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Cinéma - Les crimes de Paul Bernardo à l'origine de la loi sur la censure d'État

4 mars 2008  Canada
Ottawa — Le violeur en série Paul Bernardo est à l'origine de la loi que s'apprête à adopter Ottawa sur la censure d'État au cinéma. L'initative décriée de partout est d'abord née sous un gouvernement libéral qui voulait empêcher que des oeuvres extrêmement choquantes ne reçoivent des deniers publics.

Mais elle risque de faire long feu, les libéraux ayant décidé d'amender le projet de loi conservateur au Sénat, où ils disposent d'une majorité. Le Bloc québécois, qui reconnaît avoir commis une «erreur» en votant pour le projet de loi à la Chambre des communes en octobre, oblige pour sa part la tenue d'un débat aujourd'hui sur ce sujet.

«Cette partie-là reflétait une peur que le film sur Paul Bernardo ne reçoive des crédits d'impôt», explique en entrevue au Devoir l'ex-ministre libérale Sheila Copps. «Rappelez-vous, il était supposé y avoir un film sur les crimes de M. Bernardo. Ça avait créé toute une controverse. Le film ne serait pas diffusé, mais quelqu'un avait dit "Oui, mais il peut encore obtenir des crédits d'impôt." Et on se disait que c'était un peu bizarre.»

Sheila Copps présidait aux destinées du ministère du Patrimoine en novembre 2003 à l'époque où cette idée de ne pas accorder de crédits d'impôt aux productions jugées «contraires à l'ordre public» a vu officiellement le jour à Ottawa. L'idée d'octroyer un tel pouvoir discrétionnaire aux fonctionnaires circulait même depuis 2000. Le critère retenu alors était celui du «propos choquant».

Un groupe de pression s'était plaint à Mme Copps parce que Lion's Gate envisageait de tourner à Toronto — et donc être admissible à de généreux crédits canadiens — l'adaptation cinématographique du livre d'Easton Ellis, American Psycho. Ce livre, d'une très grande violence, était réputé être le préféré du violeur en série et meurtrier ontarien Paul Bernardo, complice dans le crime de Karla Homolka.

Le sujet est revenu sur la table de manière épisodique au cours des années suivantes jusqu'à ce que le livre racontant les atrocités commises par le couple Bernardo-Homolka soit porté à l'écran. Rares sont les gens qui voulaient s'associer à ce film, comme le rappelle Mme Copps, et le député conservateur Dave MacKenzie (alors dans l'opposition) avait même déposé à la Chambre des communes une pétition de l'Église luthérienne St. Matthew demandant l'interdiction de produire, de promouvoir et de distribuer ce film.

En janvier 2000 comme aujourd'hui, tous les intervenants du milieu culturel et intellectuel étaient montés aux barricades, criant aux risques de censure d'État. Quand la proposition gouvernementale a été dévoilée officiellement le 14 novembre 2003, elle est étrangement passée inaperçue. Mais elle n'a jamais abouti à un projet de loi non plus, contrairement à ce que prétendent certains conservateurs. Selon Mme Copps, elle devait servir à alimenter «une discussion» publique. Ce sont les conservateurs qui, les premiers, ont transposé ce document en projet de loi.

Verner, la mère de famille

Hier, la ministre conservatrice du Patrimoine, Josée Verner, est montée au front pour défendre le projet de loi. «Il est certain qu'on a besoin d'un instrument comme cela», a-t-elle déclaré aux journalistes. Ses fonctionnaires ont rencontré dans la journée les intervenants du milieu pour expliquer le projet de loi, mais elle n'était pas en mesure de dire s'ils étaient partis rassurés.

Il ne s'agit pas de censure, a-t-elle répété, mais plutôt de s'assurer que la «propagande haineuse», la «pornographie juvénile» et la «violence excessive à répétition» ne soient pas financées par l'État. «Moi, comme contribuable canadienne et comme mère de famille j'espère que, dans ma vie, l'argent de mes impôts ne va pas servir à financer des films de pornographie juvénile. C'est un non-sens!»

Le hic, c'est que la pornographie juvénile est déjà illégale au Canada. Les conservateurs la combattent d'ailleurs sous toutes ses formes depuis belle lurette. En outre, les directives du ministère du Patrimoine relatives à ce crédit d'impôt disqualifient déjà les oeuvres pornographiques.

Mme Verner a même prétendu que la loi proposée à Ottawa «correspond à ce qui se fait entre autres à la SODEC», au Québec. Vérification faite auprès de la SODEC, c'est faux. «Lorsque le projet de film est jugé admissible [à des subventions], le projet continue comme cela. Il n'y a pas de second processus d'évaluation pour les crédits d'impôts», a expliqué la porte-parole de l'organisme subventionnaire, Élizabeth Boileau.

Par contre, il est intéressant de noter que le critère de «l'ordre public» existe déjà dans les directives du ministère fédéral dans leur version de février 2004. Ottawa tente simplement de traduire ce critère en texte de loi. «Les gouvernements se sont fait dire qu'un règlement n'était pas aussi fort de que faire partie de la loi», a expliqué Mme Verner, qui conclut: «Je crois que l'industrie s'inquiète effectivement pour rien.»

Le Sénat riposte

Le sénateur libéral Serge Joyal a indiqué hier que ses collègues utiliseraient leur majorité au Sénat pour modifier le projet de loi C-10 de manière à retirer cette référence à «l'ordre public». «On ne voit pas le bien-fondé d'une disposition comme celle-là» qui, à son avis, «fait double emploi». Le NPD de Jack Layton pense aussi que cet article du projet de loi doit être retiré. Idem pour le Bloc québécois.

