samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 14h07


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Un rapport de l'ONU fait état d'une situation préoccupante - Comment va l'Afghanistan ?

Alec Castonguay   15 mars 2008  Canada
Au moment où le Canada prolonge sa mission en Afghanistan jusqu'en juillet 2011, les Nations unies dévoilent un rapport qui dresse un portrait mitigé de la situation dans ce pays instable. Malgré les progrès, l'Afghanistan est rongé par des maux qui mettent son avenir en péril.

Ottawa — Le Conseil de sécurité a entamé cette semaine un débat pour prolonger le mandat de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA). Même si la décision n'est qu'une formalité, l'ONU a remis à ses États membres un rapport qui fait état des progrès et des échecs dans ce pays ravagé par 25 ans de guerre.

Le constat est implacable: l'Afghanistan n'est pas encore sorti du bourbier. «Deux ans après l'adoption du Pacte pour l'Afghanistan, la transition politique reste en butte à de graves difficultés, peut-on lire dès le début du document. Les talibans, les groupes armés apparentés et l'économie de la drogue représentent des menaces fondamentales pour les institutions politiques, économiques et sociales encore fragiles.»

La sécurité est précaire dans plusieurs régions, dit l'ONU. «Malgré les succès tactiques remportés par les forces militaires nationales et internationales, les éléments antigouvernementaux sont loin d'être vaincus. Trente-six des 376 districts, dont la plupart des districts de l'Est, du Sud-Est et du Sud, demeurent en grande partie inaccessibles aux responsables gouvernementaux afghans et aux travailleurs humanitaires.»

Le rapport remis au Conseil de sécurité estime que la situation est «préoccupante». «En 2007, les rebelles et les terroristes ont considérablement intensifié leurs activités par rapport à l'année précédente», peut-on lire. En moyenne, 566 incidents par mois ont eu lieu en 2007, contre 425 l'année précédente. Près de 8000 personnes sont mortes en raison du conflit, tant du côté des talibans que du côté du gouvernement ou des forces militaires, dont 1500 civils. Il y a eu 160 attentats suicide et 68 tentatives avortées en 2007, contre 123 bombes humaines et 17 tentatives en 2006.

La frontière avec le Pakistan est toujours aussi poreuse, ce qui cause de sérieux maux de tête aux forces internationales, puisque les talibans et al-Qaïda s'entraînent et se replient dans une zone tribale hors du contrôle d'Islamabad, avant de revenir combattre en Afghanistan. Mais à l'intérieur du pays, 16 «groupes armés», selon l'ONU, ont abandonné les armes. Plus de 1000 individus ont été arrêtés ou désarmés, alors que 5700 armes ont été confisquées.

Les Nations unies rappellent que l'Afghanistan n'est pas un bloc homogène. Le pays reste divisé entre l'Ouest et le Nord, qui sont «généralement plus stables et où les problèmes de sécurité sont liés à la criminalité», alors que le Sud (la région des soldats canadiens) et l'Est sont victimes d'une «insurrection de plus en plus coordonnée». L'organisme précise toutefois que, même dans les zones dangereuses du Sud, «le conflit est relativement circonscrit puisque 70 % des incidents relatifs à la sécurité se sont produits dans 10 % des districts afghans (soit 40), où la population ne représente que 6 % de la population nationale».

Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, estime que les Canadiens, dont les soldats sont concentrés dans le Sud, ont tendance à oublier que la situation s'améliore dans plusieurs régions de l'Afghanistan. «Il ne faut pas tout mêler. Le pays n'est pas à feu et à sang partout. Le Nord et l'Ouest vont assez bien», dit-il.

Le problème le plus généralisé, ajoute le spécialiste, c'est le manque de pouvoir du gouvernement Karzaï hors de Kaboul et la corruption totale de la machine étatique. La communauté internationale aurait peut-être dû mettre le pays sous tutelle plus longtemps afin d'instaurer une éthique chez les fonctionnaires, avance Charles-Philippe David. «On a voulu bien faire en déclenchant rapidement des élections pour assurer la légitimité d'Hamid Karzaï, mais le pays est coincé dans une corruption généralisée. L'argent se perd et des projets ne se font pas.»

Enrayer cette gangrène qui ronge le pays doit être une priorité pour donner confiance à la population envers son gouvernement et renforcer le concept de démocratie aux yeux des Afghans. Le côté positif, note l'ONU, c'est que «le gouvernement afghan comprend à quel point la corruption compromet sa crédibilité».

Et maintenant?

Le Canada sera présent à Kandahar jusqu'en 2011 et d'autres rapports de l'ONU suivront, dit Charles-Philippe David. «J'ai l'impression que c'est la même chose chaque fois. Les problèmes sont récurrents», dit-il, ajoutant que la coalition internationale devra être patiente avec l'Afghanistan. «C'est une vue de l'esprit de penser qu'on peut régler les problèmes en quelques années. Ça me fait bien rire quand je vois des dates butoirs. Personne de sérieux ne prétend que ça va prendre moins de 25 ans pour remettre ce pays sur pied.»

