mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 09h39


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Afghanistan: Ottawa échoue à obtenir l'aide de Paris

Alec Castonguay   1 avril 2008  Canada
Ottawa — Le président français, Nicolas Sarkozy, annoncera jeudi après-midi, lors du sommet de l'OTAN à Bucarest, que Paris envoie près de 1000 soldats dans l'est de l'Afghanistan aux côtés des Américains, plutôt que dans le sud avec les Canadiens. Malgré un intense effort de lobbying au plus haut niveau, le gouvernement Harper n'aura pas réussi à convaincre son allié français de venir lui prêter main-forte à Kandahar. L'aide viendra donc des États-Unis, déjà fortement impliqués en Afghanistan.

Le journal français Le Monde et le quotidien britannique Times rapportaient hier que le président Sarkozy avait déjà informé le premier ministre de la Grande-Bretagne, Gordon Brown, et le président américain, George W. Bush, de sa décision d'envoyer environ 1000 soldats supplémentaires dans l'est de l'Afghanistan, près de la frontière avec le Pakistan. Cette région — moins dangereuse que Kandahar mais tout de même instable — est sous le contrôle des militaires américains.

Au bureau du premier ministre, on refuse de confirmer ou d'infirmer l'information. Stephen Harper n'a pas parlé avec Nicolas Sarkozy ou George W. Bush récemment, et le Canada n'est pas au courant de la décision française, affirme Dimitri Soudas, l'attaché de presse de M. Harper. «On est confiant que l'OTAN va pouvoir nous fournir l'équipement [hélicoptères] et les soldats supplémentaires qu'on demande pour Kandahar. Peu importe le pays qui viendra en renfort, ce sera une bonne nouvelle», dit-il.

Ottawa fondait beaucoup d'espoir sur la France, qui veut bonifier son engagement en Afghanistan. Le 8 février dernier, Stephen Harper avait délégué à Paris son chef de cabinet, Ian Brodie, sa conseillère en matière de politique étrangère, Susan Cartwright, ainsi que le chef d'état-major des Forces canadiennes, Rick Hillier. La présence de Ian Brodie et de Susan Cartwright dans cette mission de séduction montrait que, pour le gouvernement Harper, il ne s'agissait pas uniquement de considérations militaires, mais aussi politiques.

Obtenir l'appui de la France, un pays réputé pour ses missions de paix, aurait permis au gouvernement conservateur de briser la perception tenace chez plusieurs Canadiens que la guerre en Afghanistan est avant tout une opération américaine. La coalition internationale de 47 000 soldats dirigée par l'OTAN est formée de 40 pays. Les États-Unis forment le plus important contingent, avec 19 000 soldats, suivis de la Grande-Bretagne (7750), de l'Allemagne (3490) du Canada (2500) et de l'Italie (2360). Il y a encore quelques milliers de militaires américains sous l'étiquette Enduring Freedom, la mission américaine de chasse aux terroristes. L'OTAN ne précise toutefois pas leur nombre, que certains évaluent à 7000.

La France, qui a déjà 1500 soldats dans la région de Kaboul, enverra donc ses troupes supplémentaires dans l'est du pays, à quelques centaines de kilomètres de la capitale. Le journal Le Monde écrit que «la décision du chef de l'État a été prise après moult hésitations quant au choix de la région — le sud ou l'est de l'Afghanistan — où ce contingent sera déployé, probablement début juillet. La logique opérationnelle aurait voulu que le sud soit choisi: c'est dans les provinces d'Helmand et de Kandahar qu'ont lieu les combats les plus intenses contre les insurgés talibans, et c'est donc là que le besoin de renforts est le plus pressant», peut-on lire.

Mais deux arguments auront achevé de convaincre Nicolas Sarkozy. D'abord, sur le plan opérationnel, il sera plus facile de ravitailler les troupes françaises à partir de leur base actuelle de Kaboul. Ensuite, les forces spéciales françaises ont déjà travaillé dans cette région montagneuse entre 2003 et 2006, sous la direction des Américains. Finalement, près de 200 soldats-instructeurs français encadrent déjà l'entraînement de l'Armée nationale afghane dans cette région.

