Revue de presse - Volée de bois vert
Lutter contre les changements climatiques n'est pas la priorité des conservateurs et ils l'ont encore prouvé cette semaine. Ça leur a bien valu quelques critiques, mais ce n'était rien en comparaison de ce qu'ont essuyé les libéraux de Stéphane Dion. D'abord, le projet de loi du député libéral Dan McTeague concernant les régimes enregistrés d'épargne-études a été rejeté par tout le monde ou à peu près. Ensuite, le refus des libéraux de défaire le gouvernement peu importe l'enjeu suscite maintenant un sarcasme mordant.
Selon le Toronto Star, cette attitude du chef libéral Stéphane Dion pourrait transformer la défaite électorale que les libéraux craignent en réalité. «Ils ne forceront pas des élections parce qu'ils craignent de les perdre, mais en les retardant, ils s'assurent de ne pas obtenir le soutien dont ils auraient besoin pour gagner.»
Selon James Travers, chroniqueur au Toronto Star, Stéphane Dion a miné sa crédibilité de champion environnemental en refusant, en début de semaine, d'appuyer une motion de défiance néo-démocrate dénonçant l'approche conservatrice en matière de lutte contre les changements climatiques. «Alors que la performance conservatrice est une menace à long terme pour l'environnement, l'incapacité libérale est dans l'immédiat politiquement dommageable.»
Le projet McTeague n'a pas amélioré les choses pour Dion. Le Globe and Mail pense que son adoption s'est retournée contre les libéraux puisqu'il n'aura fallu qu'une semaine aux conservateurs pour torpiller le projet, sans que les libéraux puissent les en empêcher... sans risquer des élections. Mais quand il y aura une campagne, les conservateurs se serviront de ce même projet pour accuser les libéraux d'irresponsabilité. «Le manque de prévoyance des libéraux dans ce dossier montre encore une fois l'absence d'un leadership fort. Trop dépendants de "patentes" [...], ils se sont poussés par mégarde dans un coin.»
Le StarPhoenix, de Saskatoon, pense qu'à force de renier leurs convictions à répétition, les libéraux jouent leur avenir. Le quotidien parle même d'«une situation qui pourrait mener les libéraux là où un astéroïde a conduit les dinosaures il y a environ 65 millions d'années». Et le quotidien de conclure en citant Shakespeare qui faisait dire à César: «Un lâche meurt plusieurs fois avant sa mort. Le vaillant ne goûte à la mort qu'une seule fois.»
Conversons...
Le projet de «conversation nationale» de la chef péquiste Pauline Marois n'a retenu l'attention que du Ottawa Citizen, un journal qui porte un regard souvent réducteur sur le Québec. Le Citizen affirme que «le vieux nationalisme inflexible, celui qui doit s'exprimer à travers la séparation politique, est devenu dépassé». Selon lui, le PQ l'a compris et c'est pourquoi il abandonne l'idée de tenir un référendum. Le quotidien tente d'expliquer la perte d'attrait de la souveraineté. «Le nationalisme ethnique [...] a peut-être perdu de son lustre. Nous, en Occident, suivons ce qui se passe dans les Balkans et au Moyen-Orient et, soudainement, le séparatisme et la ségrégation deviennent moins invitants.» Le Citizen continue en évoquant la mondialisation, une jeunesse ouverte à la différence, à l'aise avec des identités multiples et peu attirée par «la vieille école nationaliste qui a toujours essayé d'alimenter le ressentiment contre l'Autre». Le quotidien décèle une résignation chez les souverainistes, qui se rendent compte que «le bateau n'arrivera probablement jamais» à bon port.
Accommodement recherché
Récemment, un tribunal ontarien a conclu que les sikhs devaient se plier au même règlement que les autres motocyclistes et porter un casque protecteur. La décision a été largement applaudie, mais certains, comme le National Post, y ont vu un frein au «progrès libéral». En invoquant les coûts de santé, dit le Post, on confirme les craintes des libertaires pour qui la mise en place de programmes sociaux conduirait à une restriction éventuelle de la liberté. «Poussé à son extrême limite, le principe [invoqué] est l'autorisation d'une nouvelle forme de totalitarisme: alors que les gouvernements passés contrôlaient les comportements sous prétexte de favoriser la bonne conduite ou l'hygiène, cette fois, la santé, sous la forme de coûts à éviter, devient l'étalon de mesure.»
L'Ottawa Citizen estime que cette raison ne justifie en rien de porter atteinte à la liberté de religion des sikhs. Un accommodement, dit le quotidien, peut être refusé seulement s'il porte atteinte à la sécurité, au bien public ou aux droits des autres. Sinon, dit le Citizen, où s'arrêter? Iain Hunter, du Times Colonist, de Victoria, ne peut croire que des considérations financières en matière de santé puissent servir d'argument pour violer une liberté fondamentale inscrite dans la Charte. «Je me fiche qu'on parle de motocyclisme ou d'observation d'oiseaux, je me fiche si la personne qui s'y adonne est sikhe ou anglicane [...] je trouve offensant que les libertés individuelles de notre société puissent être limitées par nos gouvernants de façon si désinvolte.»
Crêpage de chignons ontarien
La tension ne cesse de monter entre les conservateurs fédéraux et les libéraux ontariens, les premiers critiquant la politique fiscale des seconds. Après la dénonciation à peu près unanime des journaux ontariens la semaine dernière, c'était au tour de la chroniqueuse Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, de s'y attarder. Elle parle d'un renversement des rôles entre l'Alberta et l'Ontario. La première n'a droit qu'à des éloges du gouvernement Harper alors que la seconde est victime de ses attaques incessantes. Exactement l'inverse de ce qui se passait sous les libéraux. Yaffe déplore cette attitude malsaine. «Les provinces méritent d'être traitées de la même manière, à l'abri des considérations partisanes.»
