médiatique régional, chacun a indiqué un degré de participation financière auquel il s'engageait», écrivait-elle dans cette lettre faisant partie de la liasse de documents judiciaires déposés dans le cadre de la perquisition menée par Élections Canada.

Mme Kehoe y explique que les «engagements» de chaque candidat dans une région donnée étaient additionnés. Le publicitaire proposait une combinaison de publicités télé et radio pouvant être achetées pour cette somme. Lorsqu'on recevait la facture définitive, elle était divisée au prorata des engagements initiaux entre les candidats. «En tout respect, écrivait Mme Kehoe, ce n'est pas à Élections Canada de décider si cette méthode de répartition des coûts partagés est plus raisonnable qu'une autre.»

L'explication de Mme Kehoe est toutefois contredite par d'autres documents remis à la Cour supérieure de l'Ontario. On y trouve une feuille où on fait état des prétendus «engagements» des candidats conservateurs. Dans certains cas, les pourcentages ne correspondent pas du tout à la réalité. En Estrie, par exemple, les sept candidats ayant prétendument accepté de participer se sont fait imposer des factures finales parfois trois fois plus élevées que ce que prévoyait l'entente initiale. Dans d'autres cas, elles étaient deux fois moins élevées.

Trois mois de recherche

Élections Canada a jusqu'au 16 juillet pour décortiquer les documents saisis au quartier général du Parti conservateur, après quoi ceux-ci devront être rendus. Le parti s'oppose à ce que certains d'entre eux soient consultés, soit parce qu'ils n'ont aucun lien avec la cause en litige, soit parce qu'ils révéleraient la défense des conservateurs contre Élections Canada. Le PC poursuit en effet Élections Canada devant les tribunaux pour exiger le remboursement des dépenses jugées suspectes par le chien de garde des élections. Le PC estime que les conseils prodigués par son avocat relèvent du «privilège» avocat-client. Entre-temps, les documents, contenus dans 17 boîtes, sept disques durs et cinq enveloppes, sont sous scellés.

Un récent sondage Harris Decima-Canadian Press indique que 58 % des Canadiens ne croient pas les conservateurs lorsqu'ils disent n'avoir rien fait de répréhensible, contre seulement 26 % qui croient que leur défense est crédible. Ce sondage, basé sur 1000 entretiens téléphoniques effectués entre le 24 et le 28 avril, présente une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.






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  • Jean-Marc Pineau
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 00h35
    Vraiment !
    « J'ai entendu Lawrence Cannon tenter d'expliquer qu'il n'était pas au courant de la situation et que, même en tant qu'organisateur électoral des Conservateurs au Québec, il ne connaissait rien du système de financement sur lequel enquêtent les agents d'Élections Canada, qu'il ne savait pas comment cela fonctionnait, etc. Bref, il ne connaît pas les moyens de contourner la loi électorale, mais il peut tout de même affirmer que le Parti Conservateur a agi légalement. S'il ne sait pas ce qu'on fait les Conservateurs, comment peut-il affirmer que ce qu'ils ont fait est légal ??? Monsieur Cannon prendrait-il les électeurs canadiens pour des imbéciles ? Après tout, il ne serait pas le premier. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    samedi 3 mai 2008 06h42
    L'ignorance: Ils sont tombés dedans étant petits!
    « Plaider l'ignorance!
    Si au moins, c'était original!
    Mais, non! Rien de plus banal!

    Peu importe, l'important c'est que ça marche.
    Eh! Oui! Combien de fois les politiciens ont plaidé l'ignorance?
    Rien de plus hypocrite et malgré tout rien de plus efficace.
    Je ne savais pas!
    Je ne savais vraiment pas... je vous le jure!

    Ah! Bon! S'il le dit!


    «Le PC aurait alors dépensé 1,1 million de dollars de plus que ce qui était permis.»

    C'est ce que l'on appelle la démocratie.
    Une démocratie qui carbure à coup de millions et nos voisins à coup de milliards. Pas étonnant que M. Desmarais puisse dire de Sarkozy: «c'est quelqu'un qui serait bien pour la France.»

    Avec des millions, on peut faire élire n'importe qui d'un peu présentable. Le marketing comme il dise en France, la mise en marché du candidat, du parti. Avec des millions pour l'emballage, on n'a même plus besoin de présenter de fond. D'ailleurs, l'électorat a été conditionné à ne voir que l'emballage.
    Ne nous parlez surtout pas de fond, de choix de société, de valeurs fondamentales.
    Voyez mon sourire et si je suis élu vous aussi vous sourirez, car vous payerez moins d'impôt, et pourquoi pas, moins de taxes.

    Le privé, ces missionnaires vont vous sauver.
    Dieu va sauver votre âme.
    On ne laissera plus les criminels impunis.
    On va traquer les terroristes.
    Et avec tout ça, vous en aurez plus dans votre portefeuille pour nourrir votre sainte famille.

    Ces quelques fleurs bien dessinées sur le papier d'emballage des candides candidats et du parti patriotique, ont une couleur qui nous porte à crier: "I am proud to be Canadian, and I support the troops!"
    Allez, criez tous en choeur: « ... »
    Avec des millions, on peut faire chanter tout un peuple à l'unisson, la preuve, regardez nos voisins au sud.

    Voilà, avec des millions bien placés, on sait modeler l'opinion pour atteindre ses buts. Les buts atteints, ces millions ont été un bon investissement et peuvent rapidement nous revenir au centuple, il suffit d'investir dans quelques secteurs "rentables".

