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Climat: optimisme prudent à Bali

Plusieurs dossiers progressent et l'après-2012 prend forme

Louis-Gilles Francoeur   10 décembre 2007  Canada
Des centaines d’écologistes ont formé hier un globe terrestre sur la plage de Kuta, à Bali, envoyant à leur façon un message aux participants à la conférence sur les changements climatiques.
Photo : Agence Reuters
Des centaines d’écologistes ont formé hier un globe terrestre sur la plage de Kuta, à Bali, envoyant à leur façon un message aux participants à la conférence sur les changements climatiques.
À mi-chemin de la conférence de Bali sur les changements climatiques, le grand patron du Secrétariat exécutif de la convention internationale et du protocole de Kyoto, Yvo de Boer, s'est dit hier «optimiste» quant à la possibilité d'atteindre ses principaux objectifs d'ici vendredi, et ce, malgré les résistances de grands pays comme les États-Unis et le Japon et les intérêts souvent divergents de petits et grands pays en développement.

D'ici mercredi, alors que s'amorcera la partie politique de la conférence, qui réunira à Bali plus de 130 ministres de l'Environnement, Yvo de Boer estime que le mandat de négociation de la période «post-2012» du protocole de Kyoto aura commencé à prendre forme.

Le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, fera d'ailleurs partie du groupe. Il s'est envolé hier pour Bali, en avance sur plusieurs de ses collègues, sans doute pour contrer la mauvaise publicité que lui font les écologistes et la présence du chef de l'opposition et ancien président de la conférence de Montréal sur le climat, Stéphane Dion.

En conférence de presse, Yvo de Boer a dit espérer que les plénipotentiaires des différents pays «vont chercher à élaborer une entente qui définira les grandes lignes d'un futur pacte international sur le climat». L'allusion visait assez clairement le cartel de la résistance, États-Unis-Japon-Canada, qui tente de saborder les efforts de l'Europe pour mobiliser le reste de la communauté internationale derrière un pacte destiné à stopper à 2 degrés centigrades la hausse du climat durant le présent siècle, pour éviter qu'il ne devienne carrément hors de contrôle.

Pour y arriver, a-t-il précisé, un comité «restreint» de ministres représentatifs des forces politiques et économiques en présence devrait être constitué cette semaine pour se saisir du premier projet d'accord, élaboré au cours de la dernière semaine par les hauts fonctionnaires qui ont précédé les ministériels. Ce texte, loin d'être définitif, contient entre parenthèses toutes les propositions, les alternatives et les grands choix présentement sur la table.

C'est le texte de base qui devrait être l'objet des pourparlers formels à compter de ce matin au sein du Ad Hoc Working Group (AHWD), la principale table de négociation où s'élabore ce qu'on appelle déjà le «mandat de Bali», s'il finit par voir le jour.

Yvo de Boer et les grands groupes écologistes présents à Bali ne s'attendent pas à ce que les 192 pays qui ont ratifié la Convention sur les changements climatiques et les 176 qui ont ratifié le protocole de Kyoto se donnent d'ici vendredi des objectifs de réduction de leurs gaz à effet de serre (GES) pour la période 2012-2020.

Cette conférence, de l'avis général, constituera un véritable succès si elle détermine un processus de négociation fonctionnel, susceptible d'ici la fin de 2009 d'accoucher d'une stratégie internationale de lutte contre les changements climatiques, qui prendrait le relais des objectifs de réduction de la première phase du protocole de Kyoto.

Cette première phase (2008-12) ne contraint à des réductions réglementaires que les 36 pays industrialisés de l'annexe B du protocole. Les émissions historiques de ces pays expliquent l'essentiel de la hausse de la concentration du carbone atmosphérique, laquelle provoque le réchauffement en cours.

Le principal enjeu de la négociation de Bali consiste précisément à créer un cadre général pour que ces pourparlers accouchent d'une deuxième phase de réductions (2012-2020) qui impliquerait aussi, quoique de manière différente, les pays émergents ou en développement. D'autres pays devront dévoiler leurs couleurs, comme les États-Unis qui sont responsables de plus du tiers des concentrations de carbone atmosphérique mais qui boudent toujours l'effort international avec le Canada dans leur sillage.

D'autres enjeux

L'état-major de l'ONU craint de voir les négociations s'enliser à ce stade-ci dans des modalités techniques.

