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Algues bleues - Un an de grâce aux détergents phosphatés

Louis-Gilles Francoeur   16 février 2008  Canada
Le gouvernement Harper a annoncé hier qu'il ramènera à 0,5 % la concentration de phosphates dans les détergents domestiques à compter de 2010, mais il n'a pas justifié le délai de deux ans qu'il accorde aux grands fabricants, un délai que plusieurs observateurs ont qualifié de trop long hier, compte tenu de la gravité de la crise des algues bleues, qui a frappé près de 200 lacs québécois et des centaines d'autres lacs au pays l'été dernier.

De passage à Montréal, où il annonçait hier les intentions d'Ottawa, le ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, est resté dans le vague le plus complet quand on lui a demandé quelles suites il entendait donner au rapport du Conseil canadien des ministres de l'Environnement, qui recommande la réduction des nitrates et des composantes des pluies acides dans une proportion de 75 % afin de réduire notamment ces apports en nutriments dont se régalent les algues bleues.

Selon le rapport divulgué mardi par Le Devoir, le Canada devrait réduire ses apports d'oxydes d'azote d'une tranche supplémentaire de 75 %, car ces nitrates contribuent, comme le phosphore, à la prolifération des plantes aquatiques et des algues bleues dans les lacs et les cours d'eau. Les États-Unis ont imposé des réductions des émissions acides et des nitrates à leurs grands émetteurs industriels mais le Canada n'a pas ciblé les oxydes d'azote, qui proviennent principalement des transports, des grands utilisateurs d'énergie thermique et de l'agriculture.

John Baird a précisé que la quasi-interdiction des phosphates dans les détergents domestiques n'est cependant qu'«une étape» dans le contrôle du phénomène des algues bleues et qu'il entend accorder une grande importance à la question des nitrates dans la stratégie canadienne de lutte contre les pluies acides et les algues bleues.

Le ministre Baird a par ailleurs salué le leadership du Québec qui, comme le Manitoba, a depuis lors amorcé l'instauration d'un règlement visant à limiter à 0,5 % l'usage des phosphates dans ces détergents.

La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a quant à elle précisé que son projet de règlement sera adopté même si Ottawa passe à l'action sur le même terrain. Elle a ajouté que la stratégie fédérale rendra la vie plus facile à la dizaine de fabricants québécois de détergents sans phosphates, qui seront désormais sur un pied d'égalité avec leurs concurrents canadiens.

Cependant, la ministre Beauchamp et son homologue fédéral ont été incapables de justifier l'entrée en vigueur de leurs règlements en 2010 plutôt qu'en 2009, comme le réclament avec insistance les groupes écologistes et de villégiateurs depuis l'automne dernier.

Le gouvernement fédéral impose depuis longtemps une norme qui limite à 2,5 % le contenu de phosphates dans les détergents à lessive. Certaines marques en contenaient jusqu'à 13 % auparavant. Toutefois, non seulement ce pourcentage sera ramené à 0,5 % à l'échelle canadienne, la réglementation canadienne englobera désormais les détergents à vaisselle et peut-être même les nettoyants tout usage, a précisé John Baird, «si les résultats des analyses en démontrent la nécessité». Pour l'instant, la stratégie fédérale ne vise pas les détergents industriels.

Vive Jean Coutu!

Greenpeace Québec, qui préconise de ramener les taux de phosphates à 0,5 % d'ici un an, a vivement réagi à l'annonce du fédéral d'accorder sans justification deux années complètes aux fabricants ontariens et américains alors que ceux du Québec ont pris une nette avance dans ce dossier et sont prêts à prendre la relève.

«Québec et Ottawa devraient avoir l'audace de Jean Coutu et favoriser par leur échéancier les entreprises qui ont pris les devants et non pas celles qui traînent la patte, a déclaré le porte-parole de Greenpeace, Jocelyn Desjardins. Nous disons bravo à Québec pour le leadership qu'il a affiché dans le dossier avec le Manitoba, ce qui a poussé Ottawa à bouger lui aussi. Mais on doit tous constater qu'Ottawa n'a strictement aucune raison logique et sérieuse pour donner deux ans au reste de l'industrie. Un an, c'est amplement suffisant, et si on était sérieux, c'est une interdiction qui devrait entrer en vigueur au Québec dès l'été prochain pour réduire le plus possible les apports de phosphore dans les lacs et les cours d'eau.»

