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Estropiés de l'âme

Marie-Andrée Chouinard   20 novembre 2007  Canada
L'armée doit maintenant compter ses morts sur deux fronts: celui des explosions et des tirs meurtriers, mais aussi celui des séquelles psychologiques dont le poids mène parfois au suicide.

Alors que l'on apprenait cette fin de semaine la mort de deux autres soldats québécois tombés en Afghanistan, la base militaire de Valcartier composait encore avec le décès du soldat Frédéric Couture. Revenu il y a près d'un an de Kandahar après avoir piétiné une mine, le jeune homme de 21 ans se serait enlevé la vie la semaine dernière. Son récit tragique rappelle crûment que les éclopés de la guerre ne portent pas que des blessures qui saignent. Certaines plaies invisibles mènent au désespoir, voire à la mort volontaire.

Fracasserait-on des tabous? Les problèmes de santé mentale, que la société civile peine encore à admettre, seraient le lot des soldats incapables de taire l'horreur entendue sur le front, d'enterrer les atrocités vues en zone de conflit, d'étouffer l'anxiété précédant les affrontements.

Comme l'illustrait clairement un dossier publié récemment dans Le Devoir, les Forces armées canadiennes nomment désormais un peu mieux les démons avec lesquels les soldats doivent se battre une fois qu'il sont revenus du combat. Interrogés et évalués par l'armée, 17 % des 2700 soldats revenus de Kandahar ont rejoint le groupe des estropiés de l'âme. Souffrant de problèmes de santé mentale, ces militaires ne peuvent vraisemblablement pas être laissés à eux-mêmes, 4 % d'entre eux manifestant des tendances suicidaires.

Une enquête choc menée par le réseau américain CBS a dévoilé la semaine dernière l'abîme dans lequel sont susceptibles de plonger les anciens militaires. Les journalistes ont appris qu'en 2005 seulement, au moins 6200 vétérans américains — toutes missions confondues — ont mis fin à leurs jours, suivant un taux de suicide de près de 20 pour 100 000, contre 9 dans la population en général.

Le ministère des Anciens combattants, concluait le reportage, n'a jamais véritablement colligé ce type de données, une preuve évidente que le tabou là-bas irradie puissamment. Ce que l'on ne sait pas ne fait aucun mal...

Dans un rapport tout juste publié, la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, a scruté les soins de santé fournis à nos militaires. Elle reconnaît que la Défense nationale a multiplié les efforts depuis le début des années 2000 pour «adopter des pratiques exemplaires». Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

La vérificatrice souligne d'imposantes lacunes: tant le ministère que les Forces canadiennes ne disposent pas des outils qui permettraient un diagnostic juste de l'ampleur des problèmes ni même de la qualité des soins prodigués. Et malgré les services que l'on commence à distribuer, la demande supplante carrément l'offre, un déséquilibre qu'il faut rétablir avant que la liste des défunts ne s'allonge.

Admettre que les soldats ne sont pas des robots que rien ne perturbe équivaut à sortir de la confortable torpeur qui s'arrime à l'ignorance. Il s'agit d'un pas de géant que l'armée a osé. Il lui reste désormais à outiller ses troupes autant pour la bataille des corps que pour celle de l'âme.
 
 
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    19 novembre 2007 23 h 53
    Horreur bien inutile en Afghanistan
    Que nos soldats sortent donc de l'Afghanistan où ils vont porter la mort avec leurs mitraillettes et autres armes quand ce n'est pas le viol ou les livraisons de prisonniers à la torture des autorités afghanes. Le peuple afghan ne veut pas les voir là. C'est assez clair qu'ils étaient plus heureux avant d'être attaqués faussement parce que ce sont les Saoudiens vivant aux États-Unis qui avaient attaqué les leurs tours du World Trade Center, pas les Afghans.
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  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné
    20 novembre 2007 07 h 41
    J'avais un oncle...
    Rimouski, ce 20 novembre 2007,

    Ma mère a aujourd'hui 92 ans et à cet âge, elle est la seule personne de sa famille qui soit encore en vie. Elle avait deux frères, l'un religieux et l'autre soldat. Les deux étaient pauvres et on leur offrit un emploi.

    Pendant la seconde guerre mondiale, le soldat fut gravement blessé à la tête. En effet, un éclat d'obus lui en enleva une bonne partie. Il agissait alors comme brancardier militaire au sein du 22è Régiment. Il eut de la chance à Caën, mais beaucoup moins en Hollande: c'est là qu'il fut blessé.

    De retour au pays, on soigna très bien ses blessures physiques en lui mettant de l'acier dans la tête: une belle opération réussie, des progrès chirurgicaux importants et applicables à l'ensemble de la société, lui a-t-on alors dit. Il demeura un grand blessé de guerre qui put rester en vie et continuer de travailler, tant bien que mal, pour les forces armées canadiennes...

    Mais, toute la vie de ce grand blessé de guerre fut par la suite une vie de souffrances morales remplie d'abus de boisson et de solitude. Toute sa vie, il se souvint et souffrit moralement et mentalement.

    Aujourd'hui encore, je ne comprends pas pourquoi les guerres passées n'ont pas autant donné lieu à des progrès médicaux dans le traitement des troubles mentaux que des troubles physiques. Comment ceci se fait-il? Peut-il y avoir des améliorations ou la guerre est-elle une oeuvre trop inhumaine pour être vécue?