Ainsi, certains pays proposent d'élaborer des normes internationales de réduction, applicables à tous, selon des échéanciers variables dans le temps, comme dans le cas du protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone. D'autres maintiennent qu'il est plus souple de s'en tenir à des objectifs nationaux, qui tiennent compte des particularités de chacun.

Pour Yvo de Boer, il s'agit de questions prématurées, qu'il faut reléguer à la fin des pourparlers, l'essentiel étant de réaliser des progrès concrets dans les dossiers déjà sur la table.

En effet, la rencontre de Bali, qui réunit dans la capitale indonésienne plus de 10 000 personnes, dont des milliers de représentants de groupes écologistes, approfondit plusieurs dossiers sur lesquels des progrès réels auraient été accomplis au cours des derniers jours, selon le patron de la lutte contre le réchauffement.

Ainsi, Yvo de Boer a-t-il fait état hier de «progrès» dans le dossier de l'«adaptation» aux changements climatiques, dans celui des transferts technologiques et dans la «capacité de réponse» aux perturbations du climat. Pour les plus petits pays en développement, les programmes onusiens permettant de développer une capacité de réponse à la brusquerie et à l'intensité des changements en vue — on pense par exemple aux inondations et aux tornades de plus en plus fréquentes et dévastatrices — constituent l'unique bouée à court terme d'un problème dont ils ne sont pas responsables.

Pour l'ONU, la protection des forêts primaires, que l'on coupe dans l'hémisphère Sud autant qu'en forêt boréale canadienne, constitue une double priorité. Ces coupes systématiques libèrent d'importantes quantités de carbone. Par contre, non seulement la protection de ces forêts sera bénéfique pour la planète, mais elle pourrait aussi rapporter des investissements importants de la part des pays occidentaux, qui pourraient financer la protection de ces forêts par l'achat de crédits d'émissions ou financer la modernisation industrielle de ces mêmes pays par des transferts technologiques et des investissements majeurs.

Selon Yvo de Boer, «la nécessité d'offrir aux pays en développement des incitatifs pour générer des réductions d'émissions constitue un impératif incontournable pour eux, tout autant que la reconnaissance de leur rôle actuel» dans la lutte contre le réchauffement. Le financement de ces aides va cependant constituer un défi que la conférence de Bali n'a pas encore abordé vraiment, faute de temps, a-t-il dit.

Obstacles à la négociation

Pour Yvo de Boer, le principal défi de la conférence repose néanmoins sur «des discussions substantielles sur les objectifs et principes qui doivent encadrer les discussions après Bali».

Ces pourparlers, a-t-il affirmé, sont déjà bien orientés par l'accord de principe intervenu plus tôt cette année avec plusieurs pays industrialisés en vue de préparer Bali. On y a évoqué la nécessité de réduire de 25 à 40 % les émissions de GES des pays industrialisés d'ici 2020 pour contenir la hausse du climat à 2 degrés centigrades.

La Chine, l'Inde et le Brésil accepteraient vraisemblablement de discuter de modes moins contraignants de réductions si les pays occidentaux, États-Unis en tête, acceptaient de s'engager à fond dans des réductions contraignantes substantielles. Mais les États-Unis ne semblent pas prêts à s'engager dans cette voie, du moins tant que l'administration Bush occupera la Maison-Blanche, ce qui pourrait en inciter plusieurs à retarder la véritable négociation après le changement de garde prévu à la Maison-Blanche, tout comme cela vient de se produire en Australie, qui vient de se joindre à l'effort international après avoir boudé pendant des années le protocole de Kyoto.

Le Canada dit qu'il n'acceptera aucun objectif contraignant si Washington et Pékin n'en font pas autant. Mais d'ici un an, le Canada pourrait bien devenir le seul pays de la planète à bouder l'effort international, ce qui réduirait à néant le peu de réputation qui lui reste en matière d'environnement depuis qu'il a fait avorter la conférence de Carthagène sur les OGM et qu'il refuse de signer le protocole finalement arraché malgré son opposition. Quant au Japon, qui craint de voir ses principaux concurrents bénéficier de règles moins sévères, il aligne pour l'instant sa position sur la leur.

L'existence de deux voies de négociation parallèles réduit aussi l'efficacité des pourparlers.

