Kyoto, une erreur à ne pas répéter, dit Harper
À une semaine de l'ouverture de la conférence onusienne de Bali, en Indonésie, où l'on doit entamer les négociations sur les suites à donner au protocole de Kyoto, le premier ministre canadien, Stephen Harper, a mis cartes sur table hier: ce traité international est une erreur que le monde ne doit jamais répéter, a-t-il dit.
Alors que se concluait la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth, à Kampala, en Ouganda, M. Harper a qualifié l'accord sur les changements climatiques de document présentant des failles majeures, et il a prévenu que le Canada n'appuierait aucun nouveau traité comportant de telles lacunes.
Le premier ministre a estimé que la principale erreur de Kyoto avait été d'imposer des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre à trois douzaines de pays, mais pas aux autres, parmi lesquels les plus grands pollueurs du monde, comme les États-Unis, la Chine et l'Inde. L'Agence internationale de l'énergie a justement indiqué cette semaine que 60 % de la hausse mondiale des émissions de gaz à effet de serre viendrait de la Chine et de l'Inde.
«C'était l'erreur de Kyoto», a-t-il lancé à un parterre de journalistes, au terme du sommet de Kampala.
«Nous avons déjà tenté l'approche "un tiers des pays auront des cibles obligatoires et espérons que les autres suivent l'exemple". Nous y sommes déjà. Et ça n'a pas fonctionné», a ajouté le chef conservateur.
Samedi, il avait déjà souligné que tout accord international sur les changements climatiques devait inclure des cibles contraignantes pour chaque pays, mais que ces cibles devaient être flexibles pour refléter la réalité économique de chaque pays. «Nous n'accepterons pas un cadre qui est contraignant pour certains pays, mais pas pour d'autres, a dit M. Harper en conférence de presse. C'est une recette pour l'échec sur la question des changements climatiques. Nous avons déjà un protocole comme ça, et il ne fonctionne pas.»
Hier, le premier ministre a donc fait valoir que le Canada se présenterait à Bali avec une proposition relativement simple dans ses cartons: tous les importants pollueurs doivent être de la partie, faute de quoi il n'y aura pas d'accord après la première phase de Kyoto, qui arrive à échéance en 2012. Il est cependant plus qu'urgent que les pays s'entendent sur une réduction des gaz à effet de serre, à la lumière des conclusions du rapport synthèse du Groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique, publié le 18 novembre.
La prise de position de Stephen Harper a cependant pour effet de placer la barre à un niveau extrêmement élevé en vue des pourparlers des Nations unies sur le climat. Il a cependant dit préférer cette approche à celle adoptée par le passé.
Le premier ministre n'en était pas à sa première déclaration publique au sujet du protocole de Kyoto, prévoyant que les émissions de gaz à effet de serre soient inférieures de 6 %, d'ici à 2012, à ce qu'elles étaient en 1990. Il y a cinq ans, il avait qualifié l'entente de projet socialiste coûteux et avait tourné en ridicule la science du réchauffement climatique mondial, au moment de la signature du traité par le précédent gouvernement, libéral.
Le Canada est sermonné
M. Harper a fait l'objet de certaines critiques pour avoir soutenu hier que Kyoto était une erreur. Certains diplomates étrangers au sommet du Commonwealth se sont dits convaincus que la position canadienne est la recette parfaite pour que rien ne soit fait. Selon eux, elle repose sur le fait que des pays émergents comme le Chine et l'Inde, qui luttent pour éliminer la pauvreté, agissent en premier. «C'est un peu fallacieux, en fait, de présenter la position [du Canada] comme plus ambitieuse, a déclaré un responsable du Commonwealth. Nous devons montrer aux Indiens que nous prendrons les devants.»
Le ministre des Affaires étrangères britannique, David Miliband, n'a pas mentionné nommément le Canada ou l'Australie, mais il a déclaré que les négociations sur les changements climatiques étaient freinées par l'attitude «vous d'abord» de certains pays. Signe que l'image du Canada n'est plus tout à fait ce qu'elle était, au Royaume-Uni, la chaîne d'information continue Sky a présenté le Canada comme seul obstacle à un accord majeur sur le climat après la défaite du gouvernement conservateur de John Howard en Australie.
Stephen Harper a rejeté du revers de la main les critiques qui ont essaimé dans la presse internationale au cours de la rencontre en Ouganda, où le Canada a aidé à bloquer une entente impliquant la presque totalité des 53 pays du groupe afin d'établir des cibles de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour les pays développés.
Les instigateurs de cette première ébauche d'entente l'avaient décrite comme une pierre angulaire pour établir un nouvel accord mondial qui succéderait au protocole de Kyoto pendant des négociations internationales sur les changements climatiques fort attendues le mois prochain à Bali, en Indonésie.