Martin Gero, le réalisateur du film Young People Fucking (souvent cité comme une victime éventuelle des nouvelles règles), craint que ces nouvelles règles ne compromettent toute l'industrie canadienne du film. Tout producteur, explique-t-il, doit au préalable effectuer un complexe montage financier avec lequel il se présente à la banque pour obtenir un prêt. Il le rembourse plus tard, lorsque les subventions et crédits d'impôt rentrent. «Si les crédits d'impôts commencent à être refusés de manière arbitraire une fois le film terminé, il ne se trouvera plus une seule banque pour nous prêter de l'argent», dit-il.






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  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 4 mars 2008 00h02
    L'art...
    « Pourtant dans le ICI,le journal Hebdomadaire cul-turel, on parle de sexe en permanence et ça marche. Un artiste subventionné, c'est un fonctionnaire de la culture comme dans les pays communistes. On n'est tout de même pas à l'école pour se faire payer les pinceaux. L'art, c'est la liberté, ce n'est pas une file d'attente dans une banque. »

  • Gérard Lépine
    Abonné
    mardi 4 mars 2008 06h13
    liberté chérie
    « Avec l'avènement de la porno-chic, il va bien falloir que quelqu'un quelque part tire la ligne entre la liberté des uns et des autres. La nudité dans les parcs publics est acceptée sans problème (encore plus sur les plages) dans certains pays, mais la copulation ne l'est pas...? ou je me trompe? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 4 mars 2008 07h52
    @ M. Gérard Lépine
    « M. Gérard Lépine écrit : «La nudité dans les parcs publics est acceptée sans problème (encore plus sur les plages) dans certains pays, mais la copulation ne l'est pas...? ou je me trompe?»

    Dans quel pays, la nudité dans les parcs publics ? Est-ce que ça stimule le tourisme ou les touristes ? Tant qu'à la copulation en public, premièrement, ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir la concentraton requise pour réussir la chose et deuxièmement, depuis la loi de PET "l'aéroport" Trudeau, faut que ce soit, au moins, entre adultes consentant.

    Pour le cinéma, on classe les films "plus de 18 ans et moins de 78 ans", pour sauver la morale et éviter les attaques cardiaques et l'industrie du film porno sera en danger. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 4 mars 2008 08h16
    Qu'est-ce que la propagande haineuse?
    « Voilà un gadget, relativement récent en Occident, pour faire taire ceux qui questionnent un peu trop le passé. Au nom de la protection de certaines minorités très bruyantes, on fait taire toutes critiques. Parcontre, les mêmes minorités jouissent de la parfaite immunité et peuvent propager les pires mensonges, les pires horreurs. La Belgique nous en donne un bel exemple présentement


    Depuis quelques jours la supercherie de Misha Defonseca, alias Monique Dewael, fait la manchette en Europe. Orpheline de guerre, elle a fait accroire qu'elle avait traversé l'Europe à 8 ans en compagnie de loups. Son livre, traduit en 18 langues, et le film lui ont rapporté des millions.
    L'histoire est bidon, entièrement inventée.

    Le plus incroyable c'est qu'elle ne risque nullement la prison alors que dans certains pays européens contester l'Holocauste vous vaut immédiatement une bonne année derrière les barreaux!

    En Autriche, l'historien Irving pourrit en prison pour 3 ans pour avoir simplement remis en question quelques créneaux de l'Holocauste. Monique Dewael, elle, va avoir une retraite dorée sans être le moindrement inquiétée.

    Qu'est-ce que la propagande haineuse? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 4 mars 2008 16h02
    @ M. Jacques Noel
    « Entièrement d'accord avec vous M. Noel. Un an de prison pour avoir émis un doute, c'est une niaiserie que ne s'applique qu'à l'holocauste, sujet tabou entre tous. Le deuxième est le doute sur l'origine de la destruction des tours à New-York que Mme Cotillard a déjà commencé à regretter pour mieux trouver du travail aux États-Unis...éventuellement.

    Pour les nombreux mensonges sur les armes de destruction massive en Irak, qui ont produit des centaines de milliers de morts de civils...zéro punition et une réélection. »

  • Henri-Bernard Boivin
    Abonné
    mardi 4 mars 2008 18h54
    Doit-on retirer toute censure?
    « Beaucoup déchirent leur chemise sur la place publique, mais doit-on faire disparaître toute censure pour le sacro-saint principe de liberté d'expression? Les réalisateurs ont-ils carte blanche et peuvent-ils montrer n'importe quoi dans leur film? Peut-on continuer à cautionner toute forme de violence et de propos haineux contre n'importe quel groupe? De là à refuser un film parce qu'on y voit des nudités, il y a une marge. J'en veux contre la glorification de la violence, pas contre celle du corps humain. Que cela se reflète dans les lois. »

  • Normand Junior Paquette
    Inscrit
    mardi 4 mars 2008 20h33
    la censure
    « difficile a croire que l'on veule enlever les financement pour certain film que diverce personne trouve choquant. dire que a l'heure du souper les premiere chose qu'on voie au nouvelle se sont bien les meutres,les agressions et les pédophil en caval...tous plein d'image qui certe a la vue de tous enfants et adulte...lors de la production d'un film et de sa mise en vente ou au grand écran il y a une mise en garde pour certaine scene et surtout il affiche l'age de NÉCÉSSAIRE pour avoir droit au visionnement(au cinema ou au club video)c'est pas en coupant les subvention pour un film qui vont arrivé a changé l'humain des crimes. pour les personne au coeur senible ou qui n'aime tous simplement pas ces film ...je connais personne qui les oublige a les regarder.
    la censure empeche souvent la libre d'expression,a montré la réalité, au gens tous comme se film. »

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