L'ONU et l'OTAN n'ont pas l'intention de laisser la situation se détériorer. Pour faire taire la propagande des insurgés qui démonise la coalition internationale, il faut montrer aux Afghans que le pays va dans la bonne direction, soulignent les Nations unies.

Pour donner un nouvel élan à la mission de développement, l'ONU vient de nommer un nouvel envoyé spécial qui aura plus de pouvoir pour coordonner les efforts de tous les organismes et pays présents en Afghanistan. C'était un souhait du Canada. «Une meilleure coordination entre les partenaires est essentielle à la réussite de nos objectifs», a souligné le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier.

Le gouvernement Karzaï a accepté la nomination par l'ONU du Norvégien Kai Eide pour combler le poste d'envoyé spécial. Aura-t-il assez de pouvoir pour coordonner plus efficacement la MANUA? A-t-il l'autorité morale pour s'imposer, lui qui n'est pas très connu à l'extérieur des cercles diplomatiques? «Il a un gros travail devant lui, convient John Manley. C'est une nomination correcte, mais il faudra voir comment il va réagir.»






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Mario Tremblay
    Abonné
    samedi 15 mars 2008 07h55
    Des dates ...
    « Moi je donne encore 3 ou 4 ans maximum et l'occident sera parti de l'Afghanistan... construire une autre démocratie, dans un pays plus sensible (comprendre, plus intéressant au niveau stratégique : pétrole et autres ressources naturelles essentielles).
    Un mandat de 25 ans ... vous avez peut-être raison M. David, mais c'est irréaliste. »

  • Michaël Lessard
    Inscrit
    samedi 15 mars 2008 11h51
    Karzai et Harper se discréditent en...
    « Ce qui discréditent Karzai auprès de la population afghane, c'est le fait qu'il ferme les yeux sur les violations graves des humains humains commises par certains élu-es et sur la corruption des fonctionnaires; une corruption qui se fait parfois par l'intimidation des gens ordinaires.

    L'OTAN, en particulier le gouvernement Harper, taisent totalement les crimes de leurs alliés (tels des seigneurs de guerre élus) et n'osent pas réellement défendre les droits et libertés: ils se discréditent alors totalement aux yeux des personnes afghanes qui luttent pour leurs droits fondamentaux. Les véritables féministes en Afghanistan se sentent assez abandonnées merci.

    M. Charles-Philippe David estime que le chaos et la corruption discréditent Karzai, mais je crois que c'est plutôt le manque de courage moral et de cohérence (ou l'hypocrisie) qui en sont la cause. Si l'ONU, l'OTAN (dont Harper) et Karzai avaient le courage d'agir contre les crimes de nos supposés « alliés », les Afghan-es apprécieraient.

    Ça serait aussi déjà moins pire pour nous à endurer au Canada et au Québec. C'est pénible de voir des soldats québécois bien intentionnés être commandés par des politicien-nes aussi hypocrites et n'ayant pas le courage moral de « gagner la paix » (la doctrine de guerre de Bush est débile contre une insurrection).

    Pendant ce temps, nos médias de masse au Québec n'ont pas dit un traite mot sur le jeune journaliste afghan condamné à mort pour avoir téléchargé un document discutant des droits des femmes.* Les médias nous ont-ils parlé de la très courageuse députée qui osait se lever et parler contre les crimes, mais fut expulser du parlement afghan par un vote à main levée? Elle est pourtant venue à Québec (Congrès du NPD à Québec en 2006), à Vancouver, etc. Présentement, Karzai lui a retiré son passeport pour l'empêcher de quitter Kaboul!

    Ce silence coupable de la part de Harper, c'est une chose, le silence de nos médias, ça je ne peux l'accepter.

    --

    * À ma connaissance, parmi les médias de masse, seul Le Devoir a écrit un mot sur ce cas (un paragraphe pour être précis) qui fait scandale ailleurs dans le monde (lire: même la Secrétaire-d'État des États-Uns a pris position). Pour en savoir plus: www.siriel.info »

  • Michel Lauzon
    Inscrit
    dimanche 16 mars 2008 09h55
    Pourquoi sommes nous en guerre ?
    « Dîtes moi le en un seul paragraphe avec moins de 25 virgules :)

    Ottawa a mis 4 jours de réflexion avant de s'engager dans cette guerre, les jours suivant le 11 Septembre 2001.

    Sept ans plus tard nos politiciens ne parlent plus de la raison essentielle du déclanchement de cette guerre. Ils discutent plutôt de la date de sa fin depuis au moins 3 ou 4 ans.

    Les 2 raisons essentielles du déclanchement de cette guerre sont les évènements du 11 Sept 2001 qui amène une hypothèse d'arme de destruction massive aux mains de terrorristes organisés soit al Quaïda et ou les Talibans.