Les 36 pays de l'annexe B du protocole de Kyoto doivent en principe jeter à Bali les bases du prolongement de la période de réductions au sein du «Ad Hoc Working Group» et conclure leurs discussions avant la fin de 2009. Mais les 140 autres signataires du protocole peuvent faire aboutir leur réflexion un an plus tard, une position dont la Chine ne démord pas. Les pays émergents peuvent ainsi attendre de voir ce que les pays industrialisés vont se donner comme fardeau de réductions avant de s'impliquer eux-mêmes dans la bataille du climat.
 
 
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  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    lundi 10 décembre 2007 07h32
    Le point faible du gouvernement Harper
    S le gouvernement Harper n'est pas fou, il va vite améliorer ses politiques sur l'environnement en les enlignant sur Kyoto à la place de sur les pétrolières américaines qu'il subventionne pour polluer, ce qui procure des taxes et des emplois à l'ouest de façon dommageable pour le futur de notre planète.

  • Guy Lafond
    Abonné
    lundi 10 décembre 2007 07h56
    Le calumet
    Il semble bien que la table est mise pour arracher une entente de principes favorable à la seconde phase de Kyoto d'ici l'échéancier final d'un accord en 2009.

    Merci de tous vos bons efforts, Monsieur de Boer.

    Souhaitons maintenant que le Canada fasse cette fois-ci bon usage du calumet. Attention à la direction dans laquelle vous pointerez le fourneau.

  • René Pelletier
    Inscrit
    lundi 10 décembre 2007 10h54
    Très décevant ce gouvernement Harper
    Il est extrêmement décevant de voir la position du Gouvernement du Canada à l'égard de tout ce qui entoure le Protocole de Kyoto. Quel aveuglement! Quelle irresponsabilité! «On ne fera rien, si les autres (y compris les plus pauvres) n'en font pas autant que nous». Comme si le problème actuel n'était pas causé par les pays les plus industrialisés (tel le Canada) et comme si n'avions pas le devoir de donner l'exemple, d'être les premiers à prendre des engagements précis, sérieux, à court terme comme à long terme.

    Entendre Harper et Baird est extrêmement décourageant. De toute évidence,ils sont collés à l'industrie pétrolière et au Gouvernement Bush. Nous sommes de plus nombreux à nous demander où est le sens des responsabilités de ces individus.

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    lundi 10 décembre 2007 11h38
    La vitesse du réchauffement actuel
    Pour le moment, il serait indécent de la part des pays développés d'attendre des pays asiatiques en développement qu'ils s'astreignent aux mêmes contraintes qu'eux, étant donné leur taux d'émissions de CO2 qui augmentent présentement à grande vitesse. Il faut d'abord leur donner l'exemple en commençant par les USA et le Canada, évidemment. Mais il faudra bientôt qu'ils s'y mettent eux-mêmes résolument, principalement la Chine et l'Inde. Le Japon devrait déjà leur donner l'exemple, plutôt que de se cantonner à un esprit de compétition.

    Deux thèses scientifiques s'affrontent dans ce débat sur le réchauffement climatique : celle qui veut que les activités humaines soient d'un impact mineur, comparées aux fluctuations naturelles depuis des millions d'années. L'autre thèse soutient au contraire que la vitesse du réchauffement actuel ne s'est jamais produite auparavant et qu'elle est due aux activités humaines, dont les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation intempestive ainsi que les ouvrages d'envergure qui visent à contrer la nature plutôt qu'à s'y adapter. C'est cette dernière thèse qui reçoit mon adhésion actuelle, à moins d'informations supplémentaires qui me convaincraient du contraire.

    Un ami paléontologue m'écrivait récemment un argumentaire convaincant dont je ne joins ici que la fin :

    «Le principal problème dans l'évolution actuelle du climat reste sa rapidité, qui risque d'empêcher l'adaptation progressive des espèces présentant une longue durée de génération. Les insectes et les petits mammifères s'en
    sortiront, mais pas les ours blancs, qui sont probablement condamnés à disparaître rapidement, car strictement inféodés à la glace, contrairement au phoques (il y a des phoques en méditerranée!). Les prospectives à court termes (1-2 siècles) sont probablement assez réalistes (env. 120 km. de changement climatique latitudinal par demi-siècle pour l'Europe) et correspondent à ce que j'ai observé durant ma courte existence de naturaliste en France (j'ai vu arriver les premières cigales dans la vallée de la Loire en 1963, les premiers scorpions méditerranéens vers 1970 et les premiers vols massifs de sphynx du laurier rose en 2000). Le changement climatique en lui-même m'angoisserait nullement s'il n'y avait sa rapidité exceptionnelle, à laquelle s'ajoute le rôle de l'homme dans l'homogénéisation de la flore (déforestation et reforestation de quelques essences non indigènes seulement) et donc dans la disparition de la diversité des espèces.»

