mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h09


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Revue de presse - Le paradoxe Stephen Harper

Manon Cornellier   22 décembre 2007  Canada
La lecture des journaux, en cette fin d'année 2007, ne laissera pas un très bon souvenir à Stephen Harper. Son attitude agressive, ses attaques personnelles et sa partisanerie alimentent des commentaires extrêmement sévères à son endroit. Encore hier, le chroniqueur Don Martin se permettait un jeu de mots assassin dans le National Post et le Calgary Herald. «Harper a les moyens [means] mais est-il trop mesquin [mean]?»

Martin se demande pourquoi un premier ministre qui a gouverné sans scandale n'arrive pas à solidement devancer la faible opposition libérale dans les sondages. En fait, les conservateurs sont même moins populaires maintenant qu'ils l'étaient aux élections du 23 janvier 2006. L'hypothèse de Martin: «Il est un leader-né, mais il fait trop souvent preuve d'une agressivité partisane et est trop prompt à user d'intimidation pour que les Canadiens soient à l'aise avec l'idée qu'il soit majoritaire.»

James Travers, du Toronto Star, va dans le même sens et parle du «paradoxe Stephen Harper». «Au moment de gérer une crise, le premier ministre emmêle ses talents de leader, que les Canadiens admirent, et sa mesquinerie de petit dur de cour d'école, qui révulse [ces mêmes Canadiens].» Par conséquent, il peut être difficile de convaincre des indécis de voter pour un premier ministre qui les met mal à l'aise. Car «ils ne savent pas s'il peut calmer ses pires instincts quand la conciliation et le compromis, et non une bagarre de ruelle, servent mieux les intérêts du pays».

Partisanerie suicidaire

Le Globe and Mail s'est montré impitoyable. Dans un premier éditorial, il fait état de la partisanerie qui a conduit le gouvernement à demander à Daniel Paillé d'enquêter sur les dépenses de sondages des gouvernements précédents. Le quotidien s'amuse du résultat. Daniel Paillé n'a rien trouvé pour embarrasser les libéraux. Ce sont les conservateurs qui ont été démasqués. Ils ont dépensé davantage en sondages que les libéraux avant eux, assez pour tenir plus de deux sondages par jour ouvrable, certains versant carrément dans la partisanerie. «Ce rapport expose les dangers d'une partisanerie débridée», écrit le Globe.

Le quotidien dénonce dans un second éditorial les attaques du premier ministre à l'endroit de la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire à la suite de la fermeture du réacteur de Chalk River et de la pénurie d'isotopes radioactifs qui en a découlé. Au lieu de débattre du fond de la question, à savoir le non-respect par Énergie atomique du Canada des conditions de fonctionnement du réacteur, «le premier ministre a inventé un complot voulant qu'une fonctionnaire de carrière, qui tentait de faire respecter les règles en matière de sûreté nucléaire, aurait en toute connaissance de cause mis des vies en danger. Et pourquoi? Pour aider les libéraux à marquer des points contre les conservateurs. Voilà de la politique poubelle», tranche le Globe, indigné. «En d'autres mots, poursuit-il, diffamer quelqu'un au profit de tactiques parlementaires n'est pas un défaut. De toute évidence, le gouvernement prend plus au sérieux la politique partisane que la sûreté nucléaire ou l'organisme créé pour y veiller, et il ne se soucie guère de qui en sortira blessé.»

Toujours dans le Globe, Brian Laghi constate que, si Stephen Harper a le don d'exploiter les faiblesses de ses adversaires, il semble incapable de gérer les crises inattendues avec doigté et a de la difficulté à improviser lorsque les événements le forcent à s'écarter de son plan de match. Laghi cite des conservateurs anonymes qui confirment que le premier ministre a besoin de temps pour réfléchir et qu'il prend trop de décisions lui-même, ce qui le prive parfois du recul nécessaire.

Blanc bonnet...

Susan Riley, du Ottawa Citizen, est plus dure dans un texte repris par la plupart des journaux de CanWest. Selon elle, Harper devra bientôt «nous rappeler en quoi son gouvernement est plus transparent, plus honnête et plus responsable que les libéraux». Elle note le temps écoulé avant de rendre public le rapport Paillé et la décision de le faire le jour de la comparution de Brian Mulroney afin qu'il passe inaperçu et de ne pas exposer le recours abusif aux sondages par les conservateurs. Toujours le même jour de la comparution de Mulroney, le gouvernement a annoncé sans bruit que le Canada rejoignait un club de pays faisant la promotion de l'énergie nucléaire, une initiative de George W. Bush. Après avoir cité d'autres dossiers passés en douce ou soustraits au débat, elle évoque un air de déjà vu. Ce qui lui a fait prédire, avant même les entrevues de fin d'année de Harper, qu'il n'y aurait pas d'enquête publique sur l'affaire Murloney-Schreiber. À suivre.