Les efforts de M. Harper, qui s'est dit fier du résultat final, ont permis d'élargir l'entente pour inclure des pays en voie de développement comme l'Inde, mais en retirant toutes références à des cibles contraignantes pour les remplacer par des objectifs plus vagues.
«Notre objectif commun est de parvenir [à Bali] à un accord global et complet qui renforce, élargit et approfondit les accords actuels et conduit à une réduction des émissions globales de gaz à effet de serre», souligne le document adopté samedi par le Commonwealth. «Cela devrait comprendre un objectif à long terme [...] en faveur d'une réduction des émissions à laquelle tous les pays contribueraient», ajoute le texte.
«Nous croyons qu'un certain nombre de pays développés n'ont pas apporté l'engagement que nous attentions. Ils sont les principaux contributeurs du dérèglement climatique, et ils devraient contribuer bien davantage [à la lutte]», a par la suite commenté Denzil Douglas, premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, dans les Caraïbes. «De l'avis général, ce document aurait pu aller plus loin», a-t-il ajouté.
La Malaisie a aussi exprimé sa déception. Interrogé sur l'«intransigeance» des Canadiens, le premier ministre, Abdullah Ahmad Badawi, a répondu: «D'une certaine manière, je ressens un peu de déception.» Le chef du gouvernement malaisien s'est toutefois félicité de la victoire des travaillistes australiens aux élections de samedi. Kevin Rudd, le futur premier ministre, a annoncé qu'il ratifierait le protocole de Kyoto, qui fixe des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux pays développés.
Samedi, le chef libéral Stéphane Dion a lui aussi critiqué la teneur de l'entente signée par le Commonwealth, se disant «extrêmement déçu, mais non surpris». M. Dion s'en est pris au gouvernement conservateur qui, selon lui, a empêché l'adoption de cibles absolues de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les pays développés pendant le sommet du Commonwealth en Ouganda. Il l'a accusé d'affaiblir les efforts environnementaux du Canada au pays et à l'échelle internationale.
Selon lui, l'approche actuelle du Canada en matière d'environnement pourrait ralentir les progrès d'autres pays. «M. Harper va amener d'autres pays, qui voudraient bouger éventuellement si on les encourageait à le faire, à ne pas bouger en disant "Ce n'est pas de notre faute: il y a des pays comme le Canada qui ne veulent pas vraiment agir"», a soutenu Stéphane Dion.
Avec l'Agence France-Presse, La Presse canadienne et Reuters
Alors que se concluait la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth, à Kampala, en Ouganda, M. Harper a qualifié l'accord sur les changements climatiques de document présentant des failles majeures, et il a prévenu que le Canada n'appuierait aucun nouveau traité comportant de telles lacunes.
Le premier ministre a estimé que la principale erreur de Kyoto avait été d'imposer des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre à trois douzaines de pays, mais pas aux autres, parmi lesquels les plus grands pollueurs du monde, comme les États-Unis, la Chine et l'Inde. L'Agence internationale de l'énergie a justement indiqué cette semaine que 60 % de la hausse mondiale des émissions de gaz à effet de serre viendrait de la Chine et de l'Inde.
«C'était l'erreur de Kyoto», a-t-il lancé à un parterre de journalistes, au terme du sommet de Kampala.
«Nous avons déjà tenté l'approche "un tiers des pays auront des cibles obligatoires et espérons que les autres suivent l'exemple". Nous y sommes déjà. Et ça n'a pas fonctionné», a ajouté le chef conservateur.
Samedi, il avait déjà souligné que tout accord international sur les changements climatiques devait inclure des cibles contraignantes pour chaque pays, mais que ces cibles devaient être flexibles pour refléter la réalité économique de chaque pays. «Nous n'accepterons pas un cadre qui est contraignant pour certains pays, mais pas pour d'autres, a dit M. Harper en conférence de presse. C'est une recette pour l'échec sur la question des changements climatiques. Nous avons déjà un protocole comme ça, et il ne fonctionne pas.»
Hier, le premier ministre a donc fait valoir que le Canada se présenterait à Bali avec une proposition relativement simple dans ses cartons: tous les importants pollueurs doivent être de la partie, faute de quoi il n'y aura pas d'accord après la première phase de Kyoto, qui arrive à échéance en 2012. Il est cependant plus qu'urgent que les pays s'entendent sur une réduction des gaz à effet de serre, à la lumière des conclusions du rapport synthèse du Groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique, publié le 18 novembre.
La prise de position de Stephen Harper a cependant pour effet de placer la barre à un niveau extrêmement élevé en vue des pourparlers des Nations unies sur le climat. Il a cependant dit préférer cette approche à celle adoptée par le passé.
