Crise alimentaire - 50 millions de plus pour les pays pauvres
Photo : Agence France-Presse
Les États-Unis arrivent en tête de peloton avec une contribution de 1,1 milliard de dollars au Programme alimentaire mondial en 2007.
Ottawa — Deux mois après le cri d'alarme lancé par l'ONU, le Canada a délié les cordons de sa bourse hier pour contrer la crise alimentaire mondiale. Le gouvernement fédéral versera 50 millions de dollars supplémentaires cette année pour combattre la faim dans les pays pauvres, ce qui porte sa contribution totale à 230 millions pour 2008-09. Il s'agit d'une hausse de 28 % par rapport à l'an dernier. Le NPD et le Parti libéral jugent toutefois qu'un pays riche comme le Canada peut en faire davantage.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies réclame de toute urgence une somme de 755 millions $US pour fournir de la nourriture à 73 millions de personnes dans 78 pays. Le PAM a reçu 60 % de cette somme jusqu'à présent. La hausse vertigineuse du prix des produits alimentaires de base depuis un an ne permet plus à l'organisme onusien de remplir ses obligations. Par exemple, le prix du riz sur les marchés a bondi de 74 % et celui du blé, de 130 %.
Selon le PAM, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des «émeutes de la faim». En raison de la hausse des prix, le PAM ne peut fournir aujourd'hui que 60 % de l'aide apportée l'année dernière. La situation est particulièrement difficile pour le milliard d'humains qui vivent avec moins d'un dollar par jour.
Sur les 50 millions annoncés hier par Ottawa, 45 millions iront au PAM. Le Canada solidifie donc sa position de grand donateur en matière de sécurité alimentaire, puisqu'il est bon an, mal an parmi les cinq pays qui contribuent le plus au PAM. Pour 2008, Ottawa versera en tout 205 millions au Programme alimentaire mondial. L'an dernier, c'étaient 160 millions. Les États-Unis arrivent en tête de peloton avec une contribution de 1,1 milliard de dollars en 2007. Le PAM a reçu 2,7 milliards de dollars des pays donateurs l'an dernier.
Le gouvernement fédéral a demandé au PAM d'utiliser une partie de sa nouvelle contribution (10 des 50 millions) spécifiquement pour aider Haïti à surmonter la crise alimentaire. Cette somme servira à nourrir 350 000 Haïtiens.
Ottawa versera aussi cinq millions de dollars supplémentaires à la Banque de céréales vivières du Canada, un organisme basé à Winnipeg et dirigé par des congrégations religieuses de l'ouest du pays. Cet organisme, qui utilise entre autres les dons des fermiers canadiens pour alimenter les pays pauvres, recevra en tout 25 millions du gouvernement Harper cette année. Le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), une association qui regroupe plus d'une centaine d'ONG, salue cette initiative, puisque la Banque de céréales vivières du Canada est un organisme «très efficace», selon le président du CCCI, Gerry Barr.
Une aide sans condition
Pour augmenter l'efficacité de son aide, le Canada modifie également sa façon de contribuer au PAM. Auparavant, Ottawa exigeait que son argent serve à acheter des denrées alimentaires au Canada à hauteur de 50 %. La nourriture achetée ici était ensuite redistribuée par le PAM ailleurs dans le monde. Lier le financement à une telle condition permettait d'aider indirectement les agriculteurs canadiens. En contrepartie, cela faisait augmenter les coûts de transport et empêchait les fermiers des pays pauvres d'en profiter.
Mais ce ne sera plus le cas. Toutes les sommes versées par le Canada serviront maintenant à acheter des produits alimentaires dans les pays en développement. Le PAM aura toute la marge de manoeuvre nécessaire. «Le Canada donnait l'image de vouloir s'aider lui-même avant d'aider les autres. Ce n'est pas ce qu'on veut. En déliant notre aide, le PAM pourra acheter des produits dans les pays en développement, ce qui réduira le transport, améliorera l'efficacité et sera beaucoup plus rapide. On pourra donc en acheter plus avec les mêmes montants», a soutenu la ministre de la Coopération internationale, Beverly Oda. Le Canada et les États-Unis étaient parmi les rares pays à encore imposer de telles restrictions au PAM.
Le secrétaire d'État à l'Agriculture, Christian Paradis, a affirmé que le Canada, à titre de pays riche, «a la responsabilité d'aider les pays dans le besoin». La ministre Oda a toutefois été forcée d'admettre que les sommes supplémentaires serviront essentiellement à couvrir la hausse vertigineuse des prix des aliments et du transport. Bref, pour ce qui est de la quantité, il n'y aura pas plus de nourriture pour les résidants des pays pauvres. «On n'est pas en mesure d'augmenter sensiblement le tonnage», a-t-elle avoué.
