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Victoires en demi-teinte pour Dion

18 mars 2008  Canada
Bob Rae, ex-candidat à la direction du PLC, a célébré sa victoire dans Toronto Centre, hier soir, aux côtés de son chef, Stéphane Dion. Les deux hommes étaient accompagnés de leurs épouses, Arlene Prely Rae (à gauche), et Janine Krieber.
Photo : Agence Reuters
Bob Rae, ex-candidat à la direction du PLC, a célébré sa victoire dans Toronto Centre, hier soir, aux côtés de son chef, Stéphane Dion. Les deux hommes étaient accompagnés de leurs épouses, Arlene Prely Rae (à gauche), et Janine Krieber.
Ottawa — C’est sans difficulté que Bob Rae et Martha Hall Findlay ont remporté leur pari électoral hier soir en remportant pour le Parti libéral les deux circonscriptions torontoises qui étaient en jeu. Mais leur chef Stéphane Dion, sur qui tous les projecteurs étaient dirigés, n’a pas récolté l’éclatante, et totale, victoire qu’il espérait: la circonscription de Saskatchewan lui a échappé tandis que la majorité libérale dans le château fort qu’est Vancouver Quadra a fondu comme neige au soleil.

«Ce soir est un grand soir pour les libéraux», a pourtant déclaré hier soir M. Dion, qui se trouvait pour l’occasion aux côtés de son député fraîchement élu dans Toronto Centre, Bob Rae, dont c’était d’ailleurs l’anniversaire. Il a pris la parole à 22h50, alors que les résultats dans l’ouest du pays n’étaient pas officiels.

«Le leadership, c’est de savoir qu’on ne peut pas réussir seul, a ajouté M. Dion. On doit faire équipe avec les Canadiens. Je suis un joueur d’équipe et je suis un bâtisseur d’équipe. Et ce soir, c’est clair que j’ai une bien meilleure équipe que Stephen Harper.»

Bob Rae a ensuite livré un discours enflammé, au cours duquel les larmes lui ont même enroué la voix. «Les électeurs ont ce soir rejeté la politique de la peur et de la négativité de certains de nos opposants», a -t-il dit. Toronto Centre, a-t-il expliqué, «inclut les plus riches et le plus pauvres de ce pays, ceux qui sont ici depuis des générations et ceux qui sont arrivés la semaine dernière, les hétéros et les gais, les Noirs, les Bruns, les Jaunes, les Rouges, les Blancs, les professionnels et les ouvriers». Et cette victoire, a-t-il conclu, est la concrétisation d’une «coalition progressiste de partout au Canada de gens qui veulent rejeter la politique de la polarisation et de la division».

Avec 242 des 275 boîtes de scrutin dépouillées au moment de mettre sous presse, M. Rae avait 59 % des voix, tandis que le NPD en avait 13,9 %, le Parti vert 13,8 % et le Parti conservateur, 12,5 %.

Pour sa part, Martha Hall Findlay se réjouissait d’enfin rentrer à la Chambre des communes, par la porte de Willowdale. Elle n’en était pas à sa première tentative électorale. Mme Hall Findlay avait raté sa chance par quelque 600 voix en 2004 contre une certaine conservatrice nommée Belinda Stronach, dans une autre circonscription de la banlieue torontoise. Elle avait l’année suivante dû céder sa place à cette même Belinda Stronach devenue libérale. Puis, elle a échoué dans la course au leadership de 2006. Cette fois, c’est la bonne.
Avec 260 des 270 boîtes de scrutin ouvertes, elle avait engrangé hier soir 59,4 % des voix, contre 30 % pour la candidate conservatrice Maureen Harquall.

La partie a été plus serrée dans Vancouver Quadra, un siège d’ordinaire sûr pour le Parti libéral, mais que la candidate Joyce Murray a remporté par environ 1000 voix contre son adversaire conservatrice Deborah Meredith (36,9 à 31,6 %). Les libéraux détiennent ce siège d’ordinaire confortable depuis 1984.

