mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h09


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Élections Canada contredit le PC

16 janvier 2008  Canada
Ottawa — Élections Canada persiste et signe. Une soixantaine de candidats du Parti conservateur ont bel et bien enfreint les règles de financement lors de la dernière campagne électorale, et ce, d'une manière concertée pour permettre à leur formation politique de dépenser plus que ses adversaires. Et le chien de garde des élections se défend d'être partisan: contrairement à ce que la formation de Stephen Harper prétend, aucun autre parti politique n'a utilisé les mêmes stratagèmes.

Pour la première fois, Élections Canada a livré sa version des faits, en totalité, dans une déclaration écrite sous serment et déposée à la Cour fédéral lundi en fin de journée. Dans ce document de 55 pages consulté par Le Devoir, Élections Canada explique comment elle a découvert le stratagème de la boucle (ou «in and out»). Le Parti conservateur versait des sommes importantes dans le compte de banque de ses candidats aux élections puis récupérait cet argent sous forme de «paiements» pour de la publicité nationale. Les candidats gonflaient artificiellement leurs dépenses pour toucher de l'État un remboursement plus copieux. Le parti, lui, fragmentait ses dépenses publicitaires en les imputant à tort à ses candidats locaux, ce qui lui a permis de dépasser le plafond permis par la loi.

La déclaration écrite sous serment déposée hier est signée par Janice Vézina, dirigeante principale des finances à Élections Canada. Elle explique que c'est à cause d'une «série de facteurs» que le Directeur général des élections a refusé de rembourser 50 des 67 candidats conservateurs ayant participé au stratagème, pour des dépenses totalisant 1,2 million de dollars. Plusieurs Québécois étaient du nombre, dont les ministres Josée Verner (Patrimoine), Lawrence Cannon (Transports) et Maxime Bernier (Affaires étrangères).

Pour Élections Canada, il ne fait aucun doute que ces publicités n'ont aucun contenu local puisqu'elles ne font pas la promotion d'un candidat précis, mais seulement du Parti conservateur. «Les publicités elles-mêmes n'ont pas réussi à dissiper nos doutes que ces dépenses n'avaient pas vraiment été celles des candidats», écrit Mme Vézina.

Élections Canada a des raisons encore plus sérieuses de croire que le parti de Stephen Harper n'a pas respecté la loi électorale. Le parti achetait, dans une région donnée, un bloc publicitaire et les candidats participants se partageaient ensuite la facture. Mais voilà, la facture était bien mal répartie.

La déclaration sous serment donne l'exemple de trois candidats conservateurs de Toronto ayant participé à un tel achat commun. «Le coût imparti aux trois campagnes a été de 49 999,88 $, 19 999,95 $ et 39 999,91 $ respectivement. Élections Canada n'a trouvé aucun document qui aurait pu expliquer une telle variation entre les coûts impartis aux candidats pour ce qui semble être des publicités à fréquence identique», écrit Mme Vézina.

En fait, l'explication est venue de la bouche même d'un agent officiel d'une candidate conservatrice de Vancouver. «Je crois que nous avons contribué à la campagne nationale de publicités télévisées. Nous n'allions pas être capables de dépenser le maximum permis par la loi, alors le parti nous a demandé si nous pouvions aider», a raconté cet agent à un enquêteur d'Élections Canada. Un aveu que Mme Vézina dit trouver «troublant».

C'est que chaque candidat a le droit de dépenser un montant maximal établi par Élections Canada pour se faire élire. Il semble qu'un grand nombre de candidats conservateurs qui n'avaient aucune chance d'être élus, et donc qui ne dépensaient pas inutilement leur argent, aient vu leur caisse électorale réquisitionnée par le parti. C'est du moins l'analyse qu'en fait Janice Vézina.

«Le parti avait presque atteint la limite de dépenses permise par la loi, de sorte qu'il n'aurait pas pu déclarer ces publicités [attribuées aux candidats] sans défoncer son plafond», écrit-elle. Et ainsi, en déduit-elle, «les montants impartis à chaque candidat semblent être reliés à leur capacité de "contribuer" à l'achat médiatique selon qu'ils avaient déjà peu ou beaucoup entamé leur budget de dépenses tel qu'établi par la loi et non pas à une évaluation objective de la valeur commerciale qu'ils ont obtenue avec leur achat.»

Des agents officiels dans le noir

En outre, note Mme Vézina, un grand nombre de candidats locaux ayant participé à ces achats publicitaires de groupe ont été incapables de fournir une quelconque preuve documentaire, même si la dépense atteignait parfois les 50 000 $. «On s'attendrait d'être capable de recevoir de la part d'un agent officiel plus de détails pour une dépense d'une telle ampleur», s'étonne Mme Vézina.

Élections Canada avait en effet réclamé plus de preuves des candidats conservateurs concernés pour justifier leurs dépenses de publicités. «Aucun n'a été en mesure de fournir une copie de contrat», écrit-elle. Elle mentionne que c'est toujours le Parti conservateur qui a géré cette affaire par la suite, fournissant même aux agents officiels une lettre-type, avec du papier à en-tête du parti, pour répondre aux questions d'Élections Canada.

