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Un procureur spécial

Norman Spector   15 novembre 2007  Canada
En novembre 2003, trois jours après que William Kaplan eut révélé dans le Globe and Mail que Karlheinz Schreiber avait effectué des paiements en espèces de 300 000 $ à Brian Mulroney, j'avais rencontré Stephen Harper à Victoria. Avant même de s'asseoir, M. Harper m'avait demandé ce qu'il devait dire à propos de mon ancien patron.

Naturellement, j'ai refusé de lui donner quelque conseil que ce soit. Par contre, peu de temps après avoir livré mon rapport assermenté à la GRC au sujet d'un des trois projets de cette prétendue affaire, en 1995, j'ai finalement accepté d'écrire un chapitre pour le livre de M. Kaplan. Ce livre, tout comme l'histoire de M. Kaplan dans le Globe, a rapidement disparu des écrans radar. Voici pourquoi.

Au départ, c'est le National Post qui avait obtenu en exclusivité l'histoire des paiements. Mais ce quotidien a tout simplement décidé de ne pas la publier. Par la suite, la plupart des autres quotidiens de la chaîne CanWest ont emboîté le pas et décidé de ne pas tenir compte du livre de M. Kaplan. Au Québec, l'ancien premier ministre s'était rapidement fait accorder le bénéfice du doute par ses amis influents, dont certains étaient aux commandes d'une grande partie des médias.

À Ottawa, les journalistes ont tout fait pour ne pas parler de ces révélations qui, après tout, étaient plutôt gênantes. M. Kaplan n'avait-il pas écrit qu'ils avaient tous été dupés par le gouvernement Chrétien lorsque celui-ci avait versé 2,1 millions de dollars pour mettre un terme à la poursuite en diffamation de M. Mulroney? Quant à M. Kaplan, il a été parfaitement ignoré par le réseau public, lui qui, normalement, accorde toujours des entrevues aux auteurs canadiens. On peut penser que sa sympathie déplacée pour la deuxième cible de son livre, la journaliste Stevie Cameron — qui, au final, s'est avérée être une informatrice secrète de la GRC —, y soit pour quelque chose...

Sachant cela, comment se fait-il que cette histoire préoccupante ait pu resurgir il y a quelques semaines? Cela est en partie attribuable aux nouvelles révélations et allégations que nous devons aux habiles journalistes et aux courageux décideurs du Globe and Mail et de la CBC. Plus important encore, les libéraux, qui sont restés muets sur cette affaire pendant quatre ans, y voient aujourd'hui une occasion en or d'associer M. Harper à M. Mulroney, dont il est proche depuis quelques années.

Comme chroniqueur, je ne regrette pas de ne pas avoir averti M. Harper des difficultés potentielles que pourrait occasionner un tel rapprochement. Cependant, je regrette de ne pas lui avoir rappelé la chronique que j'avais écrite à propos d'Airbus une fois réglée la poursuite de M. Mulroney. Dans cette chronique, je plaidais en faveur du système de la Colombie-Britannique, qui permet au gouvernement de nommer des procureurs spéciaux pour faire enquête dans les affaires auxquelles des politiciens sont mêlés.

Chez nous, en Colombie-Britannique, deux premiers ministres ont été inculpés dans les années 90. Un troisième a fait l'objet d'une enquête, mais le procureur spécial a finalement recommandé l'abandon des poursuites. Et ce n'est pas parce que nos politiciens sont plus corrompus que ceux d'Ottawa. Dans ces trois cas, la sélection d'un avocat de l'extérieur par un fonctionnaire de carrière, le sous-ministre adjoint de la Justice, a permis de faire en sorte que le processus de justice soit dépolitisé.

Dans la campagne électorale de 2005, M. Harper s'était engagé à créer une telle fonction. Malheureusement, son gouvernement a adopté une version imparfaite de ce projet. L'affaire Airbus a été politisée dès le début, dans les années 90. Et elle continuera vraisemblablement à l'être.

Au lieu d'un procureur spécial, c'est le gouvernement Harper qui a choisi la tierce partie qui passera en revue la plus récente déclaration assermentée de M. Schreiber. Ce sera cette même personne qui rédigera le mandat d'enquête publique. Le commissaire de la GRC qui a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les révélations de M. Schreiber a été nommé par M. Harper. Dans le passé, il a servi comme chef de cabinet de Don Mazankowski, alors vice premier-ministre sous Brian Mulroney. Le ministre de la Justice, qui déterminera si M. Schreiber sera extradé en Allemagne, a été élu député conservateur sous M. Mulroney.