Ensuite, sur le plan politique, l'est du pays a également l'avantage de conforter le rapprochement souhaité avec les États-Unis par Nicolas Sarkozy. Paris veut reprendre sa place au sein du commandement de l'OTAN (abandonnée en 1966), et tisser des liens plus étroits avec Washington aidera ce processus. De plus, les stratèges militaires français ont peur de se retrouver coincés à Kandahar, l'endroit où l'insurrection est la plus forte. Un député socialiste français, Jean-Louis Bianco, a d'ailleurs fait référence au «piège afghan» hier, comparant la situation dans le sud du pays à la guerre du Vietnam dans les années 70. En portant son choix sur l'est du pays, Sarkozy évite donc de jeter de l'huile sur le feu d'une opinion publique très sceptique au sujet de la mission en Afghanistan.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Maxime Bernier, s'est dit malgré tout «optimiste» de trouver un «partenaire» pour venir prêter main-forte aux soldats canadiens à Kandahar. «Si nous n'avons pas plus de troupes à Kandahar, nous ne pourrons pas connaître du succès là-bas. Si nous ne faisons pas de progrès à Kandahar, c'est la mission au complet de l'OTAN qui ne pourra pas être un succès. Je pense que nos alliés en sont bien conscients», a-t-il dit hier à sa sortie de la période de questions.

Les États-Unis et le Canada côte à côte

La décision de la France force les États-Unis à venir apporter son aide au Canada. L'administration Bush a déjà prévenu le gouvernement Harper qu'il peut compter sur les soldats américains si aucun autre pays ne se porte volontaire pour envoyer des troupes à Kandahar. Sur les 2200 marines américains déployés temporairement entre mars et septembre à Kandahar, environ 1000 devraient rester sur place pour poursuivre les opérations avec les soldats canadiens après février 2009.

L'annonce officielle des États-Unis pourrait toutefois attendre après le sommet de trois jours de l'OTAN qui s'ouvre demain à Bucarest, en Roumanie.

Il faudra voir comment les cultures militaires américaines et canadiennes s'arrimeront à Kandahar, puisque, même si plusieurs généraux canadiens connaissent bien leurs homologues pour avoir fait des séjours avec l'armée américaine dans le passé, il n'en demeure pas moins que Washington a souvent une approche plus musclée en terrain hostile. Un militaire canadien a utilisé le mot «cow-boys» lors d'une discussion avec Le Devoir pour décrire les soldats américains. Par exemple, ces derniers utilisent plus souvent les frappes aériennes, ce qui augmente les dommages aux infrastructures et les risques de toucher des civils. Le Canada n'a pas déployé d'avions ou d'hélicoptères de combat en Afghanistan.

Le critique libéral en matière d'affaires étrangères, Bob Rae, estime que la présence des États-Unis aux côtés du Canada est un «échec» pour la mission de l'OTAN, puisque le fardeau ne sera pas mieux réparti. Les Américains, les Britanniques, les Canadiens et les Néerlandais se partagent la lourde tâche de pacifier le sud de l'Afghanistan. Or, c'est encore un de ces pays qui doit fournir un effort supplémentaire. «S'il n'y a que quatre pays qui sont prêts à remplir les tâches difficiles, c'est un problème. Il faut insister pour que le fardeau soit mieux réparti entre les alliés. Ça touche la crédibilité de l'OTAN.»






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 02h36
    Quelle surprise, il était évident qu'on les aurait nos renforts, le scénario était écris d'avance pour nous vendre la guerre
    « Ça importait peu qui nous apporterait les renforts, il nous fallait trouver des raisons factices de rester en afghanistan sous des conditions remplies d'avance.

    Un vrai show de boucane afin d'envoyer encore plus de jeunes à la boucherie, mais le problème, c'est qu'ils sont le morceau de viande »

  • Mario Tremblay
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 07h39
    Avec les Américains à nos côtés
    « Nos pertes vont sûrement augmenter! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 1 avril 2008 07h56
    Tout va très bien Mme la Marquise
    « Pas de problème, les 1 000 Français vont dans l'est remplacer 1 000 Américains qui vont aider les Canadiens où c'est dangereux, à Kandahar.

    Vu que l'armée canadienne utilise très majoritairement la langue anglaise, ça va mieux échanger pour changer les windshield washers des bulldozers et pour les missions "search and destroy" le taliban méchant, sa mère, sa soeur et sa fille qui, si elles survivent, doivent apprécier l'efficacité de notre armée plus ou moins bien outillée qui emprunte ses chars de l'Allemagne et qui doivent bien être responsable des dommages dans le blindage. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 08h36
    Aux côtés des Américains
    « Faut-il s'étonner que Nicolas Sarkovy ne puisse voir le nouveau contingent de soldats français en Afghanistan ailleurs qu'aux côtés des Américains ? Ce petit faiseur d'histoire ne peut cacher son admiration, voire son adulation pour tout ce qui est américain. Où est passée la France de Chirac ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 1 avril 2008 08h42
    Grands parleurs, petits faiseurs...
    « Mon père , qui a fait la guerre 1939-45 , avait l'habitude de dire qu'il ne faut pas compter sur les français pour gagner une guerre.