Quant à la circonscription de Saskatchewan, Desnethé-Missinippi-Rivière Churchill, Stéphane Dion l’a perdue et risque d’ailleurs d’être fortement critiqué au sein de son parti à ce sujet au cours des prochains jours. Il avait insisté pour imposer une candidate, une député néo-démocrate provinciale, malgré la volonté des militants. Joan Beatty a perdu avec un écart important. Avec la quasi totalité des boîtes de scrutin dépouillées, le conservateur Rob Clarke l’a remporté avec 47,8 % des voix contre 31,4 % pour la libérale.

Le NPD s’écrase

Une donnée de ce scrutin jette par ailleurs un nouvel éclairage sur la récente animosité néo-démocrate envers les libéraux de Stéphane Dion. Le NPD a fait piètre figure dans les deux circonscriptions torontoises, arrivant coude-à-coude avec la Parti vert. Ainsi, dans Willowdale, le NPD a obtenu à peine 4,7 % contre 5,9 % pour le PV tandis que dans Toronto Centre, ce ne sont que 28 voix qui permettent au NPD de dire qu’il a devancé les verts (13,9 % des voix contre 13,8%). Ces chiffres confirment les données des récents sondages ontariens. Si le NPD se fait ainsi attaquer par les verts, ce sont plusieurs sièges ontariens qui pourraient être en jeu.

Dans Vancouver Quadra aussi, le NPD s’est fait chauffer les arrières par les verts: 16,2 % des voix contre 14,9%. Cet étonnant score de la formation d’Elizabeth May peut d’ailleurs expliquer celui, décevant, des libéraux: les Verts ont obtenu 10 points de plus que lors de l’élection générale de 2006, alors que les libéraux en ont perdu à peu près autant. Les conservateurs ont très légèrement amélioré leur performance.
Malgré tout, le parti de Stephen Harper faisait bonne figure hier soir. «Ce soir n’est pas victoire pour les libéraux», a lancé en entrevue téléphonique avec Le Devoir le ministre des Finances, Jim Flaherty.

Le taux de participation à ces élections partielles a été très bas: environ 24 %. Avec les résultats d’hier, les conservateurs ont désormais 127 députés à la Chambre des communes et les libéraux, 97, dont le président de la Chambre. Les néo-démocrates restent à 30 et le Bloc québécois, à 48 depuis le départ officialisé la semaine dernière de Maka Kotto, qui tentera sa chance sur la scène provinciale. Il y a quatre députés indépendants.
Il reste, après l’élection d’hier soir, deux sièges vacants, tous deux au Québec: celui de M. Kotto (Saint-Lambert) et celui de Lucienne Robillard (Westmount-Ville-Marie), partie officiellement en janvier dernier.






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  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 18 mars 2008 07h30
    Le vote ethnique dans les ROC
    « Harper est devenu PM sans aucun député à Toronto, Montréal et Vancouver. Du jamais vu dans l'histoire du Dominion.
    Les logues, qui font dans la haute rectitude politique, vont dire que c'est parce que l'agenda conservateur ne convient pas à une population urbaine. Pourtant ledit agenda a très bien convenu aux urbains de Québec, Calgary et Edmonton.

    En dépit du scandale des commandites, Montréal a réélu 11 libéraux (et on ose parler du mystère Québec!) Toronto et Vancouver a voté rouge vif. Une seule et unique explication: le vote ethnique. Plus un comté est ethnique, plus il vote rouge. Moins il est ethnique, moins il vote rouge (dans Portneuf, les rouges ont fait....2%!)

    Aux États-Unis, on sait que 90% des Noirs votent démocrates. La grande majorité des Juifs et des Latinos votent démocrates. Les deux-tiers des hommes blancs votent républicains. Tout ça est connu de tous et discuté en long et en large par les analystes de CNN.
    Mais au Canada, et surtout au Québec, c'est la politique de l'autruche. La rectitude politique est telle que l'on s'en tient à une description des résultats sans l'explication ethnique qui en fournit la clé. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 18 mars 2008 07h59
    Ils ont voté pour la guerre en Afghanistan
    « Nous pouvons voir ici que l'Ontario et l'Ouest canadien ont voté très majoritairement pour les Conservateurs et les Libéraux qui sont les 2 partis qui viennent de voter pour allonger notre participation à la guerre en Afghanistan jusqu'à la fin de 2011. Ça veut dire qu'ils sont en faveur de cette guerre perdue d'avance qui fait des morts de civils, de la torture et de soldats canadiens.

