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Les défections afghanes inquiètent l'armée

Alec Castonguay   9 novembre 2007  Canada
Ottawa — Devant les nombreuses défections d'officiers de l'armée afghane venus apprendre l'anglais au Campus militaire de Saint-Jean, près de Montréal, le ministère de la Défense songe à transférer ce programme d'apprentissage des langues dans un autre pays de l'OTAN où les soldats afghans auront moins envie de demander le statut de réfugié, a appris Le Devoir.

Depuis 2004, 70 officiers de l'Armée nationale afghane ont été invités au Québec par les Forces armées canadiennes pour parfaire leur connaissance de l'anglais, question de mieux communiquer avec les hauts gradés de l'OTAN en Afghanistan. Le hic, c'est qu'à la suite des 19 semaines passées au Campus militaire de Saint-Jean, plusieurs Afghans n'ont pas voulu retourner dans leur pays et ont plutôt fait défection pour demander le statut de réfugié au Canada.

Il y a quelques semaines, le Ottawa Citizen rapportait que trois Afghans avaient suivi ce chemin. Or Le Devoir a appris qu'il ne s'agissait pas de cas isolés puisque le nombre de déserteurs est en réalité de huit. Ce qui veut dire que 11,4 % de tous les officiers afghans venus suivre la formation au Canada ont fait défection. Quatre soldats afghans ont déserté en 2005 et quatre autres en 2006.

Après la défection de trois nouveaux soldats afghans en décembre 2006, l'armée canadienne a envoyé une note interne au ministre de la Défense de l'époque, Gordon O'Connor, pour l'informer que la situation était alarmante et que le programme de 480 000 $ par année avait été suspendu le temps d'une révision de quatre mois.

Dans cette note interne que Le Devoir a obtenue, on peut lire que les stratèges militaires recommandent au gouvernement «d'examiner la possibilité de transférer à l'extérieur du Canada, possiblement dans un autre pays de l'OTAN, le programme de langues». Les fonctionnaires recommandent aussi «d'évaluer à quel point ces incidents ont affecté l'intégrité et la réputation du programme, ainsi que les coûts possibles si la solution [le transfert dans un autre pays] est suivie».

Le document remis au ministre précise aussi que les soldats afghans qui ont fait défection «ne représentent pas une menace pour le Canada». La Sûreté du Québec, les Forces canadiennes, le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, ainsi que le ministère des Affaires étrangères ont été alerté à chaque disparition.

Le NPD, qui a fait la demande pour obtenir le document en vertu de la Loi d'accès à l'information, a d'abord reçu des pages largement épurées de leur contenu, preuve que les Forces canadiennes estiment qu'il s'agit d'un sujet sensible, affirme la députée néo-démocrate Dawn Black. «Utiliser le prétexte de la sécurité nationale pour cacher son incompétence, c'est troublant», dit-elle. Après une plainte auprès du commissaire à l'information, ce dernier a jugé que le ministère de la Défense avait inutilement biffé des passages et a donc ordonné au gouvernement de transmettre le document intégral au parti de Jack Layton.

Le programme remis en marche... pour l'instant

Le programme d'apprentissage de l'anglais destiné aux soldats afghans a été remis en marche il y a quelques mois, de sorte que le Campus militaire de Saint-Jean, qui abrite l'École des langues des Forces armées canadiennes, accueille présentement neuf officiers afghans. Le ministère de la Défense prévoit que 24 officiers afghans par année peuvent venir suivre ce programme au Canada.

Une porte-parole des Forces armées canadiennes, la lieutenante Isabelle Riché, a confirmé au Devoir que le transfert du programme de langue pour les officiers afghans vers un autre pays de l'OTAN est toujours à l'étude. «La formation des officiers afghans au Canada nous donne l'occasion de présenter la culture et les valeurs canadiennes ainsi que d'offrir une possibilité de formation collective précieuse dans un contexte international, dit-elle. L'option de donner la formation dans leur pays [Afghanistan] ou dans un pays allié a été explorée et est toujours en considération.»

Dans le but d'éviter d'autres défections et en attendant de prendre une décision définitive, le ministère de la Défense a toutefois revu ses critères de sélection des soldats afghans pouvant venir au Canada. «Les candidats sont maintenant choisis en fonction de leur aspiration à faire carrière dans leur pays», explique Isabelle Riché.

Au ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, on refuse de discuter des officiers afghans qui ont demandé le statut de réfugié, prétextant que l'information est protégée par la Loi sur les renseignements personnels.

La députée Dawn Black dit «comprendre» la défection des officiers afghans depuis qu'elle a pu observer les conditions de vie en Afghanistan lors d'un récent séjour là-bas. Néanmoins, elle se demande s'il est pertinent de poursuivre ce programme. «On va voir si les officiers font toujours défection, mais à la base, il faut se demander pourquoi on veut tant leur enseigner l'anglais. Je comprends que c'est pour mieux communiquer avec les officiers de l'OTAN, mais c'est leur pays, c'est à nous de nous adapter», dit-elle.

D'autres pays de l'OTAN, notamment en Europe de l'Est, envoient des officiers apprendre l'anglais ou le français au Canada dans le cadre de ce Programme d'aide à l'instruction militaire (PAIM). Cette formation est offerte depuis 1960, mais seulement depuis 2004 dans le cas de l'Afghanistan. Pour les officiers de ce pays, il est important de pouvoir communiquer facilement avec les commandants de l'OTAN, question d'améliorer l'efficacité sur le terrain.