    Avec un cour de Physique 101 n'importe qui peut prouver que l"écroulement des tours jumelles est impossible dans la version de Bush. De l'essence d'avion ne peut pas pulvériser 120 étages de béton et d'acier en autant de poussière.

    Toute la gauche et même le centre dénoncent publiquement ce faux attentat terrorriste aussi simplement que ceci "9/11 was an inside job".

    Les journalistes n'ont pas le droit de dire ce qu'ils pensent.

    Et les talibans ? Ils ont été formés par la CIA dans un Pakistan ou la junte militaire hyper corrompue détiens le pouvoir au nom des USA.

    La vraie raison d'être en Afghanistan est d'isoler l'Iran de ses clients d'Asie pour empêcher leur autosuffisance énergétique qui ne se transigerais plus en dollars US.

    La guerre fournit 60 millions d'emplois en occupant 83% de ce qui reste de l'infrastructure manufacturière aux USA.

    C'est la guerre pour la guerre. Les canadiens ne décident plus rien, l'opposition fait semblant de ne pas pouvoir empêcher Harper de nous couler.

    La preuve : aucun sondage au sujet du rejet de la guerre par plus de 75% de nous.

    Réveillez vous : nous pourrions accuser Dion, Duceppe et Harper de haute trahison!

    En attendant exigeons une enquête au sujet de Mulroney et Screiber car Mc Kay est réellement mouillé la dedans tandis que Harper ne pourra même pas mentir au sujet de ses décisions de cacher le tout.

    Michel Lauzon
    expert en reverse-engineering politique et undercover »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    dimanche 16 mars 2008 12h01
    L'opium est l'ennemi à abattre
    « Le trafic de drogue en Afghanistan «remet en cause les efforts pour établir une démocratie stable et une économie libre et légale dans le pays», ajoute le rapport qui vient d'être puiblié le 1er mars 2008 par le département d'État américain. «Il existe des preuves incontestables que les talibans utilisent le trafic de drogue pour financer leur insurrection», a déclaré le secrétaire d'État adjoint pour la lutte antidrogue, David Johnson, en présentant ce rapport. «Le lien entre la drogue et l'insurrection est à la fois réel et croissant», notamment dans le sud et l'ouest du pays, a-t-il ajouté. Il a aussi noté que l'UNODC prévoyait une légère baisse de la culture du pavot au niveau national pour 2008.

    Oui malgré sept ans de présence de troupes internationales en Afghanistan, de plus en plus d'Afghans cultivent le pavot au profit des talibans, Voilà le véritable ennemi à abattre : L'Opium.

    En 2007, l'Afghanistan a produit 93 % de l'opium mondial (contre 90 % en 2006) et cultivé 193 000 hectares de pavot, en augmentation de 17 % par rapport à l'année précédente, précise le document, qui utilise des chiffres du Bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité (UNODC).

    Alors utilisons l'arme suprême, brûlons ces champs de pavot... »

  • Robert Raymond
    Abonné
    dimanche 16 mars 2008 16h06
    Réponse à "pourquoi sommes-nous en guerre?"
    « Comment pouvez-vous écrire de telles insanités: des ingénieurs se sont maintes et maintes fois prononcés sur l'écroulement des tours jumelles et il s'est indubitablement produit à cause de la combustion du carburant!

    9/11 est un "inside job". Comment pouvez-vous sérieusement penser cela connaissant le patriotisme débridé de nos voisins du Sud.

    Et les journalistes américains n'ont pas le droit de dire ce qu'ils pensent!!!! Allo, vis-t-on sur la même planète: un politicien pète de travers et ça fait la une et on les empêcherait de dire ce qu'ils pensent là-dessus?

    Je m'arrête içi. Étoffez donc vos opinions. Vous écrivez au Devoir pas à une feuille de chou. Une dernière remarque: il faut écrire Schreiber et non Screiber.

    Vos opinions ne m'impressionnent pas par leur clarté »

  • Patrick Lépine
    Inscrit
    lundi 17 mars 2008 19h47
    Oui mais la troisième tour???
    « Monsieur Raymond, vous avez parfaitement raison, mais il reste un légé petit détail... La troisième tour, elle est tombée sans avion, elle, implosée, seulement 7h après l'effondrement des deux autres, je ne suis pas expert, je l'avoue, mais tout de même, 7h pour préparer un édifice à une implosion, n'est-ce pas court? En plus il se trouvait dans une zone sinistrée, non?

    Vous avez le droit de vous mettre la tête dans le sable, mais si vous le faites, vous ne devriez plus utiliser d'ordinateurs monsieur Raymond, il y a des limites au négationisme, il s'agit d'outils d'information, vous ne pouvez feindre de ne pas pouvoir vous informez...

    Restez branché sur votre télé, elle vous sied beaucoup mieux. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009