***
mcornellier@ledevoir.com
Selon le Toronto Star, cette attitude du chef libéral Stéphane Dion pourrait transformer la défaite électorale que les libéraux craignent en réalité. «Ils ne forceront pas des élections parce qu'ils craignent de les perdre, mais en les retardant, ils s'assurent de ne pas obtenir le soutien dont ils auraient besoin pour gagner.»
Selon James Travers, chroniqueur au Toronto Star, Stéphane Dion a miné sa crédibilité de champion environnemental en refusant, en début de semaine, d'appuyer une motion de défiance néo-démocrate dénonçant l'approche conservatrice en matière de lutte contre les changements climatiques. «Alors que la performance conservatrice est une menace à long terme pour l'environnement, l'incapacité libérale est dans l'immédiat politiquement dommageable.»
Le projet McTeague n'a pas amélioré les choses pour Dion. Le Globe and Mail pense que son adoption s'est retournée contre les libéraux puisqu'il n'aura fallu qu'une semaine aux conservateurs pour torpiller le projet, sans que les libéraux puissent les en empêcher... sans risquer des élections. Mais quand il y aura une campagne, les conservateurs se serviront de ce même projet pour accuser les libéraux d'irresponsabilité. «Le manque de prévoyance des libéraux dans ce dossier montre encore une fois l'absence d'un leadership fort. Trop dépendants de "patentes" [...], ils se sont poussés par mégarde dans un coin.»
Le StarPhoenix, de Saskatoon, pense qu'à force de renier leurs convictions à répétition, les libéraux jouent leur avenir. Le quotidien parle même d'«une situation qui pourrait mener les libéraux là où un astéroïde a conduit les dinosaures il y a environ 65 millions d'années». Et le quotidien de conclure en citant Shakespeare qui faisait dire à César: «Un lâche meurt plusieurs fois avant sa mort. Le vaillant ne goûte à la mort qu'une seule fois.»
Conversons...
Le projet de «conversation nationale» de la chef péquiste Pauline Marois n'a retenu l'attention que du Ottawa Citizen, un journal qui porte un regard souvent réducteur sur le Québec. Le Citizen affirme que «le vieux nationalisme inflexible, celui qui doit s'exprimer à travers la séparation politique, est devenu dépassé». Selon lui, le PQ l'a compris et c'est pourquoi il abandonne l'idée de tenir un référendum. Le quotidien tente d'expliquer la perte d'attrait de la souveraineté. «Le nationalisme ethnique [...] a peut-être perdu de son lustre. Nous, en Occident, suivons ce qui se passe dans les Balkans et au Moyen-Orient et, soudainement, le séparatisme et la ségrégation deviennent moins invitants.» Le Citizen continue en évoquant la mondialisation, une jeunesse ouverte à la différence, à l'aise avec des identités multiples et peu attirée par «la vieille école nationaliste qui a toujours essayé d'alimenter le ressentiment contre l'Autre». Le quotidien décèle une résignation chez les souverainistes, qui se rendent compte que «le bateau n'arrivera probablement jamais» à bon port.
Accommodement recherché
Récemment, un tribunal ontarien a conclu que les sikhs devaient se plier au même règlement que les autres motocyclistes et porter un casque protecteur. La décision a été largement applaudie, mais certains, comme le National Post, y ont vu un frein au «progrès libéral». En invoquant les coûts de santé, dit le Post, on confirme les craintes des libertaires pour qui la mise en place de programmes sociaux conduirait à une restriction éventuelle de la liberté. «Poussé à son extrême limite, le principe [invoqué] est l'autorisation d'une nouvelle forme de totalitarisme: alors que les gouvernements passés contrôlaient les comportements sous prétexte de favoriser la bonne conduite ou l'hygiène, cette fois, la santé, sous la forme de coûts à éviter, devient l'étalon de mesure.»
L'Ottawa Citizen estime que cette raison ne justifie en rien de porter atteinte à la liberté de religion des sikhs. Un accommodement, dit le quotidien, peut être refusé seulement s'il porte atteinte à la sécurité, au bien public ou aux droits des autres. Sinon, dit le Citizen, où s'arrêter? Iain Hunter, du Times Colonist, de Victoria, ne peut croire que des considérations financières en matière de santé puissent servir d'argument pour violer une liberté fondamentale inscrite dans la Charte. «Je me fiche qu'on parle de motocyclisme ou d'observation d'oiseaux, je me fiche si la personne qui s'y adonne est sikhe ou anglicane [...] je trouve offensant que les libertés individuelles de notre société puissent être limitées par nos gouvernants de façon si désinvolte.»
Crêpage de chignons ontarien
La tension ne cesse de monter entre les conservateurs fédéraux et les libéraux ontariens, les premiers critiquant la politique fiscale des seconds. Après la dénonciation à peu près unanime des journaux ontariens la semaine dernière, c'était au tour de la chroniqueuse Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, de s'y attarder. Elle parle d'un renversement des rôles entre l'Alberta et l'Ontario. La première n'a droit qu'à des éloges du gouvernement Harper alors que la seconde est victime de ses attaques incessantes. Exactement l'inverse de ce qui se passait sous les libéraux. Yaffe déplore cette attitude malsaine. «Les provinces méritent d'être traitées de la même manière, à l'abri des considérations partisanes.»
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mcornellier@ledevoir.com
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