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L'affaire Cadman : sans suite et sans fin!

Chantal Hébert   3 mars 2008  Canada
Il y a des Parlements dont les anciens membres ont des raisons de marcher la tête haute, parce qu'ils correspondent à des temps forts de la vie publique canadienne. Le 38e Parlement, sur lequel a brièvement régné le régime minoritaire de Paul Martin, ne sera jamais de ceux-là.

Bien avant que l'affaire Cadman (du nom de ce défunt député indépendant à qui les conservateurs auraient prétendument promis mer et monde pour faire tomber le gouvernement Martin au printemps de 2005) ne fasse surface, les semaines au cours desquelles le régime libéral a oscillé entre la vie et la mort faisaient triste figure.

Les libéraux qui accusent aujourd'hui leurs adversaires de n'avoir reculé devant rien pour les faire tomber en savent quelque chose. Pour retarder l'échéance d'une reddition de comptes électorale sur le scandale des commandites, le gouvernement Martin a notamment réécrit la politique budgétaire du Canada et réaménagé en catastrophe le cabinet pour faire une place à Belinda Stronach.

À l'époque, le professeur Tom Flanagan faisait partie de la garde rapprochée de Stephen Harper. Par la suite, il a écrit que cet accès de frénésie collective était d'autant plus singulier que les conservateurs n'étaient pas véritablement prêts à aller en campagne. Leur échec leur a permis de reculer pour mieux sauter. Sans l'appui déterminant de Chuck Cadman aux libéraux, Stephen Harper ne serait peut-être pas au pouvoir.

***

On peut avancer sans se tromper que les libéraux — hyperactifs sur tant d'autres fronts — n'ont pas participé à une guerre d'enchères pour le vote de M. Cadman. Mais il faut aussi dire qu'ils n'avaient aucun besoin de le faire. Au printemps de 2005, Chuck Cadman se mourait d'un cancer. À l'évidence, il n'avait pas la tête aux élections.

Il y a de bonnes raisons pour lesquelles les députés attendent souvent le plus longtemps possible pour tirer leur révérence de la politique quand ils sont gravement malades, et l'espoir d'une guérison n'est généralement pas du nombre. Personne ne coupe sciemment son lien d'emploi dans ce genre de circonstances. Pour un député, renoncer formellement à la vie politique pour se consacrer à une lutte perdue d'avance contre la maladie consiste à priver sa famille d'une partie importante des avantages posthumes qui se rattachent à la fonction de parlementaire.

Au printemps de 2005, la maladie de Chuck Cadman était connue d'un océan à l'autre. Avec une espérance de vie de quelques mois, il n'était pas vraiment question qu'il sollicite un autre mandat pour finir ses jours comme député. À la lumière de la promesse de Paul Martin d'envoyer le Canada aux urnes dans les 30 jours suivant le rapport Gomery, personne n'aurait pu lui en vouloir d'être enclin à prolonger la vie du gouvernement.

Le vote de Chuck Cadman aux Communes a été le dernier et le plus célèbre acte d'une vie publique irréprochable. Il ne voulait pas qu'il soit entaché par la moindre apparence de conflit d'intérêts. En même temps par contre, son intérêt personnel et celui de ses proches passaient explicitement par le maintien en poste du gouvernement.

M. Cadman a confié à sa famille, mais à personne d'autre, que ce n'était pas tout à fait le cas. Il leur a dit qu'il avait eu le choix et qu'il avait maintenu sa décision d'appuyer les libéraux à la face de l'offre conservatrice d'une assurance vie d'un million de dollars. Il a dit le contraire en public. Les conservateurs nient avec véhémence lui avoir fait une telle proposition. L'hypothèse d'une assurance vie de cette importance accordée à un mourant ne correspond pas à la réalité de l'industrie.

Personne n'a de raison de croire que le député n'a pas voté selon sa conscience. Stephen Harper était convaincu que l'argument financier n'était pas fondamental pour Chuck Cadman et il en avait avisé ses conseillers.

Peut-être le député a-t-il été convaincu, comme Belinda Stronach a affirmé l'avoir été, que la défaite du gouvernement Martin porterait un très dur coup à l'unité canadienne. Cela semble ridicule aujourd'hui, mais, à l'époque, c'était l'argument massue que brandissaient les libéraux pour justifier l'énergie qu'ils mettaient à se maintenir au pouvoir. Chuck Cadman trouvait peut-être aussi que son ancien parti, qui l'avait écarté au début de sa maladie, ne méritait pas encore de s'emparer du pouvoir. On ne le saura jamais.

