Bilan de l'année à Ottawa - Beaucoup de rebondissements, mais peu de changements
Photo : Jacques Nadeau
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a connu une année mouvementée en 2007.
Ottawa — L'année 2007, sur la scène politique fédérale, a été celle où le gouvernement de Stephen Harper a laissé tomber après 18 mois au pouvoir son étiquette de «nouveau», où le Bloc québécois a perdu son chef l'espace de 24 heures, où le Nouveau Parti démocratique a fait une percée inespérée au Québec et où les libéraux ont désespérément tenté de faire connaître leur nouveau chef.
Cependant, malgré les événements et rebondissements, rien ne semble avoir beaucoup changé en 12 mois. Un regard sur l'évolution des intentions de vote des électeurs démontre que le gouvernement minoritaire de Stephen Harper finit cette année à peu près au même niveau qu'il l'a entreprise dans les sondages: légèrement devant les libéraux, mais une majorité lui échappe toujours.
Plus encore, l'année se conclut de la même façon qu'elle avait commencé, au son d'une rumeur électorale qui s'amplifiera au fur et à mesure que la rentrée parlementaire approchera.
Mais cette fois-ci sera-t-elle la bonne? Face à des libéraux affaiblis, les conservateurs ont pu se maintenir au pouvoir pendant près de deux ans, ce qui représente une longue période pour un gouvernement minoritaire.
Le premier ministre Harper se montre le premier surpris de la tournure des événements.
«C'est un Parlement bizarre, a admis M. Harper dans une entrevue de fin d'année à CBC. Nous avons une minorité, numériquement parlant plutôt faible. Pas un parti d'opposition ne s'est engagé à travailler avec nous de façon formelle et ils réclament tous notre défaite. Mais voilà que deux ans plus tard, non seulement nous arrivons encore à faire adopter des choses, mais nous n'avons même pas fait face à une motion de confiance.»
Déjà, les libéraux ont averti le gouvernement qu'ils mettaient fin à l'appui tacite qu'ils lui ont accordé tout au long de l'automne en s'abstenant de voter sur des questions de confiance. C'est le message que le chef libéral Stéphane Dion a martelé à ses troupes, lors d'une réunion tenue à Montréal début décembre.
Du côté du NPD, on se fait plus catégorique. «Oui, il y aura des élections dans quelques mois, et ce sera une occasion en or pour la population de dire à M. Harper qu'elle rejette ses politiques», a déclaré le chef néo-démocrate, Jack Layton, lors d'une entrevue quelques jours avant Noël.
La première occasion pour renverser le gouvernement risque de survenir lors du dépôt du budget. Le Bloc québécois, qui a appuyé le gouvernement lors des deux premiers budgets, laisse entendre que les chances que cela se reproduise sont minces.
Ce positionnement des partis d'opposition, combiné aux cafouillages du gouvernement à la fin de l'année dans la gestion de l'affaire Mulroney-Schreiber ainsi qu'à la crise des isotopes pour usage médical, pourrait bien produire le cocktail électoral prédit depuis des mois.
Et c'est sans compter les multiples décisions que le gouvernement Harper devra prendre dès janvier. Il recevra tour à tour le rapport de David Johnston, sur le mandat de la commission d'enquête dans l'affaire Mulroney-Schreiber, celui de John Manley sur l'extension de la mission afghane et celui de Bernard Lord portant sur le plan sur les langues officielles.
Dans les trois cas, les rapports l'obligeront à se positionner dans des dossiers controversés (dans le cas du rapport Lord, c'est le programme de contestation judiciaire qui fera de nouveau surface). Et il y a le dossier de l'environnement, qui forme un nuage noir au-dessus de la tête des conservateurs et qui ne veut pas s'estomper.
Pour le chef du Bloc, Gilles Duceppe, les prochaines élections seront l'occasion de ramener sur le tapis les décisions du gouvernement conservateur. «C'est bien sûr que les conservateurs vont revenir en parlant des libéraux. Mais il va falloir, un moment donné, qu'ils se rendent compte qu'ils ne peuvent pas faire une élection, après deux ou trois ans de pouvoir, sur le bilan du gouvernement précédent», a indiqué M. Duceppe, qui juge que le bilan fait la preuve que le gouvernement Harper est «déconnecté» des valeurs des Québécois.