Le premier ministre n'en était pas à sa première déclaration publique au sujet du protocole de Kyoto, prévoyant que les émissions de gaz à effet de serre soient inférieures de 6 %, d'ici à 2012, à ce qu'elles étaient en 1990. Il y a cinq ans, il avait qualifié l'entente de projet socialiste coûteux et avait tourné en ridicule la science du réchauffement climatique mondial, au moment de la signature du traité par le précédent gouvernement, libéral.
Le Canada est sermonné
M. Harper a fait l'objet de certaines critiques pour avoir soutenu hier que Kyoto était une erreur. Certains diplomates étrangers au sommet du Commonwealth se sont dits convaincus que la position canadienne est la recette parfaite pour que rien ne soit fait. Selon eux, elle repose sur le fait que des pays émergents comme le Chine et l'Inde, qui luttent pour éliminer la pauvreté, agissent en premier. «C'est un peu fallacieux, en fait, de présenter la position [du Canada] comme plus ambitieuse, a déclaré un responsable du Commonwealth. Nous devons montrer aux Indiens que nous prendrons les devants.»
Le ministre des Affaires étrangères britannique, David Miliband, n'a pas mentionné nommément le Canada ou l'Australie, mais il a déclaré que les négociations sur les changements climatiques étaient freinées par l'attitude «vous d'abord» de certains pays. Signe que l'image du Canada n'est plus tout à fait ce qu'elle était, au Royaume-Uni, la chaîne d'information continue Sky a présenté le Canada comme seul obstacle à un accord majeur sur le climat après la défaite du gouvernement conservateur de John Howard en Australie.
Stephen Harper a rejeté du revers de la main les critiques qui ont essaimé dans la presse internationale au cours de la rencontre en Ouganda, où le Canada a aidé à bloquer une entente impliquant la presque totalité des 53 pays du groupe afin d'établir des cibles de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour les pays développés.
Les instigateurs de cette première ébauche d'entente l'avaient décrite comme une pierre angulaire pour établir un nouvel accord mondial qui succéderait au protocole de Kyoto pendant des négociations internationales sur les changements climatiques fort attendues le mois prochain à Bali, en Indonésie.
Les efforts de M. Harper, qui s'est dit fier du résultat final, ont permis d'élargir l'entente pour inclure des pays en voie de développement comme l'Inde, mais en retirant toutes références à des cibles contraignantes pour les remplacer par des objectifs plus vagues.
«Notre objectif commun est de parvenir [à Bali] à un accord global et complet qui renforce, élargit et approfondit les accords actuels et conduit à une réduction des émissions globales de gaz à effet de serre», souligne le document adopté samedi par le Commonwealth. «Cela devrait comprendre un objectif à long terme [...] en faveur d'une réduction des émissions à laquelle tous les pays contribueraient», ajoute le texte.
«Nous croyons qu'un certain nombre de pays développés n'ont pas apporté l'engagement que nous attentions. Ils sont les principaux contributeurs du dérèglement climatique, et ils devraient contribuer bien davantage [à la lutte]», a par la suite commenté Denzil Douglas, premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, dans les Caraïbes. «De l'avis général, ce document aurait pu aller plus loin», a-t-il ajouté.
La Malaisie a aussi exprimé sa déception. Interrogé sur l'«intransigeance» des Canadiens, le premier ministre, Abdullah Ahmad Badawi, a répondu: «D'une certaine manière, je ressens un peu de déception.» Le chef du gouvernement malaisien s'est toutefois félicité de la victoire des travaillistes australiens aux élections de samedi. Kevin Rudd, le futur premier ministre, a annoncé qu'il ratifierait le protocole de Kyoto, qui fixe des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux pays développés.
Samedi, le chef libéral Stéphane Dion a lui aussi critiqué la teneur de l'entente signée par le Commonwealth, se disant «extrêmement déçu, mais non surpris». M. Dion s'en est pris au gouvernement conservateur qui, selon lui, a empêché l'adoption de cibles absolues de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les pays développés pendant le sommet du Commonwealth en Ouganda. Il l'a accusé d'affaiblir les efforts environnementaux du Canada au pays et à l'échelle internationale.
Selon lui, l'approche actuelle du Canada en matière d'environnement pourrait ralentir les progrès d'autres pays. «M. Harper va amener d'autres pays, qui voudraient bouger éventuellement si on les encourageait à le faire, à ne pas bouger en disant "Ce n'est pas de notre faute: il y a des pays comme le Canada qui ne veulent pas vraiment agir"», a soutenu Stéphane Dion.
Avec l'Agence France-Presse, La Presse canadienne et Reuters
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