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Affaire Mulroney-Schreiber - La GRC savait pour les 300 000 $

Mais l'enquête n'a pas permis d'en retrouver la trace

17 novembre 2007  Canada
Karlheinz Schreiber n'aura pas le choix de collaborer à l'enquête publique sur l'affaire Mulroney même s'il est renvoyé en Allemagne, avertit Ottawa. La GRC, elle, devra expliquer pourquoi elle n'a pas fait grand cas du versement de 300 000 $ à l'ancien premier ministre.

Ottawa — La Gendarmerie royale du Canada savait que l'ancien premier ministre Brian Mulroney avait touché 300 000 $ de la part du lobbyiste Karlheinz Schreiber lorsqu'elle a décidé de fermer son enquête sur les allégations de pots-de-vin. «La GRC était au courant qu'il y avait eu une somme de 300 000 $ versée à M. Mulroney par M. Schreiber», a affirmé hier la porte-parole de la GRC, Nathalie Deschênes. «Nous avons eu cette information au cours de l'enquête et avant qu'on ne la conclue.»

Selon ce qu'a expliqué la porte-parole, la GRC a recueilli des témoignages selon lesquels 300 000 $ avaient été versés en liquide, mais elle n'en a pas trouvé la moindre trace. «On ne pouvait pas obtenir de confirmation sur ce paiement ou les raisons pour lesquelles le paiement avait été fait. Nous étions au courant, mais nous n'avions pas de preuve substantielle pour déposer des accusations.» La GRC n'a pas été en mesure de dire quand et par qui elle avait eu vent des mystérieux paiements pour la première fois.

Pendant 14 ans, la GRC a mené une enquête sur ce qu'on appelle l'affaire Airbus. Lorsque Air Canada, alors société de la Couronne, a acheté 34 appareils européens au coût de 1,8 milliard en 1988, le lobbyiste Karlheinz Schreiber a touché une commission de 8,8 millions d'Airbus. Des rumeurs voulant qu'il ait ensuite partagé la manne avec des politiciens conservateurs qui l'avaient aidé à influencer Air Canada le choix de ses appareils ont circulé et la GRC a ouvert une enquête. En 1995, on a appris que M.

Mulroney en faisait l'objet, ce qui l'a poussé à poursuivre le gouvernement canadien pour diffamation.

Le 17 avril 2003, dans un geste exceptionnel, la GRC a fait parvenir une lettre à M. Mulroney lui annonçant la fermeture du dossier. «Le 22 avril 2003, la GRC annoncera qu'après une enquête exhaustive au Canada et à l'étranger, [...] les allégations en suspens n'ont pas pu être prouvées et qu'aucune accusation ne sera déposée», écrivait le commissaire Giuliano Zaccardelli.

Une question demeure: pourquoi la GRC a-t-elle été incapable de retracer une somme de 300 000 $ qu'un journaliste du National Post, Philip Mathias, a été capable de trouver dès 1999? (Voir autre texte en page B 1.) «Je n'ai pas de réponse à cette question», a dit Nathalie Deschênes.

À l'époque, le porte-parole de M. Mulroney, Luc Lavoie, avait nié le tout. «Il n'y a jamais eu d'argent. Il ne faut vraiment pas connaître Mulroney pour croire cela. Il est trop intelligent pour faire quelque chose comme ça. C'est trop bête. C'est trop stupide.» M. Lavoie avait traité M. Schreiber de «plus grand christ de menteur que la Terre ait porté».

Par la suite, M. Mulroney a reconnu avoir reçu cet argent. Il a même déclaré cette somme au fisc, quoique en retard. L'a-t-il déclarée avant la fermeture de l'enquête, en avril 2003? Si oui, pourquoi la GRC n'a-t-elle pas été capable de recouper ces informations? M. Lavoie n'a pas rappelé Le Devoir hier.

On ignore pourquoi Karlheinz Schreiber a versé 300 000 $ à Brian Mulroney. Celui-ci prétend que c'était pour aider le lobbyiste à lancer une entreprise de pâtes alimentaires. Il a aussi été question de l'aider à implanter une usine de pièces de véhicules blindés à Cap-Breton, quoiqu'on puisse mal expliquer comment un premier ministre conservateur sortant aurait pu influencer avec succès le nouveau gouvernement libéral.

Dans une déclaration sous serment déposée la semaine dernière, M. Schreiber allègue que le versement des 300 000 $ a été convenu entre les deux hommes alors que M. Mulroney était encore premier ministre. Il soutient également qu'en 1998, M. Mulroney a cherché à obtenir l'assurance que rien ne le reliait aux paiements de 1993 et 1994. Ces allégations de M. Schreiber n'ont pas été prouvées en cour.

Schreiber ne collaborera pas

Le gouvernement conservateur a refusé hier de dire s'il suspendra ou non l'ordre d'expulsion de M. Schreiber le temps que se tienne la commission d'enquête sur toute cette affaire. M. Schreiber a menacé de ne pas collaborer s'il était renvoyé en Allemagne. «Je ne dirais pas le moindre mot», a-t-il déclaré au Globe and Mail. «Pas un mot. Pourquoi me préoccuperai-je du pays après cela?» M. Schreiber a la double nationalité canadienne et allemande.

Bombardé de questions par l'opposition qui lui demandait de surseoir à l'expulsion, le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, a répondu à la Chambre des communes que «quoi qu'il arrive, et sans se lancer dans les hypothèses, l'enquête publique aura le pouvoir d'assigner les témoins clés à comparaître, où qu'ils se trouvent dans le monde».
 
 
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  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit
    17 novembre 2007 09 h 40
    Démarcheur et délateur
    L`absence de probité de Schreiber n`augure rien de bon pour cette enquête publique. Monsieur Johnston pourra faire la démarche pour le témoignage de Schreiber, mais ses révélations pourraient faire beaucoup de dommages aux politiciens qui formèrent l`élite gouvernementale sur une très longue période. L`avidité de ces gros joueurs suggère que le pire ennemi du peuple est sa classe politique, indépendamment de sa formation politique. Rumeurs et démentis seront en première des quotidiens, en quête de meilleurs tirages, bien que la sincérité douteuse des témoignages pourrait masquer la vérité. Et puis quelle version de cette vérité apportera le plus de richesse aux avocats retenus, par toutes les parties impliquées, encore une fois financés par le gouvernement canadien?
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