  • Yvon Dionne
    Inscrit
    lundi 10 décembre 2007 20h05
    L'ONU est un épouvantail
    Il est difficile de comprendre l'engouement de contrôle mondial du climat à l'origine des nombreux accords visant à réduire les GES, sinon que l'objectif est d'accroître le pouvoir des apparatchiks de l'ONU et des bureaucraties des pays bénéficiaires sous un parapluie de catastrophisme annoncé à l'échelle mondiale. Ce sont les nouveaux milléranistes du 21è siècle.

    Bien sûr, il n'y a pas que du mauvais grain. Il est nécessaire d'effectuer une reforestation, de protéger les nappes phréatiques, de protéger l'environnement de tout ce qui vit, à commencer par les océans qui sont devenus un véritable dépotoir chez les pays en développement qui ont rarement d'usines de traitement des égouts!

    Ceci dit, la seule faiblesse que je vois dans la position canadienne (celle couramment vilipendée, venant du gouvernement du premier ministre Harper) est qu'elle n'attaque pas les prémisses des soi-disant experts de l'ONU sur les changements climatiques, mais se limite plutôt à exiger que les principaux pays (dont la Chine) soient soumis à ces normes. Il y a suffisamment d'évidence pour contester les prémisses mêmes de l'ONU sur les changements climatiques. Les rapports de l'ONU sont des fabrications de bureaucrates. Leur crédibilité a souvent été mise en doute (sauf dans Le Devoir).

    Or, même si tous les pays acceptaient de se soumettre à des normes internationales de réduction des GES, ceci aurait peu d'effet sur l'évolution du climat. Il est faut de prétendre qu'il y a un consensus scientifique à ce sujet si on tient compte des scientifiques exclus de l'exercice onusien. Plusieurs d'entre eux prédisent que dans quelques années nous pourrions assister à une période de refroidissement comme nous en avons connu par le passé.

    Rappelons aussi que le CO2 contenu dans le pétrole et le charbon demeurent les sources les moins coûteuses d'énergie. Au lieu de gaspiller des milliards de $ dans le contrôle du climat, il vaudrait mieux investir ces sommes dans la recherche pour diminuer notre dépendance vis-à-vis les énergies fossiles.

    Cordialement,

    Yvon Dionne
    http://www.yvondionne.org/

  • Yvon Dionne
    Inscrit
    mardi 11 décembre 2007 21h25
    L'épouvantail clématique
    Même si une note envoyée le soir de cet article n'a pas été publiée (est-ce que Le Devoir censure les points de vue qui ne correspondent pas à sa pensée unique ?), je me permets de vous transmettre, pour l'information de vos lecteurs, un article publié récemment dans La Nouvelle Revue D'Histoire et que j'ai mis temporairement sur mon site. C'est une entrevue avec nul autre que Marcel Leroux, un expert en... climat ! Voir http://www.yvondionne-org/NRH_juil07_Rechauffement

    Cordialement,

    Yvon Dionne

  • Yvon Dionne
    Inscrit
    mardi 11 décembre 2007 22h11
    Bali, un site touristique
    Une question que je me posais (permettez-moi...) c'est combine vont coûter tous ces voyages et qui va payer. Stéphane est-il payé par le parti libéral ou par les payeurs de taxes ? Line est sûrement payée par le «slush fund» de Jean Charest. Stéphane Guilbault, déjà cité par l'autre Stéphane à Ottawa, comme un scientifique en la matière, est-il payé par Équiterre ou par d'autres sources à identifier ?

    Quand moi je pense qu'un voyage à Bali pourrait me coûter les yeux de la tête, je crois que les gens ordinaires ont le droit de se poser des questions.

    Yvon Dionne
    http://www.yvondionne.org/NRH_juil07_Rechauffement

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