Revue de presse - Les épines au pied
La rencontre des premiers ministres a éclipsé quelques dossiers qui sont venus hanter le gouvernement Harper cette semaine: l'arrêt en novembre du réacteur nucléaire de Chalk River, le seul capable de produire des isotopes médicaux, et la nécessité de mettre un prix sur les émissions de gaz à effet de serre pour réussir à les réduire.
L'affaire du réacteur de Chalk River a rebondi quand on a appris que le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, menaçait la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), Linda Keen, de renvoi pour ne pas avoir obéi à ses ordres. C'est la Commission qui avait refusé à Énergie atomique du Canada de redémarrer le réacteur avant d'apporter des correctifs à ses mécanismes de sécurité. Cela avait provoqué une pénurie d'isotopes, poussant le gouvernement à faire adopter une loi pour redémarrer le réacteur pour 120 jours. Le premier ministre Harper avait alors accusé Mme Keen de partisanerie.
Pour le Toronto Star, Mme Keen n'a fait que son travail. Le mandat de la CCSN est de voir à la sûreté nucléaire et rien d'autre. Il revenait au gouvernement et au Parlement de trouver un juste équilibre entre la sûreté du réacteur et la santé des citoyens, ce qu'ils ont fait en adoptant la loi. En ordonnant à Mme Keen de permettre le démarrage du réacteur, le ministre a enfreint l'indépendance de la Commission, juge le Star. «Ce que Lunn a démontré, c'est qu'il est prêt à exercer une ingérence politique inappropriée sur un organisme réglementaire et à punir sa dirigeante pour lui avoir tenu tête.» Le Star est convaincu que le ministre a agi sur les ordres de Stephen Harper et que, par conséquent, ce sont les deux hommes qui doivent rendre des comptes, et non Mme Keen.
Le Globe and Mail rappelle de son côté que le premier ministre avait promis un examen approfondi du rôle joué par les différents acteurs de cette saga. On pouvait craindre que les conservateurs tentent de faire porter le blâme à Mme Keen, note le journal, et la lettre du ministre Lunn est venue confirmer ces doutes. Le Globe pense que le ministre n'était pas prêt à entendre les conclusions de l'examen promis parce que, fort probablement, «une vraie enquête les aurait jugés, lui et son gouvernement, plus coupables que Mme Keen».
Ça chauffe
Il y a aussi eu la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie qui est venue embêter les conservateurs avec un rapport que l'ancien ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, avait demandé. L'organisme a conclu que le gouvernement n'atteindra jamais ses cibles à long terme de réduction des gaz à effet de serre s'il ne passe pas à l'action tout de suite et n'attribue pas un prix au carbone, soit au moyen d'une taxe, soit par un système d'échange de crédits basé sur des cibles absolues de réduction. Ou les deux.
La presque totalité des journaux ont vu dans ce rapport un message utile pour les Canadiens et un avertissement pour le gouvernement Harper, qui tarde à agir et veut le faire trop timidement. Bien qu'ils ne se prononcent pas sur la mécanique de mise en oeuvre, les quotidiens Victoria Times Colonist, Toronto Star, Vancouver Sun, Halifax Chronicle-Herald et Edmonton Journal ont appuyé l'idée de mettre un prix sur le carbone.
Le Ottawa Citizen se demande d'ailleurs pourquoi le gouvernement Harper ne veut rien savoir d'une taxe sur le carbone alors que de plus en plus de conservateurs sont d'avis contraire, qu'il s'agisse des représentants de l'industrie pétrolière qui siègent à la Table ronde, de l'Institut CD Howe ou du Conseil canadien des chefs d'entreprise. Selon le quotidien, vouloir minimiser l'effort maintenant se traduira par «davantage de douleur plus tard. Malgré cela, lorsqu'il parle d'économie environnementale, le gouvernement Harper semble complètement obnubilé par les coûts à court terme plutôt que par les bénéfices à long terme, ce qui ne sert pas le Canada».
Femmes et politique
On parle beaucoup des femmes et de politique ces temps-ci avec la course à la présidence américaine où, pour la première fois, une femme tente d'obtenir l'investiture d'un des deux grands partis. Si elle arrive à attirer un solide appui auprès de l'électorat féminin, on ne peut pas en dire autant des conservateurs de Stephen Harper. Andrew Mayeda, du National Post, s'est intéressé à la question et le constat des experts est que Stephen Harper doit séduire davantage d'électrices s'il espère obtenir un mandat majoritaire. Dans quatre sondages Ipsos-Reid réalisés en novembre et décembre, les conservateurs ont obtenu en moyenne l'appui de 42 % des hommes mais de seulement 33 % des femmes. Le dernier sondage, publié le 22 décembre, affichait un écart de 15 points. Pour rejoindre les femmes, les conservateurs devront examiner leurs priorités, car si les femmes comme les hommes accordent beaucoup d'importance à l'environnement, les femmes donnent ensuite priorité à la santé, à l'éducation et à la pauvreté. Les hommes, eux, privilégient, après la santé, l'économie et la défense. Mais il y a le style aussi et, selon les experts, l'approche calculatrice de M. Harper, son penchant pour l'intimidation, son manque de chaleur rebutent les femmes.
Fusion ou non
Les fusions municipales vous font encore grincer des dents? Vous n'êtes pas seuls. À Toronto, où on célébrait la semaine dernière le dixième anniversaire de la création de la grande ville de Toronto, personne n'a trouvé moyen d'en faire un bilan véritablement positif. Pour John Barber, du Globe and Mail, cela en dit long. «La seule bonne nouvelle est que tout le monde semble maintenant désireux d'oublier ce gâchis et de passer à autre chose.» Il parle d'une ville de taille monstrueuse, alourdie par une bureaucratie énorme, des syndicats et un conseil de la même eau chapeautés par un supermaire faiblard. Et on se plaint...