Pourtant, les sondages le démontrent, ces mêmes conservateurs arrivent à trouver un terreau fertile dans les régions du Québec et dans la grande région métropolitaine de Québec. Selon Jack Layton, les résultats stagnants des conservateurs dans les sondages démontrent d'abord que Stephen Harper n'a pas réussi à convaincre.
«C'est une minorité qui appuie ses politiques, une minorité stable, mais ce n'est pas croissant et ça veut dire qu'il y a une inquiétude partout au Canada concernant les politiques de M. Harper. Et la question est la suivante: qu'est-ce qu'on fait avec notre inquiétude?», a dit M. Layton.
Il croit que cette situation est en partie à l'origine des succès du NPD dans Outremont, une circonscription remportée par Thomas Mulcair lors d'une élection complémentaire en septembre dernier.
«Est-ce qu'on peut refaire ça dans les autres circonscriptions? Je pense que oui. Mais il y a beaucoup de travail», a poursuivi M. Layton.
Stéphane Dion, lors d'une entrevue marquant sa première année à la tête des libéraux, se livrait à une analyse similaire du gouvernement conservateur.
Dans un contexte où l'économie roule à un bon rythme, si le gouvernement de M. Harper n'arrive pas à franchir la barre des 40 % dans les intentions de vote, «c'est que leur politique ne témoigne pas d'une vision claire et que la vision claire qu'ils ont, ils la cachent. Il y a donc un manque de sincérité que les Canadiens perçoivent», déclarait M. Dion.
Ce dernier ne peut cependant pas pavoiser. Le chef libéral doit encore se défaire, au Québec, de son image formée lorsqu'il était ministre des Affaires intergouvernementales; et au Canada anglais, il doit se défaire de l'image accolée par les publicités télévisuelles des conservateurs, très négatives à son endroit.
Et dans ce «carré d'as» qui évolue au Parlement, un joker pointe le bout de la chaussure et pourrait mêler les cartes. Le Parti vert d'Elizabeth May gruge petit à petit des appuis aux partis traditionnels et compte bien s'imposer lors de la prochaine campagne électorale.
Cependant, malgré les événements et rebondissements, rien ne semble avoir beaucoup changé en 12 mois. Un regard sur l'évolution des intentions de vote des électeurs démontre que le gouvernement minoritaire de Stephen Harper finit cette année à peu près au même niveau qu'il l'a entreprise dans les sondages: légèrement devant les libéraux, mais une majorité lui échappe toujours.
Plus encore, l'année se conclut de la même façon qu'elle avait commencé, au son d'une rumeur électorale qui s'amplifiera au fur et à mesure que la rentrée parlementaire approchera.
Mais cette fois-ci sera-t-elle la bonne? Face à des libéraux affaiblis, les conservateurs ont pu se maintenir au pouvoir pendant près de deux ans, ce qui représente une longue période pour un gouvernement minoritaire.
Le premier ministre Harper se montre le premier surpris de la tournure des événements.
«C'est un Parlement bizarre, a admis M. Harper dans une entrevue de fin d'année à CBC. Nous avons une minorité, numériquement parlant plutôt faible. Pas un parti d'opposition ne s'est engagé à travailler avec nous de façon formelle et ils réclament tous notre défaite. Mais voilà que deux ans plus tard, non seulement nous arrivons encore à faire adopter des choses, mais nous n'avons même pas fait face à une motion de confiance.»
Déjà, les libéraux ont averti le gouvernement qu'ils mettaient fin à l'appui tacite qu'ils lui ont accordé tout au long de l'automne en s'abstenant de voter sur des questions de confiance. C'est le message que le chef libéral Stéphane Dion a martelé à ses troupes, lors d'une réunion tenue à Montréal début décembre.