    Est-ce pour protéger les femmes afghanes ? Faudrait le demander aux mères, aux soeurs et aux filles des Afghans, Talibans ou pas, tués intentionnellement ou accidentellement. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 18 mars 2008 08h13
    La carte électorale du Canada a de gros problèmes...
    « Au Québec, on fait tout un plat parce qu'un vote à Laval vaut deux votes en Gaspésie. Avez-vous vu la carte électorale du Canada?

    Hier dans le comté de Willowdale, il y avait 92,733 électeurs inscrits, 85,361 dans Toronto-Centre, 82,598 dans Vancouver-Quadra mais seulement 41,989 dans Desnethé-Missinippi-Rivière Churchill !! »

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 18 mars 2008 08h49
    Félicitations
    « Félicitations aux nouveaux élus des citoyens. Espérons que le parti Libéral progressera au niveau de l'appui populaire, assez pour déclencher des élections et se donner un gouvernement moins anti-environnement. Le maintient des conservateurs au pouvoir menace fortement notre environnement.

    Pour la première fois de ma vie (à 57 ans) je voterai libéral, et ma principale raison est que c'est le seul parti pro environnement qui a des chances d'être élu. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 18 mars 2008 12h13
    Les Libéraux ne peuvent pas perdre
    « Au Canada, plus que jamais, on vote essentiellement sur une base ethnique.

    Les immigrants (20% de la pop canadienne, 25% avec leurs enfants) votent libéral, tout comme les Indiens (4% du Canada) les Anglos-Québécois (2% du Canada) et les Acadiens et franco-hors-Québec (3% du Canada). S'ajoutent les Québécois fédéralistes purs et durs (10% du Québec, 2% du Canada) et les vrais Libéraux Canadians (5% du Canada).

    Le vote ethnique joue dans 150 comtés (presque toute l'Ontario et les grandes villes sauf Québec), le vote indien dans une quarantaine, le vote anglo-québécois dans une quinzaine et le vote acadien et franco-hors-québec dans une vingtaine. Bref, les Libéraux ne peuvent pas perdre une élection. A moins de patauger dans les scandales. Ou d'avoir un chef qui s'appelle Stéphane Dion. »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    mardi 18 mars 2008 12h33
    La politique canadienne intéresse-t-elle vraiment les électeurs ?
    « Le taux de participation d'hier a été de seulement 24 %. D'accord, c'étaient des élections partielles et, dans 2 cas, les résultats étaient prévisibles. Cependant, le fait que si peu de gens se soient déplacés pour aller nous donne une bonne idée de l'intérêt que suscitent les débats au Parlement d'Ottawa. Un récent sondage nous a appris que, s'ils avaient le choix, bien des électeurs canadiens préféreraient voter pour les présidentielles américaines que pour de nouvelles élections générales déclenchées par M. Harper ! »

  • Loraine King
    Inscrite
    mardi 18 mars 2008 12h39
    Toronto-Centre ethnique, Monsieur Noel?
    « Que vos ancêtres soient venus de France avec le régiment de Carignan, qu'ils soient des premières nations, venus de l'Irlande il y a 150 ans, de l'Italie il y a cinquante ans, vous avez le même droit de vote qu'un descendant d'Ecossais arrivés ici en 1780 ou d'Ukrainiens venus s'établir dans les Prairies il y a cent ans. Un vote c'est un vote. Je lisais qu'il y aurait 40 pourcent de Québécois qui auraient des racines irlandaises. Sont-ils des Québécois 'ethniques'? »

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 18 mars 2008 15h23
    @ Jacques Noel
    « Votre observation très pertinente sur le fait que le vote ethnique va aux libéraux s'explique. Selon moi, les gens venant au Canada pour fuir des pays en conflit sont portés à voter au centre et les libéraux autant au Québec qu'à Ottawa représentent le centre. Les partis libéraux ,autant provincial que fédéral, sont moins ethnocentriques et plus ouvert au multiethnique. C'est donc logique qu'ils appuient plus cette philosophie qui les considère comme des citoyens plustôt que comme une menace à la langue ou aux valeurs traditionnelles...Qui voterait pour un parti qui le considère comme une menace? »

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