Au Camp militaire de Kaboul, où les recrues afghanes reçoivent leur formation, les soldats-entraîneurs de l'OTAN donnent les explications en anglais. Un interprète traduit ensuite les ordres en dari et en pachtou, les deux langues officielles du pays. Ce processus, qui ralentit l'apprentissage, devient carrément un problème lorsque les soldats terminent leur formation et se rendent dans des zones de combat aux côtés des troupes canadiennes, américaines ou britanniques.






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  • Luc Poudrier
    Inscrit
    vendredi 9 novembre 2007 02h17
    La hiérarchie des langues...
    « Bien sûr il est déplacé de nos jours de douter que l'armée canadienne n'ait que les intentions les plus nobles et désintéressés qui soit envers l'Afghanistan. On nous l'a répété ad nauseam, les forces de l'OTAN sont là afin de permettre l'épanouissement du peuple afghan. Cela dit, il faut comprendre que bien que notre sollicitude soit grande elle ne peut permettre qu'un soldat du Commonwealth s'abaisse à parler une langue "primitive" comme le dari, le pachtou ou même le FRANCAIS. Que Dieu nous en préserve! Les soldats des forces armées canadiennes sont des représentants de la reine, ils n'ont pas à parler en pachtou aux soldats en Afghanistan pas plus qu'ils doivent parler français au Québécois qui s'entraine à la base de Borden en Ontario.

    "Speak white dam it!"

    P.-S. J'espère que les lecteurs auront compris que j'étais sarcastique et que m'a critique était bien dirigé vers ces dinosaures colonisateurs au sein des forces canadiennes qui dénigrent les peuples qui leur sont différents, les francophones du Canada, les Afghans, les Iraquiens, etc. »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 9 novembre 2007 07h24
    La farce des réfugiés
    « On l'a bien vu récemment dans le reportage de Jean-Michel Leprince sur les réfugiés colombiens, le Canada est une immense passoire. La quasi totalité des 20,000 "réfugiés" que le Canada accepte chaque année, ne sont pas des réfugiés politiques menacés de mort ou d'affreuses tortures, mais des migrants économiques qui profitent de la bêtise du système pour passer devant les immigrants qui eux doivent faire la queue.
    Chaque "réfugié" coute plus de 50,000$ aux contribuables. La grande majorité n'arriverait jamais à se qualifier pour immigrer au Canada »

  • Marie Mance Vallée
    Inscrite
    vendredi 9 novembre 2007 07h44
    Telle l'université Concordia...
    « Toutes les raisons sont bonnes pour continuer d'angliciser la planète entière... Question d'efficacité...

    Telle l'université Concordia, voilà que le Campus militaire de Saint-Jean montre son visage canadien.

    Et c'est au Québec que cela se passe. Et c'est du Québec qu'on fait la promotion « des valeurs et de la culture canadiennes ». Le ton est donné!

    Ces officiers afghans feront d'excellents citoyens canadiens. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 9 novembre 2007 07h58
    Pour être juste, le bilingue s.v.p.
    « Bravo M. Luc Poudrier, vous avez bien raison !

    Pourquoi enseigner plus l'anglais que le français aux bons Afghans à St-Jean pour mieux tuer les méchants ? Parce que le français est moins égal que l'anglais au Canada...point. Six o one one.

    L'armée anglicise même les Afghans, c'est tout dire. Pour être juste, faudrait qu'elle prenne Elvis Gratton comme professeur parce que lui, il sait parler le bilingue couramment.

    C'est vrai que des instructions en anglais pour tirer un Taliban c'est bien mieux pour le commandant que de tenter de le faire en pachtou, qu'il casserait probablement un peu trop" ce qui pourrait être mal interprété par les porteurs des mitraillettes qui ne seraient plus où viser ou ça prendrait trop de temps à se le faire expliquer la commande avec le dictionnaire de l'armée, ce qui pourrait permettre à la cible, encore vivante, de se sauver en courant vu qu'ils ne semblent pas posséder de gros chars d'assault pour leurs déplacements »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 9 novembre 2007 09h06
    Ironie
    « Des Afghans amenés apprendre l'anglais au campus militaire St-Jean créé jadis pour donner en français une formation militaire à des Canadiens français, initiative abandonnée puisque les diplômés de cette institution devaient de toute façon faire leur service en anglais. Une perte d'argent, a déclaré en substance le grand sage Harper, à qui nombre de Québécois s'apprêtent à donner un gouvernement majoritaire.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Stéphane Guindon
    Inscrit
    vendredi 9 novembre 2007 19h08
    Quel pays?!
    « Hey, lieutenant Isabelle Riché, how smart you are! Elle sait que le tollé s'en vient, alors elle nous invente un autre pays qu'elle ne nomme pas, évidemment(puisqu'il n'existe pas!) Un pays qui aimerait héberger à vie de pauvres carriéristes du louvoiement afgan qui ont eu l'outrecuidance de parader en se montrant fidèle à une cause à laquelle ils n'ont jamais cru. Ils ont gravi les échelons; la guerre est terminée pour eux!
    C'est écoeurant! Et dire que pendant ce temps, le caporal Denis Simard (il doit obligatoirement être bilingue, lui!)se prépare à une mission dans ce pays de déserteurs et qu'il va se faire tuer demain à l'aube, par des assassins (talibans?)qui, dans les moeurs, ressemblent fort étrangement aux hypocrites qui cherchent refuge chez-nous! »

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