Terri Toyota, directrice des relations avec les gouvernements au Programme alimentaire mondial, a affirmé qu'il est trop tôt pour savoir combien de tonnes de nourriture l'argent canadien permettra de livrer aux populations affamées. «On ne sait pas ce qui va arriver avec le prix des produits et combien on pourra en acheter», a-t-elle dit lors de la conférence de presse.
Des critiques
Les ministres du gouvernement Harper rejettent du revers de la main les accusations voulant que le Canada contribue au problème mondial avec sa politique d'utilisation de l'éthanol dans l'essence. Cette initiative favorise la production de biocarburant à partir du maïs, ce qui contribue à la rareté de cette céréale et fait grimper les prix. Le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d'aliments en carburant est un «crime contre l'humanité».
Beverly Oda s'en défend. «Même quand nous aurons atteint notre objectif de mélanger 5 % d'éthanol dans le carburant d'ici 2010, il y aura encore 95 % des terres canadiennes qui seront destinées à la production de nourriture ou à l'exportation de la ressource. Notre approche sur les biocarburants est réaliste et équilibrée», a-t-elle soutenu.
Le prix du baril de pétrole, qui fait augmenter les coûts de transport, ainsi que l'intérêt des spéculateurs en Bourse pour les denrées alimentaires et les changements d'habitudes de consommation dans les pays émergents (notamment l'Inde et la Chine) sont autant de facteurs qui aggravent la crise actuelle, a soutenu la ministre Oda. À ses côtés, Terri Toyota, du PAM, était d'accord pour dire que le biocarburant à base de maïs n'est pas le seul responsable des problèmes actuels.
Le chef du NPD, Jack Layton, a plutôt critiqué le montant de l'aide canadienne annoncée hier. «On ne peut pas régler une crise de la faim avec un simple pansement. C'est trop peu, trop tard. Il aurait fallu des centaines de millions de dollars.»
Son de cloche similaire du côté du leader libéral. «C'est un strict minimum, a dit Stéphane Dion. On a dû faire pression sur le gouvernement pour qu'il consente enfin à bouger et, si [les conservateurs] n'avaient pas été aussi imprudents dans la gestion des finances publiques, le Canada aurait pu en faire plus.»
Le président du Conseil canadien pour la coopération internationale, Gerry Barr, salue les nouvelles sommes consenties par le gouvernement mais reproche à l'Agence canadienne de développement international (ACDI) de ne pas investir à long terme pour prévenir ce genre de crise alimentaire. «Au début des années 90, l'ACDI consacrait 20 % de son budget de développement à l'aide aux fermiers dans les pays pauvres. La proportion est passée à 5 % de son budget dans les dernières années. Il faut faire plus que seulement acheter des aliments, il faut aider à structurer la production alimentaire dans les pays pauvres pour qu'ils subviennent à leurs besoins», dit-il.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies réclame de toute urgence une somme de 755 millions $US pour fournir de la nourriture à 73 millions de personnes dans 78 pays. Le PAM a reçu 60 % de cette somme jusqu'à présent. La hausse vertigineuse du prix des produits alimentaires de base depuis un an ne permet plus à l'organisme onusien de remplir ses obligations. Par exemple, le prix du riz sur les marchés a bondi de 74 % et celui du blé, de 130 %.
Selon le PAM, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des «émeutes de la faim». En raison de la hausse des prix, le PAM ne peut fournir aujourd'hui que 60 % de l'aide apportée l'année dernière. La situation est particulièrement difficile pour le milliard d'humains qui vivent avec moins d'un dollar par jour.
Sur les 50 millions annoncés hier par Ottawa, 45 millions iront au PAM. Le Canada solidifie donc sa position de grand donateur en matière de sécurité alimentaire, puisqu'il est bon an, mal an parmi les cinq pays qui contribuent le plus au PAM. Pour 2008, Ottawa versera en tout 205 millions au Programme alimentaire mondial. L'an dernier, c'étaient 160 millions. Les États-Unis arrivent en tête de peloton avec une contribution de 1,1 milliard de dollars en 2007. Le PAM a reçu 2,7 milliards de dollars des pays donateurs l'an dernier.
Le gouvernement fédéral a demandé au PAM d'utiliser une partie de sa nouvelle contribution (10 des 50 millions) spécifiquement pour aider Haïti à surmonter la crise alimentaire. Cette somme servira à nourrir 350 000 Haïtiens.
Ottawa versera aussi cinq millions de dollars supplémentaires à la Banque de céréales vivières du Canada, un organisme basé à Winnipeg et dirigé par des congrégations religieuses de l'ouest du pays. Cet organisme, qui utilise entre autres les dons des fermiers canadiens pour alimenter les pays pauvres, recevra en tout 25 millions du gouvernement Harper cette année. Le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), une association qui regroupe plus d'une centaine d'ONG, salue cette initiative, puisque la Banque de céréales vivières du Canada est un organisme «très efficace», selon le président du CCCI, Gerry Barr.
