Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Touche pas à ma corde à linge!

    Après la Floride, l'Utah et Hawaii, l'Ontario s'attaque maintenant aux règles qui restreignent le droit... à la corde à linge

    24 janvier 2008 |Louis-Gilles Francoeur | Canada
    Il fut un temps où les ménagères nord-américaines s'enorgueillissaient de leur nouvelle sécheuse. Mais en cette ère de lutte contre les changements climatiques, c'est la corde à linge qui, parce qu'elle est beaucoup moins énergivore que la sécheuse, risque de devenir le nouveau symbole urbain de la conscience environnementale.

    Après la Floride, l'Utah et Hawaii, c'est maintenant l'Ontario qui s'attaque de façon réglementaire aux règles — publiques, privées ou semi-publiques — qui restreignent le droit... à la corde à linge.

    Cette semaine, le ministre ontarien de l'Énergie, Gerry Phillips, a officiellement lancé une consultation publique autour d'un projet de règlement destiné à abolir toute forme de restriction, même contractuelle, à l'utilisation des cordes à linge sur les propriétés abritant des unifamiliales, des maisons semi-détachées ou des maisons construites en rangées, comme c'est généralement le cas dans les milieux urbains densément peuplés.

    Cette consultation, qui durera deux mois, servira aussi à prendre le pouls des gestionnaires de grands immeubles en hauteur et de condos ainsi que des membres de coopératives qui ont instauré des règles interdisant l'usage des cordes à linge ou des séchoirs amovibles sur les balcons arrière ou avant, de peur que leur édifice ne ressemble à une courtepointe multicolore. À court terme toutefois, la problématique des condos et des édifices en hauteur ne fait pas partie du projet de règlement qu'envisage Queen's Park, a précisé hier au Devoir Sylvia Kovesfalvi, porte-parole du ministère ontarien de l'Énergie, parce qu'il y a dans ce cas des aspects de sécurité à retenir pour les édifices en hauteur, dont il n'est toutefois pas impossible de venir à bout.

    La province voisine a de bonnes raisons de passer à l'action dans ce domaine, soutient le ministre Phillips. Une sécheuse électrique utilisée systématiquement, a-t-il expliqué, consomme chaque année quelque 900 000 watts (900 kilowatts), ce qui représente 6 % de la consommation d'électricité du secteur résidentiel dans cette province et un coût annuel d'environ 36 $ à 7 ¢ du kWh. En Ontario, l'essentiel de l'électricité provient de centrales thermiques au charbon et de centrales nucléaires.

    Au Québec, selon Hélène Lorrain, d'Hydro-Québec, la sécheuse consommerait moins en pourcentage du total, soit environ 3 % de la consommation résidentielle. Mais cette différence ne s'explique pas uniquement par l'amour que bien des Québécois portent encore à leur corde à linge. En réalité, la différence n'est qu'apparente, car la part de la sécheuse est réduite par la part beaucoup plus grande de l'électricité consacrée au chauffage au Québec. En Ontario, tout comme au Québec, un séchage électrique d'une durée d'environ 50 minutes consomme en effet autour de 2500 watts-heure.

    L'équivalent ontarien de notre commissaire au développement durable, qu'on appelle là-bas le responsable de la conservation, a récemment invité le gouvernement ontarien à passer à l'action contre toutes ces règles édictées par les propriétaires de complexes résidentiels pour éliminer de leur décor ces cordes à linge qui font trop «peuple».

    À leur arrivée au pouvoir, en 2003, les libéraux de Dalton McGuinty ont adopté une loi-cadre sur l'efficacité énergétique qui permet à Queen's Park de mettre en place différentes stratégies comme celle de défendre le droit des gens d'installer des cordes à linge chez eux ou derrière leurs maisons. Mais cette loi n'est entrée en vigueur qu'en 2006.

    Selon la porte-parole du ministère ontarien des Richesses naturelles, on n'aurait relevé aucun règlement municipal qui interdit les cordes à linge dans cette province. Ces interdits seraient uniquement le fait du secteur privé, contrairement à ce qui se passe au Québec.

    La corde québécoise

    Déjà, dans les années 80, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) proposait comme mesure d'efficacité énergétique le retour à la bonne vieille corde à linge, associée à l'odeur inimitable d'air frais des vêtements qu'on y fait sécher.

    Même Hydro-Québec en fait aujourd'hui la promotion, sans doute parce que les watts économisés de ce côté sont revendus plus cher aux Américains, chez qui, il faut le dire, le séchage du linge se fait avec de l'électricité produite beaucoup plus souvent au gaz, au charbon et au pétrole, quand ce n'est pas à l'énergie nucléaire.

    Mais malgré cette politique officielle, la société d'État n'aime pas trop que des citoyens fixent leur corde à linge à ses poteaux! En tout cas, a confirmé Hélène Lorrain, il faut que les ancrages soient trois mètres plus bas que le fil électrique de distribution. Comme les villes exigent généralement que les vêtements des cordes à linge ne nuisent pas au passage des camions, ce n'est évidemment pas une sinécure que de trouver l'endroit précis où accrocher la poulie de la future corde à linge, désormais parée d'un vert écologique indélébile.

    Dans la plupart des grandes villes du Québec, on permet l'installation de cordes à linge, mais uniquement dans les cours arrière, comme à Gatineau. Mais certaines villes, comme Montréal, Longueuil et Saint-Lambert, précisent qu'on ne doit pas les apercevoir de la rue, ce qui est déjà plus contraignant. Sur le Plateau Mont-Royal, par exemple, on ajoute que le linge ne doit pas nuire au passage des véhicules dans les ruelles si la corde à linge les traverse. Et il est généralement interdit de planter un poteau de corde à linge sur la propriété publique.

    À Westmount, aucun règlement n'interdit la corde à linge à l'arrière des luxueuses résidences, ni même l'utilisation d'un séchoir amovible sur le balcon avant, ce que Verdun interdit pourtant pour cause de pollution visuelle... Sur l'île de Montréal, seules l'île Bizard et Sainte-Geneviève interdisent les poteaux de corde à linge dans les secteurs desservis par des fils électriques enfouis, une règle qui ne s'applique pas dans le reste de l'île, où on arrive à les localiser.

    Dans la région de Québec, les interdits ne frappent la corde à linge que dans l'arrondissement de Sainte-Foy et dans le quartier chic du Mesnil. Même chose à Laval, où la corde à linge s'étend librement partout dans les cour arrière, sauf dans le très huppé Laval-sur-le-Lac, «où cela doit s'intégrer au plan d'implantation et d'intégration architecturale», a précisé la porte-parole de la Ville, Amélie Cliche.

    Mais à peu près tous les porte-parole municipaux joints dans le cadre de ce bref tour de piste ont convenu que la plupart des restrictions faites aux cordes à linge et aux séchoirs amovibles étaient le fait des gestionnaires privés d'immeubles en hauteur, de coopératives ou de complexes résidentiels, que les villes ne peuvent contraindre à respecter, voire à encourager l'usage de la corde à linge, même pour des fins environnementales.

    Comme l'a dit un porte-parole municipal avec un brin de cynisme, «ce n'est pas une sécheuse qui va changer le bilan énergétique navrant de ces maisons nouvelles ou des beaux quartiers, généralement trop grandes, inutilement surchauffées et souvent achetées bien plus souvent pour manifester sa richesse que par besoin. Ce n'est pas une politique de corde à linge qu'il faut pour ces habitations mais une facture d'électricité, de gaz ou de pétrole qui serait taxée progressivement en fonction de leur consommation». Inutile de dire que ce porte-parole ne voulait pas être identifié.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.