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Du slogan au propos nuancé

Manon Cornellier   13 février 2008  Canada
Recul? Compromis? Le chef libéral Stéphane Dion n'a pu échapper à la question hier en rendant publique la motion de son parti sur le futur de la mission canadienne en Afghanistan. Chose certaine, sa nouvelle approche est davantage nuancée que sa position originale, fermement ancrée dans la fin de la mission de combat pour les forces canadiennes à partir de février 2009. M. Dion persiste à dire que cet aspect de la mission devra cesser, mais il admet qu'il ne peut dicter aux militaires la façon de mettre en oeuvre le mandat qu'il suggère de leur donner.

Savoir s'il y a eu recul ou non n'est pas fondamental lorsqu'on songe aux enjeux mais, il faut le dire, Stéphane Dion s'est lui-même coincé dans cet étau. L'encre du rapport Manley n'était pas encore sèche que le chef libéral répétait son opposition à la mission de combat sans jamais dire ce qu'il entendait par «combat». Au lieu de préciser sa pensée dans les jours qui ont suivi, il a passé les dernières semaines à enfoncer le clou. Il a finalement fait ses devoirs et les a présentés hier, encore une fois forcé par les événements et le chef conservateur Stephen Harper.

Malgré tout, son geste a le mérite de sortir le débat afghan du simplisme et de la confrontation dans lesquels il s'enlisait, une situation largement attribuable à l'attitude des conservateurs qui, depuis 2006, ont opté pour l'intimidation dans ce dossier. Encore vendredi dernier, le leader parlementaire du gouvernement Peter Van Loan qualifiait le libéral Mark Holland d'«agent du service du renseignement des talibans» parce qu'il voulait savoir si le gouvernement allait informer le Parlement de la reprise des transferts des détenus afghans.

***

Pour y arriver et faire l'unité de son caucus, Stéphane Dion a dû mettre de l'eau dans son vin en ce qui concerne l'élément central de sa position originale. Il a ainsi concédé à mots couverts que le chef d'état-major, le général Rick Hillier, avait raison en déclarant en janvier qu'il était impossible d'assurer la formation de l'armée afghane et la sécurité dans la province de Kandahar sans se retrouver dans des situations de combat.

La motion libérale n'interdit donc pas aux militaires canadiens de combattre mais elle précise pour quelles raisons ils pourraient le faire. Leurs tâches devraient se limiter, à partir de février 2009, à la formation des militaires afghans, à la sécurité des projets de développement et à l'appui à l'équipe de reconstruction provinciale. En bref, les Canadiens pourraient se défendre et, à l'occasion passer à l'offensive, mais si les Américains l'appelait en renfort afin de mener de grandes opérations de chasse aux talibans, le Canada dirait non.

Et au fond, c'est ce genre d'opérations que désapprouvent un grand nombre de Canadiens. Par contre, personne ne souhaite voir les militaires incapables de se défendre ou de venir à la rescousse des civils. Ce que les Canadiens semblent ignorer cependant, c'est que les soldats canadiens font encore des sorties, tentent de reprendre certaines zones mais ne participent plus à ce genre de grandes opérations depuis plus d'un an, depuis la fin de l'opération Méduse. Tous les militaires canadiens décédés depuis un an en Afghanistan sont morts à la suite d'accidents, d'attentats suicide, d'explosion de mines ou d'engins explosifs improvisés (EEI). Aucun n'est mort en combattant.

Si elle était adoptée, la motion libérale ne mettrait donc pas fin à d'éventuels combats mais empêcherait la reprise des grandes opérations offensives. Le compromis sous-entendu consiste à laisser au commandement militaire le soin de décider des moyens à prendre pour conduire une mission axée clairement sur la formation, la reconstruction et la sécurité. Bref, des combats si nécessaire, mais pas nécessairement des combats.

