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Censure - L'industrie du cinéma craint le pire

La Presse canadienne   11 avril 2008  Canada
Ottawa — L'industrie du cinéma et de la télévision craint de voir tous ses projets bloqués si les règles permettant au gouvernement de priver de financement des films ou émissions jugés contraires à «l'ordre public» sont adoptées par le Parlement.

L'actrice canadienne Sarah Polley, qui a récemment été mise en nomination aux Oscars pour son film Away from Her, redoute l'effet «réfrigérant» des mesures envisagées sur les créateurs.

D'après elle, le rôle des artistes est de provoquer. «La responsabilité des artistes consiste à créer des oeuvres qui suscitent le débat et invitent les gens à repenser leurs convictions. Parfois, il faut provoquer pour atteindre ce but», a-t-elle déclaré hier lors d'un point de presse.

Sarah Polley faisait partie d'un groupe d'artistes et de gens d'affaires du milieu culturel venus témoigner devant le comité sénatorial qui étudie actuellement le projet de loi C-10, un document de plus de 400 pages qui modifie la Loi canadienne de l'impôt.

Une disposition de ce texte permettrait au fédéral de refuser des crédits d'impôt à des productions trop violentes, diffamatoires ou pornographiques. Ottawa se défend bien de limiter ainsi la liberté d'expression et dit plutôt vouloir ainsi mieux gérer l'argent des contribuables.

«On ne parle pas du tout de censure. On parle de mesures d'efficacité pour notre gouvernement. On parle de mesures qui pourraient être adoptées ensemble avec l'industrie», a insisté la ministre du Patrimoine, Josée Verner, à l'issue de la période de questions.

Son collègue le député Pierre Poilievre est cependant moins nuancé. «Si des acteurs ou des actrices hollywoodiens célèbres désirent produire du matériel offensif aux yeux de la majorité des Canadiens, ils peuvent le faire en utilisant leur propre argent, pas celui des contribuables», a-t-il répété dans un communiqué.

En outre, la décision d'accorder des crédits d'impôt à un film ou pas serait prise à la toute fin du processus de création, après le tournage.

Selon Sarah Kerr-Hornell, de Film Ontario, cela entraînerait beaucoup d'incertitude et pourrait pousser les banques, dont l'aversion pour le risque est notoire, à refuser leur soutien à des projets prometteurs.
 
 
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