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L'onde de choc du Taser

Brian Myles   24 novembre 2007  Canada
Depuis 2001, 18 personnes sont mortes au Canada après avoir subi une décharge de Taser.
Photo : Agence France-Presse
Depuis 2001, 18 personnes sont mortes au Canada après avoir subi une décharge de Taser.
Le comportement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à la suite de la mort d'un ressortissant polonais ayant subi deux décharges de Taser, à l'aéroport de Vancouver, symbolise tout ce qui ne va pas dans la culture policière en ce qui a trait à l'usage de la force.

Vingt-quatre secondes. Voilà tout le temps pris par quatre policiers de la GRC pour évaluer la «menace» qui se présentait à eux en la personne de Robert Dziekanski, le 14 octobre dernier, à l'aéroport de Vancouver. Le ressortissant polonais ne comprenait pas l'anglais, il était dérouté et cherchait en vain sa mère depuis près de dix heures. Sans même lui adresser quelques mots, alors qu'il n'offrait aucune résistance, les policiers lui ont asséné deux décharges de Taser. «Intervention» n'est pas le mot juste pour décrire le travail des policiers, qui s'est soldé par la mort de Dziekanski. Il s'agit d'une agression par des hommes en uniforme qui a été captée par un vidéaste amateur.

La vidéo, diffusée tout récemment, est d'une limpidité qui contraste avec les nébuleuses explications avancées par la GRC dans les heures suivant la tragédie. Qu'on y songe. Un porte-parole de la police fédérale, Pierre Lemaître, a déclaré en ondes que Dziekanski représentait une menace à la sécurité des policiers. Ceux-ci avaient bien tenté de le raisonner, en lui disant notamment de «relaxer», mais sans succès. Dziekanski avait continué de lancer des objets à travers la pièce.

Les images, vues dans le monde entier, ont exposé la version de la GRC pour ce qu'elle est: un mensonge éhonté. À l'arrivée des policiers, Dziekanski recule et lève les bras en l'air, dans un geste qui ressemble à de la frustration ou à du dépit. Les agents répondent derechef par une décharge électrique de 50 000 volts. Et par une deuxième, rendue nécessaire parce que la première semblait sans effet, a indiqué M. Lemaître. Au contraire, les images nous montrent ce Polonais se tordant de douleur au sol, tout de suite après avoir reçu la première décharge. Ensuite, une pression a été appliquée «sur les épaules» du suspect, a dit l'agent Lemaître. C'est plutôt un genou sur le cou que le public entrevoit sur la vidéo.

Cet incident — et surtout ses répercussions médiatiques — est la goutte qui a fait déborder le vase. Depuis 2001, 18 personnes sont mortes au Canada quelques minutes ou quelques heures après avoir subi une décharge de Taser aux mains des policiers. À la demande du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, la Commission des plaintes du public contre la GRC a élargi son enquête actuelle sur le Taser. L'Agence canadienne des services frontaliers, les autorités aéroportuaires de Vancouver et le coroner de la Colombie-Britannique se penchent précisément sur le décès de M. Dziekanski. Comme si la situation n'était pas assez grave, le ministre de la Justice de la Nouvelle-Écosse a également lancé une enquête jeudi, à la suite du décès d'un prisonnier survenu une trentaine d'heures après qu'il eut reçu une décharge de Taser, lors d'une tentative ratée d'évasion.

L'arme et son usage

Inutile d'attendre la conclusion de toutes ces enquêtes pour constater l'évidence: il faut distinguer le pistolet à décharge électrique de son usage. Développé en Arizona en 1994, l'arme est aujourd'hui utilisée par 11 000 corps policiers, dont neuf au Québec.

L'arme fonctionne au moyen de deux électrodes reliées à des fils qui, lorsqu'elles atteignent une personne, se fixent à ses vêtements et la frappent d'un courant électrique de 50 000 volts. Les muscles sont brièvement paralysés, donnant aux policiers quelques précieuses secondes pour maîtriser un suspect. Techniquement, la décharge n'est pas assez forte pour interrompre les battements de coeur comme le ferait un défibrillateur cardiaque.

Après le pistolet, le Taser est l'arme la plus redoutable dans l'arsenal policier. Mais il ne tue pas, du moins en principe. Dans une étude datant de 2005, le Centre canadien de recherches policières a conclu que son utilisation «peut sauver et a sauvé de nombreuses vies». Des associations policières ont même avancé le chiffre de 4000 vies épargnées grâce au travail des policiers qui ont dégainé leur Taser plutôt que leur arme de service.