    Au débarquement en Normandie, les cultivateurs français se plaignaient des bombardements et prétendaient qu'ils avaient été mieux traités par les Allemands!!! Pour les canadiens dont les frères d'armes sont mort à Dieppe, entendre ces propos faisait rager. La résistance était surtout composée de français non de souche, qui furent tous tassés par le peureux De Gaulle (caché en Angleterre) après la guerre...

    Le courage n'est certe pas la plus grande qualité des français.Ils capitulent facilement, et laissent les autres faire la job... Ils sont meilleurs dans les discours grandiloquents et les voeux pieux. Trop de québécois ont, à mon avis, cette attitude de grands parleurs mais petits faiseurs. N'importe qui peut jouer les gérants d'estrade, mais peu auront le courage de risquer leur vie pour défendre la démocratie contre les fascistes comme les nazis ou les talibans... »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 1 avril 2008 10h03
    @ M. André Michaud
    « M. André Michaud, le guerrier sans peur et sans reproche, crache un peu sur ses origines, la France, en les traitant de peureux. Il semble mieux aimer les soldats qui vont, pour protéger les femmes afghanes, tuer leurs fils, leurs compagnons et leurs pères qui étaient, voilà pas trop longtemps, alliés des Américains contre les Russes. Voilà les bons devenus soudainement méchants. Quand est-ce que la changement là s'est produit M. Michaud ? »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mardi 1 avril 2008 11h30
    Le déclin français...
    « Les Français ont décliné la demande d'aide d'un de leurs alliés, dont une partie importante de la population partage la même langue, en faveur de leur nouvel ami, l'Empire, dans une région moins dangereuse en Afghanistan. On ne peut que réagir en pensant que nos cousins ne sont pas très braves et préfèrent les discours à l'action.

    Ceci dit, eux, leurs amis de l'Empire et nous, le Canada, sommes tous dans l'erreur, quel que soit l'endroit où l'on intervient en Afghanistan. L'approche guerrière n'a jamais marché et ne marchera pas plus cette fois-ci. On ne force pas d'autres peuples à accepter nos concepts de « démocratie ». Au contraire, cette approche crée un très grand nombre de victimes et pousse une grande partie de la population dans le camp adverse. La seule approche qui a des chance de marcher est une approche basée sur l'empathie, l'aide, le soutien l'encouragement et, surtout, l'exemple. La France sous Sarkosi donne aux Afghans et au reste du monde un bien mauvais exemple. Il semble que Sarkosi ait remplacé Blair comme « frotteur » de GW Bush!!! »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 14h32
    Monsieur Michaud, les Talibans sont la créatures de a CIA pour lutter contre les sovietiques
    « Parole de Zbigniew Brzezinski secretaire à la défense de Jimmy Carter lors d'une entrevue avec l'hebdomataire français le Nouvel Observateur et ce avant que les Russes déclarrent la guerre à l'Afghanistan en décembre 1979.

    Le créateur qui chasse et fait la morale à créature, n'est-ce pas ironique?

    Aller foutre le bordel en Afghanistan, c'est bon pour la démocratie et la paix dans le monde?

    Est-ce que vous croyez vraiment ce que vous dites? »

  • Patrice Tourne
    Inscrit
    mercredi 2 avril 2008 09h52
    Réponse d'un Français à M André Michaud
    « Il est exact que les cultivateurs normands n'ont pas eu à subir les bombardements allemands en 1940 car la quasi totalité de l'armée était coincée entre la ligne Maginot et les troupes allemandes dand le Nord Est.
    Le Canada n' a pas eu de guerre sur son sol depuis 1812-1814,tant mieux, il est facile d'ironiser la dessus.
    Les bombardements anglo américains ont fait beaucoup de victimes civiles.
    Je rend hommage aux soldats morts pour rien à Dieppe en 1942 et a tous les autres morts pour liberer la France.
    La Résistance était formée d'une grande majorité de Français et de républicains espagnols et d'Européens de l'est dont les pays étaient occupés par les Allemands
    Ch de Gaulle agissait, depuis 1940,en homme politique et non en militaire, pour que la France puisse être une grande puissance à la fin de la guerre.
    Enfin, les Quebecois ontessayé par tous les moyens de bloquer la conscription en 1914 et 1940, pour ne pas porter assistance aux deux peuples fondateurs »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009