    La preuve: comme disait statistique Canada: Les riches se sont enrichis de 12% (et ce n'est pas 12% de mille dollars, non, c'est 12% de millions de dollars! Toujours seulement 12%, mais il est bon de se dire 12% de quel montant!)
    Pendant que ces riches voyaient leur croissance montée difficilement (sic), les pauvres eux, devenaient plus pauvres de 20% et la classe moyenne devenait de moins en moins moyenne: du sur place. Comme dans une rivière où le courant coule vers le bas, si nous sommes bien assis dans un canot et que nous pensons faire du "sur place" en ne ramant pas, on se réveille rapidement tout au bas. En réalité, la classe moyenne recule.


    La démocratie des millions

    Aux prochaines élections, si notre (ouvrez les guilemetttes) "démocratie" (fermez les guilemetttes) continue son petit bonhomme de chemin, nous allons élire un autre bon gouvernement pour faire reculer la société.
    À coup de millions, on nous parlera du bien, de la démocratie et des droits humains et on prendra nos millions pour allez tuer, en nous laissant payer le gros prix nos soins de santé à des compagnies privées qui ne se priveront pas pour nous faire payer (ceux qui le pourront, bien entendu, les autres... eh bien, les autres... ils pourront toujours crever! Ce sera un fardeau de moins pour la société.) (La parenthèse précédente est ironique. Je le souligne parce que parfois, il y a de ces imbéciles...).

    Vous voyez, comment avec des millions bien placés et dont on «ignore» vraiment l'impact, on peut efficacement faire virer les cerveaux.

    La publicité, les médias, la mise en marché, ça coûtent cher, mais, ouf! Ça vaut le coût!
    Parlez-en à Lawrence Cannon! En privé, bien entendu. À huis clos. Parce qu'officiellement il «ignore» bien des choses.

    L'ignorance c'est une des principales caractéristiques des bons. Il ignore vraiment tout ce qui pue. Jamais ils n'oseraient. Jamais, ça ne pourrait même leur effleurer l'esprit. Voyons, l'honnêteté, ils sont tombés dans la marmite lorsqu'ils étaient tout petits.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 08h28
    Ah tous ces avocats!
    « Plaider ignorance ne vous rappelle pas les commandites! La meilleur façon de réduire la preuve reste l`ignorance des faits. On appelle ça pécher par omission. Une pratique courante dans ce monde d`avocats. Ce qui ne veut pas dire que la vérité existe. »

  • Paul Verreault
    Inscrit
    samedi 3 mai 2008 08h37
    Comme ceux du PLC
    « Comme il est comique d'entendre la même défense des Chrétien, Martin, Pelletier et même Charest pour avoir triché, les uns pendant le référendum et par la suite, les autres, les Conservateurs (PCC), pendant les dernières élections... »

  • Alain Larouche
    Abonné
    samedi 3 mai 2008 20h54
    Prise 2:Commission Gomery
    « Ça ressemble étrangement au même réplique que la Commission Gomery: "Je ne sais rien". »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    dimanche 4 mai 2008 10h10
    Je disais que les riches s'étaient enrichis de 12%
    « Je disais que les riches s'étaient enrichis de 12%, mais en fait, c'est plutôt de 16%.

    «... le revenu des plus riches s'est accru de 16 %. Leur nombre a aussi augmenté. En 2005, 601 510 travailleurs gagnaient plus de 100 000 $ par an. »

    http://www.cyberpresse.ca/article/20080501/CPSOLEIL/80501099/6586/CPSOLEIL02 »

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 4 mai 2008 11h23
    Je ne savais pas...
    « Une autre forme à utiliser par les politiciens : Je ne savais qu'il fallait que je m'en rappelle.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    dimanche 4 mai 2008 11h47
    Ça fait beaucoup d'ignorants!
    « Le gouvernement Harper est infesté d'ignorants. Après Cannon, Verner, la potiche en chef qui ne connaît pas la notoriété d'Abdou Diouf, Maxime la potiche Bernier pis ses Joe Louis en Afghanistan, Stockwell Day, ministre de l'insécurité publique, Peter MacKay ministre de l'invasion de l'Afghanistan, etc.

    À force d'être aux dépens de l'administration Bush, ce gouvernement salit la réputation du Canada et nous fait reculer de 30 ans. »

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    lundi 5 mai 2008 14h11
    Ignorance ou ...incompétence et malhonnêteté
    « Comme pour Paul Martin qui disait ignorer le scandale des commandires alors qu'il était ministre des finances au parti Libéral, je serais portée à croire que les gens concernés ressemblent davantage aux singes qui ne voient rien, n'entendent rien et surtout...ne divulguent rien.
    Ignorants? vous dites! Plutôt incompétents ou malhonnêtes!
    Ces deux derniers qualificatifs étant plus justes, donnons aux libéraux et conservateurs notre appréciation au prochain scrutin­.
    L'Ontario décide habituellement du parti élu au gouvernement fédéral, les résultats du vote au Québec démontrent ce que sera son statut, soit minoritaire ou majoritaire.
    Pour défendre nos intérêts, je souhaite que le Québec vote Bloc Québécois comme en 1994...Un gouvernement minoritaire à Ottawa...ou qui sait une autre fois le Bloc à l'opposition officielle. Seule manière de se protéger contre l'arrigance et le mépris de Harper et Dion.
    Souverainement »

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