Les conservateurs attaquent la crédibilité de Schreiber
7 décembre 2007
Canada
Ottawa — L'homme d'affaires Karlheinz Schreiber a ranimé la thèse hier selon laquelle Brian Mulroney aurait été secrètement récompensé pour l'achat d'appareils Airbus par Air Canada en 1988, mais la crédibilité du témoin a été sérieusement ébranlée par l'interrogatoire serré des députés conservateurs.
C'était la troisième et avant-dernière fois que M. Schreiber comparaissait devant les députés fédéraux à Ottawa hier matin et, visiblement, les députés conservateurs s'étaient préparés. Leur interrogatoire structuré a permis de semer le doute quant à la crédibilité véritable de l'entremetteur germano-canadien. Dean Del Mastro, par exemple, a réussi à faire dire à M. Schreiber qu'il aurait été prêt à signer n'importe quoi en 2006 pour éviter d'être expulsé du pays.
«Dans ma situation ce jour-là [à l'été 2006], si M. Mulroney m'avait demandé de signer une autre lettre pour lui permettre de convaincre [le premier ministre Stephen] Harper de régler mon problème, j'aurais signé cette lettre», a déclaré M. Schreiber devant le comité parlementaire sur l'éthique.
À l'été 2006, M. Schreiber a en effet signé une lettre, ébauchée par un ami et ex-ministre de M. Mulroney, Elmer MacKay, louangeant l'ex-premier ministre en échange d'une promesse que ce dernier aborderait son cas avec M. Harper. Il a avoué qu'il ne croyait pas ce qu'il avait signé. Comme les allégations portant sur M. Mulroney et de possibles pots-de-vin dans l'affaire Airbus sont évoquées dans une autre lettre signée par M. Schreiber, les conservateurs se demandent quelle valeur il faut accorder aux écrits de l'homme d'affaires.
«Je crois que les Canadiens commencent à douter de la crédibilité de M. Schreiber», a résumé le député Russ Hiebert alors qu'il s'adressait aux journalistes. «Selon ce qu'on comprend, a-t-il poursuivi, cela n'a rien à voir du tout avec Airbus.» Selon lui, les partis de l'opposition «sont en train de transformer cela en chasse aux sorcières, et si on leur accorde ce qu'ils demandent, nous serons encore ici à Noël l'an prochain».
La liste des témoins que l'opposition souhaite entendre s'allonge effectivement et comporte maintenant une trentaine de noms. Mardi prochain, M. Schreiber comparaîtra une fois de plus, en compagnie de deux dirigeants de l'ancienne boîte de lobbying GCI. Brian Mulroney comparaîtra pendant quatre heures jeudi.
Les partis d'opposition ont reconnu que les allégations de M. Schreiber doivent être prises avec un grain de sel pour le moment. «J'ai de sérieux doutes sur sa crédibilité et ne suis prêt à accepter sa versions des faits que si elle est appuyée par des documents ou par des témoins qui confirment les renseignements qu'il donne», a dit le député néo-démocrate Joe Comartin. Pour l'instant, personne ne confirme la thèse des commissions secrètes.
Des commissions secrètes
La séance d'hier a été intéressante car elle a permis à M. Schreiber d'étayer sa théorie sur les commissions secrètes que l'ex-premier ministre Mulroney aurait selon lui touchées, théorie d'abord révélée dans une lettre dont Le Devoir faisait état hier. Les sommes, que M. Schreiber ne quantifie pas, auraient transité par la compagnie de lobbying GCI et auraient servi à récompenser M. Mulroney pour avoir favorisé l'achat par Air Canada de 34 appareils Airbus au coût de 1,8 milliard de dollars.
Au moment de la transaction, en 1988, Air Canada était encore une société de la Couronne, et il était connu que 12 des 15 membres du conseil d'administration nommés par le gouvernement de M. Mulroney avaient des liens étroits avec le parti. L'un d'eux était Frank Moores, ex-premier ministre conservateur de Terre-Neuve et lobbyiste chez GCI pour Airbus. Une fois ses liens avec Airbus révélés, M. Moores avait démissionné. M. Moores est aujourd'hui décédé.
Les commissions — à ne pas confondre avec les 300 000 $ dont le versement par M. Schreiber est confirmé par les deux parties — auraient été remises à M. Mulroney pour services rendus quand il était encore à la tête du pays. Selon M. Schreiber, c'est Fred Doucet, ex-chef de cabinet de M. Mulroney recyclé dans le lobbying chez GCI, qui lui aurait révélé le pot aux roses en demandant que des sommes destinées à Brian Mulroney transitent par un avocat de Genève.