Pas de partisanerie

Entre les lignes de cette déclaration sous serment, Élections Canada se défend bien d'être partisane. Et pour cause. Lorsque toute cette affaire a éclaté, à l'automne dernier, le Parti conservateur a répliqué en Cour fédéral avec des liasses de documents censés prouver que le Parti libéral et le NPD avaient eu recours à des stratégies similaires. Les conservateurs en concluaient qu'Élections Canada était partie en guerre contre eux. Des députés le disaient ouvertement. Nenni, dit aujourd'hui Élections Canada.

À plusieurs endroits dans le document, Janice Vézina réfute les allégations conservatrices: citations attribuées à tort à Élections Canada par-ci, référence à un mauvais document par-là, comparaisons boiteuses. Les échantillons de publicités libérales fournis par le Parti conservateur n'ont pas ébranlé Élections Canada, au contraire. «Il est clair en consultant le script radiophonique que la publicité en question invite spécifiquement les électeurs à voter pour un candidat en particulier», est-il écrit, ce qui n'était pas le cas des publicités conservatrices.

Le Devoir avait révélé en août dernier qu'Élections Canada avait ouvert une enquête sur cette affaire. Selon un porte-parole, l'enquête est toujours en cours. Pendant ce temps, le Parti conservateur conteste l'interprétation d'Élections Canada devant la Cour fédérale.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Yvon Montoya
    Abonné
    mercredi 16 janvier 2008 07h04
    Cosa Nostra II
    « Harper est un chrétien qui finit ses discours par "God". Belle mentalité, bel exemple charitable. Ils devraient, tous Partis confondus, se fondre en un seul parti politique qu'on nommerait la Cosa Nostra II (Notre cause) comme ça on n'aura plus d'élections et on nous foutra la paix et ils ne pourront plus faire de la corruption sur le dos des citoyens puisqu'ils auront tous le pouvoir. »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    mercredi 16 janvier 2008 07h30
    Les dépassements
    « L'argent ne fait pas gagner des élections. Vous en avez eu la preuve quand l'ADQ a remporté un nombre impressionnant de sièges malgré une caisse électorale à peu près vide. Connaissez vous quelqu'un qui se pose la question à savoir quel est le Parti le plus riche avant de déposer son bulletin de vote dans l'urne?

    Paul Lafrance
    Québec »

  • Steve Fortin
    Abonné
    mercredi 16 janvier 2008 08h34
    Mais non, tout le monde est contre le PC !!!
    « L'empire conservateur implose. Les mensonges et la tricherie font éclater cette supposée aura de chantres de la politique propre que ceux-ci voulaient se donner suite aux Commandites. Quand on considère le traitement honteux et cavalier avec lequel Napoléon Harper a traité la présidente du commité de sécurité nucléaire,Lynda Keen, dame compétente quand on la compare au lobbyiste de BC Hydro devenu ministre des ressources naturelles Gary Lunn, on est a même de constater que les conservateurs, aveuglés par leur soif de tout contrôlé et d'instaurer leur agenda politique d'extrême-droite, font un tort innommable à l'appareil étatique. Mais non, ceux-ci diront qu'élections canada, que la commission de sécurité nucléaire, que la presse parlementaire, que l'appareil judiciaire... etc que tout le monde est contre eux, ce sont tous soit des vendus libéraux, soit des méchants séparatisses, soit des communisses sympathisans NPD...

    Vivement des élections! »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    mercredi 16 janvier 2008 09h10
    Plus blanc que neige?
    « Les faits parlent d'eux-mêmes. Qui veut trop faire l'ange fait la bête. Que voulez-vous, c'est la vie, comme disait notre grand politique national... »

  • David Sanschagrin
    Inscrit
    mercredi 16 janvier 2008 10h34
    Merci M. Harper.
    « Merci M. Harper de nous prouver encore que politique et éthique ne font que rimer et ne sont pas similaires. Merci de nourrir le climat de cynisme. Merci de justifier le discours de tant de gens qui se disent ne pas s'intéresser à la politique parce que ça ne changera rien, parce que ce sont tous des "crosseurs". Vivement un part qui acceptera de gagner dans la droiture et de perdre dans la droiture! »

  • Roger Dion
    Abonné
    mercredi 16 janvier 2008 10h48
    Les vierges offensées sont prient
    « Les vierge offensées, se sont fait prendre les culottes baissées, /comme ont dit en bon QUÉBÉCOIS/.
    Oui nous voyons, de jour en jour, se parti avec ses magouilles pour endormir les gens.
    Nous voyons tout se qu ils réclamaient dans l opposition ils font le contraire.
    Des élections le plus tôt, pour mettre ses menteurs et ultra conservateur /A LA BUSH/ dehors .
    ROGER MONTREAL »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009