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Faire payer les pauvres

Manon Cornellier   28 novembre 2007  Canada
Ainsi, selon le premier ministre Stephen Harper, tous les émetteurs de gaz à effet de serre doivent faire leur part dans la lutte contre les changements climatiques. Mais peut-on les mettre tous sur le même pied?

- Un Indien émet, en moyenne, 1,2 tonne de dioxyde de carbone (CO2) par année. Un Chinois, 3,8. Un Américain, 20,6, et un Canadien, 20.

- L'Inde, qui abrite 17 % de la population planétaire, émet au total 1342 mégatonnes ou 4,6 % du total mondial.

- La Chine émet 5007 Mt ou 17,3 % du total mondial, avec 20 % de la population planétaire.

- Les États-Unis émettent 6046 Mt, soit 20,9 % des émissions mondiales, mais avec 4,5 % de la population.

- Le Canada émet seulement 639 Mt, soit 2,2 % des émissions totales, mais avec seulement 0,5 % de la population de la planète.

Ces chiffres des Nations unies, qui datent de 2004, montrent finalement que l'Inde émet deux fois plus de gaz à effet de serre que le Canada. Mais avec un milliard d'habitants de plus.

Le protocole de Kyoto, qui consiste à faire payer les pays riches d'abord, trouve sa logique dans ces chiffres. C'est parce que les pays développés ont une responsabilité historique pour le gâchis actuel qu'on a imposé d'abord à eux et à personne d'autre des cibles contraignantes de réduction des émissions. C'est pour cela qu'on leur a demandé de pousser à la roue en premier, avec vigueur et détermination, et en plus d'aider les pays en développement et émergents à maîtriser la situation chez eux.

Et c'est cette approche que Stephen Harper a qualifiée d'«erreur» en parlant du protocole de Kyoto au sommet du Commonwealth. Erreur qu'il a promis de ne pas répéter. C'est aussi pour cela qu'il a refusé de signer une déclaration finale qui imposait des contraintes seulement aux pays développés.

***

Le ministre de l'Environnement, John Baird, a reconnu qu'on pouvait tenir compte «de différences nationales» pour établir «le calcul», mais pas pour éviter aux grands émetteurs de «participer à l'effort». M. Baird refuse cependant de dire comment il entend prendre en considération ces différences, lui dont le gouvernement n'a insisté par le passé que sur la situation des pays producteurs d'énergie.

Et qu'est-ce qu'un grand émetteur? Un Nord-Américain qui se la coule douce et ne veut pas changer ses habitudes génératrices de GES ou un pays qui abrite plus d'un milliard d'habitants? Les deux, peut-on répondre, et voilà pourquoi il est difficile de trouver des solutions.

À Kyoto, on avait décidé que le critère le plus équitable était la mesure de la production individuelle. Ainsi, on n'épargnait pas les petits États bien douillets au détriment des pays populeux et en développement, incapables de transformer leur économie rapidement.

Les pays riches devaient ouvrir la voie, mais un grand nombre ont failli à la tâche et le Canada s'est révélé le pire. Or le voilà qui fait maintenant la leçon au lieu de redoubler d'ardeur. Stephen Harper n'a pas tort de dire que le Canada a pris trop de retard pour atteindre les objectifs qu'il s'était fixés à Kyoto, mais lui-même a tout fait, une fois au gouvernement, pour ralentir la machine. Il a présenté un premier projet de loi décrié de toutes parts sous prétexte que la loi actuelle sur l'environnement était insuffisante. Devant le tollé, il a changé de ministre, présenté un nouveau plan assorti d'objectifs à long terme et laissé mourir sa loi au feuilleton.

Et, surprise, une nouvelle n'était finalement plus nécessaire au retour du Parlement cet automne. La loi actuelle ferait parfaitement l'affaire. La manoeuvre nous a quand même fait perdre plus d'une année, puisque les règlements pour mettre en oeuvre le plan dévoilé en avril — lui aussi dénoncé — ne verront le jour qu'en 2008.

***

Stephen Harper n'a pas entièrement tort de vouloir que tous les pays montent dans le train. Mais comment? Il ne dit goutte. Veut-il que les Indiens ou les Chinois diminuent leurs émissions? Une tonne pour eux n'a rien à voir avec notre petit «Défi une tonne», qui avait l'avantage de ne pas exiger de sacrifices qui écorcheraient notre confort.

La Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil sont des économies émergentes en pleine expansion, ce qui se traduit par une explosion de leurs émissions totales. Mais par habitant, ils sont encore bien loin derrière nous. Ça ne veut pas dire de rester les bras croisés, car c'est la Terre qui va y passer. Il faut donc contenir cette explosion, mais sans empêcher ces personnes d'améliorer leur niveau de vie. Ça peut vouloir dire, de notre part, des transferts de technologies et une aide financière pour compenser les coûts d'un ajustement accéléré. Mais tout ça piétine.

Pendant ce temps, ce sont les plus pauvres qui paient. «Ceux qui sont les moins responsables de cet état de fait sont ceux qui en souffrent le plus», résumait hier à Ottawa Papa Seck, un des auteurs du rapport annuel du Programme des Nations unies pour le développement.

Selon le rapport, ce sont aussi les personnes les moins armées pour faire face aux changements climatiques qui en subissent les effets. Dans les pays en développement, une personne sur 19 a été touchée par des catastrophes climatiques entre 2000 et 2004. Dans les pays riches, seulement une sur 1500.

Il existe, dans le cadre du protocole de Kyoto, des mécanismes pour aider les pays en développement à contrôler leurs émissions. Les projets sont financés à l'aide du Mécanisme du développement propre financé par les pays riches. Aux dernières nouvelles, le Canada n'avait pas payé sa part du MDP. Interrogé sur le sujet hier, le ministre Baird a déclaré qu'il se pouvait qu'Ottawa l'ait versée... hier ou avant-hier, une affirmation faite trop tard pour obtenir confirmation auprès du bureau onusien responsable du MDP, situé en Europe.

Faut-il rappeler qu'on apprenait que l'excédent budgétaire d'Ottawa pour les six premiers mois de l'exercice en cours était estimé à 9,3 milliards, soit 3,4 milliards de plus que l'année passée?

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Paul Verreault - Inscrit
    28 novembre 2007 08 h 21
    Crime contre l'humanité
    Il y a plusieurs exemples de catastrophes meurtrières provoquées pas trop d'émission de GES. En permettant aux principaux émetteurs de continuer leur pollution excessive, Harper se rend complice des pétrolières au Canada et des morts causées par les effets désastreux des GES. Et le "p'tit" Dumont est son principal allié au Québec, lui-même supporté par Gesca et consorts.
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  • Jean-Guy Lachance - Abonné
    28 novembre 2007 08 h 55
    Mauvaise foi évidente de Harper
    A QUAND LES PROCHAINES ÉLECTIONS, NOUS POURRIONS LUI FAIRE LE COUP DE L'AUSTRALIE
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  • Bertrand Gagnon - Abonné
    28 novembre 2007 11 h 18
    Du vrai et du faux dans la position Harper
    Le gouvernement canadien, sous la gouverne libéral a attendu à la onzième heure avant de signer le pacte de Kyoto. Cela lui permettait de fermer les yeux sur les augmentations de gaz à effet de serre produits par le développement de l'exploitation des sables bitumineux favorisé par des avantages fiscaux. Le plan vert de monsieur Dion à mnuit moins une minute me rappelle la fable du lièvre et de la tortue. Le lièvre canadien n'avait aucune chance de rejoindre les pays de l'Union européenne qui avaient depuis longtemps commencé à planifié le contrôle des gaz à effet de serre.
    Monsieur Harper propose des mesures d'économie d'énergie valables, mais cela lui permet de masquer les effets écologiques de son objectif de porter la production de pétrole du Canada à 5 millions de barils par jour au lieu de mettre la pédale douce sur le développement de l'extraction du pétrole des sables bitumineux jusqu'à ce que l'on mette au point des techniques limitant les rejets dans l'atmosphère et l'utilisation à outrance de l'eau qui menace la salubrité de la nappe phréatique en Alberta. Moins de bénéfices immédiats qui gonflent la valeur passagère du dollars et plus de bénéfices à long terme d'un développement durable.