Il a raconté la scène ainsi. «J'ai été soufflé. "De quoi parles-tu? Pourquoi diable envoyer de l'argent à Genève pour Mulroney? Pour quoi faire?" Et c'est là que j'ai obtenu cette réponse incroyable: Airbus. J'ai donc demandé en quoi M. Mulroney avait quoi que ce soit à voir avec Airbus. Et alors, Fred Doucet m'a dit: "Es-tu naïf ou quoi?" Ensuite, je suis allé voir Frank Moores. Je lui ai rappelé que c'était une entente entre des partenaires européens et le gouvernement. De quoi diable Fred parlait-il donc? Et Moores m'a dit de laisser tomber, de ne plus parler de cela, que cela ne me concernait pas. J'étais troublé.»
Fred Doucet n'a pas rappelé Le Devoir hier.
Plus tard, toujours en réponse aux questions de la bloquiste Carole Lavallée, M. Schreiber a ajouté: «J'ai failli perdre connaissance. Je savais comment l'entente avait été structurée. Je ne comprenais pas pourquoi GCI devait payer Brian Mulroney.»
Il a ensuite laissé tomber cette phrase sibylline mais assassine: «Il y avait une entente qui remontait au début des années 80. Si Brian Mulroney devenait premier ministre, tout le monde devait recevoir quelque chose, et je pourrais vous fournir une longue liste. Frank Moores et, plus tard, GCI seraient la firme de lobbying attitrée, et quand M. Mulroney ne serait plus premier ministre, il intégrerait GCI pour gagner sa croûte.» M. Mulroney a pris la tête du Parti progressiste-conservateur en 1983 et est devenu premier ministre la même année.
De l'argent aux origines douteuses
M. Schreiber a en outre confirmé que les 300 000 $ qu'il a versés à Brian Mulroney en 1993 et 1994 provenaient d'un compte bancaire dans lequel se trouvaient les commissions de la compagnie Thyssen. M. Schreiber représentait Thyssen, qui voulait construire une usine de blindés en Nouvelle-Écosse, à Bear Head. À la suite d'une lettre du gouvernement canadien selon laquelle le feu vert serait accordé à ce projet, Thyssen a versé 3,9 millions à l'entremetteur. L'usine n'a jamais été construite.
Le libéral Robert Thibault a trouvé intéressante cette affirmation. «Nous savons qu'il en a plus à apprendre», a-t-il lancé. M. Thibault a noté que les 300 000 $ touchés par M. Mulroney «n'auraient pas existé si le gouvernement Mulroney n'avait pas signé une entente avec Thyssen pour le projet Bear Head».
C'était la troisième et avant-dernière fois que M. Schreiber comparaissait devant les députés fédéraux à Ottawa hier matin et, visiblement, les députés conservateurs s'étaient préparés. Leur interrogatoire structuré a permis de semer le doute quant à la crédibilité véritable de l'entremetteur germano-canadien. Dean Del Mastro, par exemple, a réussi à faire dire à M. Schreiber qu'il aurait été prêt à signer n'importe quoi en 2006 pour éviter d'être expulsé du pays.
«Dans ma situation ce jour-là [à l'été 2006], si M. Mulroney m'avait demandé de signer une autre lettre pour lui permettre de convaincre [le premier ministre Stephen] Harper de régler mon problème, j'aurais signé cette lettre», a déclaré M. Schreiber devant le comité parlementaire sur l'éthique.
À l'été 2006, M. Schreiber a en effet signé une lettre, ébauchée par un ami et ex-ministre de M. Mulroney, Elmer MacKay, louangeant l'ex-premier ministre en échange d'une promesse que ce dernier aborderait son cas avec M. Harper. Il a avoué qu'il ne croyait pas ce qu'il avait signé. Comme les allégations portant sur M. Mulroney et de possibles pots-de-vin dans l'affaire Airbus sont évoquées dans une autre lettre signée par M. Schreiber, les conservateurs se demandent quelle valeur il faut accorder aux écrits de l'homme d'affaires.
«Je crois que les Canadiens commencent à douter de la crédibilité de M. Schreiber», a résumé le député Russ Hiebert alors qu'il s'adressait aux journalistes. «Selon ce qu'on comprend, a-t-il poursuivi, cela n'a rien à voir du tout avec Airbus.» Selon lui, les partis de l'opposition «sont en train de transformer cela en chasse aux sorcières, et si on leur accorde ce qu'ils demandent, nous serons encore ici à Noël l'an prochain».
La liste des témoins que l'opposition souhaite entendre s'allonge effectivement et comporte maintenant une trentaine de noms. Mardi prochain, M. Schreiber comparaîtra une fois de plus, en compagnie de deux dirigeants de l'ancienne boîte de lobbying GCI. Brian Mulroney comparaîtra pendant quatre heures jeudi.