***

M. Cadman n'est plus de ce monde pour témoigner de vive voix de ses échanges privés avec le Parti conservateur, ce qui voue vraisemblablement les enquêtes à ce sujet à finir en queue de poisson. Mais si les morts ne parlent pas, les actes de ceux qui leur survivent ne sont pas dénués de sens. La veuve de Chuck Cadman — qui a confié cette histoire au biographe de son mari il y a trois ans en dénonçant ses présumés auteurs — porte néanmoins aujourd'hui les couleurs du Parti conservateur. Sachant ce qu'elle savait, elle était disposée à recommander Stephen Harper comme premier ministre aux électeurs.

Enfin, pour bien comprendre combien l'histoire Cadman tombait à pic pour les libéraux fédéraux la semaine dernière, il faut aller à www.cbc.ca/mercerreport/#664984805 pour voir le sketch lapidaire livré par le comédien Rick Mercer à l'antenne de la CBC dans la foulée de la décision de Stéphane Dion de s'incliner devant le budget conservateur. Dans un registre différent du groupe Loco Locass mais avec des conséquences potentiellement aussi corrosives, son Message from the Liberals pourrait bien devenir le Libérez-nous des libéraux du Canada anglophone.

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
 
 
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    2 mars 2008 23 h 17
    Sniff
    Les fédéralistes devraient remercier M. Cadman à deux genoux à cause du fait qui aurait refusé un million de beaux dollars canadiens sur son lit de mort pour conserver le Québec dans le Canada, ce que seul les Libéraux et leur poigne de fer envers le Québec "Trudeau, Chrétien, Martin et maintenant, Dion" pouvaient assurer, vu de son prisme de l'ouest canadien.

    Nous, Québécois francos, on ne savait pas que les anglos de l'ouest nous aimaient tant que ça. J'arrête ici, pour verser une larme d'émotion. Sniff et resniff.
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  • Jean St-Jacques - Abonné
    3 mars 2008 08 h 14
    Harper fait peur...
    A la suite des commentaires de C. Hébert sur les ondes de RC, je suis inquiète d'un homme comme Harper. Que cache-t-il derrière son personnage?

    Je cherche la réponse.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    3 mars 2008 12 h 20
    Pas si clair...
    Quoiqu'il semble surprenant qu'on puisse promettre une assurance-vie à un mourant, il semblerait que cela soit possible lorsqu'un parlementaire est déjà couvert par le régime du Parlement et qu'on puisse prolonger la police après la vie parlementaire moyennant une importante surprime. Il est possible que ce soit ce qui fut l'objet des discussions entre M. Cadman et les émissaires conservateurs. Quoiqu'il en soit, vous avez raison, nous ne saurons jamais la vérité dans cette affaire sauf si l'un des émissaires qui a parlé à M. Cadman à l'époque décide de témoigner (et décide de dire la vérité), ce qui est très improbable. L'hypothèse du vote de M. Cadman qui aurait été influencé par la question de l'unité nationale me semble plutôt farfelue - vue d'ici, en Colombie-Britannique (où je vis), la question n'était pas alors et n'est toujours pas une préoccupation des électeurs et M. Cadman le savait très bien.

    En conclusion on pourra dire des Conservateurs et des Libéraux, c'est « bonnet blanc - blanc bonnet » quand il est question de corruption! Pathétique...
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  • Serge Rousselle - Inscrit
    3 mars 2008 12 h 56
    Subjectivité quand tu me tiens???
    Je pourrais être d'accord avec votre analyse, si ce n'était de l'entrevue accordée par Stephen HarPEUR et que vous ne daignez même pas mentionnée... Pourquoi?
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  • Jean TURGEON - Inscrit
    3 mars 2008 13 h 06
    Quelque chose m'échappe
    Si madame Cadman n'a pas menti en son temps au biographe de son mari, comment peut-elle aujourd'hui porter les couleurs conservatrices en faveur de gens aussi dépourvus du plus petit sens de l'éthique ?

    Et si elle a menti, pourquoi faire ? Le résultat est le même : comment, en effet, a-t-elle pu s'imaginer que son mensonge pourrait faire avancer la cause de son parti ?

    Ça n'a pas de sens ! Tout comme cette histoire d'assurance à un million à un mourant n'a pas de sens. À moins, peut-être que l'assuré ait été «une» assurée et que ce soit la vie de la dame qu'on ait tenté d'assurer alors, sachant que celle de son mari n'était pas assurable. Mais là aussi, ça n'a pas de sens. Même en maquillant de la sorte la magouille au biographe, on ne comprend pas quel intérêt la veuve Cadman espérait tirer de la publication d'une information aussi «salissante» pour son parti. L'unique raison de cette divulgation me paraît être la mémoire de son mari, la vérité devant l'Histoire. Mais que vaut pour la mémoire et aux yeux de l'Histoire une vérité ainsi maquillée et aussi dénuée de sens.

