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Armée de l'air canadienne - Seul un avion de sauvetage sur trois est en état de voler

Alec Castonguay   28 avril 2008  Canada
Ottawa — Les avions de recherche et de sauvetage de l'armée utilisés pour secourir les citoyens canadiens en détresse sont en si mauvais état que seulement 33 % de la flotte est opérationnelle en tout temps. Et la situation se «détériore», note un document confidentiel obtenu par Le Devoir. De plus, les coûts supplémentaires pour maintenir ces 16 avions en état de vol entre 2010 et 2012 se chiffrent à 240 millions de dollars.

Le document marqué du sceau «secret» montre à quel point l'Armée de l'air estime avoir besoin des nouveaux appareils de recherche et de sauvetage. L'état de la flotte est pire que jamais, peut-on lire dans ce texte de quelques pages rédigé à la fin de 2005 et soumis au Conseil des ministres en 2006, après l'arrivée au pouvoir des conservateurs. Selon nos informations, il a été approuvé par le chef d'état-major de la Défense, Rick Hillier, et son contenu est toujours valide.

«Les activités de recherche et sauvetage au Canada sont parmi les plus exigeantes au monde. Les avions Buffalo et Hercules en service se meurent, avec une disponibilité opérationnelle de 33 % qui continue à se détériorer», peut-on lire dans le document. La norme dans le domaine est de 70 %.

C'est donc dire que, sur les 16 avions de la flotte — six Buffalo CC115 et dix Hercules CC130 —, seulement cinq appareils sont disponibles en tout temps pour secourir les citoyens perdus dans les Rocheuses, en difficulté dans le Grand Nord ou coincés dans un bateau en perdition. En raison de la vétusté des avions, la vaste majorité de la flotte est clouée au sol pour l'entretien et les réparations. Il y a quatre bases militaires au pays qui abritent des avions de recherche et de sauvetage (Comox, Winnipeg, Trenton et Greenwood), ce qui fait un maximum d'un avion disponible à tout moment sur chaque base.

C'est peu, de l'aveu même des Forces canadiennes. «Sans un geste immédiat, notre capacité à maintenir les opérations actuelles est à risque, tout comme nos troupes», peut-on lire en introduction du document sous le titre «urgent». De plus, «l'affirmation de la souveraineté du Canada dans l'Arctique augmentera les défis» de la flotte actuelle vieillissante, poursuit le texte.

Le document mentionne plusieurs priorités d'acquisition qui ont finalement été adoptées par le gouvernement Harper en juin 2006, après la discussion au Conseil des ministres: les avions de transport tactique C-130J, les appareils de transport stratégique C-17 et les hélicoptères Chinook.

En fait, on constate que l'armée a considéré le remplacement des avions de recherche et de sauvetage comme étant sa priorité numéro un, devant les autres achats. Pourtant, c'est le seul besoin qui n'a pas été comblé jusqu'à présent, même si le gouvernement libéral précédent avait mis de côté l'argent nécessaire et que les conservateurs avaient promis en campagne électorale d'acheter de nouveaux avions destinés aux missions de sauvetage.

Ironiquement, les Forces canadiennes viennent de lancer une campagne publicitaire télévisée qui montre, entre autres choses, les militaires lors d'une mission de sauvetage dans le Grand Nord, à la suite d'un écrasement d'avion. Il n'est évidemment pas question du piteux état de la flotte d'avions.

Les six vieux appareils Buffalo CC115 mis en service en 1967 et les dix Hercules acquis par le Canada entre 1964 et 1990 devaient terminer leur vie utile en 2010. Le gouvernement libéral précédent prévoyait acheter de nouveaux avions et recevoir les premiers appareils en 2009. Mais tout a été bloqué lors des élections de l'automne 2005. Même si le gouvernement Harper procédait à un appel d'offres d'ici à quelques mois, le premier appareil ne pourrait pas être livré avant 2012, voire 2014. Ce délai inquiète vivement l'armée, comme le révélait Le Devoir le 15 avril dernier, documents à l'appui.