Les partis d'opposition ont reconnu que les allégations de M. Schreiber doivent être prises avec un grain de sel pour le moment. «J'ai de sérieux doutes sur sa crédibilité et ne suis prêt à accepter sa versions des faits que si elle est appuyée par des documents ou par des témoins qui confirment les renseignements qu'il donne», a dit le député néo-démocrate Joe Comartin. Pour l'instant, personne ne confirme la thèse des commissions secrètes.
Des commissions secrètes
La séance d'hier a été intéressante car elle a permis à M. Schreiber d'étayer sa théorie sur les commissions secrètes que l'ex-premier ministre Mulroney aurait selon lui touchées, théorie d'abord révélée dans une lettre dont Le Devoir faisait état hier. Les sommes, que M. Schreiber ne quantifie pas, auraient transité par la compagnie de lobbying GCI et auraient servi à récompenser M. Mulroney pour avoir favorisé l'achat par Air Canada de 34 appareils Airbus au coût de 1,8 milliard de dollars.
Au moment de la transaction, en 1988, Air Canada était encore une société de la Couronne, et il était connu que 12 des 15 membres du conseil d'administration nommés par le gouvernement de M. Mulroney avaient des liens étroits avec le parti. L'un d'eux était Frank Moores, ex-premier ministre conservateur de Terre-Neuve et lobbyiste chez GCI pour Airbus. Une fois ses liens avec Airbus révélés, M. Moores avait démissionné. M. Moores est aujourd'hui décédé.
Les commissions — à ne pas confondre avec les 300 000 $ dont le versement par M. Schreiber est confirmé par les deux parties — auraient été remises à M. Mulroney pour services rendus quand il était encore à la tête du pays. Selon M. Schreiber, c'est Fred Doucet, ex-chef de cabinet de M. Mulroney recyclé dans le lobbying chez GCI, qui lui aurait révélé le pot aux roses en demandant que des sommes destinées à Brian Mulroney transitent par un avocat de Genève.
Il a raconté la scène ainsi. «J'ai été soufflé. "De quoi parles-tu? Pourquoi diable envoyer de l'argent à Genève pour Mulroney? Pour quoi faire?" Et c'est là que j'ai obtenu cette réponse incroyable: Airbus. J'ai donc demandé en quoi M. Mulroney avait quoi que ce soit à voir avec Airbus. Et alors, Fred Doucet m'a dit: "Es-tu naïf ou quoi?" Ensuite, je suis allé voir Frank Moores. Je lui ai rappelé que c'était une entente entre des partenaires européens et le gouvernement. De quoi diable Fred parlait-il donc? Et Moores m'a dit de laisser tomber, de ne plus parler de cela, que cela ne me concernait pas. J'étais troublé.»
Fred Doucet n'a pas rappelé Le Devoir hier.
Plus tard, toujours en réponse aux questions de la bloquiste Carole Lavallée, M. Schreiber a ajouté: «J'ai failli perdre connaissance. Je savais comment l'entente avait été structurée. Je ne comprenais pas pourquoi GCI devait payer Brian Mulroney.»
Il a ensuite laissé tomber cette phrase sibylline mais assassine: «Il y avait une entente qui remontait au début des années 80. Si Brian Mulroney devenait premier ministre, tout le monde devait recevoir quelque chose, et je pourrais vous fournir une longue liste. Frank Moores et, plus tard, GCI seraient la firme de lobbying attitrée, et quand M. Mulroney ne serait plus premier ministre, il intégrerait GCI pour gagner sa croûte.» M. Mulroney a pris la tête du Parti progressiste-conservateur en 1983 et est devenu premier ministre la même année.
De l'argent aux origines douteuses
M. Schreiber a en outre confirmé que les 300 000 $ qu'il a versés à Brian Mulroney en 1993 et 1994 provenaient d'un compte bancaire dans lequel se trouvaient les commissions de la compagnie Thyssen. M. Schreiber représentait Thyssen, qui voulait construire une usine de blindés en Nouvelle-Écosse, à Bear Head. À la suite d'une lettre du gouvernement canadien selon laquelle le feu vert serait accordé à ce projet, Thyssen a versé 3,9 millions à l'entremetteur. L'usine n'a jamais été construite.
Le libéral Robert Thibault a trouvé intéressante cette affirmation. «Nous savons qu'il en a plus à apprendre», a-t-il lancé. M. Thibault a noté que les 300 000 $ touchés par M. Mulroney «n'auraient pas existé si le gouvernement Mulroney n'avait pas signé une entente avec Thyssen pour le projet Bear Head».
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