***
mcornellier@ledevoir.com
L'affaire du réacteur de Chalk River a rebondi quand on a appris que le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, menaçait la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), Linda Keen, de renvoi pour ne pas avoir obéi à ses ordres. C'est la Commission qui avait refusé à Énergie atomique du Canada de redémarrer le réacteur avant d'apporter des correctifs à ses mécanismes de sécurité. Cela avait provoqué une pénurie d'isotopes, poussant le gouvernement à faire adopter une loi pour redémarrer le réacteur pour 120 jours. Le premier ministre Harper avait alors accusé Mme Keen de partisanerie.
Pour le Toronto Star, Mme Keen n'a fait que son travail. Le mandat de la CCSN est de voir à la sûreté nucléaire et rien d'autre. Il revenait au gouvernement et au Parlement de trouver un juste équilibre entre la sûreté du réacteur et la santé des citoyens, ce qu'ils ont fait en adoptant la loi. En ordonnant à Mme Keen de permettre le démarrage du réacteur, le ministre a enfreint l'indépendance de la Commission, juge le Star. «Ce que Lunn a démontré, c'est qu'il est prêt à exercer une ingérence politique inappropriée sur un organisme réglementaire et à punir sa dirigeante pour lui avoir tenu tête.» Le Star est convaincu que le ministre a agi sur les ordres de Stephen Harper et que, par conséquent, ce sont les deux hommes qui doivent rendre des comptes, et non Mme Keen.
Le Globe and Mail rappelle de son côté que le premier ministre avait promis un examen approfondi du rôle joué par les différents acteurs de cette saga. On pouvait craindre que les conservateurs tentent de faire porter le blâme à Mme Keen, note le journal, et la lettre du ministre Lunn est venue confirmer ces doutes. Le Globe pense que le ministre n'était pas prêt à entendre les conclusions de l'examen promis parce que, fort probablement, «une vraie enquête les aurait jugés, lui et son gouvernement, plus coupables que Mme Keen».
Ça chauffe
Il y a aussi eu la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie qui est venue embêter les conservateurs avec un rapport que l'ancien ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, avait demandé. L'organisme a conclu que le gouvernement n'atteindra jamais ses cibles à long terme de réduction des gaz à effet de serre s'il ne passe pas à l'action tout de suite et n'attribue pas un prix au carbone, soit au moyen d'une taxe, soit par un système d'échange de crédits basé sur des cibles absolues de réduction. Ou les deux.
La presque totalité des journaux ont vu dans ce rapport un message utile pour les Canadiens et un avertissement pour le gouvernement Harper, qui tarde à agir et veut le faire trop timidement. Bien qu'ils ne se prononcent pas sur la mécanique de mise en oeuvre, les quotidiens Victoria Times Colonist, Toronto Star, Vancouver Sun, Halifax Chronicle-Herald et Edmonton Journal ont appuyé l'idée de mettre un prix sur le carbone.
Le Ottawa Citizen se demande d'ailleurs pourquoi le gouvernement Harper ne veut rien savoir d'une taxe sur le carbone alors que de plus en plus de conservateurs sont d'avis contraire, qu'il s'agisse des représentants de l'industrie pétrolière qui siègent à la Table ronde, de l'Institut CD Howe ou du Conseil canadien des chefs d'entreprise. Selon le quotidien, vouloir minimiser l'effort maintenant se traduira par «davantage de douleur plus tard. Malgré cela, lorsqu'il parle d'économie environnementale, le gouvernement Harper semble complètement obnubilé par les coûts à court terme plutôt que par les bénéfices à long terme, ce qui ne sert pas le Canada».
Femmes et politique
On parle beaucoup des femmes et de politique ces temps-ci avec la course à la présidence américaine où, pour la première fois, une femme tente d'obtenir l'investiture d'un des deux grands partis. Si elle arrive à attirer un solide appui auprès de l'électorat féminin, on ne peut pas en dire autant des conservateurs de Stephen Harper. Andrew Mayeda, du National Post, s'est intéressé à la question et le constat des experts est que Stephen Harper doit séduire davantage d'électrices s'il espère obtenir un mandat majoritaire. Dans quatre sondages Ipsos-Reid réalisés en novembre et décembre, les conservateurs ont obtenu en moyenne l'appui de 42 % des hommes mais de seulement 33 % des femmes. Le dernier sondage, publié le 22 décembre, affichait un écart de 15 points. Pour rejoindre les femmes, les conservateurs devront examiner leurs priorités, car si les femmes comme les hommes accordent beaucoup d'importance à l'environnement, les femmes donnent ensuite priorité à la santé, à l'éducation et à la pauvreté. Les hommes, eux, privilégient, après la santé, l'économie et la défense. Mais il y a le style aussi et, selon les experts, l'approche calculatrice de M. Harper, son penchant pour l'intimidation, son manque de chaleur rebutent les femmes.
Fusion ou non
Les fusions municipales vous font encore grincer des dents? Vous n'êtes pas seuls. À Toronto, où on célébrait la semaine dernière le dixième anniversaire de la création de la grande ville de Toronto, personne n'a trouvé moyen d'en faire un bilan véritablement positif. Pour John Barber, du Globe and Mail, cela en dit long. «La seule bonne nouvelle est que tout le monde semble maintenant désireux d'oublier ce gâchis et de passer à autre chose.» Il parle d'une ville de taille monstrueuse, alourdie par une bureaucratie énorme, des syndicats et un conseil de la même eau chapeautés par un supermaire faiblard. Et on se plaint...
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