Redresseur de torts
Le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, croit que le fait d'ajouter des dents à la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) «responsabilisera» les jeunes délinquants. Doutons-en!
Le projet de loi déposé lundi par les conservateurs évite soigneusement le chapitre de la prévention et des mesures réhabilitantes. Il remet à plus tard un débat explosif sur l'imposition aux jeunes de peines pour adultes. Prenant l'exception pour tremplin, il risque surtout d'envoyer croupir en prison — magnifique école du crime! — des mineurs davantage en mal d'encadrement que de condamnations répressives.
Résumons: emporté par une extraordinaire volonté de protéger la population en s'attaquant à la criminalité — dont les taux, à ce propos, ne cessent de diminuer —, le gouvernement conservateur a déposé cette semaine trois projets de loi en autant de journées politiques.
Ces projets visent, l'un à punir les vendeurs et producteurs de drogues illégales, l'autre à s'attaquer à l'épineux problème du vol d'identité. Un autre vise à resserrer la LSJPA, pourtant adoptée en 2003 dans un souci de détendre une loi alors jugée trop sévère.
On verra mal un électeur crier haut et fort contre la volonté de son gouvernement d'agir pour resserrer les mailles autour des criminels. La manoeuvre électoraliste avec laquelle ce gouvernement minoritaire s'octroie un rôle de redresseur de torts se hume dix kilomètres à la ronde.
Se faisant geôlier de la jeunesse, il a pensé à des mesures qui permettraient aux juges de tenir compte de la «dissuasion et de la réprobation» dans l'imposition de peines à des adolescents, le tout visant à distribuer des sentences exemplaires. Les modifications à la loi prévoient aussi de «faciliter» la détention de jeunes de 14 à 17 ans en attente de leur procès lorsqu'ils représentent par exemple un risque pour la sécurité publique ou encore lorsqu'ils ont commis un crime passible d'au moins deux ans de prison chez les adultes.
Ce dernier ajout n'est pas étranger à un événement qui a ébranlé la Nouvelle-Écosse en 2004: relâché malgré les 38 accusations criminelles qui pesaient contre lui, le jeune Archie Billard, âgé d'à peine 16 ans, tuais deux jours plus tard la mère de famille Theresa McEvoy en la percutant à haute vitesse au volant d'un véhicule volé. Secoué par cette tragédie, le gouvernement a alors confié au juge à la retraite Merlin Nunn le soin de mener une enquête publique sur les circonstances entourant ce drame.
Le travail du magistrat a été concluant: devant la défaillance du système pénal, il a recommandé l'incarcération avant procès dans ce type de circonstances. On oublie toutefois de souligner qu'il a du même souffle suggéré que la réhabilitation des jeunes délinquants soit solidement accentuée.
C'est sur un voeu de responsabilité des jeunes que ce gouvernement redresseur de torts se guide pour peaufiner ses punitions. Établir sur l'exception des mesures qui enverront au cachot des jeunes à qui la prévention profiterait davantage ne rime pourtant à rien de très responsable.
***
machouinard@ledevoir.com
Le projet de loi déposé lundi par les conservateurs évite soigneusement le chapitre de la prévention et des mesures réhabilitantes. Il remet à plus tard un débat explosif sur l'imposition aux jeunes de peines pour adultes. Prenant l'exception pour tremplin, il risque surtout d'envoyer croupir en prison — magnifique école du crime! — des mineurs davantage en mal d'encadrement que de condamnations répressives.
Résumons: emporté par une extraordinaire volonté de protéger la population en s'attaquant à la criminalité — dont les taux, à ce propos, ne cessent de diminuer —, le gouvernement conservateur a déposé cette semaine trois projets de loi en autant de journées politiques.
Ces projets visent, l'un à punir les vendeurs et producteurs de drogues illégales, l'autre à s'attaquer à l'épineux problème du vol d'identité. Un autre vise à resserrer la LSJPA, pourtant adoptée en 2003 dans un souci de détendre une loi alors jugée trop sévère.
On verra mal un électeur crier haut et fort contre la volonté de son gouvernement d'agir pour resserrer les mailles autour des criminels. La manoeuvre électoraliste avec laquelle ce gouvernement minoritaire s'octroie un rôle de redresseur de torts se hume dix kilomètres à la ronde.
Se faisant geôlier de la jeunesse, il a pensé à des mesures qui permettraient aux juges de tenir compte de la «dissuasion et de la réprobation» dans l'imposition de peines à des adolescents, le tout visant à distribuer des sentences exemplaires. Les modifications à la loi prévoient aussi de «faciliter» la détention de jeunes de 14 à 17 ans en attente de leur procès lorsqu'ils représentent par exemple un risque pour la sécurité publique ou encore lorsqu'ils ont commis un crime passible d'au moins deux ans de prison chez les adultes.
Ce dernier ajout n'est pas étranger à un événement qui a ébranlé la Nouvelle-Écosse en 2004: relâché malgré les 38 accusations criminelles qui pesaient contre lui, le jeune Archie Billard, âgé d'à peine 16 ans, tuais deux jours plus tard la mère de famille Theresa McEvoy en la percutant à haute vitesse au volant d'un véhicule volé. Secoué par cette tragédie, le gouvernement a alors confié au juge à la retraite Merlin Nunn le soin de mener une enquête publique sur les circonstances entourant ce drame.
Le travail du magistrat a été concluant: devant la défaillance du système pénal, il a recommandé l'incarcération avant procès dans ce type de circonstances. On oublie toutefois de souligner qu'il a du même souffle suggéré que la réhabilitation des jeunes délinquants soit solidement accentuée.
C'est sur un voeu de responsabilité des jeunes que ce gouvernement redresseur de torts se guide pour peaufiner ses punitions. Établir sur l'exception des mesures qui enverront au cachot des jeunes à qui la prévention profiterait davantage ne rime pourtant à rien de très responsable.
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