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Affaire Cadman - Harper poursuit les libéraux pour 2,5 millions

Alec Castonguay   14 mars 2008  Canada
Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper est passé de la parole aux actes hier en déposant sa poursuite en diffamation contre le Parti libéral du Canada. Il réclame 2,5 millions de dollars pour compenser les dommages que lui auraient causés des textes sur l'affaire Cadman mis en ligne sur le site du Parti libéral. Par contre, Stephen Harper ne poursuit par personnellement Stéphane Dion, comme il avait d'abord menacé de le faire.

En plus de cette initiative devant la Cour supérieure de l'Ontario, le premier ministre a ravivé la controverse sur l'affaire Cadman aux Communes en affirmant que l'enregistrement compromettant sur lequel on l'entend dire que son parti a offert des «compensations financières» au député mourant Chuck Cadman en mai 2005 était «incomplet» et avait été «manipulé». Une affirmation niée au Devoir par les détenteurs de la bande originale.

Chuck Cadman est ce député indépendant atteint d'un cancer de la peau à qui le Parti conservateur aurait offert une assurance vie d'un million de dollars pour renverser le gouvernement libéral de Paul Martin lors du vote décisif du 19 mai 2005. La femme de Chuck Cadman, Dona, qui est actuellement candidate conservatrice en Colombie-Britannique, a elle-même fait cette révélation dans une biographie sur son défunt mari. La fille et le gendre de Chuck Cadman ont aussi confirmé cette version, qui n'a jamais changé malgré la controverse. Chuck Cadman est mort en juillet 2005.

Le Parti conservateur affirme qu'une telle offre n'a jamais été présentée à M. Cadman. Le PC affirme avoir seulement offert au député indépendant gravement malade de rejoindre le caucus conservateur pour ce vote crucial, ce qui lui aurait permis d'avoir plus de moyens pour mener une campagne électorale.

Dans une entrevue qu'il a accordée en septembre 2005 au journaliste et auteur de la biographie, Tom Zytaruk, Stephen Harper affirme qu'il est au courant d'une discussion qui a eu lieu entre des «personnes qui représentent légitimement» son parti et M. Cadman à propos de «compensations financières». Lorsque le journaliste pose une question sur l'assurance vie d'un million de dollars, Stephen Harper affirme ne pas connaître les détails de l'offre. «C'était seulement pour compenser des pertes financières advenant des élections», dit le premier ministre dans l'enregistrement distribué aux médias par Tom Zytaruk et sa maison d'édition.

Le Parti libéral du Canada (PLC) a utilisé cet enregistrement pour affirmer sur son site Internet que M. Harper était au courant d'une tentative de «corruption», puisque le Code criminel interdit d'offrir à un député «de l'argent ou une contrepartie valable» pour le récompenser d'une chose «qu'il fera ou s'abstiendra de faire».

Le PLC a refusé de retirer les communiqués de presse litigieux de son site, ce qui a provoqué la poursuite intentée hier par le premier ministre. C'est le Parti conservateur qui payera les honoraires des avocats. Stephen Harper réclame un million de dollars pour des dommages compensatoires, un autre million pour une aggravation des dommages et 500 000 $ pour des dommages punitifs. Total: 2,5 millions. Les démarches devant la cour devraient durer plusieurs mois, voire des années. Stephen Harper a toutefois décidé de ne pas poursuivre Stéphane Dion, Michael Ignatieff et Ralph Goodale, comme il avait menacé de le faire. Il ne poursuit d'ailleurs personne d'autre dans cette histoire, même si les révélations-chocs proviennent de la famille de Chuck Cadman.

Le chef libéral affirme être confiant de remporter la bataille devant les tribunaux. «Je ne veux pas commenter, mais je peux vous dire que je suis très confiant que nous n'avons rien fait de mal», a dit Stéphane Dion à sa sortie de la période de questions. Il soutient que le premier ministre tente de faire diversion. «Il doit répondre aux questions sur cette affaire plutôt que d'inventer des histoires. Les allégations sont très sérieuses.»

Un enregistrement manipulé?

Le premier ministre a soutenu devant la Chambre des communes que l'enregistrement compromettant avait été trafiqué.