Le grand intérêt de cette motion, plus détaillée que celle mise de l'avant par le gouvernement et davantage au diapason d'une bonne partie de l'opinion publique, est d'amener le Parlement à se prononcer sur le mandat précis à donner aux militaires. Jusqu'à présent, le gouvernement était seul à décider de l'orientation d'une mission et pouvait la changer sans qu'on n'en sache rien.

***

En nuançant leur position, les libéraux offrent aussi une porte de sortie aux conservateurs et, pour la première fois, Stephen Harper a accepté de l'entrouvrir au lieu de la leur claquer au nez. Il y avait déjà mis du sien lundi soir en faisant savoir qu'il souhaitait mettre fin à la mission en 2011. Ce pas a permis au chef libéral, farouchement opposé à une mission sans date butoir, d'envisager des compromis.

Il faudra maintenant voir quels aspects de la proposition libérale les conservateurs retiendront. Plusieurs députés libéraux avouaient hier «pouvoir vivre» avec la politique de leur chef mais se méfiaient de Stephen Harper. Ce dernier s'est drôlement forcé hier aux Communes pour afficher sa bonne volonté.

Il faut dire qu'il aurait été mal venu de se laisser aller à sa mesquinerie habituelle face à un adversaire qui a fait l'effort de s'élever au-dessus de la mêlée et de proposer une motion réfléchie dans un dossier qui exige de faire passer la raison d'État avant la partisanerie. La balle est maintenant dans le camp conservateur.

Il reste à voir si on accordera à M. Dion le crédit qu'il mérite. Sa position est complexe. En cette ère de politique populiste menée à coup de phrases-chocs et de slogans réducteurs, ce ne sera pas facile à faire passer.

Mais conservateurs et libéraux ne doivent pas se faire d'illusions. S'ils s'entendaient, le risque d'attentat, comme celui survenu en Espagne en 2004 alors que les élections opposaient des partis aux antipodes sur l'Irak, s'en trouverait évidemment réduit, ce que veulent les partis quand ils disent ne pas vouloir transformer la prochaine campagne en référendum sur la mission. Mais au débat, ils n'échapperont pas. Les élections, c'est fait pour ça.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Lapirog - Abonné
    13 février 2008 05 h 16
    HILLIER plus fort que les politiques?
    C'est pourtant le message subliminal envoyé par Dion et son groupe hier dans le dossier de l'Afghanistan.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    13 février 2008 05 h 41
    Quelle science de l'analyse... ouf! Ou éloge à la niaiserie!
    S'il y avait un moratoire sur les mots, Mme Cornellier perdrait son emploi.

    Quel discours sans fond!

    Mme Cornellier devrait aller sur place en Afghanistan, elle redécouvrirait le métier de journaliste et ses propos deviendraient peut-être moins "simplistes "
    «Son geste aurait le mérite de sortir le débat afghan du simplisme»

    Mme Cornellier devrait aller interviewer les Afghanes plutôt que de beurrer sur les mots et les magouilles électoralistes de nos braves politiciens bien loin du front!

    Comme je disais hier, en m'improvisant devin:
    «Regardez bien demain, chroniques et éditoriaux!
    On va gagner sa paye à "analyser" les tractations libérales-conservatrices... »
    http://www.ledevoir.com/2008/02/12/commentaires/08


    Un long texte "d'analyse" alors que dans les faits, absolument rien ne change.
    Il faut bien gagner sa paye...

    Il n'y a pas de sot métier... quoique...

    Désolant, la sérieuse Mme Cornellier, quelle science de l'analyse...