Le criminologue Jean-Paul Brodeur juge ces calculs fantaisistes. «Le nombre de vies présumément sauvées excède souvent de beaucoup le nombre de fois, assez peu fréquents, que les policiers utilisent annuellement leur arme à feu. On sauve des vies à partir de situations fictives inventées de toutes pièces», affirme M. Brodeur, professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal.

À l'instar de Paul Kennedy, président de la Commission des plaintes du public contre la GRC, M. Brodeur croit que les policiers utilisent le Taser beaucoup trop souvent et trop tôt dans leurs interventions. C'est «l'effet d'élargissement du filet pénal». Cette arme intermédiaire est utilisée en lieu et place de la neutralisation par contact physique alors qu'elle devrait se substituer plutôt au pistolet. «C'est à l'évidence ce qui s'est passé à l'aéroport de Vancouver. Sûrement, si on n'avait pas eu de Taser, on n'aurait pas déchargé son arme sur cette personne: on l'aurait maîtrisée physiquement. Au lieu de cela, on a choisi la mesure la moins physiquement risquée et la moins exigeante pour les policiers: la neutralisation technologique», constate M. Brodeur. Cela étant dit, il accorde peu de poids aux travaux de la Commission des plaintes du public de la GRC, qui a été édentée sous l'administration Zaccardelli.

Une enquête menée par Amnesty International corrobore l'hypothèse formulée par M. Brodeur et plusieurs autres spécialistes de la police. Le récit de diverses personnes ayant subi une décharge de Taser donne froid dans le dos. À titre d'exemple, des policiers de la GRC du Nouveau-Brunswick ont infligé pas moins de 13 décharges à un garçon de 17 ans qui, selon un témoin, ne résistait même pas à son arrestation. Une femme d'Halifax a reçu une décharge alors qu'elle était menottée, tandis qu'un avocat a reçu deux décharges parce qu'il prenait des photos d'une intervention de la police, à Edmonton.

Ceux-là sont chanceux. Depuis 2001, le Taser est mis en cause dans la mort de 270 personnes aux États-Unis et de 17 au Canada. Les policiers n'ont ni la formation ni l'encadrement nécessaire pour utiliser cette arme, a constaté Amnesty International dans son rapport. Pis: les forces policières ne manifestent aucune forme de remords devant les cas tragiques, déplore l'organisation, qui recommande un moratoire sur le Taser.

Selon Jean-Paul Brodeur, la formation à l'utilisation du Taser importe moins que «l'impossible formation à bien réagir en situation de crise. Ce qu'il faut revoir, ce sont les protocoles d'usage [de la force]», estime-t-il.

Tout baigne au Québec

Pendant que le Taser défraye la manchette au Canada anglais, tout baigne au Québec. Un comité d'experts, mandaté par le ministre de la Sécurité publique afin d'établir des lignes directrices sur l'usage du pistolet à décharge électrique, a fait le 22 octobre une sortie qui semble aujourd'hui bien hâtive. Bien que le rapport final du groupe soit attendu pour décembre, les experts embauchés par l'État ont en effet souligné le caractère inoffensif du Taser.

Selon le Dr René Blais, responsable du volet médical au sein du comité consultatif, «aucun décès documenté n'a jusqu'à présent été directement lié à l'utilisation du Taser». Le propos surprend d'autant plus que l'enquête du coroner sur la mort de Quilem Registre n'est toujours pas terminée. Registre, un Montréalais d'origine haïtienne, est mort à l'hôpital quelques jours après avoir reçu six décharges de Taser cet automne. Selon la version de la police, il conduisait de façon erratique dans le quartier Saint-Michel, il semblait intoxiqué et faisait preuve d'agressivité à l'arrivée des policiers. La Sûreté du Québec (SQ) enquête sur l'affaire impliquant le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). La Ligue des Noirs réclame pour sa part une enquête publique... qui ne vient pas.

Si l'on se fie à l'expertise du Dr Blais, le Taser n'y est pour rien. «Si un choc électrique devait mettre la vie d'une personne en danger et provoquer un arrêt cardiaque, cela se produirait immédiatement, dans les secondes qui suivent l'intervention», a-t-il expliqué en conférence de presse. Cette logique épouse d'ailleurs celle de Taser International.

Jean-Paul Brodeur rejette pour sa part les conclusions «de ces médecins marrons» qui exonèrent le Taser de tout blâme si la mort ne survient pas dans les instants suivant la décharge.