«Nous serons tous très curieux de découvrir comment le chef du Parti libéral et son parti se sont retrouvés en possession d'une version incomplète et éditée d'une conversation trois ans après les faits», a déclaré Stephen Harper aux Communes. Appelée à expliquer sur quoi cette allégation de manipulation était basée, la directrice des communications de M. Harper, Sandra Buckler, a refusé de répondre, indiquant que le dossier était désormais devant les tribunaux.

La maison d'édition Harbour Publishing, qui publiera sous peu le livre du journaliste Tom Zytaruk à l'origine de la controverse, rétorque que c'est impossible. «Je n'ai pas fait l'enregistrement moi-même, explique au Devoir l'éditeur Howard White. Mais nous avons l'assurance qu'il est authentique et qu'il rapporte la conversation complète.»

M. White explique qu'il y a bien une légère pause dans l'enregistrement, mais simplement parce que M. Harper avait d'abord mis fin à l'entretien impromptu avec le journaliste, s'était dirigé vers sa voiture, pour ensuite rebrousser chemin et ajouter quelques mots. «Tom [Zytaruk] dit qu'il avait fermé son magnétophone, on l'entend d'ailleurs dire "Merci", et qu'il l'a ensuite redémarré, raconte l'éditeur. Il m'assure qu'il n'a pas manqué plus qu'un demi-mot.»

Dans la poursuite intentée hier, les avocats de Stephen Harper affirment que ce dernier n'a jamais rebroussé chemin pour parler au journaliste et que la conversation est «incomplète», ce qui laisse présager une modification.

Le Devoir a appris que, pour prouver sa bonne foi, le journaliste a même fait parvenir une copie de l'enregistrement original à l'entourage de M. Harper au cours des derniers jours. «Nous sommes confiants que, si jamais l'enregistrement est soumis à l'analyse d'un expert qualifié, il s'avérera qu'il n'y a rien d'autre que cette pause dont je vous parle, assure M. White. M. Zytaruk n'a aucun intérêt à modifier cet enregistrement et je ne crois pas qu'il en aurait les capacités techniques non plus.» L'enregistrement original est contenu sur une mini-cassette qu'utilisaient la plupart des journalistes avant de passer en mode numérique.

Si le premier ministre a un enregistrement différent de celui qui circule, qu'il le rende public pour prouver ses dires, a de son côté soutenu le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Il affirme que Stephen Harper ne nie pas ce qu'on peut entendre sur la bande. Stéphane Dion trouve que cette sortie du chef conservateur est étrange. «Aujourd'hui, il prétend que l'enregistrement a été trafiqué. On lui a demandé de montrer l'enregistrement. Il refuse de le faire. Quel jeu joue le premier ministre?»

Bourbier parlementaire

L'affaire a aussi une autre conséquence parlementaire: l'arrêt des travaux du Comité permanent de la justice. Les députés bloquistes et libéraux essayent d'y forcer la tenue d'audiences sur cette tentative alléguée de trafic d'influence. Comme les députés de ces partis sont majoritaires, ils auraient pu réussir n'eût été le président conservateur, Art Hanger, qui a eu recours à des procédés exceptionnels.

M. Hanger a jugé mardi cette demande d'enquête irrecevable. Quand les députés ont demandé un vote pour contester cette décision, il a quitté son siège de président, mettant fin à la rencontre. Il a répété le manège le lendemain et hier. Dans une lettre qu'il a fait parvenir aux membres du comité, M. Hanger indique qu'il ne convoquera pas d'autres réunions avant que les esprits ne se soient calmés. Les partis d'opposition jugent qu'il s'agit d'un détournement de démocratie.






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  • Christian Grenier
    Abonné
    vendredi 14 mars 2008 02h46
    Qui devrait poursuivre qui?
    « «C'était seulement pour compenser des pertes financières advenant des élections» disait Stephen Harper.

    Cette partie de l'enregistrement n'a pas été trafiqué, et cela, Stephen Harper l'a implicitement reconnu lorsqu'il a prétendu au traffic d'une autre partie de l'enregistrement. Et cette partie non trafiquée est la partie qui fait foi de l'infraction criminelle alors commise. Tout le reste, incluant la partie dites «trafiquée» ne sont que bla bla!