M. Desjardins a ajouté que «Jean Coutu est pas mal plus efficace que John Baird» dans ce dossier, ce qui démontre que le marché est prêt à réagir et que le ministre et son gouvernement «sont pas mal en retard par rapport au marché».

L'automne dernier, la chaîne de pharmacies Jean Coutu a en effet banni de ses rayons tous les détergents avec phosphates, devenant le leader dans ce domaine. Sur le marché québécois, la chaîne a relevé plusieurs produits prêts à prendre la relève, qu'elle propose désormais à ses consommateurs.

En décembre dernier, cette décision a été suivie d'une autre mesure, prise cette fois-ci par la chaîne Métro, a expliqué le président de Biospectra, Jean-François Bernier. Cette petite entreprise montréalaise d'une dizaine d'employés fabrique une gamme complète de produits certifiés Écologo sous la marque Attitude.

Selon Jean-François Bernier, Métro a pris une décision stratégique pour les fabricants de détergents plus écologiques en décidant de placer leurs produits sur les tablettes à côté des détergents traditionnels au lieu de les isoler dans un présentoir marginal, souvent méconnu des consommateurs. L'été dernier, des épiciers Métro de régions de villégiature ont commencé à identifier les produits à faible teneur en phosphates pour souligner leur disponibilité.

Viser plus large

Jean-François Bernier est évidemment content de voir les deux ordres de gouvernement afficher «enfin» une nette détermination à éliminer les phosphates. Il estime lui aussi que plusieurs entreprises d'ici sont prêtes à prendre la relève avec leurs produits plus écologiques. À son avis, si les signaux sont clairs, toute l'industrie pourrait faire ce virage d'ici un an. Et qu'on n'invoque pas la nécessité d'écouler les inventaires, a-t-il dit, car ils ne couvrent nulle part une période aussi longue que deux ans.

Toutefois, l'essentiel n'est pas cet enjeu, a-t-il insisté: à son avis, il ne faut pas cibler uniquement les phosphates, car il peut aussi y avoir dans ces détergents des toxiques tout aussi, sinon plus dommageables pour les cours d'eau. Pis encore, on pourrait même voir des fabricants de phosphates avec des produits comme les DTA, des composés toxiques.

C'est pourquoi M. Bernier préconise pour ce type de produits l'indication obligatoire des ingrédients sur les étiquettes, ce que sa petite entreprise pratique avec ses produits Attitude, lesquels ont obtenu la certification Écologo du gouvernement fédéral. Cette certification exige une preuve de l'innocuité environnementale et humaine de tous les ingrédients et même l'absence de sous-produits toxiques et de rejets polluants à l'étape de la fabrication. En comparaison, la norme de l'OCDE, qu'on voit de plus en plus sur les produits, n'exige qu'une biodégradation rapide. Mais cela n'exige pas qu'il n'y ait pas de produits toxiques pour les cours d'eau dans la formulation en voie de se biodégrader. Le Québec compte actuellement quelques fabricants de produits certifiés Écologo.

Malgré ces exigences normatives, Biospectra a triplé ses ventes l'été dernier en raison de la publicité faite aux algues bleues, et 2008 sera «pire», prévoit M. Bernier en pensant aux heures supplémentaires qui guettent son équipe. Le premier conteneur de ses produits en direction du Japon part dans un mois, et Jean-François Bernier prévoit que les ventes de l'été prochain vont suivre la courbe d'une explosion plutôt que celle d'une progression.






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  • Grégoire Picard
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 01h56
    Bel héritage pour mes petits-enfants?
    « Bel héritage pour mes petits-enfants?

    Mais pourquoi cette peur de protéger la santé des citoyens et de leur environnement? Qui va nous protéger, si nos gouvernements se trainent les pieds de façon si évidente?

    Pourquoi ce manque évident de leadership de la part du fédéral devant un problème déjà très bien identifié et dont les solutions sont également connues depuis longtemps. Plusieurs provinces du Canada et d'autres États on déjà changer depuis plusieurs années leur réglementation concernant l'utilisation des phosphates?

    Le pire, dans ce dossier, c'est que les phosphates constituent seulement 10% du problème des algues bleues. À cette vitesse, mon petit fils, qui a présentement
    2 ans, va être rendu à l'âge de la retraite lorsque le problème va être réglé. Maudit bel héritage.