    Tout ceci pour arriver à une conclusion: on ne peut pas comparer les souffrances morales vécues par un soldat à celles vécues par un travailleur de la construction ou à un policier. Le premier n'en reviendra que beaucoup plus difficilement...peut-être jamais. Alors, s.v.p. cessons de comparer: la guerre n'est pas un emploi comme les autres.
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  • Normand Chaput - Abonné
    20 novembre 2007 08 h 35
    traumatise? pove ti pit.
    Le traumatisme du tireur n est rien a compare au traumatisme de celui qui vient d etre tire. Je pense qu une personne qui n a pas la fibre du tueur, qui n est pas capable de voir la mort en face (surtout celle qu il vient de creer) n a pas d affaire dans l armee.
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    20 novembre 2007 09 h 38
    Même causes, mêmes effets
    Ainsi, selon le réseau étatsunien CBS, 6 256 anciens militaires se sont donné la mort dans 45 États de notre voisin du Sud, pour la seule année 2005, soit plus de 120 par semaine en moyenne. Ce taux de suicides chez les anciens combattants est plus de deux fois supérieur à celui de la moyenne de la population (18,7 à 20,8 pour 100 000 selon les États, contre 8,9 pour 100 000). Ce sont surtout les jeunes militaires de 20 à 24 ans, qui sont les plus atteints. En fait, il faudrait ajouter ces chiffres aux quelque 3 800 soldats tués directement en Irak pour avoir un chiffre plus exact des pertes occasionnées par la guerre aux États-Unis.

    Va-t-on attendre qu'une situation semblable existe au Canada pour réagir. Le suicide de ce militaire de 21 ans après son retour de l'Afghanistan devrait tirer une sonnette d'alarme dans les milieux responsables. Si 17 % des 2 700 militaires revenus de la zone de Kandahar souffrent de problèmes de santé mentale causés par leur intervention dans cette région, c'est une indication que le problème est grave et qu'il faut prendre des mesures pour ne pas aggraver encore le nombre de pertes, de blessés physiques et de blessés mentaux. La véritable solution, c'est bien évidemment de retirer les troupes canadiennes de l'Afghanistan ou au moins immédiatement de la zone de Kandahar où ils n'auraient jamais dû aller, comme le disait l'ancien premier ministre Jean Chrétien dans son entrevue d'hier à Radio-Canada.

    Comme le montre dans le même numéro du Devoir l'article d'Alex Castonguay et notre réaction intitulée « Journée mondiale de l'enfance », on voit que le Canada est en train de perdre son âme et sa réputation en Afghanistan. Il y perd aussi des millions de dollars qui se dissipent on ne sait où. Inutile d'y ajouter la perte de nos militaires, qui certes font tout ce qu'ils peuvent, mais que l'on a placé dans des situations physiquement et mentalement dangereuses pour le profit d'un gouvernement fantoche et corrompu, et de seigneurs de la guerre et autres personnages qui le sont tout autant.
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  • Roland Berger - Abonné
    20 novembre 2007 09 h 57
    Une formation déficiente ?
    Il semble que la formation des recrues soit déficiente, ne faisant que les préparer à tenir le coup pendant quelques mois dans l'enfer de la guerre. Mais est-il seulement possible d'en faire des tueurs à la fois efficaces et capables de mettre suffisamment leur humanité entre parenthèses pour que leurs actions et celles des autres ne les atteignent pas en plein coeur ?
    Roland Berger
    London, Ontario
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  • jacques noel - Inscrit
    20 novembre 2007 12 h 07
    Le Québec libre? non. Les p'tites filles en Afghanistan? Yes
    Ca fait un bon demi-siècle qu'on nos dit que ça ne vaut pas la peine de se battre pour la libération du Québec, que c'est dépassé, que c'est maintenant une affaire de vieux babyboomers radoteux, pis dans le fond on est tellement ben dans le plus meilleur...

    La on est rendu à 5 Québécois morts pour l'Afghanistan. Morts pour que les p'tites filles aillent à l'école, comme dirait la Josée! Morts pour rien.

    Où est le Bloc? Où est le PQ? Où sont les jeunes? Pourquoi personne ne descend dans la rue pour dénoncer la mort des nos jeunes pour une cause ridicule?
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  • Sylvain Racine - Abonné
    20 novembre 2007 14 h 36
    J'irai aux funérailles des talibans en premier lieu.
    Jacques Noel se demande pourquoi le Bloc ou le PQ, les jeunes ne descendent pas dans la rue pour empêcher la guerre?

    Clisse, parce que, selon moi, les Québécois dans l'Armée canadienne sont des fédéralistes, donc je m'en contre-fiche comme dans l'an quarante de leur sort. Si j'avais à aller à des funérailles d'un "combattant" de la guerre en Afghanistan que je ne connais pas, je choisis assurément la femme et les enfants d'un taliban tués par un soldat canadien, pas les parents incultes provinciaux Canadiens-français qui ont mal-élevé leurs enfants et dont les derniers sont allés dans l'armée, puis en Afghanistan, pour le CASH$$$$ au lieu de devenir plombier, médecin, aller à l'université ou à l'école des métiers, etc.
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