Du slogan au propos nuancé
Recul? Compromis? Le chef libéral Stéphane Dion n'a pu échapper à la question hier en rendant publique la motion de son parti sur le futur de la mission canadienne en Afghanistan. Chose certaine, sa nouvelle approche est davantage nuancée que sa position originale, fermement ancrée dans la fin de la mission de combat pour les forces canadiennes à partir de février 2009. M. Dion persiste à dire que cet aspect de la mission devra cesser, mais il admet qu'il ne peut dicter aux militaires la façon de mettre en oeuvre le mandat qu'il suggère de leur donner.
Savoir s'il y a eu recul ou non n'est pas fondamental lorsqu'on songe aux enjeux mais, il faut le dire, Stéphane Dion s'est lui-même coincé dans cet étau. L'encre du rapport Manley n'était pas encore sèche que le chef libéral répétait son opposition à la mission de combat sans jamais dire ce qu'il entendait par «combat». Au lieu de préciser sa pensée dans les jours qui ont suivi, il a passé les dernières semaines à enfoncer le clou. Il a finalement fait ses devoirs et les a présentés hier, encore une fois forcé par les événements et le chef conservateur Stephen Harper.
Malgré tout, son geste a le mérite de sortir le débat afghan du simplisme et de la confrontation dans lesquels il s'enlisait, une situation largement attribuable à l'attitude des conservateurs qui, depuis 2006, ont opté pour l'intimidation dans ce dossier. Encore vendredi dernier, le leader parlementaire du gouvernement Peter Van Loan qualifiait le libéral Mark Holland d'«agent du service du renseignement des talibans» parce qu'il voulait savoir si le gouvernement allait informer le Parlement de la reprise des transferts des détenus afghans.
***
Pour y arriver et faire l'unité de son caucus, Stéphane Dion a dû mettre de l'eau dans son vin en ce qui concerne l'élément central de sa position originale. Il a ainsi concédé à mots couverts que le chef d'état-major, le général Rick Hillier, avait raison en déclarant en janvier qu'il était impossible d'assurer la formation de l'armée afghane et la sécurité dans la province de Kandahar sans se retrouver dans des situations de combat.
La motion libérale n'interdit donc pas aux militaires canadiens de combattre mais elle précise pour quelles raisons ils pourraient le faire. Leurs tâches devraient se limiter, à partir de février 2009, à la formation des militaires afghans, à la sécurité des projets de développement et à l'appui à l'équipe de reconstruction provinciale. En bref, les Canadiens pourraient se défendre et, à l'occasion passer à l'offensive, mais si les Américains l'appelait en renfort afin de mener de grandes opérations de chasse aux talibans, le Canada dirait non.
Et au fond, c'est ce genre d'opérations que désapprouvent un grand nombre de Canadiens. Par contre, personne ne souhaite voir les militaires incapables de se défendre ou de venir à la rescousse des civils. Ce que les Canadiens semblent ignorer cependant, c'est que les soldats canadiens font encore des sorties, tentent de reprendre certaines zones mais ne participent plus à ce genre de grandes opérations depuis plus d'un an, depuis la fin de l'opération Méduse. Tous les militaires canadiens décédés depuis un an en Afghanistan sont morts à la suite d'accidents, d'attentats suicide, d'explosion de mines ou d'engins explosifs improvisés (EEI). Aucun n'est mort en combattant.
Si elle était adoptée, la motion libérale ne mettrait donc pas fin à d'éventuels combats mais empêcherait la reprise des grandes opérations offensives. Le compromis sous-entendu consiste à laisser au commandement militaire le soin de décider des moyens à prendre pour conduire une mission axée clairement sur la formation, la reconstruction et la sécurité. Bref, des combats si nécessaire, mais pas nécessairement des combats.
Le grand intérêt de cette motion, plus détaillée que celle mise de l'avant par le gouvernement et davantage au diapason d'une bonne partie de l'opinion publique, est d'amener le Parlement à se prononcer sur le mandat précis à donner aux militaires. Jusqu'à présent, le gouvernement était seul à décider de l'orientation d'une mission et pouvait la changer sans qu'on n'en sache rien.
***
En nuançant leur position, les libéraux offrent aussi une porte de sortie aux conservateurs et, pour la première fois, Stephen Harper a accepté de l'entrouvrir au lieu de la leur claquer au nez. Il y avait déjà mis du sien lundi soir en faisant savoir qu'il souhaitait mettre fin à la mission en 2011. Ce pas a permis au chef libéral, farouchement opposé à une mission sans date butoir, d'envisager des compromis.
Il faudra maintenant voir quels aspects de la proposition libérale les conservateurs retiendront. Plusieurs députés libéraux avouaient hier «pouvoir vivre» avec la politique de leur chef mais se méfiaient de Stephen Harper. Ce dernier s'est drôlement forcé hier aux Communes pour afficher sa bonne volonté.
Il faut dire qu'il aurait été mal venu de se laisser aller à sa mesquinerie habituelle face à un adversaire qui a fait l'effort de s'élever au-dessus de la mêlée et de proposer une motion réfléchie dans un dossier qui exige de faire passer la raison d'État avant la partisanerie. La balle est maintenant dans le camp conservateur.
Il reste à voir si on accordera à M. Dion le crédit qu'il mérite. Sa position est complexe. En cette ère de politique populiste menée à coup de phrases-chocs et de slogans réducteurs, ce ne sera pas facile à faire passer.