Rappelons que 20 millions de dollars ont été versés en commission pour la vente des avions Airbus à Air Canada. La moitié de cette somme a été distribuée au Canada, et il serait pertinent de savoir où l'autre moitié a disparu.

En quatre ans, M. Mulroney a eu amplement le temps de se justifier auprès des Canadiens. En l'absence d'explications, la nomination d'un procureur spécial reste la meilleure ligne de conduite. Et pour cause: une enquête juridique risquerait de se solder par un long et coûteux processus qui pourrait facilement s'embourber dans des poursuites judiciaires sans fin, surtout si M. Mulroney décide de forcer les journalistes à témoigner.

***

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca
 
 
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  • Gerry Pagé - Inscrit
    15 novembre 2007 11 h 04
    Un baril de poudres aux yeux.
    Ne se fiant plus à la transmission orale qui subit les affres de la mémoire défaillante des Québécois qui oublient trop facilement et à qui il faut constamment rappeler qu'ils feraient mieux se souvenir des immédiatetés du passé récent, voilà qu'à l'instar des frères Grimm, quelques auteurs se mettront bientôt à l'écriture d'un nouveau conte à paraître, en 2008, celui de «BLANC NEIGE ET LES 7 GÉANTS». Tous les éléments s'y trouvent. Les géants des finances et gérants des grosses caisses. Un coffre que font craquer de toutes parts, des trésors précieusement accumulés. Et, les «caissons électoraux», bleues d'un bord et rouges de l'autre, sont remplies par les fournisseurs de grosses et juteuses «pommes à croquer». Il ne reste que l'énigme du «baiser»... Il y aura apparemment un FUN-FOU et un FOU-RIRE NATIONAL à lire les épisodes épicés de ce nouveau conte de BLANC-NEIGE...

    D'autre part, les délais et reports ayant toujours profité aux accusés, la date butoir du 11 janvier 2008, pour le dépôt du rapport-conseil, joue très certainement en faveur de celui que cible les cribles du franc-tireur Schreiber. Ça lui donnera le temps de poursuivre, à coups de 2 millions la fois, les commentateurs et détracteurs de ses déboires, dont le député libéral Robert Thibault, Nouvelle Écosse, est actuellement le premier dans la liste desdites poursuites qui ont beaucoup à voir avec la diversion qu'avec la diffamation. C'est d'ailleurs connu et incontestable qu'en politique, plus que dans tout autre domaine de l'activité humaine, tout ce qui traîne se salit. Partant, tout ce qui est crasseux, torchonne et crotte tout ce qu'il tente d'essuyer ou prétend nettoyer, lessiver ou faire disparaître. Ça laisse autant de traces que d'odeurs.

    Stephen Harper ne cherche-t-il pas à épater la galerie, à impressionner et possiblement à intimider ceux et celles qui «braquent leur zoom sur les grands écarts du politique», allant jusqu'à s'imaginer qu'il pourra faire taire les critiques dont les ténors et les choeurs semblent avoir en main, les partitions de l'opéra bouffe MULRONEY / AIRBUS / SCHREIBER.

    Mulroney est un avocat redoutable qui siège parmi les plus puissants occupants des loggias membres du richissime potentat des «AFFAIRES», ceux qui frayent parmi les décideurs politiques et qui barbotent parmi les supporteurs commanditaires et influents mandataires gantés du BIG BLUE MACHINE.