    Il a cependant raison de s'inquiéter de l'absence de restrictions à l'augmentation des gaz à effet de serre dans des pays émergents. Les émissions par habitants en Chine sont infiniment moins élevées qu'au Canada, mais avec un territoire d'une dimension équivalente, les émissions de gaz à effets de serre sont déjà quatre fois plus considérables qu'ici.
    Qu'en retour de transferts technologiques, un pays comme la Chine s'engage à limiter la progression des émissions, ce ne serait que bénéfique pour ce peuple. Les investissements technologiques pour limiter la pollution permettrait d'utiliser une partie des surplus accumulés par leur balance commerciale dans une développement durable qui protègerait la santé du peuple et relèverait le niveau de vie général. On ne pourra continuer à ignorer l'effet désastreux du manque de contrôle de la pollution des usines des pays émergents où les multinationales transfèrent la production de biens de consommation en fermant celles moins polluantes, donc plus coûteuses des pays industrialisés.

    Il faut que l'on ne s'enferme pas dans la dicotomie pays riches, pays pauvres. L'effort de tous est nécessaire pour éviter une catastrophe dont les pays pauvres, en raison de l'augmentation de leur population seront les plus affectés.
    Cependant l'effort demandé des pays en émergence devra s'accompagner d'une aide technologique massive de la part des pays riches.

    Bertrand Gagnon

    Bertrand Gagnon
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  • Lapirog - Abonné
    28 novembre 2007 11 h 37
    Chefs d'État irresponsables traités comme des criminels de droit commun.
    Il faudra bien qu'un jour on en vienne à cela pour rendre responsables les chefs d'État qui comme Harper ont la capacité de faire le maximum pour combattre ce terrible fléau engendré par le développement économique mais qui s'en lave les mains préférant plutot s'en prendre aux petits délinquants pour faire croire qu'ils sont des durs avec les déviants de la société.
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  • Jocelyn Roy - Inscrit
    28 novembre 2007 13 h 11
    Alors, on se réveille?
    Certains électeurs québécois ont été séduits par les conservateurs et ont voté pour eux. Un grand nombre a également placé sa confiance (aveugle) dans l'ADQ. Maintenant que l'on aperçoit le VRAI visage de la droite, ne serait-il pas le temps de se réveiller? Avant qu'il ne soit trop tard...
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  • Amadeus Olivier - Inscrit
    28 novembre 2007 14 h 08
    Honte au Canada
    Honte, honte au Canada. Honte aux Canadiens qui ont élu les tristes clowns qui nous gouvernent. Grâce à nos choix démocratiques bien mal inspirés, notre image planétaire sera désormais celle d'un peuple arriéré, inconscient des vrais enjeux mondiaux, qui refuse d'agir afin de prévenir le pire qui n'est pas si loin, un peuple donc qui fait parti du problème mais refuse de faire sa petite part pour entamer ne serait-ce qu'un infime début de solution. Et pendant ce temps, près de chez nous, abrutis dans notre insoutenable confort préfabriqué, on déménage toujours plus loin en banlieue, on vient en voiture tous les jours à Montréal et on rigole bien gras en écoutant un animateur de radio débile pour tenter d'oublier le trafic. Les weekends, on fait du bateau l'été et de la motoneige l'hiver. Qu'est-ce qu'on est beaux, vous ne trouvez pas ?
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  • Dominique Boivin - Abonné
    28 novembre 2007 20 h 38
    C'est pas ma faute ...
    Cette forme de discour témoigne de l'état de la situation: Le Canada est responsable de 2,2% de la pollution tandis que sa population ne représente que 0,5%. Les Chinois sont responsable de 17,3% de la pollution pour 20% de la population. Donc je pollue moins que toi ! Oui mais dira le chinois, toi le canadien tu pollue plus que moi car chaque habitant émet 20 tonnes de dioxyde de carbone tandis qu'un chinois n'émet que 3,8 tonnes. Qui a raison ? Mais tous les deux ont raison, raison de plus pour faire a sa tête. Jusqu'au jour ou ... ! Voila la dynamique et/ou la problématique de la situation. L'État de la pensée demeure encore individualiste et non collective. Les vraies mesures concernant la pollution de notre planète ne surviendront que le jour ou cette pensée se sera transformé.
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