Mais conservateurs et libéraux ne doivent pas se faire d'illusions. S'ils s'entendaient, le risque d'attentat, comme celui survenu en Espagne en 2004 alors que les élections opposaient des partis aux antipodes sur l'Irak, s'en trouverait évidemment réduit, ce que veulent les partis quand ils disent ne pas vouloir transformer la prochaine campagne en référendum sur la mission. Mais au débat, ils n'échapperont pas. Les élections, c'est fait pour ça.
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mcornellier@ledevoir.com
Savoir s'il y a eu recul ou non n'est pas fondamental lorsqu'on songe aux enjeux mais, il faut le dire, Stéphane Dion s'est lui-même coincé dans cet étau. L'encre du rapport Manley n'était pas encore sèche que le chef libéral répétait son opposition à la mission de combat sans jamais dire ce qu'il entendait par «combat». Au lieu de préciser sa pensée dans les jours qui ont suivi, il a passé les dernières semaines à enfoncer le clou. Il a finalement fait ses devoirs et les a présentés hier, encore une fois forcé par les événements et le chef conservateur Stephen Harper.
Malgré tout, son geste a le mérite de sortir le débat afghan du simplisme et de la confrontation dans lesquels il s'enlisait, une situation largement attribuable à l'attitude des conservateurs qui, depuis 2006, ont opté pour l'intimidation dans ce dossier. Encore vendredi dernier, le leader parlementaire du gouvernement Peter Van Loan qualifiait le libéral Mark Holland d'«agent du service du renseignement des talibans» parce qu'il voulait savoir si le gouvernement allait informer le Parlement de la reprise des transferts des détenus afghans.
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Pour y arriver et faire l'unité de son caucus, Stéphane Dion a dû mettre de l'eau dans son vin en ce qui concerne l'élément central de sa position originale. Il a ainsi concédé à mots couverts que le chef d'état-major, le général Rick Hillier, avait raison en déclarant en janvier qu'il était impossible d'assurer la formation de l'armée afghane et la sécurité dans la province de Kandahar sans se retrouver dans des situations de combat.
La motion libérale n'interdit donc pas aux militaires canadiens de combattre mais elle précise pour quelles raisons ils pourraient le faire. Leurs tâches devraient se limiter, à partir de février 2009, à la formation des militaires afghans, à la sécurité des projets de développement et à l'appui à l'équipe de reconstruction provinciale. En bref, les Canadiens pourraient se défendre et, à l'occasion passer à l'offensive, mais si les Américains l'appelait en renfort afin de mener de grandes opérations de chasse aux talibans, le Canada dirait non.
Et au fond, c'est ce genre d'opérations que désapprouvent un grand nombre de Canadiens. Par contre, personne ne souhaite voir les militaires incapables de se défendre ou de venir à la rescousse des civils. Ce que les Canadiens semblent ignorer cependant, c'est que les soldats canadiens font encore des sorties, tentent de reprendre certaines zones mais ne participent plus à ce genre de grandes opérations depuis plus d'un an, depuis la fin de l'opération Méduse. Tous les militaires canadiens décédés depuis un an en Afghanistan sont morts à la suite d'accidents, d'attentats suicide, d'explosion de mines ou d'engins explosifs improvisés (EEI). Aucun n'est mort en combattant.
Si elle était adoptée, la motion libérale ne mettrait donc pas fin à d'éventuels combats mais empêcherait la reprise des grandes opérations offensives. Le compromis sous-entendu consiste à laisser au commandement militaire le soin de décider des moyens à prendre pour conduire une mission axée clairement sur la formation, la reconstruction et la sécurité. Bref, des combats si nécessaire, mais pas nécessairement des combats.
Le grand intérêt de cette motion, plus détaillée que celle mise de l'avant par le gouvernement et davantage au diapason d'une bonne partie de l'opinion publique, est d'amener le Parlement à se prononcer sur le mandat précis à donner aux militaires. Jusqu'à présent, le gouvernement était seul à décider de l'orientation d'une mission et pouvait la changer sans qu'on n'en sache rien.
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En nuançant leur position, les libéraux offrent aussi une porte de sortie aux conservateurs et, pour la première fois, Stephen Harper a accepté de l'entrouvrir au lieu de la leur claquer au nez. Il y avait déjà mis du sien lundi soir en faisant savoir qu'il souhaitait mettre fin à la mission en 2011. Ce pas a permis au chef libéral, farouchement opposé à une mission sans date butoir, d'envisager des compromis.
Il faudra maintenant voir quels aspects de la proposition libérale les conservateurs retiendront. Plusieurs députés libéraux avouaient hier «pouvoir vivre» avec la politique de leur chef mais se méfiaient de Stephen Harper. Ce dernier s'est drôlement forcé hier aux Communes pour afficher sa bonne volonté.
Il faut dire qu'il aurait été mal venu de se laisser aller à sa mesquinerie habituelle face à un adversaire qui a fait l'effort de s'élever au-dessus de la mêlée et de proposer une motion réfléchie dans un dossier qui exige de faire passer la raison d'État avant la partisanerie. La balle est maintenant dans le camp conservateur.
Il reste à voir si on accordera à M. Dion le crédit qu'il mérite. Sa position est complexe. En cette ère de politique populiste menée à coup de phrases-chocs et de slogans réducteurs, ce ne sera pas facile à faire passer.
Mais conservateurs et libéraux ne doivent pas se faire d'illusions. S'ils s'entendaient, le risque d'attentat, comme celui survenu en Espagne en 2004 alors que les élections opposaient des partis aux antipodes sur l'Irak, s'en trouverait évidemment réduit, ce que veulent les partis quand ils disent ne pas vouloir transformer la prochaine campagne en référendum sur la mission. Mais au débat, ils n'échapperont pas. Les élections, c'est fait pour ça.
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