Du côté du NPD, on se fait plus catégorique. «Oui, il y aura des élections dans quelques mois, et ce sera une occasion en or pour la population de dire à M. Harper qu'elle rejette ses politiques», a déclaré le chef néo-démocrate, Jack Layton, lors d'une entrevue quelques jours avant Noël.
La première occasion pour renverser le gouvernement risque de survenir lors du dépôt du budget. Le Bloc québécois, qui a appuyé le gouvernement lors des deux premiers budgets, laisse entendre que les chances que cela se reproduise sont minces.
Ce positionnement des partis d'opposition, combiné aux cafouillages du gouvernement à la fin de l'année dans la gestion de l'affaire Mulroney-Schreiber ainsi qu'à la crise des isotopes pour usage médical, pourrait bien produire le cocktail électoral prédit depuis des mois.
Et c'est sans compter les multiples décisions que le gouvernement Harper devra prendre dès janvier. Il recevra tour à tour le rapport de David Johnston, sur le mandat de la commission d'enquête dans l'affaire Mulroney-Schreiber, celui de John Manley sur l'extension de la mission afghane et celui de Bernard Lord portant sur le plan sur les langues officielles.
Dans les trois cas, les rapports l'obligeront à se positionner dans des dossiers controversés (dans le cas du rapport Lord, c'est le programme de contestation judiciaire qui fera de nouveau surface). Et il y a le dossier de l'environnement, qui forme un nuage noir au-dessus de la tête des conservateurs et qui ne veut pas s'estomper.
Pour le chef du Bloc, Gilles Duceppe, les prochaines élections seront l'occasion de ramener sur le tapis les décisions du gouvernement conservateur. «C'est bien sûr que les conservateurs vont revenir en parlant des libéraux. Mais il va falloir, un moment donné, qu'ils se rendent compte qu'ils ne peuvent pas faire une élection, après deux ou trois ans de pouvoir, sur le bilan du gouvernement précédent», a indiqué M. Duceppe, qui juge que le bilan fait la preuve que le gouvernement Harper est «déconnecté» des valeurs des Québécois.
Pourtant, les sondages le démontrent, ces mêmes conservateurs arrivent à trouver un terreau fertile dans les régions du Québec et dans la grande région métropolitaine de Québec. Selon Jack Layton, les résultats stagnants des conservateurs dans les sondages démontrent d'abord que Stephen Harper n'a pas réussi à convaincre.
«C'est une minorité qui appuie ses politiques, une minorité stable, mais ce n'est pas croissant et ça veut dire qu'il y a une inquiétude partout au Canada concernant les politiques de M. Harper. Et la question est la suivante: qu'est-ce qu'on fait avec notre inquiétude?», a dit M. Layton.
Il croit que cette situation est en partie à l'origine des succès du NPD dans Outremont, une circonscription remportée par Thomas Mulcair lors d'une élection complémentaire en septembre dernier.
«Est-ce qu'on peut refaire ça dans les autres circonscriptions? Je pense que oui. Mais il y a beaucoup de travail», a poursuivi M. Layton.
Stéphane Dion, lors d'une entrevue marquant sa première année à la tête des libéraux, se livrait à une analyse similaire du gouvernement conservateur.
Dans un contexte où l'économie roule à un bon rythme, si le gouvernement de M. Harper n'arrive pas à franchir la barre des 40 % dans les intentions de vote, «c'est que leur politique ne témoigne pas d'une vision claire et que la vision claire qu'ils ont, ils la cachent. Il y a donc un manque de sincérité que les Canadiens perçoivent», déclarait M. Dion.
Ce dernier ne peut cependant pas pavoiser. Le chef libéral doit encore se défaire, au Québec, de son image formée lorsqu'il était ministre des Affaires intergouvernementales; et au Canada anglais, il doit se défaire de l'image accolée par les publicités télévisuelles des conservateurs, très négatives à son endroit.
Et dans ce «carré d'as» qui évolue au Parlement, un joker pointe le bout de la chaussure et pourrait mêler les cartes. Le Parti vert d'Elizabeth May gruge petit à petit des appuis aux partis traditionnels et compte bien s'imposer lors de la prochaine campagne électorale.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page



