Les conservateurs ciblent 12 comtés de plus au Québec
15 février 2008
Canada
Ottawa — Alors que la fièvre électorale s'empare de la colline parlementaire à Ottawa, les organisateurs conservateurs du Québec ont des attentes relativement modestes. Ce ne sont plus 25 ni même 30 circonscriptions de plus qu'ils espèrent gagner advenant des élections en avril. Ils se satisferaient de faire passer leur députation québécoise de 11 à 23. Dans le lot des comtés visés se trouve celui de Sherbrooke, où André Bachand, ex-député et actuel représentant du Québec à Ottawa, espère se faire élire.
Selon les informations recueillies par Le Devoir auprès de plusieurs organisateurs, les conservateurs québécois considèrent comme étant prenables entre 10 et 12 sièges supplémentaires. C'est pour cette raison que plusieurs ne comprennent pas l'empressement de leur chef Stephen Harper à se rendre aux urnes. Les libéraux, raisonne un de ces organisateurs, seraient capables d'encaisser une seconde minorité conservatrice dans la mesure où elle leur donnerait le temps de se choisir un autre chef pour revenir en force aux élections suivantes tandis qu'une telle minorité serait probablement fatale pour la chefferie de Stephen Harper.
Le dernier sondage pancanadien mené par la firme Léger Marketing pour le compte du Devoir et de la Gazette, publié hier, indique d'ailleurs que les conservateurs se trouvent encore en territoire minoritaire à 37 %, soit seulement cinq points devant les libéraux. Au Québec, le Parti conservateur a glissé au troisième rang. Les bloquistes comptent sur une telle répartition plus égale du vote fédéraliste pour récupérer certains sièges perdus en 2006. Le premier vote sur le budget fédéral aura lieu le 28 février, ce qui pourrait déboucher sur un scrutin le 7 avril mais plus probablement le 14 ou le 21.
Un autre organisateur influent reconnaît que la mission canadienne en Afghanistan fait mal au Parti conservateur au Québec, d'autant plus que le Bloc québécois est en faveur d'un retrait hâtif et total. Cet organisateur se réjouit à l'idée que la motion limitant la durée de la mission à 2011 sera peut-être adoptée sous peu. «Disons que j'aime mieux y aller [en élections] si c'est réglé que si ce n'est pas réglé... »
Avec une douzaine de sièges supplémentaires, les conservateurs porteraient leur députation québécoise à 23 sur un total de 75 sièges. De ces sièges convoités, un seul se trouve dans la région, même élargie, de Montréal. Il s'agit de Vaudreuil-Soulanges, où le ministre sénateur Michael Fortier entend se présenter. Les autres circonscriptions sont les suivantes:
- Abitibi-Témiscamingue, actuellement représentée par le bloquiste Marc Lemay, élu en 2006 avec 14 000 voix d'avance sur la candidate conservatrice;
- Saint-Hyacinthe-Bagot, que le Bloc québécois a conservée de justesse à l'élection partielle de septembre (Ève-Mary Thaï Thi Lac, 1500 voix);
- Chicoutimi-Le Fjord, le seul siège de la région encore détenu par le parti de Gilles Duceppe (Robert Bouchard, 7000 voix d'avance).
André Arthur protégé
Il est à noter que Portneuf-Jacques-Cartier, occupée par l'indépendant André Arthur, n'est pas du nombre des circonscriptions convoitées. Selon ce que Le Devoir a appris, les organisateurs conservateurs ont reçu pour consigne de ne pas lui présenter d'opposant. Sans vouloir recruter cet animateur de radio controversé, les conservateurs considèrent l'homme suffisamment «docile» à la Chambre des communes (il vote très souvent en faveur du gouvernement) pour qu'il ne soit pas nécessaire de le déloger. M. Arthur n'a pas rappelé Le Devoir hier.
Tous les autres sièges considérés comme étant prenables sont situés à l'est de Trois-Rivières. Il y a bien sûr Québec, le seul autre siège de la capitale québécoise ayant résisté aux charmes de Stephen Harper en 2006. La bloquiste Christiane Gagnon devra se démener pour conserver son avance de 6000 voix. Il y a aussi les trois grandes circonscriptions à l'est de Québec détenues par le Bloc québécois:
- Montmorency-Charlevoix-Haute-Côte-Nord (Michel Guimond, 7500 voix);
- Manicouagan (Gérard Asselin, 11 000 voix);
- Montmagny-L'Îlet-Kamouraska-Rivière-du-Loup (Paul Crête, 12 500 voix).