    On pourrait reprendre l'expression de Pierre-Eliot Trudeau, et changer seulement de destinataire: ce gouvernement comme ce ministre est un pleutre.

    Je suis en colère devant tant d'incompétence.

    Grégoire Picard »

  • Jean Dussault
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 07h58
    Les fermiers doivent bien rire dans leur barbe
    « Les fermiers: leur déni de leur pollution est si entêté, leur indignation si ardente devant les polis "soupçons" environnementaux à le,ru égard ("on nourrit le peûple nous ôtres"), et leurs leaders si agressifs, qu'on vient à les accepter comme des pollueurs inévitables ou légitimes.

    Quand je luttais à Rigaud contre des projets de mégaporcheries, une femme d'agriculteur qui était conseillère municipale prônait justement qu'il était urgent de retirer les phosphates du savon à lave-vaisselle. C'était il y a 5 ans. Harper reporte l'action concrète de 2 ans.

    Imaginons donc la belle lurette d'ici à ce que l'on légifère pour que les fermiers finissent par avoir des pratiques moins destructrices.... on est loin d'une amélioration. »

  • réal rodrigue
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 10h41
    C'est toujours pareil
    « Cette prolongation de 2 ans me fait dire que c'est toujours pareil. On favorise d'abord les «chums», que vous appellerez bailleurs de fond ou comme vous voudrez. C'est à se demander s'il y a encore des démocrates, des politiques qui font passer réellement le bien commun avant leurs intérêts propres, les leurs et ceux de leurs «proches». Très assommant !
    Réal Rodrigue , montagneux@distributel.net »

  • Luc Falardeau
    Abonné
    samedi 16 février 2008 14h25
    Reporter à demain
    « Pourquoi le ministre Baird attend-il jusqu'à 2010 au lieu d'agir en 2008-2009 ?... Stratégie électorale ?... N'oublions pas que nous sommes à quelques jours du déclenchement possible d'élection fédérales.

    Cherchons d'abord qui sont les principaux « petits amis » de notre premier ministre Harper... Les électeurs et les entreprises situées dans les provinces de l'Ouest, de même que le président Bush. Ensuite, posons les bonnes questions.

    D'ou viennent les phosphates dans les détergents ?... Ils viennent de la potasse.

    Qui est le principal producteur de potasse au monde ?... Le Canada.

    Ou sont situés les compagnies de potasse ?... En Alberta et en Saskatchewan.

    Ou est exporté la majeure partie de la potasse canadienne ?... 50% de notre production est exportée aux États-Unis.

    Commencez-vous à voir ou je veux en venir ?

    Les conservateurs de monsieur Harper ne veulent pas perdre leur clientèle électorale principale établie dans les provinces de l'ouest et ne peuvent vraisemblablement pas promouvoir de réformes environnementales en profondeur. Pas surprenant qu'ils tardent à agir ou agissent mollement dans ce dossier ou dans d'autres dossiers environnementaux tels que la réduction des gaz à effet de serre.

    Ou sont situés la majorité des électeurs au Canada ?... Hors des provinces de l'ouest...

    Qu'arriverait-il si la population décidait que l'enjeu principal des prochaines élections était la protection de l'environnement ?...

    Commencez-vous à voir ou je veux en venir ?...

    Les conservateurs ont fait leur temps. Il faut regarder vers l'avenir de la majorité des électeurs canadiens ! »

  • Nathalie Maynard
    Abonnée
    samedi 16 février 2008 16h29
    Algues bleus
    « Concernant les algues bleus, c'est une vrai farce ce qu'on peut lire au sujet de ce que le gouvernement compte faire pour améliorer la situation! Les gouvernements nous disent qu'ils vont réagir sur ce sujet en règlementant le phosphate contenu dans le détergent à lave vaisselle! Alors que dans certains cours d'eau du Québec, on sait très bien que l'origine des trois quarts des excédents de phosphore est surtout dû aux pratiques de l'agriculture industriel qu'on connait ici!