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • g.busby@videotron.ca - Abonné
    13 février 2008 08 h 38
    La seule " niaiserie " sur cette page....
    Vous l'avez peut-être deviné est ce commentaire de serge charbonneau..mme cornellier fait une très bonne analyse du jeu d'échec entre Harper et Dion...j'ai apprécié...g.busby
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    13 février 2008 10 h 39
    Certaines apprécient les échecs, moi ce sont les principes!
    Une niaiserie bien "analysée" devient comme un mensonge répété des milliers de fois!
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    13 février 2008 12 h 16
    La guerre, pas de guerre
    La meilleure ci-haut est : «Tous les militaires canadiens décédés depuis un an en Afghanistan sont morts à la suite d'accidents, d'attentats suicide, d'explosion de mines ou d'engins explosifs improvisés (EEI). Aucun n'est mort en combattant.»

    Fort bien mais...les Talibans, annoncés avoir été tués dans le bout de Kandahar, où il n'a a que des soldats canadiens, est-ce qu'ils ont été tués à la suite d'accidents ou d'explosions ou de maladies ou d'une over-dose ? Comment ? Est-ce qu'ils meurent seulement à la vue de nos soldats très rembourrés par leur équipement, de la tête au pieds ?

    Est-ce que leurs opérations "search & destroy" qui devrait, à la place s'appeler "search, find & destroy" ne fonctionnent plus ?

    On ne savait pas que nos soldats ne combattent plus là. C'est nouveau ça. Quand nos soldats sautent sur une mine quand ils s'en vont à la chasse au Taliban, ça veut dire qu'ils meurent en n'étant pas des combattants ?

    Et les femmes afghanes que nos militaires veulent "libérer", est-ce qu'elles les remercient tout de suite quand ils tuent un de leurs fils ou leur conjoint ou si elles préfèrent attendre après la guerre où nos soldats ne combattent déjà plus selon cette chronique ?
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  • Patrick Lépine - Inscrit
    13 février 2008 14 h 01
    Les prémisses sont éronées...
    Alors que nos "bons" politiciens jouent leur partie d'échecs, nos bon soldats s'envoyent en l'air!

    Comment est-ce que ça a débuté cette chasse aux talibans déjà? Je pense que les adeptes de la politique devraient se mettre pour un tout petit moment à la physique, et aller regarder quelques analyses assez choquantes sur toute cette belle merde qui a débuté en 2001. Les "journalistes" quand à eux devraient faire un peu plus d'introspection, les projecteurs, ce n'est pas fait pour "divertir" mais pour éclairer! Michel Auger, lui n'a pas eut froid aux yeux dans le temps.

    Après quand certains "durs" me parlent des Hells, c'est bizarre, mais je me bidonne!
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  • Pierre-Yves Pau - Inscrit
    13 février 2008 16 h 55
    Effectivement c'est pas fort...
    ...le commentaire à Charbonneau. Avez-vous jamais appris à structurer une idée ou rédiger un texte? Pour commenter sur cet article, Dion a surtout offert à Harper une façon de sortir d'Afghanistan, en 2011 au plus tard. Pour le reste, comme d'habitude il a bu le câlice jusqu'à la lie. Brave homme quand même, comprends pas que les Québécois le détestent à ce point.
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  • Simon Garneau - Abonné
    13 février 2008 17 h 04
    Guerre sans fin
    En 2009, 2011 ou 2025, ça n'a aucune importance, à l'échéance on trouvera facilement un prétexte pour continuer. L'objectif en réalité est de justifier des dépenses militaires, si profitables aux amis de Stephen et Stéphane. De plus, une population est tellement plus facile à manipuler pendant une guerre.
    Simon Garneau
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  • real@realo.ca - Abonné
    13 février 2008 17 h 10
    minable
    La position de s.dion est pitoyable. Je vous pari que tout ce dont les électeurs se souviendront c'est sont à-plat-ventriste.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    13 février 2008 17 h 36
    Autre son de cloche
    Le député Denis Coderre ne désire pas d'élection ce printemps parce qu'il pense que les élus ne devraient pas être en campagne électorale pendant que les soldats canadiens sont au combat. Vous avez vien lu : AU COMBAT.

    Ça contredit la phrase de Mme Cornellier : «Aucun de nos soldats n'est mort en combattant»
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