Certains militants citent aussi Longueuil-Pierre Boucher, que détenait la bloquiste démissionnaire Caroline St-Hilaire, et Saint-Bruno-Saint-Hubert, autrefois représentée par la conservatrice devenue bloquiste Pierrette Venne. Ces deux-là ne font toutefois pas l'unanimité.
André Bachand rentre au bercail
Les trois autres circonscriptions visées se trouvent dans les Cantons-de-l'Est: Sherbrooke, Brome-Missisquoi et Richmond-Arthabaska. C'est là que, selon les informations récoltées par Le Devoir auprès de cinq sources distinctes, le coloré et jovial André Bachand souhaite effectuer un retour en politique active. Il voudrait se faire élire non pas dans son ancien fief de Richmond-Arthabaska mais bien dans la circonscription voisine de Sherbrooke, où il a également des racines. Selon nos informations, «il reste encore des fils à attacher» pour cette candidature. M. Bachand, qui occupe le poste de représentant du Québec à Ottawa (une sorte d'ambassadeur interne), n'a pas voulu commenter ces informations hier, indiquant que sa loyauté allait pour l'instant au premier ministre Jean Charest.
Sherbrooke est représentée depuis 2000 par le député bloquiste Serge Cardin, qui jouit depuis d'une majorité très confortable, mais il y existe un vieux fond conservateur: c'était la circonscription de M. Charest lorsque celui-ci était encore au Parti progressiste-conservateur, une des deux seules du pays à avoir survécu à l'éradication de cette formation en 1993. Le pari n'est pas gagné d'avance pour autant, a indiqué au Devoir un influent organisateur. «Les Cantons-de-l'Est, ce n'est pas encore fait.»
Le retour d'André Bachand enverrait un puissant message aux «vieux bleus» du Québec qui ne se reconnaissent pas encore dans le nouveau Parti conservateur dominé par les joueurs de l'Ouest. Cela enverrait le message, selon une de nos sources, qu'il n'y a plus de raison de craindre Stephen Harper. André Bachand a en effet été le dernier «bleu» à tenir le fort au Québec, mais il avait préféré claquer la porte de la Chambre des communes en janvier 2004 plutôt que de siéger comme député du nouveau parti fusionné, devenu trop allianciste à son goût.
Il n'avait pas été tendre envers M. Harper, porté à la tête de cette nouvelle formation quelques semaines plus tard. «Il ne passe absolument pas au Québec. En région, les réactions sont très négatives», disait-il en mars 2004. «Il a autant de charisme qu'une table à pique-nique.» M. Bachand n'a toutefois pas été sans emploi bien longtemps. Son ancien chef devenu premier ministre du Québec, Jean Charest, l'a nommé quelques mois plus tard représentant du Québec à Ottawa.
Selon les informations recueillies par Le Devoir auprès de plusieurs organisateurs, les conservateurs québécois considèrent comme étant prenables entre 10 et 12 sièges supplémentaires. C'est pour cette raison que plusieurs ne comprennent pas l'empressement de leur chef Stephen Harper à se rendre aux urnes. Les libéraux, raisonne un de ces organisateurs, seraient capables d'encaisser une seconde minorité conservatrice dans la mesure où elle leur donnerait le temps de se choisir un autre chef pour revenir en force aux élections suivantes tandis qu'une telle minorité serait probablement fatale pour la chefferie de Stephen Harper.
Le dernier sondage pancanadien mené par la firme Léger Marketing pour le compte du Devoir et de la Gazette, publié hier, indique d'ailleurs que les conservateurs se trouvent encore en territoire minoritaire à 37 %, soit seulement cinq points devant les libéraux. Au Québec, le Parti conservateur a glissé au troisième rang. Les bloquistes comptent sur une telle répartition plus égale du vote fédéraliste pour récupérer certains sièges perdus en 2006. Le premier vote sur le budget fédéral aura lieu le 28 février, ce qui pourrait déboucher sur un scrutin le 7 avril mais plus probablement le 14 ou le 21.
Un autre organisateur influent reconnaît que la mission canadienne en Afghanistan fait mal au Parti conservateur au Québec, d'autant plus que le Bloc québécois est en faveur d'un retrait hâtif et total. Cet organisateur se réjouit à l'idée que la motion limitant la durée de la mission à 2011 sera peut-être adoptée sous peu. «Disons que j'aime mieux y aller [en élections] si c'est réglé que si ce n'est pas réglé... »
Avec une douzaine de sièges supplémentaires, les conservateurs porteraient leur députation québécoise à 23 sur un total de 75 sièges. De ces sièges convoités, un seul se trouve dans la région, même élargie, de Montréal. Il s'agit de Vaudreuil-Soulanges, où le ministre sénateur Michael Fortier entend se présenter. Les autres circonscriptions sont les suivantes:
- Abitibi-Témiscamingue, actuellement représentée par le bloquiste Marc Lemay, élu en 2006 avec 14 000 voix d'avance sur la candidate conservatrice;
- Saint-Hyacinthe-Bagot, que le Bloc québécois a conservée de justesse à l'élection partielle de septembre (Ève-Mary Thaï Thi Lac, 1500 voix);
- Chicoutimi-Le Fjord, le seul siège de la région encore détenu par le parti de Gilles Duceppe (Robert Bouchard, 7000 voix d'avance).