    Ex:

    Le Devoir


    Éric Darier, Responsable de la campagne Agriculture-Greenpeace



    (...) La moitié des 126 lacs contaminés en totalité ou en partie se situent dans des bassins versants où on dénombre des activités agricoles. Dans certains cas, l'agriculture est clairement responsable des déversements excédentaires de phosphore dans l'environnement, notamment en raison de l'épandage de lisier liquide sur des cultures comme celle du maïs. Le résultat est navrant: une étude par bassin versant effectuée en 2002 dans la baie Missisquoi par le ministère de l'Environnement confirme que 77 % des excédents en phosphore proviennent des zones agricoles situées dans ce bassin versant.

    De plus, la dernière étude faite par le ministère de l'Environnement, en 2003, révèle que dans huit des neuf bassins versants examinés, la couverture des besoins en phosphore des cultures dépassait jusqu'à trois fois les quantités de phosphate disséminées dans l'environnement, y compris les cours d'eau (Ces bassins versants sont les suivants: Bayonne: 315 %; Yamaska: 299 %; Etchemin: 279 %; L'Assomption: 257 %; Nicolet: 213 %; Chaudière: 200 %; Saint-François: 172 %; Boyer: 159 %.) Dans l'ensemble du Québec, la surcharge en phosphate s'élèverait à 70 %! (...)

    http://www.ledevoir.com/2007/08/29/154884.html


    Nathalie Maynard »

  • Nathalie Maynard
    Abonnée
    samedi 16 février 2008 20h50
    Le phosphore d'origine agricole est un grand responsable des algues bleues selon l'Union des citoyens du Québec
    « Le phosphore d'origine agricole est un grand responsable des algues bleues selon l'Union des citoyens du Québec

    ''Kamouraska (Québec), 26 juillet 2007 - Le rappel que vient de faire Greenpeace sur l'importance de s'attaquer aux rejets de phosphore provenant des engrais chimiques et des épandages de lisiers si on veut corriger et prévenir la détérioration des lacs et cours d'eau est tout à fait justifié.

    Évidemment, le représentant de l'UPA s'est empressé de dire que plus personne ne prétendait de telles choses aujourd'hui. Marc Simoneau, du ministère de l'Environnement, s'est aussi empressé d'affirmer qu'il n'était pas question que le ministère contrôle davantage le phosphore d'origine agricole.

    Et pour cause. En effet, lors de la levée du moratoire sur l'industrie porcine, le ministère de l'environnement a lâchement abandonné la norme phosphore par bassin versant pour s'en tenir à la norme phosphore ferme par ferme, selon des plans de fertilisation établis par des agronomes payés par l'agriculteur et qui ne font l'objet d'aucun contrôle sérieux.

    C'est d'ailleurs suite à ce recul que le fameux docteur Gingras, de la Santé publique, avait claqué la porte.

    Et pour cause encore une fois. Tout le monde comprend que le phosphore qui se ramasse dans un lac provient de tout son bassin versant. La limite d'une ferme et une bande riveraine de quelques mètres ne sont pas des barrières étanches pour le phosphore sous forme soluble qui s'échappe de sols souvent déstructurés et drainés comme des systèmes d'égout.

    Justement, lorsque le ministère appliquait la norme phosphore par bassin versant, les cours d'eau de plus de 600 municipalités dépassaient le seuil d'eutrophisation à leur embouchure Dans une étude faite pour le ministère de l'environnement en 2005, le professeur Gangbazo avait même pu établir que chaque fois que les terres consacrées aux grandes cultures annuelles (maïs, grains, etc.) dépassaient 5% de la superficie totale du bassin versant d'un cours d'eau, ce cours d'eau démontrait des taux de phosphore supérieurs au seuil d'eutrophisation (03 mg/l).

    Plus personne n'en parle parce qu'on a éliminé le contrôle pour faire plaisir à l'UPA.

    Et maintenant, on est forcé de faire accroire au monde qu'on peut corriger les algues bleues sans toucher à des pratiques agricoles telles que l'utilisation des engrais chimiques et des fumiers liquides.

    Des pratiques agricoles, qui comme l'utilisation des pesticides et des OGM, sont des bombes à retardement pour l'environnement et la santé publique. Et une bombe à retardement, ça finit toujours par exploser et faire des morts.''

    Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

    Greenpeace Canada
    http://www.greenpeacecanada.org/


    Union des citoyens du Québec
    http://www.citoyensduquebec.com


    Union des producteurs agricoles (UPA)
    http://www.upa.qc.ca/ »

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