Sur le plan de l'éthique, les conservateurs se voulaient plus blancs que blancs, surtout dans leurs relations avec les lobbyistes. Ils ne sont peut-être pas à leur solde, mais il faut croire qu'ils peuvent avoir leur oreille puisque certains des leurs n'ont pas hésité à se lancer dans cette industrie. Don Martin, du National Post, évoque le cas de Ken Boessenkool, qui a travaillé étroitement avec Stockwell Day, aujourd'hui ministre de la Sécurité publique et responsable de la GRC, avant d'aider tout aussi assidûment Stephen Harper. Boessenkool est maintenant le lobbyiste à embaucher à Calgary et son dernier client n'est nulle autre que l'entreprise Taser International. La Loi sur la responsabilité des conservateurs prévoit pourtant un délai de cinq ans avant qu'un attaché politique puisse approcher ses anciens patrons à titre de lobbyiste. Mais on attend toujours les règlements. Martin cite un expert qui souligne à quel point le fait d'avoir ses entrées auprès des principaux acteurs du gouvernement actuel est de plus en plus précieux puisque ce dernier est dirigé par un cercle très fermé d'individus. «Qui vous connaissez au bureau du premier ministre est toujours la voie rapide pour obtenir qu'Ottawa agisse», conclut Martin.

mcornellier@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Michel Lauzon
    Inscrit
    samedi 22 décembre 2007 09h06
    Sans scandale ?
    « Un gouvernement minoritaire qui fait une grande promotion d'une guerre pour les américains alors que 75% des canadiens sont tout à fait contre n'est pas scandaleux pour Don Martin ?

    Le fait que le Canada soit devenu politiquement une république de banane dans laquelle tout les partis de l'opposition font semblant d'être cons pour laisser passer cette guerre est il un scandale ?

    Que Harper promet une enquête publique dans un dossier de haute corruption par un ex espion devenu marchand d'armes est "normal" car il touche Mulroney ? Et que le ministre de la défense soit impliqué ?

    Que Harper achète des avions cargos (vides) 4 fois le prix d'un 747 ou 3 fois un A380 n'est pas scandaleux ?

    Que Harper refuse de signer Kyoto et de nous retirer d'Afghanistan alors que l'Australie fait le contraire de nous est il un autre scandale qui prouve que toutes les décisions de Harper sont dans l'intérêt d'Exxon et de Boeing ?

    Et que Harper donne le peu qu'il nous reste de souveraineté aux USA, en secret, cloturé, protégé par des polices déguisées en manifestants ?

    Mais que le résultat en soit le droit pour un flic américain de traverser la frontière avec son fusil pour venir arrêter n'importe qui au Québec sans mandat ? (Encadré par la GRC, GRC qui leur donne des citoyens à torturer).

    Le scandale c'est Mulroney président de Québecor qui contrôle la moitié des médias et que son employeur, Power Corp qui sabote Kyoto tout en profitant des ventes d'armes contrôle l'autre moitié.

    Le vrai scandale ce sont tout les maudits médias qui REFUSENT de dire que l'Australie signe Kyoto et se retire d'Afghanistan afin de ne pas réveiller les hypnotisés. »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    samedi 22 décembre 2007 17h12
    Harper livre ce qu'il a promis
    « Il a promis de nous recvonnaitre comme Nation. C'edst chose faite même si Trudeau, le fils aussi fendant que le père, ne le reconnait pas encore.

    Il a promis de baisser la TPS et elle est rendue à 5% au lieu de 7%. 2% sur nos achats c'est énorme.

    Il a bien administré et reconnu le déséquilibre fiscal. Le Québce s'est vu verser 2,3 milliards par Harper.

    On veut lui mettrre sur le dos la guerre en Afghanistan et les opposants sautent vite aux conclusions. La diplomatioe mondiale est plus complexe que ceux-ci le pensent...

    On veut lui mettre sur le dos l'échec du protocole de Kyopto. Pourtant les gouvernements précédents n'ont pâs agfi pendant des décennies et on voudrait qu'il règle ca en criant ciseau. Ne vous étouffez pas , Harper a passé à l'action et en 2008 vous serez contraints tous à faire votre effort. Les plus critiques à l'égard de ce gouvernement seront les premiers à vouloir éviter de faire leur part.

    Les gérants d'estraf<de sont noimbreux mais des gens avec des couilles comme Harper, ils ne sont pas légion... »

  • Steve Fortin
    Abonné
    dimanche 23 décembre 2007 12h21
    @ M. Trudel... on ne voit que ce que l'on veut voir bien évidemment!
    « Manifestement vous n'avez pas pris le temps ou porté attention aux commentaires de M. Lauzon juste avant vous, ni aux analyses des moults analystes et columnists cités dans l'article, ni aux analyses faites de l'année Harpeur lors de l'intéressante émission "Les coulisses du Pouvoir"... mais c'est vrai, tous ces gens doivent être soit des sympatisants libéraux ou des séparatisses trop partisans pour apprécier l'excellent travail de l'ancien idéologue du séparatisme albertain (1989 à 1999) et de la naissance du Reform party of Canada (1999 à aujourd'hui) et sa vision très néo-cons à l'américaine qui font en sorte que les ontariens le tiennent en aversion...