Le professeur à l'Institut de génie biomédical de l'École polytechnique Pierre Savard a récemment souligné dans une lettre à La Presse qu'une décharge de Taser pouvait déclencher une augmentation du rythme cardiaque. ll peut en résulter en quelques minutes une fibrillation ventriculaire (une contraction rapide, désorganisée et inefficace des ventricules). Il s'agit d'une cause d'arrêt cardiaque et de mort subite. Les études sur les effets du Taser ont été menées sur des hommes en bonne santé, a également souligné le professeur Savard, alors que, dans la vraie vie, les patrouilleurs rencontrent toutes sortes d'individus, les uns avec un coeur fragile, les autres intoxiqués ou déments.

Le coupable

Taser International a d'ailleurs trouvé dans un phénomène marginal le coupable idéal pour disculper sa prodigieuse innovation: l'individu atteint de «delirium agité». Investi d'un sentiment de toute-puissance, confus, désorienté, agressif, il lutte jusqu'à l'épuisement comme l'a fait jadis l'ex-hockeyeur John Kordic, mort en 1992 dans une chambre de motel après avoir longuement résisté à son arrestation. Ce n'est pas le Taser, mais le delirium agité qui mène tout droit à la mort, prétend la compagnie américaine.

Le Centre canadien de recherches policières accordait une place de premier choix au delirium agité dans son rapport de 2005, sur une base factuelle bien mince. «Bien qu'il ne soit pas reconnu universellement comme condition cardiaque, le delirium agité est de plus en plus accepté comme étant un facteur primordial contribuant à la mort à la suite de l'utilisation d'un [Taser].» D'accord. Mais un facteur accepté par qui? À l'évidence par ceux qui tiennent le plus au Taser: le fabricant et ses clients.

Les recherches sur les effets du Taser sont entachées de profonds vices méthodologiques, comme en témoigne le rapport du Centre canadien de recherches policières. «Les services de police et les organismes dirigeants doivent se fier entièrement aux affirmations des fabricants en ce qui a trait à la sécurité de leur produit», reconnaît candidement l'organisme.

Et le fabricant invite le grand public à le croire sur parole, sans aucune forme de débat. Ces jours-ci, Taser brandit l'audacieuse menace de recours judiciaires contre une soixantaine de médias ayant imputé la mort de Dziekanski au pistolet à décharge électrique. Un traitement de choc s'impose: une mise à jour — indépendante — des connaissances sur le Taser.






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Vos réactions

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  • CAROLL Annie
    Inscrite
    samedi 24 novembre 2007 03h41
    Scandaleux
    « Vos propos sont scandaleux et ce juge qui refute d'avanc eles conlusion qui seront mêmeé est un fou furieux dangereux.
    La démocratie ne fonctionne pas comme cela..
    J'ai vu la vidéo plusiers fois et vos commentaires sont écourant de tronperies idéologique. »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    samedi 24 novembre 2007 11h35
    Questions
    « Comme on peut le voir par les réactions, cette question du « Taser » est très sensible et touche beaucoup de monde. D'une part, les agents de la paix doivent avoir les outils pour faire leur travail et, d'autre part, les gens ont le droit à leur intégrité physique où qu'ils soient dans ce pays. Vous avez très bien identifié les circonstances entourant l'utilisation du « Taser » et, effectivement, cette arme se voulait une alternative à l'utilisation d'une arme à feu. Il est très probable que le « Taser » est moins susceptible de causer la mort ou des lésions corporelles graves qu'un révolver ou autre arme à feu. Il est aussi probable que c'est le protocole d'utilisation qui doit être amélioré pour encadrer mieux son utilisation pour refléter l'intention originale.

    Par contre il y a d'autres questions à se poser sur la situation entourant son utilisation, particulièrement dans le contexte de ce qui s'est passé à l'aéroport de Vancouver pour M. Dziekanski. Les policiers ne peuvent utiliser la force que selon la loi, autrement ils se retrouvent dans la situation de tout autre citoyen et pourraient être coupables d'un crime s'ils ne suivent pas la loi. Or, dans le cas Dziekanski, ils devaient se conformer à l'article 25 du Code criminel qui définit dans quelles circonstances un agent de la paix peut utiliser la force. L'agent doit avoir des motifs raisonnables de croire qu'un crime a été commis. Ici, c'est difficile de se faire une idée car on ne sait rien de l'information qui a été communiquée aux quatre agents qui ont été impliqués dans cette affaire. En regardant la vidéo, on se demande si le fait de jeter une table contre une cloison vitrée ou de jeter un ordinateur à terre peut constituer un méfait ou s'il y avait autre chose qui a été communiqué aux policiers. S'ils ont des motifs raisonnables de croire qu'un crime a été commis, les policiers peuvent alors procéder à une arrestation pour soit empêcher la commission d'une autre infraction, soit assurer la présence de l'accusé devant le tribunal. Ici, était-il nécessaire de procéder à l'arrestation de M. Dziekanski dans les circonstances?

