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Ottawa ne veut plus rapatrier de «meurtriers»

Ottawa ne réclamera plus la clémence pour les Canadiens condamnés à la peine de mort aux États-Unis

2 novembre 2007  Canada
Ottawa — Le «nouveau gouvernement du Canada» fait au moins une chose différemment des administrations précédentes: il ne demande plus la clémence pour les Canadiens faisant face à la peine de mort aux États-Unis. Cette nouvelle politique de l'équipe conservatrice est dénoncée par les groupes de protection des droits de la personne et par les partis d'opposition à la Chambre des communes. Plusieurs, y compris les libéraux, y voient la preuve qu'une fois majoritaires, les conservateurs rouvriront ce déchirant débat.

Ainsi, le ministère des Affaires étrangères a confirmé hier que le Canada ne réclamera pas auprès de Washington que la peine de mort imposée à l'Albertain Ronald Allen Smith soit commuée en emprisonnement à vie, comme c'était la pratique par le passé. Il s'agit d'une rupture radicale avec la tradition canadienne consistant à dénoncer à chaque occasion la peine de mort pratiquée ailleurs dans le monde.

Tout indique que ce revirement est la conséquence directe d'une prise de position du ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day. En effet, le groupe médiatique CanWest s'était fait dire vendredi dernier par le ministère des Affaires étrangères que le Canada intercédera pour M. Smith auprès des États-Unis (ce qu'il a déjà fait pour cet homme qui épuise ses recours depuis 1982). Par la suite, un porte-parole du ministre Day a déclaré le contraire. Résultat: tard mardi soir, le ministère des Affaires étrangères a concocté une nouvelle politique, confirmée hier. «Nous ne nous emploierons pas à demander la clémence dans les pays démocratiques, et en particulier aux États-Unis, où s'est tenu un procès équitable», a fait savoir Neil Hrab, porte-parole du ministre Maxime Bernier.

Day ne veut pas d'un meurtrier

Les libéraux étaient hors d'eux à la Chambre des communes hier. «La loi canadienne interdit l'extradition d'un citoyen américain vers un État américain qui exerce la peine de mort», a rappelé le député montréalais Irwin Cotler, un avocat de réputation internationale dans le domaine de la défense des droits de la personne. «Alors, pourquoi refuserait-on d'intervenir pour protéger un citoyen canadien condamné à la peine de mort dans un État américain?» Le ministre Maxime Bernier n'a jamais répondu. C'est plutôt M. Day qui s'est levé.

«Nous ne tenterons pas de ramener au Canada un meurtrier reconnu comme tel dans un État démocratique et qui respecte la règle de droit, a dit le ministre. Nous enverrions le mauvais message. Nous voulons préserver la sécurité publique ici au Canada.» Soulignons qu'il n'est pas question de rapatrier le meurtrier (M. Smith a reconnu avoir assassiné deux autochtones en 1982) mais d'exiger des États-Unis qu'on ne l'exécute pas.

À la sortie de la Chambre, le chef libéral avait déjà tiré ses conclusions. «Que le gouvernement ne veuille même pas faire la démarche montre ce que ce gouvernement ferait s'il était majoritaire et ce qu'il fera au Canada.» C'est-à-dire? «Je crois que les tendances de ce gouvernement iraient encore plus loin, et peut-être reviendrait-on au débat sur la peine de mort au Canada.»

Tant le NPD que le Bloc québécois ont dénoncé cette position conservatrice. «C'est un changement de cap majeur, tout à fait inacceptable», a lancé Gilles Duceppe à la sortie de la Chambre des communes. «La peine de mort est abolie ici. On devrait avoir la même attitude envers les ressortissants canadiens à l'étranger.» Jack Layton demande qu'on maintienne le «bilan historique» du Canada en la matière.

Ce changement apporté à une tradition canadienne a soulevé la colère des groupes de défense des droits de la personne. «À cause de cette mauvaise politique, le Canada est désormais la seule nation au monde qui, quoiqu'ayant aboli la peine de mort, ne réclame pas la clémence pour ses ressortissants faisant face à cette peine cruelle et dégradante aux États-Unis», a critiqué Alex Neve, secrétaire général d'Amnistie internationale Canada. Amnistie internationale combat activement la peine de mort. «Le Canada ne doit pas revenir sur ses engagements envers les droits de la personne en tolérant l'exécution de ses citoyens dans d'autres pays.»

«C'est épouvantable», a pour sa part lancé Errol Mendes, professeur de droit international et spécialiste des droits de la personne à l'Université d'Ottawa. Il croit que le Canada, étant opposé à la peine de mort, a une «très forte obligation morale» d'intercéder pour M. Smith.

«Je suis outré», s'est de son côté exclamé l'avocat Julius Grey. Lui aussi partage l'opinion de Stéphane Dion voulant qu'il s'agisse d'un «premier pas» vers le retour de la peine de mort au Canada. «Le gouvernement actuel est moins ardent dans son abolitionnisme.» M. Grey estime par ailleurs que les conservateurs essaient surtout de ménager leurs alliés républicains du Sud. «Je suis persuadé que notre gouvernement n'hésiterait pas à intervenir auprès de la Chine ou de l'Inde [qui pratiquent elles aussi la peine de mort]. Il semble que la relation actuelle de ce gouvernement avec les États-Unis ait pour effet de le rendre moins critique envers un allié qui devrait pourtant être critiqué.»