Entre 240 et 500 millions pour entretenir la flotte

Les Forces canadiennes n'ont jamais voulu dire combien coûteraient aux contribuables l'entretien et les réparations des Buffalo et Hercules jusqu'en 2012. Or, dans un autre document obtenu par Le Devoir et rédigé par le Conseil du trésor, on constate qu'il en coûtera 240 millions de dollars pour maintenir les vieux appareils en état de vol entre 2010 et 2012.

«Si l'acquisition des avions était reportée de deux ans après 2010, il en coûterait 240 millions de plus en dépenses d'appui pour maintenir les appareils actuels en état de voler», peut-on lire. En extrapolant les montants sur quatre ans, on comprend que la facture pourrait même grimper à 500 millions de dollars si la flotte n'est pas remplacée avant 2014.

Le Conseil du trésor souligne que remplacer les vieux avions par des appareils neufs destinés spécifiquement à la recherche et au sauvetage permettrait des économies importantes au gouvernement, tant sur le plan de la consommation d'essence que de l'entretien et de la réparation.

Trois multinationales de l'aviation militaire sont sur les rangs pour éventuellement décrocher le contrat de remplacement des appareils de recherche et de sauvetage: l'italienne Alenia avec son C-27J, l'espagnole CASA-EADS avec son C-295 et l'américaine Lockheed Martin avec son C-130J petit format.

Le géant américain a d'ailleurs confirmé au Devoir son intérêt pour un futur appel d'offres. «Il faut attendre de voir les critères et les spécifications imposés par le Canada, mais on a de l'intérêt, c'est certain, dit Peter Simmons, directeur des communications chez Lockheed Martin Aerospace. Notre C-130J fait déjà un travail de recherche et sauvetage avec la Garde côtière américaine, alors il peut faire ce travail. On attend juste de voir ce que le Canada recherche.» Alenia et CASA-EADS se disent elles aussi en attente du gouvernement et prêtes à se lancer dans un appel d'offres.

Dans une réponse par courriel, le bureau du ministre de la Défense reconnaît «l'importance de contribuer à l'efficacité des services de recherche et de sauvetage pour tous les Canadiens». Mais Dan Dugas, le directeur des communications du ministre Peter MacKay, refuse de s'avancer. «Nous avons placé des priorités claires pour le futur des Forces canadiennes et nous continuons avec les projets qui font du sens en ce moment. Les engagements faits par ce gouvernement seront satisfaits, mais cela va prendre du temps et des ressources. Je peux vous assurer que les Forces canadiennes prennent des actions pour s'assurer que les services de recherche et sauvetage sont maintenus sans interruption jusqu'à temps qu'une nouvelle capacité soit mise en service.»

Les Forces canadiennes ont reçu 9400 appels de détresse en 2007. L'armée doit lancer une opération de sauvetage en moyenne 580 fois par année, puisque les autres appels sont redirigés vers une autre organisation (GRC, SQ, Garde côtière) ou vers un premier répondant plus près du lieu visé (navire marchand, par exemple).






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Vos réactions

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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 28 avril 2008 08h08
    Recyclons nos sous-marins britaniques
    « La solution : Poser des ailes sur nos sous-marins usagés, qui prennent un peu l'eau pour en faire de beaux avions afin de les faire voler vu qu'ils sont dangereux en plongée. »

  • Gilles Hudicourt
    Inscrit
    mardi 29 avril 2008 08h31
    La réalité
    « Je pense qu'en réalité, l'état des service d'entretien des aéronefs des Forces Canadiennes est tel, que peut importe le type et le modèle d'avion qu'ils exploitent, il n'y a qu'un sur trois en état de voler en tout temps : c'est probablement le cas des CF-18, des Aurora, des CC-150 Polaris et des nouveaux hélicoptères Cormorants (ne parlons même pas des Sea-King)
    Le problème d'entretien du parc d'aéronef des Forces Canadienne n'a rien a voir avec l'âge des appareils mais est issu d'un problème interne très grave. Je ne pense pas que couler des milliards de dollars dans l'acquisition d'un nouvel modèle d'appareil va changer grand chose au problème. »

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