    En outre, compte tenu de l'historique du « Taser » à l'effet que plusieurs décès ou blessures graves se sont produits dans le passé, les agents savaient ou devaient savoir que l'usage de cette arme pouvait, en certaines circonstances, causer la mort ou des blessures graves. Dans ce cas l'usage de la force est encore plus circonscrit en vertu des paragraphes 25 (3) et (4) du Code criminel. Entre autres motifs autorisant l'usage d'une force plus élevée, l'agent doit avoir des motifs de croire que l'accusé va se sauver pour éviter son arrestation, que la force est nécessaire pour protéger l'agent ou autres de blessures imminentes ou de la mort ET qu'il n'y a pas d'autre moyen moins violent pour éviter que l'accusé ne se sauve. À première vue, on peut certes inférer de la vidéo que la force qui a été utilisée dépassait largement ce qui est permis par la loi mais il y a peut-être d'autres éléments qui manquent encore pour donner une réponse un peu plus complète.

    Quoiqu'il en soit, la situation de Vancouver est déplorable, de quelque perspective que l'on puisse l'analyser. Objectivement, il n'était pas nécessaire d'arrêter M. Dziekanski dans les circonstances et l'usage de la force est totalement inappropriée. Pensons-y: ceci pourrait nous arriver, à chacun d'entre nous, de nous retrouver dans un aéroport inconnu et de ne pas savoir quoi faire et d'être éventuellement frustré et agité - particulièrement après un long voyage en avion. Par exemple, il y a très peu de gens qui parlent ou comprennent le français à l'aéroport de Vancouver et un francophone unilingue pourrait se retrouver dans une situation semblable à celle de M. Dziekanski (quoique l'affichage est au moins bilingue en anglais et français). Il est donc important, pour notre sécurité à tous, que l'utilisation (c'est-à-dire les circonstances qui justifieraient son utilisation, comme par exemple, strictement comme alternative à l'utilisation d'une arme à feu) du « Taser » soit plus circonscrit s'il doit continuer à faire partie de l'arsenal de la police. »

  • Luc Falardeau
    Abonné
    dimanche 25 novembre 2007 14h13
    Les corps policiers ont-ils besoin d'un électrochoc ?
    « Les événements tragiques des dernières semaines et dont on a pu voir une bande vidéo à la télévision, démontrent que certains policiers ne veulent plus assumer le risque de contacts physiques pour maîtriser un individu non-armé, même en avantage numérique. Les policiers sont pourtant formés et entraînés physiquement à ces situations et leur salaire relativement élevé tient compte des risques encourus.

    Il semble que dans le cas de Robert Dziekanski à l'aéroport de Vancouver, la force physique aurait été préferrable au « Taser » après bien sûr avoir tenté d'autres solutions non-violentes telles que la négociation. Toutefois, sans vouloir défendre les policiers, il faut noter que cet individu ne parlait pas l'une des langues officielles.

    Afin de parer à ce genre de problèmes, il y aurait lieu de revoir entièrement le protocole d'utilisation des armes par les policiers, en tenant compte de nouvelles façons de faire moins violentes et des nouvelles technologies alternatives.

    Par exemple, au lieu d'investir dans les armes comme son voisin américain, le gouvernement canadien pourrait investir davantage dans la fine pointe des technologies de télécommunication. Ainsi, afin de mieux intervenir avec des individus parlant une langue étrangère, le Canada pourrait créer un service d'interprètes à distance, pan-canadien et disponible rapidement en tout temps, aux policiers et équipes d'urgence. »

  • martin grenier
    Inscrit
    lundi 26 novembre 2007 07h39
    le taser
    « Je ne suis pas medecin ni tecnicien ni fou mais faut pas avoir la tete a papineau pour que taser tue des personnes les policers sont trop paresseu pour exercer leurs force musculaire 5 polices sur un individu op op pas for notre dans la tete notre grc
    grenier.martin@videotron.ca »

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