Réouverture du débat?

Le gouvernement conservateur a été dans l'incapacité de révéler le moment où sa politique de protestation contre la peine de mort avait changé. Des demandes du Devoir à cet effet sont restées sans réponse. En outre, Neil Hrab n'a pas fourni la liste des pays où la peine capitale est en vigueur et que le Canada considère comme étant «démocratiques». Selon Amnistie internationale, 64 pays pratiquent toujours la peine de mort. Plusieurs d'entre eux sont des démocraties, notamment l'Inde, le Japon, Taïwan et les Bahamas.

Errol Mendes s'inquiète de ce que cette nouvelle politique aurait pu signifier dans d'autres contextes. Il rappelle le cas du Vancouvérois Bert Tatham, condamné cet été à Dubaï pour possession de 0,6 gramme de haschisch. M. Tatham oeuvrait en Afghanistan à l'éradication de la drogue et prétend que le haschisch s'est collé à ses vêtements à cause de la nature de son travail. Les Émirats arabes unis, dont Dubaï fait partie, imposent la décapitation pour le trafic de stupéfiants, mais M. Tatham a plutôt été condamné à quatre années de prison. «Cela démontre le danger d'une telle politique», conclut M. Mendes.

Avant que le Canada n'abolisse officiellement la peine de mort, en 1976, 710 personnes avaient été exécutées. En 1987, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney (qui était personnellement opposé à la peine de mort) avait permis un vote libre sur cette question. Le retour de la peine de mort avait été défait à 148 voix contre 127.
 
 
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  • Mario Tremblay
    Abonné
    vendredi 2 novembre 2007 07h57
    Étonnement!
    On se réveille. Tout le monde est étonné qu'un parti de droite agisse comme tel, dès qu'il a un peu les coudées franches.

  • Claude Archambault
    Inscrit
    vendredi 2 novembre 2007 09h01
    Pourquoi pas
    Je suis contre la peine de mort, mais quand on commet un crime dans un autre pays, surtout un meurtre et que l'on a eu un procès aussi juste qu'ici, il faut vivre avec les châtiment en vigueur dans ce pays. Et ci ça veux dire la peine de mort alors tough luck my friend. Pourquoi rapatrier un meurtrier qui ici se retrouvera dans nos rus dans moins de 10 ans?

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    vendredi 2 novembre 2007 09h22
    Êtes-vous drogués ?
    Quand vous allez voter, êtes-vous drogués ?

    C'est à se demander pourquoi vous allez voter.

    Il me semble que c'est très clair. Nous faudra-t-il imposer un test d'intelligence pour savoir si vous êtes aptes à voter.

    Après la peine de mort, ce sera de nouveau les mariages gais, ensuite l'avortement. Qu'est-il arrivé au sénateur conservateur Nolin et son " pot". On en entend plus parler.

    Élisez-le majoritaire ce gouvernement et nous voilà de retour avec les religieux. Ce qu'il sera certainement avec tous les retours de votre argent qu'il distribue à gauche et à droite.

    Valdor Lagacé

  • Francois Munyabagisha
    Inscrit
    samedi 3 novembre 2007 18h16
    Harper engage notre Pays sur l'auoroute de la barbarie
    C'est exaspérant, inacceptable, les dérives qu'imprime Harper aux desseins du Canada.
    Ce beau pays de Pearson, de Trudeau et de bien d'autres Canadiens ayant inspiré la charte des droits universels et la responsabilisation internationale du devoir de gardien de la paix dans le monde, ce beau pays havre de paix et qui s'est révélé Grand partout sur terre pour les valeurs humanitaires promues et défendues par ses citoyens tant à l'interne qu'au niveau des relations internationales, bilatérales et multilatérales, ce Pays unique dont le nom est Le Canada n'est pas et ne peut pas être un ranch.
    Hélas, depuis l'arrivée de Harper, le Canada est subtilement, malicieusement entraîné sur l'autoroute de la barbarie, pendant que la conscience collective canadienne se berce d'illusions en chantant le beau credo du «Ici ça va bien, tout au moins ça va mieux qu'ailleurs, ou alors ça pourra mieux aller!»
    L'arrivée de Harper à Ottawa se sera traduite par la mise sous perfusion de la vision pacifiste et humanitariste typiquement canadienne. Elle aura transformé l'esprit des missions de paix en politiques de jungles. Harper envoie des militaires tuer et se faire tuer, nous le laissons faire. Harper flirte avec des barbares qui se nourrissent de guerres meurtrières, nous l'observons faire sans mot dire. Harper ne manifeste aucun égard envers la dignité de l'humain, son gouvernement favorise la déportation des gens qu'il considère indésirables sur cette terre, plutôt que de les redresser et leur donner la chance de se rendre plus utile, et nous lui donnons par notre silence, raison. Harper et son gouvernement ne peuvent plus défendre une vie, ils n'ont jamais été à la hauteur, et ils ne le seront jamais. Qu'ils prétextent quoi que ce soit pour ne pas dénoncer et empêcher l'assassinat d'une vie, à fortiori d'un citoyen canadien, ça fait crever les yeux. Il est grand temps que ce gouvernement soit remplacé, mais avant tout il faut agir pour le faire bouger en faveur de l'absolution universelle de la mort, que tous ceux qui pratiquent la mort soient bannis et ne soient pas admis comme amis du Canada.

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