    Mais revenons à cette phrase non trafiquée relative à une compensation monétaire advenant des élections. Il allait de soi dans les circonstances d'alors, qu'il ne pouvait y avoir d'appel aux urnes que si Cadman votait avec son ancien parti. Et l'offre n'était valable que si Cadman acceptait de rejoindre le parti. Et s'il rejoignait le parti, il devait voter avec le parti. L'offre lui a été faite juste avant le vote et n'a pas été répétée après le vote. Elle n'était donc valable que s'il rejoignait le parti à temps pour faire tomber le gouvernement. Clairement, l'on tentait d'acheter un vote pour renverser un parlement légalement élu.

    Mais voici que pour faire diversion l'on allègue que la preuve de cette infraction a été trafiquée. Si l'on avait souhaité trafiquer la preuve de l'infraction, l'on aurait trafiqué la phrase qui fait preuve de cette infraction, pas un anondin merci et bye bye à la fin de l'enregistrement. N'êtes-vous pas de cet avis Monsieur le premier ministre? Je crois que vous vous être gourré de nouveau! D'autant plus que trafiquer un enregistrement pour faire accuser une personne d'une infraction, c'est en soit une infraction criminelle. C'est une grave accusation que vous venez de formuler Monsieur le premier ministre!

    C'est pourquoi, justement, je me demandais, qui devrait poursuivre qui?


    Christian Grenier »

  • André Chamberland
    Inscrit
    vendredi 14 mars 2008 09h26
    Nouvel épisode du Roman savon conservateur Mulroney/Harper
    « Est-ce le nouvel épisode du roman savon conservateur ou simplement une reprise de celle de Mulroney ? Attention, ça risque de nous coûter encore des millions $. »

  • Loraine King
    Inscrite
    vendredi 14 mars 2008 10h30
    Pourrez-vous citer Hansard?
    « Je viens de finir la lecture du texte de la poursuite (gros fichier mais disponible sur le site de la CBC). Si je comprends bien, on pourrait accuser quelqu'un de n'importe quoi en chambre tout en étant protégé de poursuite. Par contre, quelqu'un qui reprend les accusations en citant le Hansard dans une autre média, lire ici sur un site web, peuvent être poursuivis pour diffamation. Drôle de concept de la liberté d'expression. »

  • Roger Dion
    Abonné
    vendredi 14 mars 2008 12h11
    Plus blanc que blanc
    « Tout le monde ont compris, /j espère/que HARPER veut se servir des tribunaux, pour noyer la chose.
    Toute questions de l opposition vont avoir comme réponse
    /c est devant les tribunaux nous pouvons plus en parler/
    comme cette affaire peut durer des années, les élections que veut HARPER depuis l automne, vont passer et cette diversion
    aura servi a faire oublier cette PRÉSUMÉ FAUTE TRÈS GRAVE, comme celle de MULRONEY .
    Nous saurons dans plusieurs années, que tout ca était peut ètre réellement vrai.
    M.HARPER /M. BLANC / aura gagnié son pari
    ROGER MONTREAL »

  • loiselet
    Abonné
    vendredi 14 mars 2008 12h14
    La cible
    « Il ne poursuivra pas Stéphane Dion, personnellement parce que Stéphane est inoffensif, inodore et sans saveur. »

  • Laurette de Champlain
    Inscrite
    vendredi 14 mars 2008 12h33
    Arrêter de jouer au chat et à la souris.
    « Arrêter aussi de dépenser l'argent pour des chicannes à n'en plus finir, vous devez mettre VOTRE TEMPS à travailler sur vos dossiers, vos réalisations, qui sont celles de vos électeurs de votre PAYS qui demande le RESPECT de ses besoins essentiels en commençant par l'Air que l'on respire, donc l'environnement, les soins de santé, pour toutes les provinces, les transports qui permets les déplacements SÉCURITAIRES pour nous permettre d'accomplir le travail pour lequels nous payons des impôts dont vous vous servez pour du TEMPS PERDU, temps précieux à faire avancer votre pays ce dont vos électeurs veulent à tout prix.
    Donc Arrêtez vos chicannes, Avouez vos tords, et continuer si vous le méritez à faire votre travail comme il se doit. C'est ce qu'on attend de vous!
    Laurette de Champlain. »

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