André Arthur protégé
Il est à noter que Portneuf-Jacques-Cartier, occupée par l'indépendant André Arthur, n'est pas du nombre des circonscriptions convoitées. Selon ce que Le Devoir a appris, les organisateurs conservateurs ont reçu pour consigne de ne pas lui présenter d'opposant. Sans vouloir recruter cet animateur de radio controversé, les conservateurs considèrent l'homme suffisamment «docile» à la Chambre des communes (il vote très souvent en faveur du gouvernement) pour qu'il ne soit pas nécessaire de le déloger. M. Arthur n'a pas rappelé Le Devoir hier.
Tous les autres sièges considérés comme étant prenables sont situés à l'est de Trois-Rivières. Il y a bien sûr Québec, le seul autre siège de la capitale québécoise ayant résisté aux charmes de Stephen Harper en 2006. La bloquiste Christiane Gagnon devra se démener pour conserver son avance de 6000 voix. Il y a aussi les trois grandes circonscriptions à l'est de Québec détenues par le Bloc québécois:
- Montmorency-Charlevoix-Haute-Côte-Nord (Michel Guimond, 7500 voix);
- Manicouagan (Gérard Asselin, 11 000 voix);
- Montmagny-L'Îlet-Kamouraska-Rivière-du-Loup (Paul Crête, 12 500 voix).
Certains militants citent aussi Longueuil-Pierre Boucher, que détenait la bloquiste démissionnaire Caroline St-Hilaire, et Saint-Bruno-Saint-Hubert, autrefois représentée par la conservatrice devenue bloquiste Pierrette Venne. Ces deux-là ne font toutefois pas l'unanimité.
André Bachand rentre au bercail
Les trois autres circonscriptions visées se trouvent dans les Cantons-de-l'Est: Sherbrooke, Brome-Missisquoi et Richmond-Arthabaska. C'est là que, selon les informations récoltées par Le Devoir auprès de cinq sources distinctes, le coloré et jovial André Bachand souhaite effectuer un retour en politique active. Il voudrait se faire élire non pas dans son ancien fief de Richmond-Arthabaska mais bien dans la circonscription voisine de Sherbrooke, où il a également des racines. Selon nos informations, «il reste encore des fils à attacher» pour cette candidature. M. Bachand, qui occupe le poste de représentant du Québec à Ottawa (une sorte d'ambassadeur interne), n'a pas voulu commenter ces informations hier, indiquant que sa loyauté allait pour l'instant au premier ministre Jean Charest.
Sherbrooke est représentée depuis 2000 par le député bloquiste Serge Cardin, qui jouit depuis d'une majorité très confortable, mais il y existe un vieux fond conservateur: c'était la circonscription de M. Charest lorsque celui-ci était encore au Parti progressiste-conservateur, une des deux seules du pays à avoir survécu à l'éradication de cette formation en 1993. Le pari n'est pas gagné d'avance pour autant, a indiqué au Devoir un influent organisateur. «Les Cantons-de-l'Est, ce n'est pas encore fait.»
Le retour d'André Bachand enverrait un puissant message aux «vieux bleus» du Québec qui ne se reconnaissent pas encore dans le nouveau Parti conservateur dominé par les joueurs de l'Ouest. Cela enverrait le message, selon une de nos sources, qu'il n'y a plus de raison de craindre Stephen Harper. André Bachand a en effet été le dernier «bleu» à tenir le fort au Québec, mais il avait préféré claquer la porte de la Chambre des communes en janvier 2004 plutôt que de siéger comme député du nouveau parti fusionné, devenu trop allianciste à son goût.
Il n'avait pas été tendre envers M. Harper, porté à la tête de cette nouvelle formation quelques semaines plus tard. «Il ne passe absolument pas au Québec. En région, les réactions sont très négatives», disait-il en mars 2004. «Il a autant de charisme qu'une table à pique-nique.» M. Bachand n'a toutefois pas été sans emploi bien longtemps. Son ancien chef devenu premier ministre du Québec, Jean Charest, l'a nommé quelques mois plus tard représentant du Québec à Ottawa.
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