    Qu'on m'explique. Moi, je ne comprends pas.
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  • Serge Rousselle - Inscrit
    3 mars 2008 13 h 27
    Subjectivité quand tu nous tiens???
    Je serais généralement d'accord avec votre analyse, si ce n'était de l'entrevue accordée par Monsieur HarPEUR au sujet de l'entente en question... Pourquoi ne pas en avoir parlé dans votre chronique?
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  • Jean Desjardins - Abonné
    3 mars 2008 16 h 42
    La mémoire de monsieur Cadman ne mérite pas ça !!!
    Madame Hébert.

    Je ne connaissais pas monsieur Cadman. Il semble unanime, chez les observateurs avisés, que ce politicien ait eu une carrière appuyée sur un grand sens de l'éthique. Je trouve cependant scandaleux et indigne que de minables politicailleux se servent de ce qui a pu se passer, ou non, durant les derniers jours de la vie de monsieur Cadman pour tenter de transformer son agonie en pelure de banane pour les adversaires. Faut vraiment être cheap. Quelle désolation !

    Ainsi, je ne puis m'empêcher d'inscrire en commentaire à votre chronique d'aujourd'hui une note que j'ai fait parvenir récemment au Devoir sur le même sujet du pseudo-potentio-dramatico scandale Cadman, ainsi que du comportement irresponsable de nos représentants ...démocratiquement élus.

    Mon mémo s'intitulait 'Quand le contenant fait parti du contenu...', mais il aurait pu tout aussi bien s'intituler: 'Quand s'épivarder dans les contenants permet d'éviter d'aborder les vrais contenus...'

    Voici donc.

    Je ne sais pas si cette trouvaille contre monsieur Harper et le PC est véridique, légale, éthique, etc. Et je m'en fous un peu, sachant le genre de magouille qui se trame dans les partis politiques, quels qu'ils soient ... De toutes manières, on vit dans une démocratie, paraît-il ! S'agit tout simplement de les foutre dehors, ... jusqu'au prochain scandale avec le suivant. Lénine avait finalement raison quand il affirmait, qu'en démocratie occidentale, le peuple allait aux urnes périodiquement pour choisir celui qui les exploiterait (ou les baiserait) durant les prochaines années ...


    Ce qui est clair pour moi c'est, qu'une fois de plus, nos ineffables politiciens ont trouvé un nouveau jouet pour continuer à batifoler dans leur carré de sable pour un bout de temps et ce, sans avoir à se compromettre sur d'autres dossiers plus engageants pour eux-mêmes. Aucun compte à rendre en regard du vide qui les assaille quotidiennement, tous partis confondus. Vive le crêpage de chignons ! À bas le contenu. Vivement le contenant ! À moins que pour ces joyeux lurons, le contenant fasse partie du contenu ... Commode, non ?

    Pendant ce temps, aucune vision à long terme, aucune politique cohérente face à la mondialisation, aucun projet de Société, pas de politique claire face à l'environnement, aucune continuité dans les idées, aucun plan d'action rassembleur et emballant, etc. Un parlement (ou un pays...) à la dérive, qui ne voit pas venir son déclin.

    Que c'est désolant de payer autant d'impôt et de taxes de toutes sortes pour maintenir en poste ces soi-disant 'serviteurs du peuple'. Tristes clowns de service, dirais-je plutôt ...

    Il me semble qu'on ne mérite pas ça !!!

    Jean Desjardins
    Laval.
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  •  
  • Frédérick-André De Beaumont - Inscrit
    8 octobre 2008 11 h 34
    Chantal Hébert et Chuck Cadman
    Non ce n'est pas une rumeur, Monsieur Cadman a dû recevoir l'offre d'une assurance-vie de 1 million de dollars, et croyez-moi, rien n'est plus logique. Je m'étais dit que je vous écrirais si après six mois je pensais la même chose et c'est pourquoi je vous écris, car je pense de plus en plus la même chose. un million d'ass.-vie pour un mourrant qu'on veut acheter, ça ne laisse pas de traces compromettantes.
    et je vous explique à vous que j'admire comme journaliste et
    columniste, et paneliste.........assez les compliments...
    voici la logique pour cette affaires : ....
    police d'ass.-vie à prime unique
    le parti paie directement ou indirectement la prime
    soit environ 1,200,000.00$
    pour faire 200,000.00$ en un an n'importe quelle compagnie d'assurance-vie vous supplirait de prendre la leur.
    si on se fait découvrir comme ce fut le cas pour monsieur
    Chuck Cadman, on n'aura qu'à prétendre que personne n'aurait
    voulu assurer un mourant, et ç'est là que le plan est machiavélique : personne n'avalerait une pareille couleuve.
    et ceux qui prétendraient le contraire on pourrait les taxer
    de paranoiaque........et c'est ce qui est arrivé......
    et si on regardait le problème de l'angle d'une compagnie
    d'assurance qui emmagasine un profit garanti de 200,000.00$
    sur une seule police et une seule prime ?
    Poser la question c'est y répondre, croyez-moi.
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