Une aide sans condition
Pour augmenter l'efficacité de son aide, le Canada modifie également sa façon de contribuer au PAM. Auparavant, Ottawa exigeait que son argent serve à acheter des denrées alimentaires au Canada à hauteur de 50 %. La nourriture achetée ici était ensuite redistribuée par le PAM ailleurs dans le monde. Lier le financement à une telle condition permettait d'aider indirectement les agriculteurs canadiens. En contrepartie, cela faisait augmenter les coûts de transport et empêchait les fermiers des pays pauvres d'en profiter.
Mais ce ne sera plus le cas. Toutes les sommes versées par le Canada serviront maintenant à acheter des produits alimentaires dans les pays en développement. Le PAM aura toute la marge de manoeuvre nécessaire. «Le Canada donnait l'image de vouloir s'aider lui-même avant d'aider les autres. Ce n'est pas ce qu'on veut. En déliant notre aide, le PAM pourra acheter des produits dans les pays en développement, ce qui réduira le transport, améliorera l'efficacité et sera beaucoup plus rapide. On pourra donc en acheter plus avec les mêmes montants», a soutenu la ministre de la Coopération internationale, Beverly Oda. Le Canada et les États-Unis étaient parmi les rares pays à encore imposer de telles restrictions au PAM.
Le secrétaire d'État à l'Agriculture, Christian Paradis, a affirmé que le Canada, à titre de pays riche, «a la responsabilité d'aider les pays dans le besoin». La ministre Oda a toutefois été forcée d'admettre que les sommes supplémentaires serviront essentiellement à couvrir la hausse vertigineuse des prix des aliments et du transport. Bref, pour ce qui est de la quantité, il n'y aura pas plus de nourriture pour les résidants des pays pauvres. «On n'est pas en mesure d'augmenter sensiblement le tonnage», a-t-elle avoué.
Terri Toyota, directrice des relations avec les gouvernements au Programme alimentaire mondial, a affirmé qu'il est trop tôt pour savoir combien de tonnes de nourriture l'argent canadien permettra de livrer aux populations affamées. «On ne sait pas ce qui va arriver avec le prix des produits et combien on pourra en acheter», a-t-elle dit lors de la conférence de presse.
Des critiques
Les ministres du gouvernement Harper rejettent du revers de la main les accusations voulant que le Canada contribue au problème mondial avec sa politique d'utilisation de l'éthanol dans l'essence. Cette initiative favorise la production de biocarburant à partir du maïs, ce qui contribue à la rareté de cette céréale et fait grimper les prix. Le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d'aliments en carburant est un «crime contre l'humanité».
Beverly Oda s'en défend. «Même quand nous aurons atteint notre objectif de mélanger 5 % d'éthanol dans le carburant d'ici 2010, il y aura encore 95 % des terres canadiennes qui seront destinées à la production de nourriture ou à l'exportation de la ressource. Notre approche sur les biocarburants est réaliste et équilibrée», a-t-elle soutenu.
Le prix du baril de pétrole, qui fait augmenter les coûts de transport, ainsi que l'intérêt des spéculateurs en Bourse pour les denrées alimentaires et les changements d'habitudes de consommation dans les pays émergents (notamment l'Inde et la Chine) sont autant de facteurs qui aggravent la crise actuelle, a soutenu la ministre Oda. À ses côtés, Terri Toyota, du PAM, était d'accord pour dire que le biocarburant à base de maïs n'est pas le seul responsable des problèmes actuels.
Le chef du NPD, Jack Layton, a plutôt critiqué le montant de l'aide canadienne annoncée hier. «On ne peut pas régler une crise de la faim avec un simple pansement. C'est trop peu, trop tard. Il aurait fallu des centaines de millions de dollars.»
Son de cloche similaire du côté du leader libéral. «C'est un strict minimum, a dit Stéphane Dion. On a dû faire pression sur le gouvernement pour qu'il consente enfin à bouger et, si [les conservateurs] n'avaient pas été aussi imprudents dans la gestion des finances publiques, le Canada aurait pu en faire plus.»
Le président du Conseil canadien pour la coopération internationale, Gerry Barr, salue les nouvelles sommes consenties par le gouvernement mais reproche à l'Agence canadienne de développement international (ACDI) de ne pas investir à long terme pour prévenir ce genre de crise alimentaire. «Au début des années 90, l'ACDI consacrait 20 % de son budget de développement à l'aide aux fermiers dans les pays pauvres. La proportion est passée à 5 % de son budget dans les dernières années. Il faut faire plus que seulement acheter des aliments, il faut aider à structurer la production alimentaire dans les pays pauvres pour qu'ils subviennent à leurs besoins», dit-il.
Haut de la page