    Louis Cornelier dans Le Devoir du 8 juillet 2006 : (selon un livre du Dubuc, Le vrai visage de S. Harper)

    "Se souvient-on, par exemple, que Harper, en 1996, à titre de député réformiste, a déposé à la Chambre des communes un projet de loi qui allait inspirer la fameuse Loi sur la clarté de Stéphane Dion? Qu'il a prononcé, à la même époque et au même endroit, un discours niant la théorie des deux peuples fondateurs? Qu'il a répété à plusieurs reprises, avant de devenir chef du Parti conservateur, que le français n'était pas menacé au Québec et que, s'il laissait l'Assemblée nationale légiférer dans le domaine linguistique, ce serait toujours, bien sûr, en lui imposant la chape de plomb de la Charte des droits?


    Se souvient-on que Harper, alors qu'il dirigeait, à la fin des années 90, la National Citizen's Coalition, un groupe de pression néolibéral, « a recueilli des fonds pour soutenir la cause des parents francophones du Québec qui voulaient pouvoir envoyer leurs enfants à l'école anglaise » et qu'il a appuyé la croisade de l'avocat Brent Tyler contre l'affichage à prédominance française?
    Peut-on croire aux sympathies pro-québécoises de Harper quand on sait qu'il a quitté le Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney pour participer à la fondation du Reform Party de Preston Manning en réaction à deux événements, c'est-à-dire l'octroi du contrat d'entretien des CF-18 à la compagnie québécoise Canadair plutôt qu'à l'entreprise Bristol de Winnipeg ainsi que le fameux accord du Lac-Meech?


    Harper, en effet, s'opposait au concept de « société distincte » appliqué au Québec dans ce dernier document, de même qu'au statut spécial accordé au Québec par l'accord de Charlottetown parce qu'il dérogeait au principe de l'égalité des provinces. Un ami du Québec, cet homme qui accordait du crédit aux thèses du boutefeu Peter Brimelow, auteur d'un essai intitulé The Patriot Game, dans lequel il affirme que la culture politique interventionniste québécoise nuit au rapprochement entre Américains et Canadiens et que la partition du Québec, en cas d'indépendance, serait souhaitable?"

    La version édulcorée de M. Harper dont fait l'éloge m. Trudel n'en est pas moins idéologue pour autant. Sachant qu'il doive diluer le message jusqu'à le dénaturer quand il est au Québec, sachant que ses visites dans la province francophone doivent être faites à l'insu le plus possible de la presse nationale (à Cacouna par exemple) pour qu'une distance se crée entre l'apparent leste jeté par pur électoralisme aux tenants du vieux fond bleu conservateur de l'est québécois et la base qui le soutien dans son Alberta natale qui grogne quand elle perçoit quelconque ouverture à ces "chiens de séparatistes" pour paraphraser un columnist su Sun de Calgary, c'est les actions de ce Harper que vante M. Trudel...

    La nation québécoise : dans un discours à Leduc en Alberta devant des sympatisants du Reform party devenus conservateurs, M. Harper avouait le peu de portée autre que symbolique que conférait la dite motion de reconnaissance de la nation québécoise DANS UN CANADA UNI.

    La représentation québécoise à l'unesco : m. Bernier et Mme Verner se sont chargés de faire la preuve que la voix du Québec à ce forum somme toute assez marginal, n'était que symbolique car devant faire l'approbation des représentants canadiens avant toute diffusion.

    le désiquilibre fiscal : M. Charest, Bachand et Mme Jérome-Forget, des sympatisans séparatisses aux yeux de M. Trudel j'imagine, ont tous affirmé que compte tenu de l'augmentation EFFARANTE des surplus engrangés par Ottawa chaque trimestre, le désiquilibre fiscal était loin d'être réglé. En fait l'écart se creuse encore chaque jour sous le gouvernement conservateur compte tenu qu'il coupe des pans complets de services aux provinces, certains essentiels, comme le programme de contestation judiciaire, ou les services d'ombudsman chargés de s'assurer de la bonne gestion dans les différents ministères, trop inféodés selon M. Harper, aux libéraux (on n'a qu'à penser au traitement cavalier que l'on a réservé à celui de la défense nationale et à la dame de la régis de l'énergie atomique et nucléaire).

    Mais non!!! voyons, TOUT CE BEAU MONDE A TORT!!! ET M. HARPER VEUT NOTRE BIEN...

    ET CROYEZ MOI, À COUP DE 10 MILLIARDS DE SURPLUS À TOUS LES 4 MOIS, VOTRE BIEN, IL L'A DÉJÀ! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009