    Aux fins de le conseiller sur la nature, la composition, la mission et le momentum opportun des possibles conclusions de la Commission politiquement publique qui enquêtera sur les allégations de Karlheinz Schreiber, allégations dont le sort a déjà été oblitéré et reclassé aux oubliettes des calendres grecques (2003) et pour lesquelles le gouvernement canadien a présenté des excuses et a dédommagé l'accusé Mulroney, en lavant la réputation de ce dernier, au coût de plus de 2 millions, à même les piastres des contribuables, Stephen Harper n'a rien trouvé de mieux que de sélectionner un autre futé avocat, un impeccable et irréprochable intouchable, plastronné de diplômes et épitogé de titres, le recteur passé maître David Johnston, auteur, entre autres, du bouquin, ciblant le Québec séparatiste, «THE REAL COST OF INDEPENDENCE». Ce savant auteur qui a chiffré les coûts désastreux reliés à l'indépendance des Québécois séparatistes plutôt que sur la séparation des Québécois indépendants, aurait peut-être mieux fait d'écrire le tome déclencheur d'une série à succès, portant sur les coûts catastrophiques, en voie de devenir apocalyptiques, des DÉPENDANCES DE CERTAINS ACCROS POLITIQUES que les loteries du pouvoir pistonnent et font carburer, à des altitudes qui, jusqu'aux jours du scandale des commandites, étaient vraisemblablement impensables et inatteignables.

    Opération-charme. Opération-leurre. Opération-camouflage. Sachant que Mulroney a engrangé 2 millions, gracieuseté des blanchisseurs fédéraux de réputation; sachant que la première enquête des gendarmes fédéraux, à elle seule, a coûté plus de 3 millions aux contribuables canadiens, pour conclure privément, en 2003, que l'homme objet du labo de leurs dissections, étant BLANC-NEIGE; connaissant les coûts faramineux de la Commission Gomery et l'insignifiance monumentale et scandaleuse de ses conclusions, les Québécois ont-ils encore quelque motif de croire dans l'indépendance des tribunaux, dans l'indépendance des Commissions, dans l'indépendance des Conseillers du politique, dans l'indépendance sacrée de certains acteurs d'un fédéralisme qui leur en met plein les poches et qui les barricade d'immunité et d'impunité ?

    Les Québécois ont-ils encore raison de croire dans L'INDEPENDANCE rentable des Fédérales Institutions les plus opprimantes qui soient, dans L'INDEPENDANCE intouchable des riches et des parvenus, dans L'INDEPENDANCE personnelle, professionnelle et financière d'un nombre grandissant de professionnels et de spécialistes bardés de protection conventionnée, dans L'INDEPENDANCE ostentatoire de certaines «communautés raccommodées» de Montréal, dans bientôt L'INDEPENDANCE de tout le monde, sauf dans L'INDÉPENDANCE DE LEUR NATION ?

    Très très loin de la bagarre des Champs de bataille, très loin des effets secondaires reliés à l'exercice historique du complexe de supériorité qu'ont pu faire les anglophones francophobes du British Canada, la prolifération constante et quasi exponentielle du paupérisme dont le Québec souffre, ne vient-il pas du Québec, des jeux de coulisses qu'ont pratiqués les purs-laines de Shawinigan, de Baie-Comeau et d'ailleurs, qui sont allés à Ottawa, pour y cultiver les jardins plus ou moins secrets de leurs royalties et y récolter les fruits de leur mieux-être personnel ? Avec le «provincial rouge transfuge bleu fédéral», qui longe les corridors de notre Maison Nationale Hantée, à Québec, à quoi de pire encore, à défaut de mieux, les Québécois doivent-ils s'attendre ? Après quoi doivent-ils attendre ? Pourquoi attendraient-ils encore et encore que quelqu'un ou quelqu'une vienne essayer de tout défaire, sans savoir comment refaire, alors que l'entrepreneurship québécois de ce millénaire en est un du FAIRE AUTREMENT ET DE LE BIEN FAIRE, ce qui n'a plus rien à voir avec le FAIRE-FAIRE IMPROVISÉ du siècle dernier où tant d'intellos bornés ont conduit les Québécois aux abords des ravins de l'itinérance ?

    Maintenant débarrassé du joug d'un catholicisme exorciste, abaissant, appauvrissant le peuple-pécheur et enrichissant ses pontifes et petits princes abuseurs et naufrageurs, les Québécois ne doivent-ils pas, dès ce jour et avant d'être envahis pas tous les azimuts religionnaires migratoires, fixer la date à compter de laquelle ils ne confieront plus à personne d'autre qu'à eux-mêmes, la reconnaissance de leur identité, la formulation des idéaux de leur projet sociétal, la conduite de leur destinée, le développement de leurs potentiels humains, l'exploitation et le contrôle de leurs richesses naturelles.

    Pour les creux et les vides que ça nous donne, au diable les commissionnaires enquêteurs qui font leurs choux gras des droits des tout-croches !

    Gerry Pagé
    Ville de Québec
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